mardi 6 mars 2018

espèces en voie d'extinction

Une fois de plus une personne âgée, qui aime mieux faire l'effort de se déplacer jusqu'au bureau de poste que troquer son carnet de chèques contre une carte à puce électronique, se voit refuser au guichet un retrait de 100 euros alors que son compte en contient 1000, et pourrait aussi bien en contenir 10000. Evidemment les grandes annonces sur l'imminence de la disparition totale des espèces l'inquiètent plutôt.
 
Depuis la crise de la dette étatsunienne irrécouvrable en 2008, le journaliste économique Pierre Jovanovic, parallèlement à sa revue de presse hebdomadaire, publie les mésaventures rapportées par des personnes volontairement mises en difficulté et induites en précarité quotidienne, de la sorte, par des employés de banque et des fonctionnaires postaux inhumains qui ne leur "autorisent" qu'un retrait de 30 ou 50 euros hebdomadaire alors que leur compte est largement créditeur. Tandis que la loi oblige les organismes de retraite et les entreprises à verser les montants dûs sur un compte bancaire, et oblige donc les retraités et les salariés à posséder un compte, une simple affichette photocopiée sur la porte des agences bancaires ou postales semble autoriser les préposés à la garde des comptes à "geler" (c'est-à-dire à confisquer) l'essentiel des montants déposés, arbitrairement, sans jugement, et en flagrante violation de la constitution française et de la Convention européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales qui garantissent la jouissance de la propriété privée.
 
Même quand on ne se voit pas formellement interdit de disposer de ses biens, il n'est pas rare de se trouver devant un distributeur de billets vide, dès le midi d'un jour férié, et de s'interroger sur ce qui se passera le jour où ils seront tous définitivement vidés et pas rechargés (et que les guichets d'agences n'ouvriront pas le lundi matin), comme lors de la crise monétaire argentine de 2002 ou chypriote de 2013.
 
Bien sûr tout le monde pense que le bannissement des espèces sonnantes et trébuchantes a pour but le contrôle des individus et de leurs moindres mouvements. Un exemple est celui des dissidents comme le Breton condamné à trois ans de prison ferme pour avoir écrit qu'il n'existe pas de Celtes noirs (il y a d'autres cas) : il n'a pu s'exiler clandestinement qu'avec le liquide qu'il avait en poche, s'il essaie de toucher ce qui peut lui rester de compte en France il sera vite électroniquement localisé, et il doit gagner sa vie en liquide comme s'il était artisan au coeur de l'Afrique. On le pousse pratiquement à la vraie délinquance. Mais il y a aussi d'autres raisons moins connues à la mise en extinction des espèces.
 
L'une d'elles est d'obliger tout un chacun à déposer en banque, sans savoir que l'Union Européenne (dont la France) a changé totalement la législation après la crise de 2008. Autrefois on déposait son argent sur un compte gardé par la banque, comme on pouvait déposer des bijoux, lingots ou titres de propriété dans un coffre au sous-sol dont la banque n'avait pas la clef : le contenu du compte bancaire appartenait au client, et seuls les frais de gestion, intérêts, agios etc. entraient au compte d'exploitation de la banque, donc en cas de faillite on devait pouvoir récupérer son compte (ou ses bijoux de famille au sous-sol), de même qu'en cas de faillite d'un garagiste le client récupère sa voiture dans l'atelier du garagiste. Depuis cette réforme discrète mais fondamentale les comptes courants ont changé de nature, ils sont des prêts à la banque : on ne dépose pas de l'argent dans une caisse gardée par la banque, on prête de l'argent à la banque dont on devient créditeur, comme si les objets qu'on dépose dans un coffre au sous-sol lui étaient prêtés ou loués. Les anciens "dépôts clients" sont ainsi entrés au compte d'exploitation de la banque, ainsi qu'au bilan en tant que dettes à court ou moyen terme. L'ancien client est devenu un créancier de la banque, et l'extrait de compte qu'il croit être un état des espèces qui autrefois lui appartenaient n'est plus qu'un relevé de sa créance, des prêts qu'il a effectués à la banque. En cas de faillite il devient l'un des nombreux créanciers, et passe bien sûr après les créanciers légalement privilégiés à savoir le fisc, les salariés... il passe même après les associés détenteurs du capital puisqu'il n'a qu'une petite créance d'exploitation. C'est comme si le législateur décidait que le titre de propriété d'une voiture confiée à un garage était transféré au garagiste (contre créance), permettant au liquidateur judiciaire, en cas de faillite du garage, de saisir et vendre aux enchères les véhicules en attente sur le parking du garage pour éponger les dettes de ce dernier et, s'il reste quelque chose, rembourser aussi un peu les "clients" (il est certes arrivé qu'un liquidateur judiciaire voleur procède ainsi). En ce qui concerne les comptes bancaires, c'est évidemment scandaleux mais cela a été fait. La "protection de tout dépôt jusqu'à 100000 euros", qu'on a présentée alors comme une avancée, n'est qu'un privilège inscrit sur une partie de la créance.
 
L'autre raison du bannissement des espèces, totalement inconnue car on ne la lit nulle part, c'est de préparer l'hyperinflation. Le dollar ne vaut plus rien, on l'a bien vu par exemple en 2009, cependant les gouvernements nationaux et supra-nationaux d'Europe ont décidé de le sauver. Le trou est tellement colossal que la fusion des monnaies et des économies est négative, puisque l'excédent des économies européennes (la production nette) ne suffirait pas à combler chaque année le déficit de l'économie états-unienne (la consommation nette). Donc l'hyperinflation définitive du dollar aura pour conséquence une hyperinflation au moins temporaire de l'euro, voire définitive aussi selon la réactivité des politiciens européens. D'ailleurs, les monnaies de la plupart des pays du monde étant liées au dollar, et les réserves des banques centrales étant en dollars pour l'essentiel, elles s'effondreront à la suite de celui-ci.
 
L'hyperinflation, ça signifie que le prix d'un pain qui coûtait l'année dernière un euro et hier 10 euros, coûte aujourd'hui 50, demain 100 et la semaine prochaine 1000, car la valeur réelle de la monnaie dégringole. Le jour où les gens touchent leur salaire ou leur retraite, ils se précipitent au marché pour l'huile, la farine et le sucre, parce que déjà le lendemain leur salaire ou leur retraite aura perdu la moitié de son pouvoir d'achat, comme dans les pays communistes dont la monnaie s'est effondrée... Dans un autre pays on raconte qu'entre le moment où on prenait un article dans le rayon d'un hypermarché et le moment où on le présentait à la caisse, une heure plus tard, le prix avait changé. Les chanceux sont ceux qui produisent quelque chose d'indispensable eux-mêmes, à court cycle économique, comme les légumes ou les oeufs qu'ils peuvent troquer le matin au marché (les vendre en liquide serait remplacer un produit véritable par un papier qui à peine reçu perd de la valeur). Pour les dépenses vitales (opération chirurgicale ou ticket de transport vers l'étranger), les anciennes pièces d'argent et les alliances en or retrouvent leur usage et leur valeur permanente. Les salariés, quant à eux, surtout ceux des secteurs fortement syndiqués, voient leur salaire multiplié par dix chaque mois... car son pouvoir d'achat est divisé par dix entre le début et la fin du mois. En Allemagne en 1930, pays riche pouvant imprimer des billets à volonté, les ménagères allaient au marché avec une brouette de billets (physique, ce n'est pas une image). Aux Etats-Unis il y a quinze ans on a imprimé tellement que le prix de la fibre de coton dont sont faits les billets s'est envolé, toute la production partant en billets et l'industrie textile ne pouvant plus trouver de coton (c'était une "planche à billets" en dépit de peu d'inflation). Il y a dix ans au Zimbabwe on sortait chaque mois un nouveau billet mille fois plus gros que le précédent : le mille, le million, le milliard, le billion... en 2007 le billet de base était celui de un dollar et en 2008 celui de cent trillions. Ailleurs on en est venu au tampon donné aux employés de banque pour ajouter des paquets de zéros sur les billets déjà en circulation afin de ne plus en imprimer. Ailleurs encore on a remplacé les paquets de trois zéros par les puissances de 1000 (au carré, au cube, puissance 4, 5...).
 
Tout ça c'est le passé. Depuis pas longtemps, dans certains supermarchés l'étiquette en gondole n'est plus un petit papier avec le prix imprimé et le code barres, c'est un petit écran plat à cristaux liquides comme celui d'une calculatrice, en télécommunication (infra-rouge sauf erreur) soit avec l'ordinateur central du magasin qui dicte les prix, soit plus vraisemblablement le petit terminal portable sans fil du chef de rayon : il suffira d'une instruction pour ajouter un zéro à tous les prix. L'avenir du dollar, de l'euro et de beaucoup d'autres monnaies, c'est l'électronique. Ajouter trois zéros ou trente zéros aux salaires, aux factures, aux paiements par virement, par carte ou maintenant par téléphone, ce ne sera que des instructions électroniques qui déplaceront une virgule dans des ordinateurs. C'est ça qu'on veut faciliter.
 
Il ne manque pas de billets aujourd'hui, on veut simplement forcer les gens à passer au tout électronique. Pourtant aucune évolution sociologique ou économique irréversible n'induit la disparition des espèces sonnantes et trébuchantes. C'est voulu, on prépare l'hyperinflation. Alors, il y aura des pleurs et des claquements de culasses.

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vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n'émanant ni d'un banquier ni d'un télématicien, elles peuvent être incomplète...