lundi 26 novembre 2018

détournement de moyens

On s'interroge sur la légitimité, la pertinence et l'efficacité de l'appareil étatique en France.
 
La société est antérieure à l'Etat. Les personnes, les familles, les villages sédentaires ou tribus nomades, et les peuples existent depuis la nuit des temps de la préhistoire. La solidarité et la mise en commun de moyens apportés par chacun se sont imposées spontanément dès que des nécessités collectives ont dépassé la capacité des individus isolés, au niveau d'abord du chauffage et de l'abri, puis de la chasse et enfin de la protection et défense. C'est dans ce dernier domaine que la collectivisation des moyens est le plus cruciale puisque la nécessité y est vitale, s'agissant non pas de confort mais de survie.
 
A l'échelle historique, c'est lorsque l'Etat impérial romain a cessé d'exercer ses fonctions élémentaires de protection que les provinces (après que l'anarchie leur ait coûté la moitié de leur population) se sont, par nécessité, données à de petits chefs locaux capables d'assurer leur défense, même s'il a fallu ensuite plusieurs siècles pour qu'on reconstruise de véritables administrations étatiques, notamment là où la caste militaire ignorait le concept de chose publique et ne connaissait que le droit privé (chez les Francs par exemple). Et dans une Europe à la population réduite par le désordre et regroupée pour la défense il a fallu ensuite sécuriser les communications (grands chemins) entre agglomérations, donc hors des bourgs policés par les sergents de ville, fonction qui ne pouvait être confiée qu'à un acteur supra et intermunicipal, à savoir le domaine, ou encore la seigneurie ou province. Puis face à la multiplicité voire la conflictualité des petits fiefs défensifs on a ressenti le besoin d'une autorité plus centrale pour arbitrer entre eux et corriger leur arbitraire, origine de la fonction royale en France, un pays qui a conservé jusqu'à aujourd'hui le titre de "magistrature suprême", symbolisée par le chêne de Louis IX et la main de justice, et théoriquement inadapté aux régimes modernes qui professent la séparation des pouvoirs définis par Montesquieu, dans la plupart des Etats de droit sauf d'ailleurs la France dont le Conseil Constitutionnel de la V° République a solennellement réaffirmé en janvier 1987 la subordination du judiciaire à l'exécutif.
 
C'est ainsi que sont nées les trois fonctions que la science politique considère traditionnellement régaliennes, en l'occurrence la défense, la police et la justice. Dès lors que s'est affirmée la souveraineté des Etats (autrefois sujets impériaux), c'est-à-dire par les traités de Westphalie de 1648, les relations égalitaires entre eux (la diplomatie) sont naturellement entrées dans le domaine régalien, et sont même considérées depuis la convention de Montevideo de 1933 comme une capacité nécessaire à la caractérisation et la reconnaissance d'un Etat. Plus récemment des théoriciens y ont ajouté la monnaie, alors que pendant des millénaires nulle autorité comptable ou compensatrice n'était nécessaire pour qu'un Armoricain sache la valeur d'une rondelle d'un gramme d'or, qu'elle portât l'effigie officielle d'un souverain persan ou la signature personnelle d'un commerçant mandarin.
 
Ainsi, chronologiquement et conceptuellement, la première fonction régalienne est la défense, expression première et internationale de la diplomatie interétatique. Les Etats ayant grandi, tant en termes territoriaux qu'en termes de population, ils sont beaucoup plus puissants qu'à l'époque où toutes les villes de Provence et de Lorraine étaient indépendantes ou qu'à l'époque où rien que le territoire de l'actuelle République Fédérale Allemande abritait plusieurs centaines d'Etats souverains. Leur responsabilité de défense en est donc d'autant plus vitale face à des voisins eux aussi grands et puissants. Par contre les Etats modernes englobent de nombreuses sociétés distinctes, qu'il s'agisse de provinces ou de grandes villes, qui sont aussi capables d'assurer leur maintien de l'ordre interne, renvoyant les polices nationales aux frontières ou à la coopéération internationale, que de produire un corpus législatif adapté aux réalités et nécessités de la société locale (à travers un parlement propre) et par conséquent de disposer d'une fonction judiciaire compétente en ce droit provincial, le code civil romain (attribué à tort à Bonaparte) restant certes une référence commune à toute la Chrétienté. Comme en France jusqu'à la révolution bleue, de nombreux Etats fédérant divers peuples (en Europe) ou simplement divers territoires (en Amérique) sont aujourd'hui constitués de provinces assurant leurs propres fonctions législatives par un parlement, leurs fonctions judiciaires par une magistrature, leurs fonctions d'ordre public par une police, et même des fonctions non régaliennes (enseignement ou entretien des routes) au moyen d'un gouvernement exécutif, lèvent leurs impôts... et parfois, rarement il est vrai, frappent leur monnaie. La science politique professe que le principe de subsidiarité est le meilleur garant d'une bonne administration des sociétés humaines.
 
Mais de son côté la sociologie enseigne que toute organisation a, avec le temps, tendance à s'affranchir des motifs de sa création (son mandat) et à se créer ses propres objectifs (à commencer par sa perpétuation). En France les régimes totalitaires qui se sont succédés depuis l'abolition des parlements, des codes civils, des magistratures, des polices, des universités, des organisations confessionnelles et même des provinces elles-mêmes, non contents de concentrer tous les pouvoirs en un Etat unique à Paris, ont progressivement mais systématiquement élargi les domaines d'intervention de la puissance publique dans les sphères relevant autrefois des corps intermédiaires, puis même dans la sphère privée, arrivant à une étatisation monstre d'à peu près deux tiers de l'activité économique (la plus facile à mesurer) du pays, et encore plus importante dans d'autres domaines comme la légifération, l'enseignement et la santé par exemple. Plus récemment l'Etat s'est permis, sans consultation des peuples et des citoyens voire en violant leur décision lorsqu'il a commis l'imprudence de les consulter, de transférer à des autorités étrangères certaines fonctions souveraines, la plus connue étant la monnaie mais la législation et la diplomatie étant aussi concernées.
 
Dans la mesure où la monnaie n'est plus frappée par l'administration centrale républicaine, où la justice devrait être indépendante du pouvoir politique, et où la légifération et la police devraient être restituées à l'échelon provincial, l'Etat central n'a plus qu'un seul mandat régalien, celui de la relation avec les autres Etats, c'est-à-dire la diplomatie, et de manière cruciale en cas de conflit, c'est-à-dire la défense.
 
Quel que soit le pourcentage exorbitant que l'Etat prélève sur la société productive française, en ne consacrant qu'un dixième de son budget à la diplomatie et à la défense il détourne les neuf-dixièmes des moyens qui lui sont confiés à des activités sans rapport avec son impérieuse mais unique raison d'être. Au moment où la France commence à prendre conscience de la nécessité de restaurer la souveraineté française et la sécurité des Français sur le territoire national, elle va inévitablement devoir s'interroger sur les moyens qu'il est nécessaire de consacrer à ces enjeux vitaux et sur la pertinence du gavage, ou au contraire de l'ablation, d'une tumeur étatique qui draine toutes les ressources et énergies du pays.

lundi 19 novembre 2018

moyens ou pas

Après sa désertion du ministère de l'intérieur, au lendemain du refus présidentiel de sa démission, Gérard Collomb a laissé publier ses propos sous embargo depuis février selon lesquels il craignait que "demain on ne doive vivre face à face" plutôt que côte à côte avec (les narcotrafiquants et) les islamistes radicaux, et que d'ici à cinq ans la situation pourrait devenir irréversible, c'est-à-dire déboucher sur un conflit ouvert. Quelques jours plus tard, le politicien Philippe de Villiers a déclaré lors d'une émission télévisée le 3 novembre que son frère Pierre, avant d'être limogé, aurait confié au président Emmanuel Macron que "si ça pète dans les banlieues, on n'est pas capable de faire face, on n'a pas les moyens de faire face, on n'a pas les hommes". Depuis lors, diverses interrogations se sont élevées, et un débat a été ouvert, quant à l'existence des moyens nécessaires.
 
En l'occurrence le chef d'état-major des armées avait certainement lu le Septième Scénario (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html), remis à son prédécesseur sur initiative privée puisqu'il était politiquement impossible de commander officiellement à un état-major un rapport sur les tenants et aboutissants de la sécession locale d'une minorité adepte d'une idéologie distincte. Effectivement l'étude conduite en prolongement et selon la méthodologie des Livres Blancs de la défense établit facilement que les forces de maintien de l'ordre de deuxième catégorie (ou anti-émeutes) ne sont pas dimensionnées pour interdire le retranchement de quelques milliers d'activistes ayant choisi la voie violente au sein d'un vivier de quelques centaines de milliers d'habitants (ou de dix viviers de quelques dizaines de milliers), et donc à plus forte raison de contenir une véritable insurrection même non généralisée. Et cette étude (le Septième Scénario) établit aussi, tant par l'application des méthodes de raisonnement tactique que par la présentation de cas français ou étrangers connus, non seulement que les moyens militaires affectés par le gouvernement au déploiement intérieur seraient inadaptés et insuffisants, mais également que l'ensemble des moyens militaires non combattants présents en métropole, voire les corps expéditionnaires s'ils peuvent être rapatriés à temps, seraient incapables de pacifier les zones rebelles.
 
Contrairement à ce qu'a prétendu le publiciste Eric Zemmour avec son "opération Ronces" qu'on a dû démystifier dans trois articles (http://stratediplo.blogspot.com/2016/09/operation-ronces-premiere-et-deuxieme.html et suivants des 7, 8 et 12 septembre 2016) car elle donnait de faux espoirs ou un faux sentiment de gouvernement et de sécurité aux peuples de France, l'Etat ne prépare aucune opération de rétablissement de sa souveraineté dans les cinq mille zones de droit étranger, et n'envisage aucunement de s'en donner les moyens. Car sur cette question des moyens il faut absolument distinguer entre la France et l'Etat. Même si le nouveau régime, au bout d'un peu plus de deux siècles, arrive à avoir à peu près digéré le pays, notamment sur le plan économique où à peine un tiers de l'activité est encore le fait d'entreprise (initiative et prise de risque) privée bien que contrôlée et taxée, la France a certainement encore des ressources gisantes qui pourraient être relevées et engagées après la démission de l'Etat, comme en 1940.
 
Avant de s'interroger sur les moyens il faut cependant déterminer la fin. La question première est celle du pourquoi, ou "pour quoi", c'est-à-dire quel serait l'état final recherché à l'issue de l'opération de changement de l'état actuel des choses. L'existence d'un archipel enclavé de quelques milliers de zones régies par un droit étranger sur l'ensemble du territoire national ne semble pas gêner excessivement les administrations parisiennes, tant que le pays utile et taxable peut compenser l'exemption fiscale de cet archipel et lui servir par transfert une rente de survie et pacification. En ce sens la seule limite à la patience de l'Etat est la disproportion des vases communiquants, puisque lorsque le vase consommateur sera plus grand que le vase producteur, ou aura des besoins supérieurs aux capacités fiscales de l'économie taxable, cette dernière implosera comme les autres régimes collectivistes il y a trente ans, mais il est vraisemblable que lorsque le système ne sera plus viable (la tumeur dépassant la capacité nourritrice du corps hôte) le régime politique actuel n'existera plus et il ne restera rien de l'Etat. De son côté la France a accepté l'émergence et la consolidation sur son territoire de l'archipel de souveraineté étrangère, et les ressortissants de la société française connaissent, au niveau local, les limites territoriales qu'il leur vaut mieux éviter de franchir. Le système fiscal de subvention à l'archipel est pour l'instant opacifié par l'usine à gaz étatique centrale, et la société française pourrait accepter la sécession de bantoustans tant que leur extension ne mettrait pas fin à la continuité du territoire sous souveraineté nationale, si l'Etat en scellait les frontières pour éviter les excursions ou razzias lancées de l'archipel sur les populations des territoires libres. En l'état actuel des choses, l'Etat n'a aucun motif de consacrer des moyens au rétablissement de sa souveraineté dans l'archipel mais la France a de plus en plus besoin de consacrer des moyens à sa contention géographique et à son isolement hermétique.
 
Dès lors que l'on parle de moyens, il faut aussi s'interroger sur le face à quoi, c'est-à-dire sur les moyens existant en face, dans l'archipel. Et de même qu'en ce qui concerne la France souveraine il faut distinguer entre l'Etat et le pays réel, pour l'archipel extra-français il faudrait distinguer entre sa société civile et ses autorités d'administration ou du moins de domination, car même si l'idéologie qui caractérise, définit et délimite ces enclaves ne distingue originellement pas le civil du militaire ou le citoyen du fonctionnaire, une forme de pouvoir s'y exerce de fait par la violence et une autorité proto-étatique pourrait y naître en se légitimant par l'idéologie. Dans le Septième Scénario par exemple on a distingué, dans une illustration concrète du type d'enchaînements pouvant avoir lieu, entre d'une part des moyens (activistes) existant initialement, d'autre part des moyens (unités) susceptibles d'être rassemblés sous la pression des circonstances, et enfin des foules de manoeuvre pouvant être manipulées avec les arguments adéquats.
 
Il en est de même en ce qui concerne la société française. Dans un contexte de paix de basse intensité la France donne mandat et moyens aux services étatiques dont elle se dote pour administrer le quotidien, et dont elle attend aussi étude et préparation du futur. Dans un contexte d'abandon les citoyens seront amenés à réagir individuellement, puis collectivement à un niveau local, la société en venant ensuite à s'auto-organiser indépendamment des institutions faillies, et trouvant en elle-même les moyens qui, en cas d'urgence et de péril, devront nécessairement être bien supérieurs aux moyens planifiés et fiscalisés du temps de paix et de prospérité. Une dimension temps est donc à prendre en considération, les moyens nécessaires aujourd'hui, que les délégués de la France réunis en parlement lèvent en impôts et affectent au gouvernement pour les missions régaliennes, ne sont pas les moyens nécessaires demain, lorsque la France aura constaté l'échec du gouvernement et l'impertinence du parlement. Un premier jet de réponse à la question est donc que non, le gouvernement n'a pas les moyens de rétablir la souveraineté française sur l'archipel d'enclaves, mais que la France, elle, a le potentiel de réunir les moyens nécessaires à sa défense lorsque cela sera devenu inévitable.
 
L'Etat a reçu un mandat du pays mais le gouvernement agit selon sa propre volonté, et le régime s'est peu à peu protégé des influences démocratiques (qu'il appelle maintenant "populistes") en même temps qu'il s'est inféodé à des pouvoirs étrangers, uniopéens et étatsuniens notamment, de nature gouvernementale ou financière. Cette organisation (l'Etat) qui s'est désormais forgé une volonté propre indépendante des buts pour lesquels elle a été créée a pris parti, et ce n'est pas en faveur de la France. Au contraire la France, qui ne détient aucun mandat puisqu'elle est simplement directement concernée, n'a pas de volonté formelle consciente et se voit privée des capacités d'expression permettant l'émergence d'idées (donc la prise de conscience puis le consensus), et même privée des capacités d'information permettant la prise de connaissance de la situation. Pourtant, même si elle n'est pas le siège d'une volonté affirmée comme celle du régime, la France, contrairement à l'appareil d'Etat, est souveraine, détentrice d'une souveraineté qui lui donne la légitimité d'exister et de persister. Mais dans ce contexte le pays aveuglé et bâillonné ne peut que faire confiance au gouvernement pour l'utilisation judicieuse des deniers (ou des milliards) qu'il lui confie pour le défendre, car c'est la seule fonction régalienne de l'exécutif national, qui utilise pourtant 90% de ce budget à autre chose. Donc en termes de ressources l'Etat a largement de quoi remplir sa mission essentielle, et en l'occurrence maintenir ou rétablir la souveraineté française en France, mais en termes de moyens notamment humains (ceux mentionnés par le général Pierre de Villiers) l'Etat ne s'est pas doté des capacités qu'il a été chargé de constituer, et les derniers gouvernements ont même démantelé l'outil constitué il y a deux générations.
 
Dans ce conflit entre la souveraineté du pays et la volonté du régime, la France ne peut que réagir, donc avec retard, tandis que l'Etat peut agir, donc en temps réel ou en avance. Puisque l'Etat a pris parti pour l'archipel d'enclaves étrangères qu'il a semé et qu'il arrose, il n'a aucune raison objective d'entrer en conflit avec lui ou de se préparer à un éventuel conflit. Les moyens de contention et de confrontation dont il dispose sont donc de plus en plus manifestement utilisés, comme en 1962, contre les éléments trouble-bête de la société civile. "Si ça pète dans les banlieues", pour reprendre l'expression prêtée au chef d'état-major par son frère, et il serait plus exact de dire "quand ça pètera dans les enclaves de droit étranger", ça pètera nécessairement en direction du reste de la société, et faute de pouvoir (et vouloir) contenir le pet l'Etat emploiera plutôt ses moyens à empêcher un contre-pet.
 
Dans cette perspective, et plutôt que de se demander si l'Etat a les moyens d'agir contre sa volonté et à l'encontre de son programme, la France devrait plutôt s'interroger pour savoir si elle dispose des moyens pour agir sans voire contre l'Etat, et si elle saura les mettre en oeuvre avant l'inévitable renversement d'équilibre annoncé par Gérard Collomb. L'Etat connaîtra la scission et la France connaîtra la partition. Mais si la société ne force pas son Etat à organiser les moyens qu'elle lui fournit et à se préparer au Septième Scénario, c'est dans le désordre qu'elle devra mobiliser les moyens de faire face à la guerre civile.

lundi 5 novembre 2018

trois brigades hindoustanies à 250 km de Venise

A la frontière entre la Bosnie et Herzégovine et la Croatie, frontière extérieure de l'Union Européenne, la pression s'intensifie.
 
Velika Kladuša est la pointe nord-ouest de la poche de Bihać, comme un doigt enfoncé en Croatie à quarante kilomètres (deux jours de marche) de la frontière slovène. Plus au sud se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (catholiques) de l'ancienne Republika Herceg-Bosna, plus à l'est se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (orthodoxes) de la Republika Srpska. Bihać est une région musulmane, qui au début de la guerre avait d'ailleurs avec l'aide des républiques de Krajina, Herceg-Bosna et Srpska voisines résisté un temps aux milices du régime islamiste de Sarajevo, que l'OTAN et la France ont finalement aidé à conquérir et soumettre toute la Bosnie et Herzégovine et ses populations, en majorité chrétiennes. C'est là que les premiers contingents français et canadiens de la Force de Protection de l'ONU avaient essuyé leurs premiers tirs venus des milices islamistes, avant de perdre des dizaines de soldats sous leur feu à Sarajevo. Bihać était stratégiquement importante pendant la guerre pour éviter une jonction entre les républiques serbe et croate de Bosnie et d'Herzégovine, et elle est encore plus stratégiquement importante depuis la guerre car c'est l'extrémité nord-ouest de la fameuse Diagonale Verte (connue aussi comme Transversale Verte), venant de Turquie par les républiques et territoires albanais des Balkans, le Sandžak etc. Et Velika Kladuša est l'extrémité occidentale (et septentrionale) de cette diagonale.
 
Depuis plusieurs mois s'agrège et se concentre une masse de candidats à l'intrusion illégale dans l'Union Européenne. Ces jeunes hommes sont amenés de Sarajevo par autobus et par train puis déversés sur la route d'entrée au village, au nord duquel se trouve le poste frontière de Maljevac, du nom du village de l'autre côté, en Croatie. La police bosnienne musulmane a pour consigne de les canaliser pour éviter leur éparpillement dans les campagnes voisines, et un gros cordon policier a été mis en place pour s'assurer qu'ils n'envahissent pas le centre ville du chef-lieu régional, Bihać. Les correspondants des trois grandes agences de presse monopolistiques photographient surtout les femmes, qui représentent pourtant moins de 5% de l'ensemble, et notamment les femmes arabes au teint clair, car il y a effectivement une petite minorité d'Irakiens et de Syriens (ou d'arabophones prétendant l'être) dans ces foules. Mais, d'après la police et les médias locaux, l'essentiel de ces foules est constitué d'Hindoustanis, à savoir Pakistanais, Bengalis et Afghans.
 
La police locale, qui a dû intervenir dans une rixe il y a deux jours, précise que ces gens n'ont aucun document d'identité, car ils l'ont détruit dès leur arrivée dans le pays. Un rapide coup d'oeil à la carte suggère cependant que, en l'absence de frontière terrestre entre le Pakistan et la Bosnie Herzégovine, ces dizaines de milliers de personnes sont arrivées à Sarajevo par avion, donc avec l'approbation de quelque autorité bosnienne, certainement utile aussi pour traverser ensuite le pays en train ou en autobus sans document d'identité ni connaissance des alphabets européens. Le gros pont aérien en cours est nécessairement financé par un acteur plus puissant que les foules sans ressources qu'il manoeuvre de la sorte, mais la translation terrestre peut très bien n'être que le fait du gouvernement de Bosnie et Herzégovine soucieux de ne pas laisser traîner dans le pays ces foules dont il accepte le débarquement aérien massif.
 
Il paraît que ces candidats à l'intrusion dans l'Union Européenne sont porteurs de cartes bancaires prépayées porteuses du logo de deux agences de l'Organisation des Nations Unies, l'UNHCR chargée des secourir les réfugiés et l'UNICEF chargée de promouvoir l'instruction infantile. Au moment où se tiennent au siège de l'ONU des discussions sur une nouvelle convention devant limiter la souveraineté des Etats pour créer un droit à l'immigration dans tout pays au choix du candidat immigrant, l'engagement de la structure permanente de l'organisation (aux ordres du Secrétaire Général) dans une action d'intrusion massive est à souligner. Il faut ajouter que ces candidats à l'intrusion illégale par la force ne sont pas seulement porteurs de cartes bancaires mais également d'armes blanches. Après qu'un garde-frontière croate ait été récemment poignardé, la police bosnienne qui accompagne et canalise ces foules a déclaré qu'en fait ces gens sont pratiquement tous armés. C'est d'ailleurs officiellement pour cela que la police bosnienne musulmane a été débordée il y a deux semaines, quoi que l'on puisse penser des raisons réelles pour lesquelles elle a été mise en situation de se laisser dépasser.
 
De son côté la Croatie a renforcé sa police garde-frontière en acheminant discrètement des effectifs anti-émeutes, et, dit-on, des forces spéciales. L'Agence Еuropéenne pour la Gestion de la Coopération Opérationnelle aux Frontières Extérieures des Etats Membres de l'Union Européenne, dite Frontex, est évidemment sur place pour contrôler l'action des services publics croates, voire pour s'assurer qu'ils ne reçoivent pas l'ordre de rouvrir Jasenovac (qui sait). Il devrait cependant bientôt y avoir des incidents sérieux, avec mort d'intrus, de manière à relancer la compassion quelque peu émoussée depuis la conclusion à Cologne (et ailleurs) de l'intrusion massive appelée le 24 août 2015. Evidemment, rien de tout cela ne saurait surprendre le lecteur de la Huitième Plaie.
 
Pour l'instant la plupart des mouvements de test ou de répétition en direction de tel ou tel poste frontière sont menés en mode décentralisé, par des bandes de l'ordre de cent à deux cents individus, correspondant donc au volume d'une compagnie. Mais il n'est pas inutile de préciser que l'effectif total en attente de passer la frontière à Velika Kladuša, à cent vingt kilomètres de Ljubljana et deux cent cinquante kilomètres de Venise, est estimé à vingt mille hommes (20000), soit trois brigades.

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois ( http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.h...