dimanche 1 avril 2018

qui donc contrôle l'aéroport de Londres ?

Qui a pris le contrôle de l'aéroport de Londres ?
 
La fouille d'un Airbus 321 russe par un commando armé non identifié, hier 30 mars, à l'aéroport de Heathrow (Londres), soulève quelques questions dans un contexte d'avant-guerre.
 
Lorsque les passagers venant de Moscou furent sortis du vol Aeroflot 2582, un groupe d'une demi-douzaine de personnes en uniforme, ostensiblement armées et accompagnées d'un chien, s'approcha de l'avion en disant avoir reçu l'ordre de le fouiller. Ces personnes, d'apparence plutôt saxo-normande des Angles qu'apparentée au maire de Londres, portaient semble-t-il le badge d'habilitation sécuritaire de l'aéroport, mais refusèrent de présenter au capitaine le moindre document écrit prescrivant la perquisition de l'avion. Elles exigèrent que l'équipage quitte l'avion et se soumette aussi à une fouille personnelle. Le capitaine demanda le motif de la perquisition et n'obtint qu'une réponse orale, à savoir la recherche de produits interdits. Fort de son droit et du règlement, le capitaine refusa de quitter l'aéronef, mais il fut alors confiné à la cabine de pilotage, et il lui fut physiquement interdit d'accompagner la fouille. Il ne lui fut pas délivré de procès-verbal de perquisition, ni quelconque document attestant de l'opération, de son résultat, de ses auteurs ou de ses commanditaires.
 
Les passagers firent sortir l'information de l'aéroport, et l'ambassade de Russie se déplaça mais n'obtint aucune explication. Le ministère des affaires étrangères britannique s'avéra injoignable vendredi soir, une rupture de permanence notable dans le contexte de la tension que le Royaume-Uni a récemment élevée dans ses relations avec la Russie. Pour sa part, l'ambassadeur britannique en Russie Laurie Bristow, convoqué dès vendredi au ministère des affaires étrangères russe, fut évidemment incapable d'apporter la moindre réponse mais n'omit pas de déclarer qu'avant toute chose il fallait se rappeler le contexte, à savoir que "l'utilisation d'une arme chimique dans les rues du Royaume-Uni avait menacé la vie de nombreuses personnes dans [son] pays". A ce sujet d'ailleurs, alors que toute la presse anglaise rapporte que la citoyenne russe Julia Skripal parle et va mieux (il semble même qu'elle a accédé à son compte VK dès le 7 mars, il y a plus de trois semaines), elle est encore au secret et son consul se voit toujours interdire de la visiter, en violation expresse de la Convention de Vienne sur les Relations Consulaires (article 36).
 
Manifestement l'absence d'acte écrit et l'interdiction faite au personnel d'accompagner la visite constituent au moins deux violations des règles et des us.
 
Il est pourtant vrai que, selon l'article 16 de la Convention relative à l'Aviation Civile Internationale "les autorités compétentes de chacun des Etats contractants ont le droit de visiter, à l'atterrissage et au départ, sans causer de retard déraisonnable, les aéronefs des autres Etats contractants et d'examiner les certificats et autres documents prescrits par la présente Convention".
 
Néanmoins, en conclusion de travaux sur la responsabilité des Etats en matière de sécurité des services aériens, le Conseil de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale a bien précisé le 13 juin 2001 l'objet de telles visites, dans des recommandations de l'OACI diffusées par lettre AN 6/42-01/84 trois jours après la célèbre destruction coordonnée à New York de trois gratte-ciels dont deux préalablement frappés par des avions détournés. En l'occurrence l'OACI précisait alors que "nonobstant les obligations mentionnées à l'article 33 de la Convention de Chicago, l'objet de cette visite est de vérifier la validité des documents pertinents de l'aéronef, les licences de son équipage et que l'équipement de l'aéronef et son état sont conformes aux normes en vigueur conformément à la Convention". L'article 33 mentionné prévoit la reconnaissance mutuelle des certificats et licences délivrés conformément aux normes de l'OACI. Cet article 16 de la Convention autorise donc essentiellement un contrôle de documents, et accessoirement un contrôle technique rapide.
 
Jointe, la police régionale (Scotland Yard) en charge de l'aéroport a déclaré n'avoir procédé à aucune inspection d'Airbus arrivé de Moscou. Ce samedi matin, le ministère britannique de l'intérieur a déclaré à la presse (The Mirror et autres) avoir lancé une enquête pour déterminer ce qui s'était passé. Alors que le capitaine pensait avoir identifié la police des frontières, la BBC a déclaré que la douane avait inspecté un avion à l'aéroport d'Heathrow, sans autre précision. Comme la presse britannique orale et télématique mentionnait l'affaire dès vendredi soir sans que les services officiels russes aient reçu la moindre explication, le ministère russe des affaires étrangères a fini par déclarer qu'effectivement un incident s'était produit, et que puisque le comportement du personnel britannique non identifié ni authentifié par aucun service, et travaillant sans témoins, pouvait conduire à suspecter une manipulation, le personnel de sécurité de l'ambassade et l'équipage de l'avion avaient dû conduire ensuite leur propre contre-fouille. Pour mémoire, toute ambassade dispose d'officiers publics habilités à établir un acte notarié, de valeur équivalente ou supérieure à un constat d'huissier. Ce matin, The Sun citait des "informations mystérieuses émanant de Russie" et faisant état de cette inspection inhabituelle, confirmée par ses sources sur place. Mais pour l'essentiel la presse britannique de ce samedi matin, sur un ton généralement incrédule, ne parlait que d'allégations russes et de prétendue inspection, et citait les différences services de sécurité britanniques qu'elle avait contactés et qui avaient nié avoir procédé à la moindre inspection d'avion russe hier. Plus tard dans la journée le secrétaire d'état britannique à la sécurité Ben Wallace a cependant déclaré qu'il ne s'agissait que d'une inspection de routine dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée.
 
Le fameux flegme britannique peut certes qualifier de routinière une inspection anormale (conduite au mépris des normes) n'ayant retardé que de trois heures moins vingt le décollage d'un vol international (reparti à 19h54 au lieu de 17h15) et n'ayant occasionné qu'une perturbation mineure de l'ensemble de la programmation du terminal 4. Les passagers arrivés à l'aéroport de Chérémétiévo au milieu de la nuit, à 1h22 au lieu de 22h55, ne seront pas indemnisés faute d'un retard supérieur à trois heures.
 
Mais il est difficile de soutenir que l'incident n'a pas eu lieu. Quand bien même le commando pas encore identifié serait une bande de hors-la-loi s'étant emparés sur place d'uniformes pourvus du badge de sécurité, la sécurité des services aériens incombe aux Etats, responsables sur leur territoire respectif. Surtout, il est inconcevable que les services de contrôle aérien (si ce n'est la direction de l'aéroport) n'aient pas remarqué le défaut de décollage d'un avion pendant pendant deux heures quarante et ne se soient pas informés sur la nature de son avarie. De toute évidence, si aucune catastrophe aérienne n'a eu lieu c'est que le contrôle aérien a bien modifié sa programmation, comme l'ont d'ailleurs noté les milliers de passagers en souffrance. Une information existe donc, même si elle est encore occultée. En l'occurrence le tardif communiqué du ministère britannique de l'intérieur, diffusé après que le ministère russe des affaires étrangères ait vu dans l'absence de réponses la confirmation d'une provocation de plus, sonne presque comme une couverture de principe d'un écart commis par un service que l'enquête annoncée par le ministère de l'intérieur déterminera.
 
De son côté le site internet du gouvernement britannique, mis à jour le 27 mars, informe ses sujets souhaitant voyager en Russie que "du fait de la hausse des tensions politiques entre le Royaume-Uni et la Russie, vous devez prendre en compte la possibilité d'un sentiment ou d'un harcèlement antibritannique en ce moment". Que l'incident d'hier ait été planifié et ordonné, ou malencontreusement commis par excès de zèle, son résultat sera certainement une diminution des voyages privés entre les deux pays, au moment de la réservation des vols pour le tournoi mondial de football qui commencera dans deux mois et demi.
 
Accessoirement, cela aura aussi fourni une occasion de vérifier la loyauté nationaliste de la presse britannique, qui en ajoutant ses commentaires incrédules aux dénis officiels aura, sinon oeuvré à sa crédibilité, du moins confirmé son orientation misorusse. En temps de paix cette partialité de la presse pourrait ne pas être dramatique.
 
Les manoeuvres se terminent, les grandes opérations médiatiques vont commencer. Le risque n'est pas que les provocations dérapent du côté russe, l'ennemi déclaré l'a compris. Les provocations prétendues incidentelles n'escaladeront pas au-delà de la réciprocité conventionnelle. Mais elles se multiplieront. Le risque est donc que leur accumulation conduise à l'accoutumance des populations, qui ne réagissent déjà plus et, encadrées par la presse, suivent docilement leurs gouvernements vers la guerre.

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