lundi 19 février 2018

débordement de frontières

Samedi 10 février le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est déclaré inquiet de l'escalade de la guerre en Syrie et du débordement par-delà ses frontières.
 
Il est difficile de savoir s'il faisait référence à l'intrusion de l'armée de l'air israélienne en Syrie ou de la chute en Israël du bombardier israélien touché en Syrie par la défense antiaérienne, mais il s'agissait d'un événement du jour, et la référence au débordement des frontières n'était pas anodine. Car par contre il n'a pas manifesté son inquiétude deux jours plus tôt, le 8, lorsque l'armée de l'air étatsunienne a attaqué l'armée syrienne et s'est vantée d'avoir tué une centaine de "combattants pro-gouvernementaux qui allaient attaquer des combattants anti-gouvernementaux", c'est-à-dire des soldats syriens en mission contre des mercenaires de la coalition antisyrienne infiltrés en Syrie. Il n'a pas non plus protesté lorsque les Etats-Unis ont déclaré aussi qu'une attaque meurtrière de leur part était une opération de pures représailles, avouant là expressément un crime de guerre comme toute opération militaire sans nécessité tactique.
 
Par débordement des frontières il ne faisait pas référence au franchissement en nombre de la frontière syrienne par les forces étatsuniennes, pour la mise en place d'une occupation permanente du tiers oriental du pays et l'appui permanent des armées supplétives qui combattent la Syrie de l'intérieur, pour l'entraînement et la direction de guérilleros, voire pour des coups de main ou des bombardements directs de l'armée régulière de la Syrie. A l'intérieur même des frontières de la Syrie, il ne semble pas gêné par le déni d'aide humanitaire, pourtant constitutif d'un crime de guerre, envers par exemple le camp de réfugiés d'El Rukban, où s'entassent depuis 2014 plusieurs dizaines de milliers de déplacés civils, femmes et enfants pour la plupart, auxquels l'accès humanitaire est totalement et volontairement empêché par les Etats-Unis d'Amérique depuis qu'ils ont installé une base militaire d'occupation à Al Tanf (et deux centres d'entraînement d'islamistes).
 
Alors que les Etats-Unis venaient juste de prétendre justifier une attaque contre l'armée syrienne par le motif de "légitime défense" (sic), il a omis de les corriger et de rappeler qu'en l'occurrence c'est la Syrie, pays souverain, qui relève de la légitime défense lorsqu'elle réagit aux attaques étrangères, étatsuniennes par exemple, contre sa population et son territoire. En appelant tous les acteurs à "obéir au droit international" il a omis de préciser qu'en Syrie il n'y a que le gouvernement syrien, et accessoirement les forces russes invitées par un accord de défense, dont les actions soient conformes au droit international que toutes les autres parties violent du fait même de leur attaque contre le pays.
 
S'inquiétant du débordement par-delà les frontières syriennes, Antonio Guterres a magistralement oublié d'inviter les Etats-Unis à refranchir en sens inverse leurs propres frontières et à y rapatrier leurs forces. Pourtant s'il s'inquiétait d'une occupation partielle des Etats-Unis par l'armée syrienne, ou d'un soutien syrien à une opposition "modérée" armée et terroriste sur le territoire étatsunien, il aurait certainement été plus implicite.
 
Décidément, la nomination d'un secrétaire général issu d'un pays membre de l'OTAN n'a pas particulièrement amélioré la pertinence de l'ONU.

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