dimanche 7 juillet 2019

surprenante suspension de l'attaque de l'Iran par les Etats-Unis

La suspension in extremis de l'agression de l'Iran par les Etats-Unis, jeudi 20 juin, soulève un certain nombre de questions quant à la stabilité de la paix dans le monde, mais aussi au renversement de rapports de force.
 
En juin il était évident que les Etats-Unis cherchaient des soutiens pour attaquer l'Iran. Les grossières accusations envers l'Iran pour les attaques contre des pétroliers dans le golfe d'Oman les 12 mai et 13 juin n'ayant pas suffi à convaincre les pays européens qui refusent de laisser tomber eux aussi l'Accord de Vienne, une encore plus grossière tentative a eu lieu au moyen d'un vidéogramme ridicule d'imprécision, qu'aucun pays sérieux n'aurait osé présenter comme "preuve", recevable en droit international, d'un casus belli prétendument commis par son ennemi. Accessoirement le moindre chef d'Etat ou de gouvernement européen comprend bien que l'Iran n'a aucun intérêt à fermer le détroit d'Ormuz ou à détouner les clients de la région, tandis que les Etats-Unis ont toujours eu intérêt aux tensions qui font monter le cours du pétrole (et donc la demande de dollars) et renforcent leur alliance avec les pays arabes.
 
Les alliés européens des Etats-Unis n'étant toujours pas prêts à les soutenir dans leur agression programmée, un avion sans pilote étatsunien a violé l'espace aérien iranien, suivi d'un avion de lutte antisousmarine et de pilotage de drones, pour y être abattu, le 20 juin au matin. L'Iran a abattu le drone mais a épargné le Poseidon, juste un mois après que le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo ait averti, en substance, que la mort d'un seul militaire étatsunien sous le feu iranien justifierait une entrée en guerre. Que le Poseidon n'ait pas été détruit signifie en tout cas que la défense aérienne iranienne, qui le suivait évidemment avant son incursion (certainement marginale) dans l'espace iranien, l'avait identifié et savait qu'il n'était pas dangereux, et que la destruction du drone suffirait au principe et à l'avertissement.
 
La Russie a certes fini par clore le débat sur la trajectoire du drone (et de l'avion), quelques jours plus tard, en proposant aux pays qui le souhaitaient les enregistrements (satellitaires ?) irréfutables. Cependant au moment de l'annulation de l'attaque étatsunienne ces éléments n'avaient pas encore été proposés, ou du moins pas publiquement.
 
On n'aime pas mêler les questions de personnes aux relations internationales, sauf dans les autocraties intégrales où le chef d'Etat ou de gouvernement prend effectivement toutes les décisions importantes. Néanmoins l'agitation personnelle du président Donald Trump, au moyen des touitements spontanés (en témoigne l'orthographe) qui lui tiennent lieu de conférences de presse, fut là suffisamment notable pour inquiéter. Se serait-il soudain emparé du pouvoir ? La plus grande puissance confierait-elle réellement le pouvoir d'entrer en guerre (voire le bouton nucléaire) à des intérimairnes malinformés et capables de coups de tête arbitraires dans un sens puis dans l'autre ? Si une attaque aérienne contre l'iran, certes préparée depuis longtemps avec diverses options, a été armée et soumise à son ultime décision, c'est qu'il avait quelques heures plus tôt donné son accord, comme d'ailleurs ses réponses à quelques journalistes l'avaient laissé entendre dans la journée. Il est possible qu'on ne lui ait pas révélé la véritable position géographique du drone au moment où il a été abattu, mais des précédents montrent que ce n'est pas la soudaine révélation d'un tort (voire d'un mensonge) étatsunien qui l'aurait fait revenir sur sa décision de montrer à l'ennemi la puissance de son pays. Trump est prêt à la guerre, pour les motifs fallacieux auxquels on lui fait croire (le programme nucléaire iranien), et il a délibérément choisi cette voie en laissant le conseiller à la sécurité nationale John Bolton écarter les personnes et arguments contraires à la guerre, puis en acceptant la démission du ministre de la défense Patrick Shanahan qui exprimait les réticences de l'appareil militaire.
 
Quant au gentil conte selon lequel il aurait finalement refusé d'occire 150 ennemis car c'eût été disproportionné à la destruction d'un avion sans pilote, en plus d'être inquiétant pour la politique militaire des Etats-Unis, il ne tient pas. Ce pays a suffisamment montré, y compris sous le mandat de Trump, son total désintérêt pour les vies étrangères, ennemies ou pas, militaires ou pas, nombreuses ou pas, dès lors qu'il estime qu'une action est militairement justifiée ou justifiable, ce qui était manifestement le cas après plusieurs semaines de recherche d'un casus belli. L'occasion était même idéale puisque c'est un appareil étatsunien qui avait été indiscutablement abattu, alors que les provocations antérieures avaient touché des pays tiers (arabes) d'ailleurs peu empressés d'accuser formellement l'Iran. On n'a pas non plus reculé devant le risque de révélation ultérieure d'une provocation, puisque les cas précédents, en Syrie par exemple, montrent que lorsque les conséquences armées ont fait suffisamment de bruit la presse n'a pas besoin de creuser la véracité de l'incident initial.
 
Il n'est pas impossible que les Etats-Unis aient été menacés. La presse iranienne jubile certainement de l'illusion que le professionnalisme de ses armées et la détermination de son gouvernement aient dissuadé l'ennemi, comme si celui-ci n'avait pas pris en compte les réactions possibles à l'avance, et accepté les risques avant de prendre la décision initiale d'attaquer. Une certaine presse étatsunienne jubile de l'illusion que l'opinion de Tucker Carlson, animateur de Fox News, ait été sollicitée et obéie par le président Trump durant sa journée très chargée du 20 juin. Pourtant, ce n'est pas un coup de téléphone iranien ou étatsunien qui a pu faire reculer le gouvernement étatsunien, et l'envoyer immédiatement demander l'ouverture inconditionnelle de négociations avec l'Iran. Il a fallu plus que cela.
 
La Chine, de loin le premier importateur mondial de pétrole, a (pour l'instant) besoin d'un cinquième de tout le brut exporté par le reste du monde, et près de la moitié de ses importations proviennent de la région arabo-persique. Par ailleurs elle doit rivaliser, à l'achat, avec d'autres pays asiatiques (Inde, Japon, Corée du Sud, Thaïlande, Singapour, Taiwan...) dont les besoins totaux sont supérieurs aux siens. Aussi ne peut-elle pas permettre l'arrêt des exportations arabes et iraniennes pour cause de guerre ou de blocus. Par ailleurs elle a fini par prendre acte du fait que la force militaire fait partie des instruments de politique économique des Etats-Unis, et ne peut pas les laisser s'enhardir jusqu'à bloquer, par, exemple, les détroits indonésiens incontournables par le commerce extérieur chinois. Comme on le rappelle dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre, le 9 avril 2018, juste avant le bombardement de la Syrie par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, la Chine a annoncé qu'en cas de guerre ses navires présents en Méditerranée seraient mis à disposition de la flotte russe. Ce ne serait certainement pas le cas dans l'Océan Indien. On peut discuter des capacités militaires de l'Iran, mais pour sa part la Chine a indiscutablement la capacité de détruire chaque porte-avions étatsunien d'un seul missile balistique hypersonique.
 
Il n'est donc pas impossible que ce soit la Chine qui ait dissuadé les Etats-Unis d'attaquer l'Iran, dix minutes avant le lancement de l'agression. Il est intéressant de noter qu'elle a été écoutée (cette fois). Mais on note aussi qu'en dépit du flagrant délit de la reconnaissance par un pays qu'il a suspendu son agression contre un autre à quelques minutes d'y procéder, la Chine n'a pas saisi le Conseil de Sécurité de l'ONU compétent pour traiter des menaces à la paix, car elle ne croit pas à ce machin.

samedi 6 juillet 2019

perte du Locharik

On s'interroge sur les tenants et les aboutissants de la perte du sous-marin russe Locharik le 1er juillet, à savoir s'il a fait naufrage ou s'il a été coulé par l'ennemi.
 
En effet le site d'infoxication israélien Debka y implique les Etats-Unis, mentionnant une consultation d'urgence sur le sujet à la Maison-Blanche étatsunienne (ne pas confondre avec la Douma) simultanée à celle tenue au Kremlin, le 2 juillet au soir. Les deux réunions ont été décidées en urgence, bousculant les emplois du temps présidentiels de part et d'autre. Plus précisément, Debka assure que ses sources militaires ont reçu des rapports faisant état d'une confrontation armée entre sous-marins russes et étatsuniens au large de l'Alaska : en l'occurrence un sous-marin étatsunien aurait intercepté un sous-marin russe, et un autre sous-marin russe aurait alors tiré une torpille vers le sous-marin étatsunien pour lui faire abandonner la partie. Debka n'en dit pas plus, mais dans la mesure où ce n'est pas la torpille russe tirée près de l'Alaska qui a pu couler le sous-marin russe de la flotte de la Baltique, cela sous-entend qu'il y aurait eu des représailles étatsuniennes. Sans mentionner la discordance géographique, Debka n'exclut cependant pas qu'il puisse s'agir de deux accrochages distincts, et ajoute que la vérité ne serait pas connue de plusieurs années.
 
Il est vrai que la Russie a tendance à minimiser et garder secrètes les confrontations pour favoriser le maintien de la paix, en contraste avec les Etats-Unis qui ont propension à les exagérer et les publier pour préparer les esprits à la guerre. Ainsi ne saura-t-on jamais, ou seulement des décennies après le premier grand exercice naval russe depuis la fin de l'URSS, si le Koursk russe a fait naufrage suite à un dysfonctionnement de torpille, s'il a été accidentellement éperonné par le Toledo étatsunien qui le suivait de trop près, ou s'il a été coulé par le Memphis étatsunien (ou le Splendid anglais jamais revu depuis lors) pour dégager le Toledo, mais dans tous les cas il n'est pas impossible que les survivants du Koursk aient été sacrifiés (réduits au silence) par leur gouvernement sur l'autel de la paix, pour éviter une escalade.
 
Dans un autre article du 3 juillet, Debka appelle le Locharik "espion d'internet" et expose longuement et très partialement des suspicions occidentales, non pas sur une mission d'interception de liaisons internet sous-marines, mais sur des missions agressives à l'encontre des câbles sous-marins. Cet article regorge d'ailleurs d'interprétations et de procès d'intention. Il cite abondamment Rishi Sunak (présenté comme parlementaire d'un pays non précisé) qui "évoque les opérations agressives menées par la Russie à proximité de câbles sous-marins", puis il passe à l'augmentation des capacités militaires de la Russie et de la méfiance de l'OTAN sans mentionner spécifiquement la moindre "opération agressive" russe. Or, par exemple, patrouiller près d'un câble sous-marin (aussi utile à la Russie qu'aux autres pays européens) dans les eaux internationales n'est pas plus un acte d'agression caractérisée de la part de la Russie que de tout autre pays qui y patrouille. D'ailleurs un câble qui relie la Finlande à la Suède (cité dans l'article) coupe nécessairement la route des bateaux et sous-marins russes. Si la Russie avait voulu couper ces câbles ce serait déjà fait, sans nécessairement choisir la difficulté de la grande profondeur et plutôt à l'aide de petits robots explosifs non identifiables que de grands sous-marins habités traçables. Accessoirement on ne voit pas quel intérêt la Russie aurait à couper ce type de câbles, que les liaisons stratégiques et intergouvernmentales n'empruntent d'ailleurs pas, et on voit encore moins quel intérêt elle aurait à faire remarquer ses sous-marins dans ces parages plusieurs années avant d'y agir. Tout cela rappelle la propagande étatsunienne qui, il y a cinq ans, alarmait lourdement le monde sur les mouvements de sous-marins russes auprès des mêmes câbles téléphoniques transatlantiques, ou encore la propagande suédoise avec grandiloquent appel à l'aide de la population pour localiser tel sous-marin russe avant qu'il ne s'avère être un petit bateau de pêche local.
 
D'une manière générale, les faits que rapporte Debka sont exacts (pour bâtir sa crédibilité), bien qu'il y ait des exceptions comme par exemple au sujet de l'attaque chimique fictive du 7 avril 2018 sur Douma, par contre ses interprétations sont généralement orientées pour faire passer un message voulu. On peut donc coter la fiabilité de cette source comme moyenne, à savoir relativement fiable quant aux faits mais plutôt douteuse quant aux interprétations. En ce qui concerne la plausibilité de l'information, quant aux faits et aux patrouilles de petits sous-marins russes à finalité scientifique, discrets et plus caractérisés par leur capacité à déployer et suivre des senseurs ou de petits bathyscaphes d'intervention technique que par leurs capacités anti-surface, faute de raison d'en douter on peut coter l'information elle-même comme vraisemblable ou probable.
 
D'ailleurs la Russie elle-même, certes discrète sur les équipements, ne cache pas l'existence de ces "stations sous-marines" non armées comme le Locharik, appartenant à la flotte du Nord et affectées à des missions scientifiques non dénuées de finalités de présence et souveraineté, notamment dans l'Arctique objet des convoitises de plusieurs puissances riveraines. Capable de plonger à 6000 m grâce à la grande résistance de sa structure multisphérique, non armé mais équipé de bras, grues et robots, le Locharik a, entre autres missions, travaillé pendant vingt jours à près de 3000 m de fond pour collecter des échantillons de fonds marins et participer à la prospection, sur la plateforme continentale russe (Arctique) susceptible de cacher le tiers des réserves mondiales de gaz et de pétrole. Il a aussi participé à l'installation d'oléoducs et de gazoducs sous-marins au large de la Sibérie, et vraisemblablement à des opérations de maintenance ou réparation, ainsi qu'à la construction du gazoduc Nord Stream.
 
Car les fonds marins reçoivent d'autres infrastructures que les câbles de télécommunications commerciales qui semblent tellement importer aux Etats-Unis depuis que le Brésil a mis en service ses deux premiers câbles vers l'Afrique grâce à l'entreprise chinoise Huawei. Justement le Nord Stream 2 est une autre infrastructure sous-marine, encore en construction entre plusieurs pays européens, et depuis plusieurs années l'objet de déclarations agressives de la part d'un pays non européen, lequel a d'ailleurs officiellement déclaré en mars 2018 qu'il prendrait des mesures coercitives illicites envers toute entreprise ou organisation, gouvernement souverain inclus, qui participerait à sa construction. Ce pays américain hostile à la coopération économique intra-européenne est allé jusqu'à faire voter par son parlement, en fin d'année dernière, des lois autorisant l'exécutif à saisir (voler) les intérêts ou avoirs, aux Etats-Unis, de toute entreprise étrangère participant à la construction dudit gazoduc. En cours de construction entre la Russie et l'Allemagne, et traversant les eaux d'intérêt économique d'autres pays (avec leur autorisation), ce gazoduc est destiné à approvisionner en gaz naturel et bon marché l'Europe occidentale, en contournant le territoire ex-ukrainien dont les autorités avaient montré leur propension au vol ou à la coupure stratégique déjà avant le coup d'Etat de février 2014. Les Etats-Unis ont menacé d'abord discrètement les gouvernements (russe et allemand bien sûr mais aussi des autres pays concernés), puis officiellement les entreprises susceptibles de répondre aux appels d'offres.
 
Pour mémoire, les Etats-Unis entendent rendre les pays européens dépendants de leur bonne volonté en leur vendant du gaz liquéfié prétendument extrait de leurs exploitations par fracturation hydraulique des sous-sols schisteux, une activité à la rentabilité indiscutablement et irrémédiablement négative subventionnée pour des raisons stratégiques (leurre énergétique) et boursières (survalorisation). Bien qu'une flotte de méthaniers de surface soit bien plus vulnérable qu'un gazoduc de fond, c'est au prétexte de l'indépendance stratégique et énergétique des pays européens que les Etats-Unis entendent leur interdire d'acheter du gaz russe, et les obliger à acheter du gaz venu des Etats-Unis, et prétendument extrait et liquéfié aux Etats-Unis. Il pourrait d'ailleurs être intéressant de marquer le gaz liquéfié russe, dont les Etats-Unis ont commandé des quantités inconnues (au moment même où ils interdisaient aux pays européens d'en acheter), et dont le premier chargement a été livré aux Etats-Unis en janvier 2018 (voir dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre), pour savoir si le bateau fait simplement demi-tour après avoir reçu le coup de tampon "gaz étatsunien", ou si le gaz liquéfié russe est réellement débarqué et si le transporteur transatlatique (français) charge alors du gaz liquéfié étatsunien en partance pour l'Europe...
 
Ainsi, compte tenu des menaces puis hostilités étatsuniennes envers les pays (et leurs entreprises) participant au gazoduc Nord Stream 2, qui devrait entrer en service dans quelques mois, on comprendrait aisément que le gouvernement russe affecte à la surveillance du chantier une petite flotille de sous-marins spécialisés dans les travaux par grands fonds et en particulier dans la pose et la maintenance de gazoducs, comme le Locharik qui avait donc certainement une autre mission que des "opérations agressives" envers les câbles optiques. Et même si le Locharik a été officiellement victime d'un accident, on comprendrait aisément que les bathyscaphes de travail russes soient désormais accompagnés et protégés par des sous-marins armés.

lundi 1 juillet 2019

le onzième coup de minuit de l'avant-guerre

Stratediplo s'était promis de nommer les deux villes d'Europe que les Etats-Unis envisagent vraisemblablement de vitrifier au moyen de bombes nucléaires B61.
 
Il est temps, l'avant-guerre se termine. La suite a été longuement annoncée, intensément préparée et officiellement déclarée, et les dernières grandes manœuvres médiatiques ont été un succès complet.

Comme si le gaspillage des ressources naturelles et l'épuisement des énergies fossiles ne suffisaient pas, l'humanité s'est dotée d'un fardeau économique insoutenable, aujourd'hui prêt à tomber. Mais les Etats-Unis qui ont obtenu ce free lunch par la ruse en 1944 et l'ont volé par la trahison en 1971 tenteront bientôt de l'imposer par la terreur d'une assertion nucléaire, qu'ils annoncent depuis quinze ans même s'ils en changent de cible au gré de leur politique internationale. En préface, Michel Drac espère qu'ils choisiront plutôt un repli économique sur l'Amérique. Cependant le monde attend aussi l'événement de force majeure permettant le big reset d'effacement des dettes : une guerre mondiale. L'Union Européenne croit devoir sauver le dollar, et veut surtout abattre l'alternative civilisationnelle chrétienne à son matérialisme transhumain.
 
De même qu'en 1990, les pays de l'axe atlantico-uniopéen croient se préparer à défendre un pays menacé alors que les Etats-Unis s'apprêtent à les lancer dans une guerre offensive, qui doit être perdue pour justifier leurs frappes nucléaires. Les gouvernements d'Europe sont lucides de la situation mais croient devoir faire bloc. Ils seront soudain mis devant l'urgence de réagir avant de vérifier, à minuit. Un incident réel ou fictif servira à déclencher les opérations, les populations ne réagissent pas et les pilotes obéiront. Il est facile de deviner quelles sont les deux cibles nucléaires des Etats-Unis en Europe.
 
Encore un effort et nous aurons définitivement déclenché la troisième guerre mondiale.
 
Comme pour les ouvrages antérieurs, le Onzième Coup est plus économique sur le site de l'imprimeur Lulu qu'ailleurs :
www.lulu.com/content/livre-à-couverture-souple/le-onzième-coup/24888474

la dixième arme – quinze ans d'alertes et synthèses

En réponse à la demande, Stratediplo a rassemblé sur 740 pages denses trois centaines de ses articles.
 
Impressions à vif ou solides travaux de synthèse inédits sur des questions stratégiques, diplomatiques, juridiques, économiques et militaires, ce journal d'indignation couvre deux décennies de relations internationales. Sans hypothèse a priori, cet exercice rétrospectif laisse a posteriori une impression de montée du désordre mondial et de la conflictualité, fomentée par quelques puissances, comme si l'impunité leur était assurée et la précipitation dictée par quelque imminent grand événement de fin de partie qu'elles supposeraient proche.
 
L'ordre international n'est plus, les conflits deviennent une pratique générale, les rapports de force redeviennent la nouvelle norme des relations entre sujets de ce qui reste de droit international, et le monde est déchiré par quelques unilatéralismes majeurs. Dans l'attente du lever d'une nouvelle "lux ex oriente" dont on croit déjà percevoir l'aurore, la loi du phare ouest qui s'est imposée est de nouveau la loi du plus fort, mais maintenant aussi du plus barbare.
 
En préface, Piero San Giorgio relève aussi ce désordre et cette conflictualité et appelle à ouvrir les yeux pour se préparer.
 
Comme pour les ouvrages antérieurs, l'achat est plus économique sur le site de l'imprimeur Lulu qu'ailleurs :

mardi 4 juin 2019

rejet de la démocratie représentative en Algérie

Quelle que soit la lenteur de son agonie, le destin de la démocratie représentative (ou république parlementaire) en Algérie semble scellé.
 
Tous les partis politiques algériens sans exception, du plus gros au plus petit, ont déclaré boycotter l'élection présidentielle. Si soixante-dix-sept formulaires de candidature ont paraîf-il été retirés, seuls deux ont été remplis et déposés. C'est évidemment suite à une entente interpartisane générale, et avec une assurance mutuelle de non participation, que chaque parti a pu décider de ne pas présenter de candidat en étant certain que les autres partis feraient de même. Cela ne les empêche cependant pas, aujourd'hui, de critiquer non seulement l'annonce d'un nouveau scrutin (évidemment) mais également l'annulation de l'élection du 4 juillet (bizarrement) faute de candidats. Les mêmes partis qui déclaraient hier qu'une élection était impossible et indésirable reprochent aujourd'hui au Conseil Constitutionnel d'officialiser ce constat, et le caractérisent de reculade du "pouvoir".
 
Quand aux deux malheureux candidats non partisans, il est plus que vraisemblable qu'ils ne s'attendaient pas à être les seuls, mais ils ont été pris au piège puisque si leur candidature avait été agréée par le Conseil Constitutionnel ils n'auraient pas pu la retirer jusqu'à la tenue du second tour. L'un d'entre eux aurait nécessairement été élu, car la loi organique électorale d'août 2016 ne dicte aucun quorum ou aucune participation minimum pour la validité d'une élection présidentielle. Ainsi quel que soit le taux de participation électorale, si aucun candidat n'obtient la majorité absolue des suffrages au premier tour les deux candidats ayant réuni le plus de voix sont proposés au deuxième tour, où celui réunissant le plus de voix est alors élu, le retrait d'un candidat étant interdit après l'agrément de sa candidature. Une démission présidentielle n'aurait pu intervenir qu'après l'investiture, donc en août, et le nouveau président aurait été obligé de rester en fonction jusqu'à l'intronisation du prochain président (article 103 de la constitution).
 
Cette solution d'un président électoralement peu représentatif, bien qu'élu de la manière la plus régulière possible dans les conditions actuelles, aurait permis de remettre les partis politiques en face de leurs responsabilités nationales. Pour leur part les deux petits candidats inconnus au mandat suprême, entrepreneurs, chefs d'entreprise et déjà candidats à des mandats électifs, sont certainement des hommes responsables (quelles que soient leurs capacités politiques), conscients des devoirs d'un volontaire investi envers la collectivité, et qui n'ont certainement aucune leçon de civisme, ou de sens du service public, à recevoir des chefs de partis déserteurs. Il est vraisemblable qu'ils avaient chacun réuni les six cents parrainages d'élus ou soixante mille soutiens de citoyens, faute de quoi ils n'auraient pas déposé leurs dossier, mais le Conseil Constitutionnel a dû leur trouver un défaut de l'une des nombreuses conditions subsidiaires (conformité politique des parents...).
 
En annonçant ce 2 juin le rejet des deux candidatures, le Conseil Constitutionnel a également enjoint au chef de l'Etat par interim, le président du sénat dit Conseil de la Nation, de convoquer de nouveau une élection présidentielle, en application de son mandat essentiel. Interprète suprême de la constitution, le Conseil Constitutionnel juge donc que l'organisation d'une élection présidentielle valable prime sur le délai initialement accordé au chef de l'Etat par interim pour ce faire, en l'occurrence quatre-vingt-dix jours. Abdelkader Bensalah ne saurait rentrer chez lui (ou au sénat) le 8 juillet en se lavant les mains du futur du pays, et tous ceux, chefs de partis irresponsables et journalistes ignares, qui jubilaient bruyamment de la prochaine chute de l'Etat par péremption de la légitimité de son chef intérimaire, peuvent tempérer leur empressement anarchiste. Comme disait Charles Maurras, la république gouverne mal mais elle se défend bien. La deuxième république algérienne, comme la vingtaine de nouveaux régimes français depuis un peu plus de deux siècles, ne peut advenir que par un véritable coup d'Etat contre le régime antérieur. C'est justement ce que n'ont pas compris, ou pas voulu assumer en 2017, les admirables et consciencieux constitutionnalistes constructeurs de la république catalane, capables de construire un Etat de droit imparable et accompli, mais incapables de prononcer la simple mais fondamentale phrase de déclaration de sécession de l'Espagne.
 
Alors que les apparatchiks de partis politiques algériens croient se gagner les faveurs de "la rue" en refusant l'exercice de la démocratie représentative organisée, au prétexte de rejeter "le système" et sans réaliser qu'ils disqualifient irrémédiablement leurs partis, une poignée d'hommes d'Etat avisés et expérimentés ont tenté il y a deux mois de confier, anticonstitutionnellement certes, la direction de la nécessaire transition à un intérimaire aux pouvoirs limités mais exceptionnels. L'homme pressenti pour être investi de cette dictature de salut public, l'ancien président de la république Liamine Zéroual, a refusé ce mandat, puis le chef d'état-major de l'armée et vice-ministre de la Défense, dernier rempart actuel de la légalité, a fait arrêter ces "comploteurs". Ce fut d'ailleurs la plus grande faute du général Ahmed Gaïd Salah jusqu'à présent. Le général Mohamed Mediène, ancien homme le plus puissant d'Afrique bien que dénué d'ambition personnelle, n'a plus aucun pouvoir ou soutien et ne représentait certainement pas un danger pour l'Algérie, mais son trop facile défèrement à la justice, sans protestation d'aucun défenseur, éteindra sûrement la vocation de tout homme providentiel qui aurait pu espérer trouver des soutiens pour tenter de sauver l'Etat pour le salut du pays.
 
La justice algérienne, de son côté, ne chôme pas. Contrairement aux accusations infondées, le chef d'état-major n'a pas pris le pouvoir et ne donne pas d'ordre à la justice. Mais celle-ci a été libérée du joug des gérontocrates FLN corrompus, et a pu commencer à lancer une opération "mains propres" contre la nomenklatura dont les détournements saignaient le pays. Des dizaines de parasites voleurs, aux confins des milieux politique et économique, sont déjà sous les verrous. C'est d'ailleurs le signe principal montrant que l'oligarchie FLN est bien tombée et qu'il n'est pas nécessaire de poursuivre la révolution jusqu'à la destruction de l'Etat et de la jeune démocratie. Le nettoyage judiciaire de la haute direction des entreprises publiques ou parapubliques n'a d'ailleurs pas entraîné, pour l'instant, l'arrêt immédiat du peu d'activité économique algérienne et l'arrêt du versement des salaires et des prestations sociales, nécessaire au déversement de la population par-delà la Méditerranée. Au contraire la réduction sensible de l'émigration, depuis le début du mouvement, semble indiquer que les Algériens ont une certaine foi en l'avenir de leur pays, et pas encore de sentiment d'insécurité. Les instigateurs discrets n'arrêteront donc pas le hirak ("mouvement") avant l'épuisement des belles réserves financières du pays, et le désordre social complet.
 
Contrairement aux titres inflammatoires de certaine presse étrangère anglophone ou arabophone, il n'y a pas de répression en Algérie. Certes la police est parfois intervenue face aux provocateurs infiltrés pour déstabiliser par la violence les manifestations pacifiques, certes aussi la gendarmerie a parfois tenté d'empêcher l'entrée à Alger de manifestants amenés d'ailleurs en autobus (dont on ignore qui les a commandés), mais aucun pouvoir sécuritaire n'a cherché à faire appliquer l'interdiction légale de manifestation dans la capitale, dont les habitants sont ainsi de facto autorisés à manifester comme leurs concitoyens. Pour filmer de la violence provocative ou répressive quelque part entre Dunkerque et Tamanrasset, il est plus productif de couvrir les manifestations de quelques milliers de participants au nord de la Méditerranée que celles de plusieurs millions au sud.
 
L'un des derniers thèmes spontanément brandis par les manifestants du vendredi à la sortie de la mosquée consiste, sous des libellés divers, à refuser un pouvoir militaire et exiger un "Etat civil". En réalité, le refus de toute tentative de transition ordonnée le montre bien, c'est tout forme d'Etat, civil ou pas, que les ressorts cachés du hirak rejettent. On a rejeté la proposition de conférence nationale constituante faite, sous peu discret parrainage international (onusien et panafricain), aux derniers jours de la présidence Bouteflika. On a rejeté l'idée de transition constituante sous régime d'exception préparée par Toufik. Et on rejette la solution constitutionnelle de changement démocratique de chef d'Etat puis de lancement du chantier constituant organisé, toujours soutenue par le chef d'état-major et dernier vrai ministre respecté. Et maintenant on accuse celui-ci de militarisation du régime, ce qui est bien la dernière de ses intentions. C'est aussi la dernière des aspirations d'une armée algérienne suffisamment occupée à protéger les frontières des infiltrations atlantico-islamistes, et dernièrement préoccupée par l'annonce du parachutage du chef de l'Etat Islamique (surnommé al-Baghdadi) en ex-Libye, après qu'il ait été exfiltré par ses protecteurs de sa précédente zone d'opérations, la Syrie orientale sous occupation étatsunienne.
 
En fait il était évident, lorsque les chefs des trois principaux partis islamistes d'Algérie ont déclaré ne plus avoir confiance en aucune institution sauf l'Armée Nationale Populaire, et publiquement appelé celle-ci à diriger la transition, il y a un mois, qu'ils en attendaient bien sûr la liquidation de l'Etat, mais surtout l'incarnation d'un dernier représentant de la légalité, en l'occurrence le chef d'état-major, afin de le blâmer ensuite et disqualifier la dernière institution solide, si possible après l'avoir amenée à une confrontation violente avec "la rue". On n'a pas réussi à faire mal réagir l'armée, mais on accuse le très légaliste général Gaïd Salah de despotisme et dictature militaire, dont on aurait du mal à déceler la moindre trace dans les rues d'Algérie, certainement bien moins patrouillées que les lieux publics de France et de Navarre par exemple.
 
Les politiciens déserteurs, répétés par la presse inconséquente, appellent maintenant "solution politique" ce qu'ils appelaient initialement "solution consensuelle", c'est-à-dire avant tout anticonstitutionnelle et anarchique. Cela ne les amène par pour autant à proposer le moindre schéma de nature politique, ni à s'engager personnellement, comme politiciens expérimentés dans la gestion de l'Etat ou dans la collecte des suffrages, dans le règlement de la crise. Tous n'ont comme référence que l'article 7 de la constitution (qu'ils rejettent pourtant), selon lequel "le peuple est la source de tout pouvoir", en omettant l'article 8 selon lequel sa souveraineté, et son pouvoir constituant, s'exercent "par l'intermédiaire des institutions qu'il se donne [...] par voie de referendum et par l'intermédiaire de ses représentants élus". Dans leurs discours consciemment révolutionnaires et inconsciemment anarchiques, le fameux rejet du système signifie le rejet de tout processus organisé de solution. Une soixantaine de coordinations estudiantines, syndicats de salariés et ordres professionnels tentent bien de se proclamer collectivement "société civile", mais il apparaîtra inévitablement qu'ils ne représentent que leurs adhérents, une fraction de la petite population active. Même s'ils arrivent à élaborer un schéma commun de sortie de crise ou de processus constitutionnel, d'abord ils seront à leur tour accusés de confiscation par les chefs islamistes, et ensuite et surtout ils n'arriveront pas à faire légitimer et valider leur projet par un plébiscite.
 
Les très irresponsables chefs de partis politiques ont réussi à discréditer non seulement le gouvernement déchu mais également tout processus électoral, qu'ils assimilent au "système", alors qu'un accord des partis d'opposition, voire mieux de tous les partis, aurait permis d'organiser et de superviser un scrutin libre d'ingérence gouvernementale. Lorsque des urnes existent il ne se pose que la question de l'emplacement et la sécurité des isoloirs, et du contrôle du vote libre et unique de chaque électeur. Mais en Algérie les hommes politiques de tout niveau ont, cette année, unanimement rejeté l'exercice de la démocratie représentative. Or, si la démocratie directe est possible à l'échelon d'une petite cité, aucune place publique d'Algérie ne peut accueillir vingt millions d'électeurs, et aucune personne physique ou morale n'a la capacité et la crédibilité (encore moins la légitimité) d'effectuer en temps réel le décompte du vote à main levée de millions de personnes.
 
Le 30 mai, par un communiqué très largement diffusé, l'association des oulémas (dignitaires mahométans), silencieuse depuis l'explosion spontanée massive de la contestation à la sortie des mosquées le 22 février, a enfin publié sa préconisation. Les oulémas veulent eux aussi une conférence nationale, mais moins pour rédiger une constitution que pour établir des règles contre le "pourrissement politique, économique, social et culturel". Ensuite, comme tout le monde ils voient une période de transition politique, à commencer dès juillet, avant l'avènement du prochain régime. Ils demandent que cette transition soit dirigée par une "personnalité consensuelle" non élue, comme l'avaient déjà réclamé les chefs des partis islamistes début avril, en l'occurrence une personne non préalablement compromise dans la politique sous l'ancien régime. Ils estiment que le peuple s'est déjà assez exprimé, ou plus précisément que "le referendum fait par le peuple durant les vendredis du hirak suffit à lui-même". Après la période de transition, c'est une "compétition saine entre les acteurs de la scène politique" (pas un processus électoral) qui déterminera l'avenir du pays. A ce stade des recommandations, les oulémas ne précisent pas la procédure de détermination des acteurs de la scène politique, non compromis sous l'ancien régime, aptes à la saine compétition dans le futur contexte épuré de pourrissement politique, économique, social et culturel. Les oulémas ne font pas non plus, pour l'instant, de suggestion quant à la personnalité à désigner comme chef de l'Etat, par un "consensus" non électoral entre des décideurs pour l'instant indéfinis.
 
A titre anecdotique on remarquera que la mobilisation des masses est entretenue avec des thèmes nouveaux chaque vendredi, spontanément exhibés à la sortie des mosquées. Tour à tour le rejet de la candidature de Bouteflika, le rejet du scrutin du 18 avril, le rejet de la conférence nationale constituante, le rejet du gouvernement Bedoui, le rejet (en Kabylie) du totalitarisme arabe, le rejet du scrutin du 4 juillet, le rejet du "pouvoir militaire", la libération de Louisa Hanoune, la vérité sur le décès en prison de Kamal-Eddine Fekhar, et toujours bien sûr la mise à bas du système et le départ des politiciens. Mais tout cela reste informel et personne n'a présenté de processus fiable pour le décompte des manifestants du vendredi ou des opposants à telle ou telle option, aussi est-il facile de dire que le peuple refuse ceci ou cela, sans risquer de démenti. Si, vu d'hélicoptère, on peut estimer que quelques millions de personnes rejettent la politique du FLN, vu d'un balcon d'El Mouradia ou des Tagarins rien ne permet d'assurer que la majorité des vingt millions d'électeurs refusent tout processus démocratique représentatif.
 
Par ailleurs on notera aussi, après la désertion collective des politiciens (et l'absence du parlement dont les députés du peuple touchent pourtant leur salaire), l'écrasant silence du seul corps incontestablement élu, représentatif et proche des électeurs, à savoir les dizaines de milliers de maires et conseillers municipaux, seul corps qui serait pourtant capable, lorsque l'armée aura pris acte de la chute de l'Etat, d'organiser un chantier constituant national. Quant aux deux grands commis de l'étranger, discrètement retirés en mars, ils attendent peut-être qu'un carnage supérieur à celui de la décennie quatre-vingt-dix débouche, après effacement de l'armée algérienne, sur un mandat international.
 
Finalement, tout ce que l'on a anticipé ou exposé sur le sujet depuis octobre dernier se confirme, tant sur la décision de déstabilisation (http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.html), que sur son déclenchement sans surprise (http://stratediplo.blogspot.com/2019/03/destabilisation-de-lalgerie.html) et sur son apparente irréversibilité (http://stratediplo.blogspot.com/2019/04/loffensive-de-destabilisation-de.html).
 
Note : il ne faut pas voir dans ces lignes un plaidoyer en faveur de la démocratie mais une étude de cas de science politique.

dimanche 14 avril 2019

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois (http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.html) et dont on constatait le lancement le mois dernier (http://stratediplo.blogspot.com/2019/03/destabilisation-de-lalgerie.html), est désormais bien engagée et le processus est maintenant difficilement réversible.
 
Les foules qui ont spontanément et simultanément, dans tout le pays, décidé de manifester dans la rue en sortant des mosquées vendredi 22 février, continuent de le faire tous les vendredis et même depuis peu dans la semaine, en dépit de l'obtention de ce que la presse présentait comme la demande simple, mais non négociable, de ces foules. La rue est échauffée, les foules dites non coordonnées sont emballées et, comme un cheval qui a pris le mors aux dents, elles ne seront pas faciles à arrêter, comme l'expliquerait l'indémodable sociologue Serge Moscovici. D'ailleurs personne n'a cherché à le faire, puisque, compte tenu de la sympathie affichée à l'étranger pour le mouvement, toute la gent politique algérienne s'est sentie obligée de se déclarer immédiatement solidaire dudit mouvement. La classe politique lui a ainsi apporté une caution aveugle puisque le mouvement n'avait alors aucun chef apparent, et aucun programme avoué, donc aucune revendication spécifique ultime dont la satisfaction pourrait garantir la fin des protestations.
 
Il peut être utile ici de revenir sur les enchaînements politiques récents. Le 26 mars le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et vice-ministre de la Défense (le ministre en titre étant le président de la république), a appelé le Conseil Constitutionnel à constater l'incapacité totale du président et à lancer le processus d'empêchement, d'interim et d'organisation d'élection, tout cela en conformité avec la constitution qui prévoit effectivement la continuité des institutions en cas de vacance présidentielle. Faute de réaction du côté du Conseil, le général Gaïd Salah a renouvelé son appel, avec plus d'insistance, quatre jours plus tard.
 
Mais parallèlement, le 30 mars le général (à la retraite) Mohamed Mediène, l'éminence grise du régime dont le dernier coup de maître discret avait permis de renforcer la fonction présidentielle (http://stratediplo.blogspot.com/2015/09/le-mythe-toufik-passe-lhistoire.html), a convoqué le général retiré et ancien président Liamine Zéroual (homme du compromis pendant la guerre civile), dont le nom circulait depuis deux semaines, avec l'accord forcé du général Athmane Tartag (successeur de Mediène à la tête du renseignement et de la sécurité) et de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président. L'ancien président se vit proposer de piloter une instance chargée de "conduire la transition", ce qui correspondait à une relance de la feuille de route annoncée par la présidence le 11 mars, à savoir une conférence nationale constituante, dont la conduite avait alors été officiellement confiée à l'homme de l'ONU Lakhdar Brahimi le même 11 mars, sur lequel des rumeurs de démission ont circulé plus récemment. En fait l'initiative du général Mediène consistait en une investiture dictatoriale (au sens antique), le dictateur recevant les pleins pouvoirs pour un mandat bien déterminé (transition vers une nouvelle constitution) de salut public, de la part de l'ancien pilier du régime (Mediène) qui obtenait pour cela l'allégeance de la nomenklatura (Bouteflika) et des services sécuritaires (Tartag).
 
Ne se sentant vraisemblablement pas à la hauteur de la tâche, et prétextant l'écoute démophile de la rue, Liamine Zéroual a refusé ce mandat. C'est pourtant bien ainsi qu'avait procédé le père de l'indépendance de l'Algérie en mai 1958, brandissant de plus la menace militaire (opération Résurrection), en exigeant du président de la IV° république et du président du conseil les pleins pouvoirs pour fonder un nouveau régime, c'est-à-dire pour renverser la IV° république (française) ; assurant ironiquement ne pas avoir l'intention de "commencer une carrière de dictateur" à 67 ans, il mit effectivement fin à sa dictature quelques mois plus tard en s'investissant président d'un régime présidentiel taillé par ses soins à ses mesures.
 
De son côté le général Gaïd Salah, inflexible constitutionnaliste (et donc évidemment pas associé au projet de Mediène), a immédiatement dénoncé un complot anticonstitutionnaliste de la part de personnes sans mandat ni autorité politique, et insisté sur la solution légale, à savoir le constat de la vacance de la présidence et le déclenchement du processus constitutionnel menant à l'organisation d'une élection présidentielle sous 90 jours, par le président du Conseil de la Nation (sénat) automatiquement chargé de l'interim des fonctions de chef de l'Etat.
 
C'est bien là l'alternative qui incarne la déstabilisation de l'Algérie. Cela fait une bonne décennie que Mediène poussait à traiter séparément dans le temps la question de la réforme constitutionnelle et celle de la succession générationnelle, que la nomenklatura (que l'opinion réduit au ventriloque marionnettiste Saïd Bouteflika qui n'est soi-même qu'une marionnette) a repoussé jusqu'à l'inévitable collision des deux nécessités dans l'urgence dictée, au prétexte circonstanciel de l'élection présidentielle, par les puissances qui ont décidé l'année dernière de faire sauter l'obstacle algérien au déversement de l'Afrique en Europe, et ont peut-être quelque chose à voir avec l'impulsion spontanée télépathique massive du 22 février à manifester par millions en sortant des mosquées. L'alternative est entre un grand chantier de changement de régime et un changement organisé de personnel politique.
 
Un changement organisé de personnel politique suppose l'organisation d'élections d'abord présidentielles puis législatives, sous le pilotage temporaire des autorités intérimaires prévues par la constitution, qui dans un souci de stabilité interdit la démission du gouvernement, la dissolution de l'assemblée, la candidature du chef d'Etat par interim (le président du sénat) à la présidence de la république, ainsi que toute modification constitutionnelle (ou légale majeure) précipitée. Les modifications constitutionnelles par un parlement représentatif des souhaits les plus récents de la population ne peuvent avoir lieu qu'après l'élection d'un nouveau parlement, elle-même consécutive à l'élection présidentielle. C'est l'option démocratique, où le nombre de voix écrites comptées dans les urnes l'emporte sur le volume estimé des vociférations dans la rue. La presse qui se dit à l'écoute du peuple pourrait soutenir cette solution, demandée par le chef de la seule institution en laquelle les Algériens aient infailliblement confiance, à savoir l'armée. Mais au contraire, pour complaire à l'étranger par une interprétation révolutionnaire des mouvements massifs mais pacifiques et sans revendication précise, la presse promeut le lancement désordonné d'un grand chantier de changement de régime, tout en refusant "par principe" qu'il soit conduit selon la proposition gouvernementale du 11 mars d'une conférence nationale constituante sous gouvernement transitoire. Le mot d'ordre non-dit est l'anarchie (commencer par tout détruire), qu'on s'interdit d'appeler chaos au prétexte de la bonne volonté des masses populaires censée n'avoir pas besoin de méthodologie.
 
La solution Mediène est finalement une tentative de compromis, mais de compromis ferme pour mise en oeuvre rapide (prendre de court les déstabilisateurs), à savoir reconnaître le caractère exceptionnel de la crise qui met en danger le pays, entériner le besoin d'un changement de régime en-dehors du cadre fourni par la constitution, et confier arbitrairement à une équipe compétente le lancement d'un chantier refondateur sur la base d'un compromis inclusif avant l'effondrement total de l'Etat. Mais c'est aussi un premier bousculement de la constitution, qui en théorie légitime toute autre dérive ultérieure, selon le paradigme bien connu des théoriciens de la révolution : accepter le principe de la révolution interdit d'en concevoir la fin.
 
Le problème est que l'essentiel de la ressource politique compétente, tant celle susceptible de conduire la transition que celle susceptible d'assurer la relève, a déjà accepté le discours de l'anarchie bienveillante (à l'opposé de l'empirisme organisateur), déclare s'en remettre à la rue et refuse de participer à toute discussion ou réflexion sur le futur ou la méthodogie. Les uns après les autres, les politiciens démissionnent voire même abandonnent leurs fonctions au sein des partis politiques, comme pour se dégager de toute responsabilité quant à l'avenir du pays, ou simplement prétendre se recréer une "virginité" hors gouvernement et hors partis, à la manière Chirac ou Macron. Cette fièvre du lavement de mains a touché jusqu'à Saïd Saadi, autrefois espoir d'une alternance compétente, et contraint les journalistes à questionner les seuls qui osent encore exprimer une opinion, comme la trotskiste Louisa Hanoune... ou les islamistes au début discrets.
 
Dimanche 31 mars la présidence de la république a officiellement nommé les membres du gouvernement Bedoui, le deuxième puisqu'un premier gouvernement Bedoui avait été nommé le 11 mars. Hormis six ministres reconduits (dont le premier ministre, le vice-ministre de la Défense...), ce gouvernement est essentiellement constitué de pointures de seconde catégorie, les vrais politiciens sollicités s'étant certainement faits porter pâles malgré l'interdiction de sortie de territoire imposée par le ministère de la Défense à tous les apparatchiks et suspects de corruption. Le seul aspect notable de la nouvelle équipe gouvernementale en est la disparition des hauts agents de la "communauté internationale", Ramtane Lamamra nommé vingt jours plus tôt ministre des Affaires Etrangères et Lakhdar Brahimi chargé vingt jours plus tôt de conduire la conférence nationale constituante, dont des rumeurs sur leur hésitation à s'engager pour le sauvetage de l'Algérie avaient vite suivi leur nomination... pourtant certainement acceptée avant annonce. Le retrait de Lamamra du ministère des Affaires Etrangères a d'abord été interprété comme l'indice d'une intention de le nommer le 1er avril au sénat, dont il aurait pu être choisi président et donc futur chef de l'Etat par interim, en remplacement du très décrié Abdelkader Bensalah (qui n'aurait eu qu'à démissionner de la présidence du sénat pour laisser la place), mais ce ne fut finalement pas le cas, Lamamra ayant décliné l'offre au dernier moment.
 
Le 2 avril la présidence de la république, qui avait annoncé la veille l'imminence de décisions importantes, a simplement communiqué la démission du président Abdelaziz Bouteflika, et le 3 avril le Conseil Constitutionnel a notifié au parlement la vacance présidentielle, et donc l'accession automatique du président du sénat Abdelkader Bensallah à l'interim des fonctions de chef de l'Etat. Les ragots sur une possibilité de nationalité étrangère (marocaine) de ce dernier sont sans intérêt puisque la constitution n'exige pas dudit intérimaire les mêmes conditions que pour un président de la république. Une élection présidentielle doit avoir lieu pendant le mandat intérimaire de 90 jours, et est déjà annoncée pour le 4 juillet, et le chef d'Etat par interim n'a aucun pouvoir constitutionnel ou même gouvernemental, ne pouvant par exemple même pas accepter la démission d'un ministre, ce qui gèle non seulement la constitution mais également la composition du gouvernement. Dès le début de la semaine tout le monde, y compris la presse gouvernementale, notait déjà l'impopularité et le défaut d'autorité du nouveau gouvernement, les "ministres" stagiaires étant hués voire éjectés à chacune de leurs apparitions publiques, ce qui ne peut que conforter la décision des vrais politiciens de se faire oublier pendant quelque temps et d'éviter le processus de transition.
 
Parenthèse, le 5 avril la communication gouvernementale a annoncé le limogeage du général Athmane Tartag, qui dépendait directement de la présidence de la république, et le rattachement de tous les services de sécurité au ministère de la Défense. Cette restructuration n'a pu légalement intervenir qu'avant le 2 et, affaiblissant le régime politique pour renforcer le pilier militaire, pourrait indiquer un ralliement du général Mediène, sinon à la solution constitutionnelle prônée par le général Gaïd Salah, du moins à la seule institution solide, l'armée.
 
Evidemment le 5, les manifestations du vendredi ont eu lieu pour la septième fois, comme si rien n'avait changé (et encore avant-hier 12 avril). De leur côté les chefs des deux principaux partis islamistes, Abderrazak Mokri et Abdallah Djaballah, sont finalement sortis de la réserve censés les dissocier de ces manifestations spontanées à la sortie des mosquées, pour appeler à une solution "consensuelle" c'est-à-dire non constitutionnelle. Ils exigent la démission du président du Conseil Constitutionnel Belaïz et du Conseil de la Nation (sénat) Bensallah, dont ils ne reconnaissent pas la nomination comme chef d'Etat par interim, ainsi que du premier ministre Bedoui et de tout le gouvernement. Ils estiment que la solution ne peut sortir que d'un préalable "vide institutionnel" (que la science politique nomme anarchie), à savoir la désintégration immédiate de toutes les institutions sauf l'armée, qui pourrait être chargée de conduire un dialogue national devant aboutir à la désignation d'une personnalité et d'une équipe consensuellement acceptées par le mouvement de contestation populaire. Voilà évidemment plus un voeu religieux qu'une méthodologie de changement, et plus l'assurance de conflits que de résultats.
 
A ce jour l'encouragement du maintien de la frustration de la rue, tant par l'étranger que par la presse algérienne complaisante envers la dynamique révolutionnaire et les rares politiciens qui ne veulent pas se faire oublier, semble compromettre tout retour à la normalité. Si l'armée n'obtient pas le rétablissement du respect de la constitution, les agitateurs obtiendront ce qu'ils demandent ouvertement, l'écroulement de tout le système, car comme on l'écrivait le 17 octobre "bousculer le régime serait détruire l'Etat". La suite sera écrite d'une part par des événements anarchiques pouvant mener à la guerre civile, et d'autre part par les (deux) grands commis de l'étranger qui avaient été prépositionnés pour la "transition" puis se sont retirés pour ne pas devoir la conduire dans un cadre organisé. Ceci rappelle le fameux conseil de l'ambassadeur Warren Zimmerman au président Alija Izetbegovic, après la signature de l'accord de Lisbonne du 22 février 1992...
 
La déstabilisation de l'Algérie semble acquise.

mercredi 13 mars 2019

déstabilisation de l'Algérie

La fièvre du vendredi matin, que l'on constatait en Syrie en juin 2011, touche à présent l'Agérie. Elle ne saurait surprendre ceux qui ont vu se multiplier les préparatifs en vue de la déstabilisation qu'on annonçait le 17 octobre 2018 (http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.html).
 
A peine un mois après cet article, un groupe de 43 "syriens" infiltrés clandestinement par la frontière malienne a été arrêté près de Tamanrasset. En langage algérien cela signifie, comme dans le cas des dits "afghans" des années quatre-vingt, des mercenaires d'origines diverses ayant servi en Syrie, mais du moins sait-on qu'il s'agissait d'arabophones, pas de Français (plus gros contingent européen détaché en Syrie). Il y avait en tout cas parmi eux de vrais Syriens, anciens officiers déserteurs passés aux forces islamistes. Porteurs de grosses sommes d'argent destinées au recrutement de réseaux en Algérie, ils se sont réclamés de l'Armée Syrienne Libre (faction soutenue notamment par la France), ont en effet bénéficié immédiatement de pressions étrangères en vue de leur libération et surtout de leur éviter un renvoi vers la Syrie, et ont été expulsés début décembre en direction du Soudan prêt à les recevoir, avec un groupe de Yéménites (ou islamistes arabes revenus du Yémen) d'effectif non diffusé. Quelques jours plus tard 53 Palestiniens ont été à leur tour capturés dans la région de Tamanrasset après leur infiltration. Puis le 8 décembre une trentaine de "syriens" a encore été capturée à Tamanrasset, et d'autres encore à Ghardaïa. Quelques individus avaient quitté la Syrie, après la défaite de l'Etat Islamique, par la Jordanie, mais la grande majorité étaient passés par la Turquie d'où ils avaient ensuite été acheminés par avion vers Khartoum, dotés là de faux passeports soudanais, transférés par voie aérienne à Bamako et de là par voie terrestre sous escorte armée.
 
Si des centaines de mercenaires islamistes ont été ainsi interceptés depuis novembre il est difficile d'estimer combien ont été introduits sans être interceptés. Le 2 janvier le ministère de l'Intérieur a révélé que des centaines de "syriens" avaient ainsi été capturés, après leur entrée clandestine par la frontière malienne alors que les Syriens n'ont pas besoin de visa pour se rendre légalement en Algérie, et a annoncé des mesures comme l'interdiction formelle aux Syriens d'entrer par la frontière sud dans un pays qui a accueilli légalement 50000 vrais réfugiés syriens depuis le début de la guerre. Pour sa part le Mali ne cache pas son hostilité (récente) envers l'Algérie, coupable d'avoir décidé en 2017 l'expulsion du cinquième de la centaine de milliers de clandestins dits subsahariens (parmi lesquels on estime 5% d'islamistes), et d'y avoir procédé de manière à dissuader la récidive, en déposant ces clandestins "en plein désert", en l'occurrence sur la route mais à la frontière puisque l'armée algérienne ne saurait faire incursion en territoire malien. Ainsi la police malienne n'a pas empêché l'attaque et le saccage de l'ambassage algérienne à Bamako par des "refoulés" le 12 mars de l'année dernière. Certes le nord du Mali, par où passe l'infiltration des mercenaires islamistes pour entrer en Algérie, est pour sa part pratiquement contrôlé par la France, au nom de l'Union Européenne.
 
Parallèlement aux infiltrations d'islamistes étrangers l'armée algérienne a découvert des centaines de caches le long des frontières orientales et méridionales, avec bien sûr des stocks alimentaires et du carburant mais surtout de l'armement, y compris collectif, antichar (lance-roquettes) et antiaérien sophistiqué (missiles). En matière d'armement individuel la presse algérienne déclare que l'armée a saisi en quelques mois, fin 2018, quarante-huit millions de munitions (il y a peut-être un zéro de trop). Et fin décembre un cargo chargé d'armement, provenant de Turquie, a été appréhendé à son arrivée en Tripolitaine. Il est difficile d'attribuer tout cela à un mouvement spontané, pas plus que les recommandations de gouvernements européens envers leurs ressortissants d'éviter, en cas de tourisme au Maroc, la zone frontalière avec l'Algérie.
 
C'est pourtant très spontanément qu'ont éclaté les manifestations monstres du 22 février, immédiatement qualifiées de protestations à l'annonce de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle du 18 avril, mais dont il n'est pas interdit de se demander si elles n'auraient pas spontanément trouvé un autre motif au cas où celui-là ne se serait pas présenté. En effet si une telle mobilisation avait eu lieu deux mois plus tard, dans les isoloirs habituellement massivement boudés par l'électorat algérien, un candidat honni n'aurait certainement pas pu être élu. Et d'ailleurs peu d'Algériens croient que c'est la momie présidentielle qui gouverne réellement leur pays, entre ses séjours médicaux en France. Sans le moindre préavis sur "réseau social", des centaines de milliers d'Algériens sont sortis dans la rue pour manifester dans quasiment toutes les grandes villes, y compris à Alger où c'est interdit depuis 2001. La presse, prise par surprise, ne l'a ni vu venir ni même rapporté le soir, et a dû s'informer et se concerter dans la nuit pour rendre compte de l'événement le lendemain samedi. Plus de trois semaines plus tard tout le monde assure ignorer qui a appelé à cette marche du vendredi 22 février, qui s'est ensuite reproduite vendredi 1er mars, puis vendredi dernier 8 mars et se reproduira certainement vendredi prochain 15 mars. Dans tout le pays, en fin de matinée et en synchronie surprenante, les gens se sont spontanément mis à manifester en sortant des dizaines de mosquées des grandes villes, comme si une révélation prophétique leur était soudainement apparue sans que personne ne leur donne de consigne.
 
Il y eut certes une exception, à Bougie, la ville dont le régime fondé par le colonel de Gaulle entend faire oublier qu'elle a donné son nom français à la chandelle de cire. Vendredi 22 février, dans son homélie, le moufti de Bougie a appelé ses ouailles au calme et au respect de l'ordre constitutionnel dans la période troublée que traversait le pays. Ignorant ce qui se passait au même moment dans d'autres mosquées, et donc choqués qu'un ministre du culte se mêle soudain de politique, et de plus qu'il appelle la population kabyle à soutenir le régime arabe, de nombreux fidèles sont alors sortis de la mosquée. C'est certainement par une heureuse coïncidence, ou une inspiration divine, que ce moufti a appelé au respect de l'ordre au moment même où dans de nombreuses mosquées du pays des centaines de milliers de personnes acquéraient collectivement l'idée de manifester spontanément en sortant.
 
Le 9 mars un appel à la grève générale de cinq jours a été lancé, paraît-il par un petit syndicat méconnu, très généralement diffusé et relativement bien suivi le 10 mars. A ce sujet il faut savoir que la culture syndicale et gréviste n'est pas la même en Algérie qu'en France. Dans un pays socialiste les employés ne servent pas le grand capitalisme privé mais la population, et dans un pays pauvre ils savent que ce sont leurs compatriotes qui souffriront de toute interruption des services essentiels. Un bel exemple est celui du métropolitain d'Alger, dont la grève consiste à débrancher les distributeurs de tickets et fermer les guichets (plus quelques bouches de métro) afin que les usagers puissent utiliser le transport public gratuitement. Dans certaines villes, une sorte d'incertitude quant à l'ampleur et la suite des événements a fait fermer pratiquement tous les petits commerces, mais en même temps les commerçants discutaient avec leurs clients sur le trottoir des difficultés qu'entraînerait la prolongation de cette grève. Tous les débats publics, oraux ou écrits, montrent que l'opinion est très divisée et n'est certainement pas majoritairement acquise à une véritable grève de cinq jours. Là comme en matière de manifestation, la seule coordination qui soit apparue au grand jour est celle des étudiants, rejointe aujourd'hui par les enseignants. Des étudiants préparent aussi un service d'ordre pour contrer les provocateurs, introduits vendredi dernier en marge des manifestations pacifiques comme à Kiev il y a cinq ans.
 
Rapatrié d'urgence par vol bleu de Genève où il était hospitalisé, l'homme faible du régime a annoncé avant-hier lundi 11 sa mission ultime de fondation d'un nouveau régime, le report de l'élection présidentielle, un remaniement ministériel, le lancement d'une grande "conférence nationale" ou remue-méninges devant préparer pour fin 2019 un projet de constitution pour soumission à referendum, la tenue ensuite d'une élection présidentielle conforme aux prédicats étrangers, la formation d'un gouvernement de transition avant l'élection présidentielle, et le retrait du dictateur (au sens classique de chargé de mission exceptionnelle avec pleins pouvoirs) à l'issue de l'élection présidentielle.
 
En Algérie comme à l'étranger l'annonce présidentielle a été perçue comme un projet de prolongation du mandat et du régime, et donc reçue négativement par les aspirants au changement et positivement par les tenants de la stabilité. En Kabylie la réaction assez générale des journaux et des réseaux sociaux semble être un appel à la sécession.
 
Plus franchement encore que lors de l'interruption du processus électoral parlementaire en décembre 1991, les gouvernements des grandes puissances ont officiellement déclaré approuver le plan gouvernemental, à l'exception notable de l'allié de l'Algérie, la Russie, qui conformément à sa doctrine de non-ingérence et au droit international déclare ne pas se prononcer sur une question interne. Dans les Etats de non-droit comme les Etats-Unis et les pays arabes la presse commente le fond de la décision gouvernementale, en Europe quelques médias comme Le Monde et la BBC soulignent qu'elle viole la constitution algérienne, sans pour autant la qualifier de coup d'Etat comme le fait une partie de la presse algérienne. D'une manière générale l'ensemble de la presse occidentale dépendante des agences monopolistiques des pays de l'OTAN (AFP, Reuters et AP), suivie par la presse des pays arabes, dénonce la manoeuvre gouvernementale et annonce le chaos. L'illustre libérateur de la Cyrénaïque et éminence grise du gouvernement français, connu pour ses appels au bombardement de Belgrade puis de Moscou au siècle dernier et plus récemment sa prose d'appel à la haine contre le président russe, a dès lundi appelé la population algérienne à la révolution.
 
En réalité un certain nombre de puissances et de pouvoirs étrangers attendaient ou préparaient la déstabilisation. Quelques jours après les manifestations surprise du 22 février, Amnesty International et ses soutiens ont fortement appelé les forces de l'ordre algériennes à la retenue en vue des manifestations du vendredi suivant. Cette ingérence est particulièrement notable alors que seuls 41 activistes violents avaient été interpellés (et libérés au bout de quelques heures) sur des centaines de milliers de manifestants, quand en France les manifestations de, paraît-il, quelques dizaines de milliers de personnes le samedi (le néo-poujadisme est constitué de travailleurs) donnent lieu à des milliers d'arrestations et de placements en garde à vue ou défèrements immédiats. Elle surprend aussi dans la mesure où la police a unanimement toléré (et parfois accompagné) les manifestations, y compris à Alger où elles sont prohibées, en singulier contraste avec la France, condamnée en cela par le Parlement Européen, où chaque manifestation donne lieu à des violences gouvernementales inouïes avec tortures et mutilations ciblées.
 
Algérie Patriotique de ce mercredi relaie, avec force détails troublants, des révélations persanes sur les préparatifs organisés de la déstabilisation de l'Algérie (www.algeriepatriotique.com/2019/03/13/un-plan-de-destruction-de-lalgerie-est-entre-en-action-a-partir-du-maroc/). Dans un centre de coordination installé à Rabat, un certain nombre d'agents étatsuniens, marocains et de spécialistes d'Otpor (l'agence initialement serbe financée par Soros pour les "révolutions de couleur") travailleraient depuis déjà un an à la planification, au financement et au ravitaillement de mouvements activistes en Algérie, et des cadres algériens auraient suivi là six mois de formation intensive. Deux douzaines d'officiers étatsuniens, marocains, serbes et français (et quelques Algériens félons), seraient déjà à pied d'oeuvre dans deux états-majors de conduite opérationnelle déployés à Oujda et Errachidia (Maroc), et des dizaines d'autres formeraient déjà un millier de futurs miliciens dans trois camps d'entraînement (dont un en Mauritanie), tandis que deux bases de soutien logistique auraient été installées en Tunisie.
 
Pourtant le gouvernement algérien s'est conformé aux discrètes injonctions uniopéennes et françaises de revirement politique en matière migratoire. Dès le 14 février, donc avant le déclenchement de la crise actuelle, Ramtane Lamamra, ancien ministre des Affaires Etrangères, a été désigné conseiller diplomatique spécial auprès de la présidence, comme pour superviser ou court-circuiter le ministre des Affaires Etrangères. "Kabyle de service" comme disent les Berbères, diplomate de formation et spécialiste de l'Afrique (subsaharienne surtout), Lamamra est un homme de l'Union Africaine et de l'ONU, qui a accompli de multiples missions pour l'une et l'autre, ainsi que pour diverses agences du système onusien. Son aversion pour la politique de contention de l'immigration illégale subsaharienne n'est pas un secret. Estimé par les hauts fonctionnaires internationaux, il est particulièrement apprécié de Federica Mogherini, ministre des Affaires Etrangères de l'Union Européenne. Il est membre du conseil d'administration de la fameuse officine de conception et déclaration de crises déstabilisatrices International Crisis Group.
 
L'hospitalisation d'Abdelaziz Bouteflika à Genève, au surlendemain des premières manifestations spontanées à la sortie des mosquées, était en fait un paravent à des consultations discrètes organisées par son frère Saïd à l'avance, puisque les visites ont débuté le jour même de leur arrivée, dimanche 24 février. Un envoyé spécial de haut rang du président Emmanuel Macron a même été reçu en même temps que Ramtane Lamamra, et dès lundi 25 l'agence Reuters émettait l'hypothèse d'une remise directe du pouvoir présidentiel à Lamamra par Bouteflika. Diverses personnalités et diverses formules de transmission du pouvoir, manifestement préparées ailleurs, ont été présentées ou recommandées au président à l'occasion de plusieurs entrevues de courte durée. Le 2 mars Euronews a annoncé que le président allait annoncer la nomination de Lamamra comme premier ministre.
 
Finalement un remaniement ministériel a eu lieu avant-hier 11 mars. Ramtane Lamamra redevient ministre des Affaires Etrangères, mais aussi vice-premier ministre, poste nouvellement créé pour renforcer sa position alors qu'il eût suffi de le nommer ministre d'Etat, comme lors de son premier mandat de ministre des Affaires Etrangères et à la différence de son successeur d'alors, et prédécesseur d'aujourd'hui, Abdelkader Messahel autodidacte arabe dont les détracteurs algériens fustigent le français grossier et l'arabe primaire. L'étranger, surtout, reprochait à Messahel son soutien dès juillet 2017 à la politique de fermeté face à l'immigration illégale, mise en oeuvre par le premier ministre Ahmed Ouyahia devant l'accroissement subit des flux d'origine subsaharienne, la menace de leur transformation en une route clandestine massive vers la France, et dernièrement l'apparition d'une composante arabe islamiste en marge de ces flux. Accessoirement le Maroc lui reprochait sa dénonciation du premier narco-Etat au monde (en réalité après l'Afghanistan). Le premier ministre kabyle Ahmed Ouyahia a été démissionné, selon le souhait de tous les appareils internationaux, uniopéens et crypto-gouvernementaux qui lui reprochaient depuis sa nomination en 2017 son combat contre l'immigration clandestine, d'ailleurs soutenu par la population algérienne. Il est remplacé par l'Arabe anti-kabyle Noureddine Bedoui, apparatchik issu de l'administration préfectorale et ministre de l'Intérieur du gouvernement Ouyahia, chouchou des chancelleries occidentales et dont le mérite principal est d'avoir régulièrement manifesté son opposition à la politique de lutte contre l'immigration clandestine, et d'avoir lancé un recensement national vraisemblablement destiné à une régularisation massive.
 
Enfin, en marge du gouvernement, le président a aussi nommé, pour piloter la conférence nationale constituante, l'islamiste arabe Lakhdar Brahimi, haut fonctionnaire de l'ONU, ancien secrétaire général adjoint de l'ONU et de la Ligue Arabe, plusieurs fois représentant spécial du Secrétaire Général de l'ONU, membre du comité des Elders (chibanis) pour la Paix de l'ONU, grand pourfendeur de la souveraineté des Etats, et dont la mission impossible et hypocrite en Syrie ne lui a pas permis de faire valoir les talents de conciliation que nécessitent la convocation d'Etats Généraux en Algérie. Sa nomination ressemblerait presque à une mise sous tutelle internationale de l'Algérie en crise provoquée.
 
Lundi 11 mars, le pouvoir politique algérien semble avoir abdiqué sa souveraineté et ses frontières et mis le pays sous contrôle étranger en croyant éviter la déstabilisation qui entre en phase finale. Deux-tiers des Algériens d'aujourd'hui n'ont pas connu la guerre civile islamique des années quatre-vingt-dix et ignorent où va leur pays.
 
La description du pays "sapin" présentée en pages 93 à 100 du Septième Scénario de Stratediplo (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html) peut être utile à la compréhension des forces, faiblesses et capacités actuelles de l'Algérie.

vendredi 1 mars 2019

haro sur le Vénézuéla

On s'interroge sur les tenants et les aboutissants de l'imminente entrée en guerre des Etats-Unis d'Amérique contre le Vénézuéla.
 
Tout d'abord il faut remarquer que l'intention n'est pas nouvelle. On aurait des difficultés à recenser toutes les tentatives de coup d'Etat interne ou par des acteurs formés à l'étranger, de déclenchement de conflit frontalier, de déstabilisation post-électorale ou de provocation de soulèvement populaire, depuis une vingtaine d'années. Envers ce pays les intentions des Etats-Unis sont plus constantes, par exemple, qu'envers l'Iran, l'Irak, la Corée du Nord, la Libye ou d'autres puissances moyennes disposant d'alliés ou de moyens de rétorsion, ce que le Vénézuéla n'a pas. De plus les Etats-Unis peuvent toujours compter sur la rivalité voire l'inimitié traditionnelle du voisin occidental, dont ils continuent de contrôler la politique même si leur soutien militaire au gouvernement légal n'est plus "justifié" par leur soutien secret à la guérilla communiste, soutien qu'avait prouvé notamment le président Alberto Fujimori du Pérou (par lequel transitaient les armes étatsuniennes destinées aux Forces Armées Révolutionnares de Colombie).
 
Comme toujours, la politique des Etats-Unis est dictée par leurs intérêts économiques, à savoir la promotion et le soutien du dollar qui assure leur free lunch. Pour mémoire en Irak l'une de leurs premières opérations, après l'abandon de la cotation du prix du pétrole en euro (motif réel de l'agression) et le rétablissement de sa cotation en dollar, fut non pas l'accaparement mais la destruction de la capacité de production pétrolière, pas encore restaurée quinze ans plus tard. Là comme ailleurs ce qui intéresse les Etats-Unis est la déstabilisation des producteurs et donc du marché international du pétrole par l'introduction de facteurs de chaos ou de risques de réduction soudaine de la production mondiale. Pour mémoire, eux-mêmes ne paient pas leur pétrole au tarif Brent du marché international mais à un tarif privilégié (le West Texas Intermediate) négocié auprès du Mexique et du Canada. Avec la hausse des tarifs pétroliers payables évidemment (sous peine d'invasion) en dollars, le monde entier a besoin de toujours plus de dollars et doit donc exporter ses produits vers les Etats-Unis où sont "imprimés" (sous forme électronique et illimitée) lesdits dollars.
 
Il y a certes eu une suspension temporaire de cette politique de déstabilisation des marchés pétroliers, ou du moins de son orientation à la hausse des cours. En effet les Etats-Unis ont (régulièrement) déclaré la guerre à la Russie en mars 2014, en raison de son acceptation de la réunion de la Crimée effrayée du programme de déportation des Criméens annoncé par le régime malorusso-galicien issu du coup d'Etat du 22 février en ex-Ukraine. Dès lors, en complément du blocus économique de la Russie, les Etats-Unis ont sapé les cours du pétrole en achetant (et revendant) par le biais de leurs deux compagnies pétrolières installées en Turquie le pétrole volé à la Syrie par leurs supplétifs islamistes et acheminé en Turquie par la noria de milliers de camions, qu'interrompra finalement l'intervention russe en octobre 2015. Les cours mondiaux du pétrole ont été plus que divisés de moitié, ce dont a évidemment souffert le premier exportateur mondial, la Russie, ainsi mise en difficulté économique.
 
Cependant cette politique de dommages à la Russie au moyen des cours pétroliers a montré ses limites. Tout d'abord la Russie a encore diversifié ses exportations, qui n'étaient d'ailleurs pas aussi monolithiques que les économistes étatsuniens cherchaient à le croire et faire croire, et est redevenue un exportateur majeur, par exemple, de produits agricoles grâce à une politique déterminée d'accroissement de sa production mais aussi de développement rapide d'une industrie de transformation agro-alimentaire. Accessoirement, elle a facilement augmenté ses exportations d'un armement plus moderne que celui de ses rivaux occidentaux, et qui a eu l'occasion de montrer son efficacité. Et justement, le résultat inattendu des préparatifs de guerre contre la Russie a été, après le rétablissement du niveau de vie de sa population meurtrie par le choc économique initial, le développement de nouvelles générations d'armement dans à peu près tous les domaines, assurant au pays une supériorité qualitative durable puisque dans certains domaines l'état actuel de la technologie ne permet pas de concevoir de parade à ses armements (hypersonique par exemple).
 
D'autre part les armements russes modernes sont bien plus compétitifs et meilleur marché que les armements étatsuniens périmés. Bien que le produit intérieur russe par tête soit encore, en termes de parité de pouvoir d'achat, inférieur de moitié à celui des Etats-Unis, et que la pression fiscale soit également inférieure (or les Etats-Unis sont eux-mêmes un paradis fiscal en comparaison avec les autres pays développés notamment européens), l'Etat russe est un bien meilleur gestionnaire de fonds publics que les Etats-Unis où sévissent le gaspillage et la corruption institutionnelle pudiquement appelée "surfacturation" et dont un colossal exemple est le programme failli de l'avion F-35. Les mesures économiques de coercition fallacieusement appelées "sanctions" n'ont rien arrangé, et si en 2013 un dollar permettait d'acheter vingt fois plus d'armement en Russie qu'aux Etats-Unis, en 2019 il permet d'en acheter vingt-cinq fois plus. Il faut ajouter à cela qu'en se concentrant sur les programmes défensifs ou dissuasifs le gouvernement russe disperse moins son budget que les Etats-Unis dont les forces armées servent une stratégie agressive (porte-avions, bases à l'étranger...).
 
En fin de compte les Etats-Unis ont été obligés de constater (discrètement) l'échec et l'inutilité de leur politique d'affaiblissement de la Russie par la réduction forcenée des cours mondiaux du pétrole, et reviennent à leur politique, constante depuis 1971 hormis cette parenthèse 2014-2018, de poussée des cours à la hausse, au moyen de l'instabilité internationale, censée tirer la demande mondiale de dollars.
 
L'autoproclamation présidentielle de l'ex-président de l'assemblée nationale vénézuélienne au lendemain de sa révocation par la cour suprême et constitutionnelle a certainement été dictée par les pays qui n'attendaient que cela pour lui accorder leur reconnaissance officielle, et la retirer simultanément au gouvernement vénézuélien. Mais la planification politico-militaire du conflit est antérieure, puisque certains pays membres de l'Union Européenne et de l'OTAN ont décidé dès l'année dernière d'enjoindre à leurs banques ne plus honorer les opérations interbancaires, par le système SWIFT, originaires ou à destination de toute banque filiale d'une banque vénézuélienne, et de spolier leurs clients. Ainsi, il y a déjà six mois, à l'occasion d'une demande de virement entre deux banques, dont une filiale de banque vénézuélienne, des citoyens de pays membres du Mercosur se sont vus refuser l'acheminement, mais confisquer 23% du montant, par des banques européennes apparues comme "intermédiaires SWIFT" entre deux banques sudaméricaines, juridiquement personnes morales non vénézuéliennes enregistrées dans des pays hors Vénézuéla. La déstabilisation ou l'attaque du pays était donc déjà décidée, et connue de certains pays et de leurs banques, avant le prétexte de l'autoproclamation présidentielle de Juan Guaido.
 
Du côté des Etats-Unis la longue litanie des tentatives de coup d'Etat ou de déstabilisation s'est aussi accompagnée de mesures économiques de coercition s'apparentant à un véritable blocus économique, dont la population vénézuélienne a sévèrement souffert, la destruction de la monnaie locale et l'hyperinflation ayant amené la misère et la famine, avec pour seul avantage de ne laisser aucun doute sur le caractère humanitaire des intentions étatsuniennes. Le droit international n'ayant pas accepté de restreindre la souveraineté des Etats au nom d'un hypothétique "droit d'ingérence humanitaire" que la diplomatie française entendait instaurer dans les années quatre-vingt-dix, et le Vénézuéla ne menaçant aucun pays, la dernière manoeuvre étatsunienne a consisté à tenter d'obtenir un bain de sang sur la frontière colombo-vénézuélienne. C'était le rôle de l'incursion par effraction d'un convoi prétendu humanitaire mais escorté par des militants armés qui n'ont pas hésité à faire le coup de feu et à jeter des coctels Molotov, contre la police des frontières tenue d'arrêter tout véhicule étranger cherchant à entrer clandestinement dans le pays sans visa ni soumission aux contrôles. La violation de la frontière par un tel convoi armé, qui plus est par une sorte de milice civile non identifiée ne portant pas l'uniforme de l'armée colombienne régulière (ce qui n'exonère pas la Colombie de sa responsabilité puisque ledit convoi venait de son territoire), ne pouvait être acceptée par un pays souverain.
 
Néanmoins il fut le prétexte à la saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU, compétent en matière de menace à la paix internationale, par le pays qui venait de menacer le Vénézuéla d'une agression armée, en l'occurrence les Etats-Unis, qui ont préparé un projet de résolution intimant au gouvernement du Vénézuéla de révoquer son président élu et de convoquer des élections extraordinaires. Ce projet de résolution n'a aucune chance d'être accepté par le Conseil de Sécurité mais permettra une fois de plus aux Etats-Unis de dénoncer une "obstruction" russe, et de faire diffuser par les trois agences de presse monopolistiques de l'OTAN l'idée d'une "crise vénézuélienne" à résoudre, alors que c'est d'eux que vient comme d'habitude la menace à la paix internationale.
 
Les Etats-Unis n'obtiendront vraisemblablement pas d'appui militaire de leurs alliés européens dans cette campagne, et donneront un cachet multinational à leur entreprise grâce au moins à la Colombie, qui se prépare à ce conflit depuis des décennies, et à l'approbation diplomatique de quelque îlots caraïbes. Cette guerre présente peu de risques d'extension en Amérique, sauf volonté expresse de l'agresseur, et ne changera pas le monde.

surprenante suspension de l'attaque de l'Iran par les Etats-Unis

La suspension in extremis de l'agression de l'Iran par les Etats-Unis, jeudi 20 juin, soulève un certain nombre de questions q...