mercredi 30 août 2017

jo tinc por

Jo si que tinc por. Ce samedi 26 août a été organisée à Barcelone une manifestation d'annotation des événements du 17 août.
 
Il est difficile de qualifier cette manifestation de rue, convoquée, organisée et récupérée essentiellement par l'ultra-gauche séparatiste anarchiste islamophile catalane, qui a en tout cas rassemblé des centaines de milliers de personnes, mais aussi des personnalités aussi politiquement dissemblables que le maire de Barcelone, le président du gouvernement de Catalogne, le premier ministre espagnol et le roi d'Espagne.
 
Il ne s'agissait pas vraiment de réagir aux événements, puisque les réactions spontanées, de tristesse, de deuil ou de colère impuissante, côté population, et d'accusations réciproques, côté autorités, s'étaient déjà exprimées dans les jours suivant ces événements. Il ne s'agissait pas non plus de prendre en compte les événements, puisqu'aucune décision correctrice concrète ne pouvait sortir, et n'est sortie, d'un tel spectacle à vocation médiatique et à participation massive. Il ne s'agissait pas plus de réclamer la sécurité, puisque les autorités chargées d'y pourvoir étaient elles-mêmes au premier rang dans la rue, ni de demander justice, puisque le commanditaire bien connu n'a même pas été nommé par les manifestants.
 
Concrètement, le seul message délivré par ces foules immenses et ces autorités suprêmes à l'attention des médias du monde entier, c'est qu'on a pris note de ces événement, et que personne n'a peur. Or le but même du terrorisme est d'inspirer la terreur, autrement dit la peur. En clamant que les massacres destinés à les terroriser n'ont pas encore suffi à les effrayer, ces foules et ces autorités invitent le commanditaire à augmenter sa pression. Car ce commanditaire, dont le nom même signifie soumission, a clairement écrit dans ses textes fondateurs, dont la diffusion écrite et l'enseignement oral hebdomadaire sont autorisés en Espagne, par quels principes il entend se répandre et s'imposer. Les méthodes peuvent suivre l'évolution séculaire des techniques du monde pas encore soumis, mais les principes ont été appliqués avec constance, sans discontinuité, pendant près d'un millénaire et demi.
 
Certaines religions se répandent par la raison, donc le discours rationnel et l'invitation à la réflexion. D'autres religions se répandent par la proclamation de l'amour, soit entre humains soit de Dieu envers l'Homme. D'autres encore se répandent par la peur du châtiment divin, c'est-à-dire de la punition dans une autre vie par un Dieu juste ou vengeur, ou alors par la promesse d'une justice divice, c'est-à-dire de la récompense dans une autre vie des injustices subies en ce monde. Des idéologies matérialistes, niant l'existence d'un Dieu ou du moins la possibilité d'une relation avec celui-ci (la religion), invitent à la bonne conduite entre humains comme garantie du bien de tous, tandis que d'autres idéologies prônent l'exploitation d'une partie de l'humanité par ceux qui pourraient y parvenir. Certaines idéologies ont promis le bien-être matériel par le partage forcé d'un trésor détenu par peu, tandis que d'autres l'ont promis par la consommation irréversible et exterminatrice de l'univers vivant comme de l'inerte.
 
Cette idéologie de la soumission, pour sa part, a toujours annoncé sa vocation à absorber toute l'humanité, réduite à la partie qui accepte cette absorption. Depuis son origine, l'élimination violente des réfractaires contribue à la soumission des assimilables, et l'exercice de la violence par les assimilables (sur les réfractaires) démontre leur soumission. En termes religieux le sacrifice des réfractaires, accompagné de la prononciation de la formule dédiée de louange de ce Dieu plus assoiffé de sang que Quetzalcoatl, est un moyen de purification et de salut pour les exécuteurs. En termes sociaux le sacrifice des réfractaires est un moyen d'une part de nettoyage de la société et d'autre part d'intimidation des assimilables. Ces deux fonctions sont distinctes bien que souvent non distinguées par le spectateur extérieur et la presse confusive. Quand un "dérangé mental", selon la terminologie actuelle, exécute très rationnellement des "infidèles" à l'idéologie à laquelle ils n'accordent ni foi ni fidélité, il nettoie la société d'un certain nombre de réfractaires, en plus de gagner à titre personnel quelques points de paradis s'il n'oublie pas de prononcer la formule consacrée (bismillah). Quand un "djihadiste", selon la terminologie actuelle, exécute un acte de terrorisme, il intimide (au sens propre étymologique) un certain nombre d'assimilables, survivants bien entendu. L'acte d'élimination de réfractaires en vue de la réduction du domaine insoumis ou dar-al-harb est d'autant plus efficace qu'il est ciblé, l'acte de terrorisation ou de propagation de l'islamophobie en vue de la soumission est d'autant plus efficace qu'il est aléatoire.
 
A Barcelone, la presse islamophile a cherché en vain des victimes mahométanes, c'est-à-dire des pertes collatérales, au sens étymologique de pertes du côté qui a frappé (pas au contresens étatsunien de pertes chez l'ennemi frappé). S'il n'y en a pas eu l'acte d'élimination de réfractaires a été une pure réussite, la mort des acteurs n'étant pas une perte puisqu'à titre personnel ils ont gagné leur paradis et qu'aux yeux de la communauté ils sont devenus un exemple. Par contre si les survivants et spectateurs clament qu'ils n'ont pas été effrayés, l'acte de terrorisme, ou de propagation de l'islamophobie nécessaire à la soumission, a été un pur échec. Le prochain devra être plus lourd donc plus coûteux en vies, ou plus aléatoire donc plus imprévisible et imparable.
 
Sur un autre plan, le message des manifestants de Barcelone tombe comme pain béni pour les réducteurs budgétaires des moyens de lutte contre le sentiment d'insécurité. En Espagne comme ailleurs, avec certes un récent et surprenant contre-exemple d'efficacité réactive de la part de la police catalane, le motif principal des déploiements ostensibles de forces de l'ordre (voire de forces de défense dans certains pays) est la lutte contre le "sentiment d'insécurité", un sentiment qui, d'après le discours politicien, a une origine psychologique plutôt que factuelle. Si la commission de sacrifices de rue n'altère pas le sentiment de sécurité, voire suscite la congrégation de manifestations massives de déni de sentiment d'insécurité, les ministres de l'Intérieur peuvent jubiler : on doit pouvoir réduire encore les moyens dédiés à la lutte contre le sentiment d'insécurité.
 
Cela ne signifie pas pour autant que le danger soit moindre. Au contraire, la témérité proclamée par les Barcelonais, et reprise en choeur par tous les soutiens à la jesuisbarcelone, est doublement dangereuse. Elle est dangereuse parce que le déni de la réalité, la cécité volontaire (ou pas) face à un risque réel est une illusion grave, qui ne fait pas disparaître le danger mais la défense. C'est le contraire du courage, qui solidifie et arme face au danger réalisé et confronté. La peur est une protection, la témérité est une inconscience et ne pas avoir peur est une faiblesse périlleuse. Mais cette témérité est aussi dangereuse, comme on l'a vu plus haut, parce qu'en la proclamant on suscite un accroissement de la pression terroriste, le terrorisme devant frapper plus fort sur l'aveugle véritablement insconscient comme sur l'insolent qui, comme un adolescent bravache, se force à ne pas avouer sa douleur ou sa peur. Celui qui se vante, sincèrement ou fallacieusement, de ne pas avoir peur, se condamne à avoir encore plus mal.
 
La manifestation du 26 août à Barcelone ressemble à un déni du terrorisme, un déni de la réalité.

samedi 19 août 2017

l'Etat Islamique a bon dos

Non, ce n'est pas l'Etat Islamique qui a frappé à Barcelone.
 
Quand bien même l'appel non authentifié de revendication serait venu d'Irak ou de Syrie, cet endossement publicitaire rétroactif ne coûte rien et ne prouve rien. On peut réitérer tout ce qu'on a écrit l'année dernière en réponse au ministre français de la défense selon lequel l'ennemi est "Daech" et rien que "Daech" (www.stratediplo.blogspot.com/2016/06/la-pire-erreur.html). Comme leurs prédécesseurs, les perpétrateurs de ces attaques n'ont certainement reçu ni mission ni moyens, de quelque commanditaire que ce soit. Ils n'appartenaient à aucune organisation, et s'ils s'identifiaient à une communauté de croyance c'est plus par un choix personnel déterminé par leurs lectures et auditions, que par une fatalité déterminée par leur lieu ou leurs conditions de naissance.
 
Les perpétrateurs, qu'ils soient de nationalité espagnole, marocaine ou française, ont appris les commandements de leur idéologie dans des salles de prêche qui ont pignon sur rue et auxquelles des autorités comme le ministre français de l'intérieur assurent que "ce n'est pas un délit de prôner" ça. Ils l'ont approfondie dans un livre en vente libre partout même dans les pays qui prétendent réprimer l'incitation à la violence. Ils en apprennent des exemples d'application sur des sites internet et des comptes de réseaux sociaux dont l'accès reste autorisé, sans qu'on sache si c'est par laxisme politique ou pour repérer et surveiller ensuite ceux qui s'y expriment.
 
Ils n'ont généralement "pas d'antécédents" du sacrifice bismillah de masse, car c'est une activité dont les conséquences ne permettent ni la récidive ni généralement la survie, et sont donc tous décrits, après coup par leur entourage, comme des gens jusque-là normaux sinon discrets dont le seul signe de moins en moins distinctif est de faire partie des 80% d'adeptes de leur idéologie qui déclarent ouvertement vouloir la mettre en pratique. Contrairement à ce qu'on dit, ils ne sont pas tous des terroristes, car ils ne cherchent pas nécessairement à engendrer la terreur par des frappes aléatoires comme leurs prédécesseurs d'il y a trente ans en France. Certains sont des agents d'initiative spontanée qui poursuivent un objectif précis (intimidation, publicité de recrutement, retrait des services étatiques) en visant des cibles déterminées en fonction de cet objectif, donc à l'opposé du principe terroriste interdisant de sélectionner la victime afin que chacun craigne d'être la prochaine. D'autres sont des croyants- pratiquants de base qui obéissent simplement au précepte d'occire le maximum de non-adeptes de leur idéologie. A une prochaine phase apparaîtront des combattants, regroupés en milices. Le terrorisme n'est donc ni un acteur ni un but en soi, il n'est que l'un des modes d'action, présent dans l'une des phases. Le but c'est la généralisation de l'idéologie, par l'intimidation des faibles et l'élimination des réfractaires. Et l'acteur c'est tous les adeptes de cette idéologie.
 
En France la doctrine officielle est la tolérance (et même la promotion) de l'idéologie au motif que certains adeptes peuvent ne pas la mettre en pratique, et que seuls ceux qui entendent l'appliquer à la lettre, que l'on appelle les radicalisés, sont susceptibles d'être dangereux, sans toutefois qu'on puisse en être certain et le leur reprocher avant la confirmation de cette intention de mise en pratique, c'est-à-dire le passage à l'acte. On assure que sur les (dix à quinze) millions d'adeptes il n'y aurait que dix-huit mille radicalisés recensés mais que la surveillance de chacun d'eux occuperait de quinze à vingt personnes à temps complet, soit une armée (d'avant Jacques Chirac). Il serait donc beaucoup moins coûteux pour la société de faire criminaliser par le législateur cette fameuse radicalisation et d'enfermer dans des emprises à surveillance commune ces dix-huit mille individus dangereux, c'est-à-dire de punir la radicalisation par une peine de prison d'une durée correspondant aux capacités physiques de nuisance de chaque radicalisé. Le concept existe et s'appelle incarcération préventive. Evidemment le législateur devrait définir les éléments constitutifs du délit de radicalisation, c'est-à-dire des critères objectifs permettant à la justice de déterminer si le délit a été commis ou non.
 
Tout cela n'est que palliatif très insatisfaisant, et ne vaut pas la seule solution efficace à long terme, à savoir l'interdiction et l'éradication de cette idéologie, donc la prohibition de sa pratique et de sa transmission sous quelque forme que ce soit, comme ce fut le cas, dans certains pays, du national-socialisme puis plus tard du communisme.

tous coupables des conséquences des attaques indicibles

Si les attaques indicibles perpétrées en Catalogne ce 17 août ont fait des victimes, c'est évidemment qu'il y a de nombreuses culpabilités, qu'il faudra corriger.
 
Comme l'indique El Periódico (catalan anti-indépendantiste), les polices catalane et espagnole sont coupables de ne pas coopérer notamment par l'échange d'informations, et de ne pas s'entendre sur leurs attributions respectives (culpabilité que le journal attribue aux policiers et pas aux politiciens). La police catalane est aussi coupable d'être insuffisamment formée et de ne pas avoir d'armes d'épaule, car évidemment il y a suffisamment de policiers pour couvrir, s'ils étaient bien armés, tous les lieux où un camion est susceptible de s'écarter soudain de la chaussée. Sont coupables aussi les salafistes, qui ne sont pas terroristes mais dont l'idéologie d'expansion récente "sert d'aliment doctrinal pour le djihadisme". Enfin sont coupables les autorités et la population, de ne pas s'être rendues compte que la notoriété de Barcelone en a fait une cible comparable aux grandes capitales.
 
Comme l'indique CNN, ces attentats "copient la méthodologie" de l'attaque néonazie d'extrême-droite (vu d'Amérique le national socialisme n'était pas un collectivisme marxiste de gauche) de Charlottesville. Il serait donc peut-être judicieux de remettre en ligne la méthodologie détaillée et commentée de l'écrasement automobile que Fox News a retirée de son site internet la semaine dernière après sept mois de publication, afin que les victimes potentielles sachent mieux à quoi s'attendre, et de recommander l'usage de véhicules de location, afin de faciliter l'identification du locataire.
 
Comme l'indique la CUP, parti anti-capitaliste qui a de fortes chances de participer au prochain gouvernement catalan, les capitalistes sont coupables de diffuser de par le monde le terrorisme fasciste. L'éradication du capitalisme instaurerait certainement un niveau de sécurité comparable à celui de Soumgaït et Bakou à l'époque soviétique. Sont coupables aussi les racistes et classistes (on ignorait que les attaquants étaient d'une autre race et d'une autre classe que les victimes) qui visent la répression et la militarisation de la société. La poursuite du programme de neutralisation de la police de Barcelone par la municipalité anarchiste des Communs et des Podemos devrait donc porter des fruits, de même que l'interdiction de l'augmentation des effectifs de la police catalane et de son accès aux données d'Interpol par le gouvernement espagnol.
 
Comme l'indique le Figaro, qui ne connaît la Catalogne que de nom puisqu'il croit que le président catalan de droite a volontairement limogé quatre ministres de son parti pour faire de la place à des extrémistes de gauche qui mettent tout en péril, le gouvernement catalan est coupable d'avoir toléré la "violence instrumentalisée" des indépendantistes ce qui a encouragé la "violence condamnée" des indicibles, puisqu'au Figaro le harcèlement des touristes et le massacre des insoumis sont deux expressions comparables d'une même "violence".
 
Comme l'indique Olivier Demeulenaere, la municipalité islamophile de Barcelone est coupable d'avoir lancé un boycott des produits israéliens ce qui ne pouvait qu'entraîner une punition israélienne, et l'exécutif catalan est coupable d'avoir annoncé la sécession immédiate en cas de victoire du oui au referendum ce qui ne pouvait qu'entraîner une riposte espagnole de nature à dissuader les Catalans d'aller voter pour l'indépendance.
 
Comme l'indique le madrilène El Mundo, le gouvernement catalan et la municipalité de Barcelone sont coupables de ne pas avoir suivi la recommandation policière d'installer des bornes ou des bacs de fleurs le long des trottoirs de l'avenue touristique. Il serait donc peut-être judicieux de prévoir aux budgets d'en installer là, mais, au cas où les indicibles préfèreraient tuer des insoumis ailleurs plutôt que de planter leurs véhicules-béliers sur des bornes à Barcelone, on devrait aussi mettre des bornes de séparation dans tous les villages où un trottoir serait susceptible de donner lieu à un regroupement de piétons, et fermer à la circulation les rues étroites sans trottoir. Et il faudrait certainement aussi prévoir des bornes escamotables pour les millions de passages piétons intermittents où un indicible pourrait avoir l'idée de griller un feu rouge. En France on pourrait mettre des bornes devant les pizzerias pour que les véhicules altéro-suicidaires choisissent d'autres destinations.
 
Néanmoins, au cas où la future omniprésence des bornes de trottoirs les forçaient à choisir la sortie des bars le samedi minuit ou la sortie des églises le dimanche midi, il n'y aurait plus qu'à fermer les bars et les églises, comme dans les pays où la persécution des insoumis a disparu avec les derniers insoumis.
 
Et puisque ce ne sont que les moyens qui sont en cause et jamais les motifs, si après la prohibition des véhicules particuliers et des bombonnes de gaz (moyen initialement envisagé) les praticiens de l'idéologie indicible se rabattent sur le couteau de cuisine ou le lacet de bottine il faudra aussi interdire ces articles-là.
 
En attendant, les presses dominantes catalane et espagnole s'entendent pour ne pas s'interroger sur la politique catalane de séduction de la Commission Européenne par l'invitation à la colonisation hostile, et appellent la population à s'apitoyer sur les malheureux adeptes de l'idéologie qui va comme d'habitude être vilipendée abusivement.
 
D'ailleurs, avec tant de coupables au sein de la société ciblée, il n'y a plus besoin de chercher des perpétrateurs.

mercredi 16 août 2017

l'Espagne ne peut plus qu'accepter la sécession ou déployer l'armée

Hier 15 août le Parti Populaire au pouvoir en Espagne a reconnu ce que les lecteurs de la Neuvième Frontière savaient déjà, en l'occurrence que le gouvernement espagnol ne tentera pas de recourir à l'article 155 de la constitution car il en a laissé passer les délais pratiques. Il n'y aura donc pas de prise de contrôle institutionnel des autorités catalanes par intimations formelles et tutelle de fait. Pour mémoire, les sondages indiquent qu'au cas où le referendum se tiendrait sans l'approbation du gouvernement espagnol, c'est le choix de l'indépendance qui l'emporterait, contrairement à ce qu'il en aurait été si le gouvernement avait accordé la tenue dudit referendum. Certes jusqu'au décompte des résultats rien n'est joué, et les prières des Catalans anti-indépendantistes peuvent être exaucées. Mais en tout cas le gouvernement espagnol s'est pour sa part limité à l'alternative, en cas de victoire indépendantiste, entre l'acceptation de la sécession et le déploiement militaire, après déclaration de l'état de siège par le parlement en application de l'article 116 de la constitution.
 
Ce choix n'empêche pas la persécution judiciaro-politique, puisqu'aujourd'hui 16 août le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne (justice espagnole décentralisée) a signifié à la présidente du parlement catalan Carme Forcadell la suspension (en attente de l'annulation) par le Tribunal Constitutionnel de la réforme du règlement du parlement catalan qui entendait introduire la procédure de vote accéléré sur lecture unique, pourtant en vigueur dans quatorze autres parlements autonomes d'Espagne ainsi qu'au parlement national. Mais par son avis consultatif 2010/25 la Cour Internationale de Justice a déterminé qu'au regard d'une déclaration d'indépendance les procédures et les compétences constitutionnelles d'un parlement sont sans importance puisqu'une telle déclaration s'effectue dans le cadre du droit international et ne relève pas du droit interne et de ses limitations. Le gouvernement espagnol voit bien que sa lente manoeuvre judiciaire n'a aucun effet dissuasif, mais il peut y voir un outil de justification internationale ultérieure, un discours selon lequel avant l'état de siège "il avait tout essayé". Sauf le retour à la constitution catalane abrogée par le Tribunal Constitutionnel après son vote par les deux parlements, sa publication par le roi et sa mise en application pendant quatre ans, sauf la négociation politique, sauf l'autorisation de la tenue du referendum, et sauf justement la mise sous tutelle par intimations directes au moyen de l'article 155 de la constitution : à part ça le gouvernement espagnol "aura tout essayé".
 
Devant le risque d'escalade, le gouvernement français a déjà été avisé, en mai dernier, de dédier une cellule au suivi de l'évolution de la situation.

lundi 14 août 2017

Catalogne et Kossovo le flagrant mensonge espagnol

Ce 13 août 2017, le quotidien El País, proche du gouvernement espagnol, a publié sous le titre "Cataluña no es Kossovo" un long ramassis de contre-vérités prétendant comparer la sécession de la Catalogne avec celle de Kossovo et Métochie.
 
Sans s'interdire des jugements de morale basés sur des assertions grossièrement mensongères, le journaliste n'a pas ménagé sa peine pour déployer une pseudo-démonstration juridique citant abondamment, et dénaturant systématiquement, l'avis consultatif émis par la Cour Internationale de Justice le 22 juillet 2010. Un tel déploiement d'interprétations fallacieuses sous prétention juridique, dans un journal très influent sur l'opinion publique et politique espagnole, ne peut rester sans réponse. Il se trouve que dans la Neuvième Frontière on étudie en détail cette pièce récente mais majeure de la jurisprudence internationale.
 
Tout d'abord Xavier Vidal-Folch énonce que "la grande leçon de l'exemple kossovar [...] est qu'une déclaration d'indépendance ne doit pas contrevenir à une constitution". Or au contraire l'avis consultatif de la CIJ se base principalement sur l'argument qu'une déclaration d'indépendance, par sa nature et sa portée, ne se place pas dans le cadre constitutionnel et par conséquent ne le viole pas. On peut ne pas être d'accord avec cet argument, mais il est malhonnête de retourner totalement le contenu d'une décision judiciaire. Cet argument est précisément la pièce maîtresse de l'avis de la Cour Internationale de Justice, qui n'économise ni les mots, ni les lignes ni les pages pour répéter, illustrer et étayer sous moultes formulations l'idée qu'une déclaration d'indépendance relève par nature du droit international qu'un texte constitutionnel n'a pas la compétence d'entraver. Le journaliste espagnol ajoute à la phrase suivante que la loi basique kossovare n'interdisait pas la déclaration de sécession, ce qui est également faux puisque d'une part la constitution en question mentionnait sans équivoque l'appartenance de la province à la Serbie, et que d'autre part elle avait été rédigée en référence exprès à (et en application de) la résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l'ONU confirmant l'appartenance de la province à la Serbie (ou plus précisément à la nouvelle Yougoslavie) et réaffirmant l'inviolabilité de l'intégrité territoriale de celle-ci. C'est justement parce que le texte établissant les institutions spécifiques de la province était un mandat strictement administratif, et n'avait ni la portée ni l'autorité de modifier son statut ou son appartenance, que la CIJ a cherché à démontrer que la déclaration d'indépendance avait été effectuée hors de ce cadre. Peut-être cherchait-elle aussi à contourner la question d'une déclaration d'indépendance prononcée par l'autorité d'occupation et d'administration d'une province envahie par la force. L'article assure même que par contre la constitution espagnole interdit formellement toute déclaration de sécession, alors que ce concept n'est même pas évoqué dans ladite constitution.
 
Ensuite le journaliste entre dans des considérations morales visant à justifier et légitimer la sécession des Albanais de Kossovo et Métochie, mais base ces considérations sur des assertions fallacieuses. Il déclare que le gouvernement central de Serbie avait expulsé 700000 citoyens, ce qui est faux puisque l'exode qui a commencé à se présenter aux frontières extérieures le 27 mars avait été provoqué par les bombardements massifs effectués par l'Alliance Atlantique depuis le 24. Il déclare aussi que Belgrade avait procédé à une "suppression violente" de l'administration propre, alors qu'au contraire la révocation de l'autonomie administrative en 1989 avait été nécessaire pour mettre fin à la violence, et à l'expulsion des Chrétiens par le terrorisme islamique sous le gouvernement autonome, en l'occurrence 300000 expulsés en quinze ans (l'autonomie n'a duré que de 1974 à 1989). Dans son entrain à justifier la sécession prononcée par les responsables islamistes il en oublie la campagne de "purification ethnique" menée contre les Chrétiens sous la supervision des forces d'occupation en juin et juillet 1999, et terminée en mars 2004. Il est évident que si cela avait été le contraire la CIJ aurait invoqué la doctrine juridique de la "sécession-remède" à une oppression, ce qu'elle n'a pas fait. Le journaliste d'El País ajoute que le Kossovo a dû être "libéré par une armée internationale" (qu'empêtré dans la chronologie il appelle la KFOR), alors que la province a été militairement conquise après bombardement par l'Alliance Atlantique, en violation manifeste de la Charte de l'ONU. Il précise que la province serbe a ensuite été pendant près d'une décennie administrée par l'ONU, ce qui est exact, et qu'à la fin celle-ci a recommandé son indépendance, ce qui est faux. L'auteur de l'article évoque ensuite un différent "contexte factuel" qu'il ne précise pas, affirme que la résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l'ONU n'interdisait pas la déclaration d'indépendance comme s'il n'avait pas lu qu'elle réaffirmait en son 10° alinéa l'intégrité territoriale de la République Fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro), et assure que le cadre constitutionnel établi par la Mission des Nations-Unies au Kossovo permettait la sécession, ce qui n'est pas exact et ne pouvait d'ailleurs pas l'être puisque ce cadre avait été institué en application de la résolution 1244.
 
Xavier Vidal-Folch conteste l'étude de la Cour Internationale de Justice selon laquelle chaque fois qu'un texte de droit international garantit l'intégrité territoriale d'un Etat c'est toujours face aux menées d'autres Etats (le droit international gère les relations entre sujet de droit international c'est-à-dire Etats souverains) et jamais face à des facteurs de désintégration interne, et il cite la résolution 2625 de l'Assemblée Générale de l'ONU (en prétendant que la CIJ l'a "omise", alors qu'elle l'a citée à son appui)... à contre-propos puisqu'elle interdit, précisément, aux Etats d'attenter à l'unité nationale et l'intégrité territoriale d'autres Etats, mais enjoint aux Etats de respecter le droit à l'autodétermination.
 
Révisant la chronologie de l'invasion du Kossovo et de la Métochie, le journaliste déclare que "peu avant que les chars de l'Alliance Atlantique [...] se ruent sur la province balkanique au secours des persécutés par Slobodan Milosevic, en raison de l'insuffisance des bombardements aériens, le Conseil de Sécurité émit le 10 juin 1999 sa fameuse résolution 1244 [...]". Or la Yougoslavie a capitulé le 3 juin, les bombardements aériens ont été poursuivis jusqu'au 10 juin et l'invasion terrestre a commencé le 12, donc évidemment pas pour insuffisance des bombardements aériens mais parce qu'ils avaient obtenu le resultat recherché (la capitulation). Il expose des opinions d'experts, et présente les conclusions personnelles de l'envoyé spécial Martti Ahtisaari ("la seule option viable pour le Kossovo est l'indépendance"), en omettant de préciser qu'elles ont été rejetées, comme l'ensemble de son rapport très partial, par le Conseil de Sécurité. Il assène encore au paragraphe suivant que la proposition d'indépendance avait été formulée par les Nations Unies, alors que le Conseil de Sécurité a désavoué l'envoyé du Secrétaire Général lorsqu'il a présenté son rapport, en mars 2007. Evidemment, de telles approximations n'apportent pas beaucoup de crédibilité ou d'autorité à ses conclusions. Il revient sur le fait que la résolution 1244 ne contenait pas d'interdiction spécifique de déclarer l'indépendance, faisant abstraction encore une fois de la mention expresse de l'intégrité territoriale du pays, mais aussi du contexte dans lequel les puissances de l'Alliance Atlantique victorieuses ont dicté le texte à une ONU qui n'avait aucun moyen de s'opposer à leur volonté, et ne pouvait que leur confier la "protection", c'est-à-dire l'occupation militaire certes sous contrôle civil de l'ONU.
 
En fin d'article Vidal-Folch reconnaît cependant que, d'après l'avis de la CIJ, c'est parce que les auteurs de la déclaration d'indépendance ont agi comme "notables" plutôt que comme institution d'administration intérimaire qu'ils n'ont pas violé le cadre constitutionnel. Et il ajoute qu'un argument de poids est qu'une déclaration d'indépendance ne doit pas contrevenir à une constitution démocratique.
 
Car, évidemment, à ses yeux un groupe informel de "notables" agissant de leur propre initiative, hors leurs fonctions électives et sans mandat de sécession, porte une plus grande légitimité démocratique qu'un parlement élu sur un programme expressément sécessionniste, et qui déclarerait l'indépendance au lendemain d'une autodétermination effectuée par le peuple plutôt que par ses élus, au moyen de la victoire de l'alternative indépendantiste à un referendum.

samedi 12 août 2017

la Grande Catalogne communiste

Le parti d'extrême-gauche CUP (Candidature d'Unité Populaire) a lancé avant-hier sa campagne en faveur du Oui au referendum d'autodétermination catalan.
 
Il a alors dévoilé son affiche, une caricature portant le slogan escombrem-los ("balayons-les"). Hier toute la presse catalane et espagnole commentait que cette affiche imitait une caricature de 1919 mettant en scène Lénine. Quelques politiciens catalans (dont le président Carles Puigdemont) se sont aussi offusqués de ce que la CUP inclue Artur Mas, le précédent président catalan, parmi les ordures à balayer. Ce que, sauf erreur, personne n'a commenté bien que ça saute pourtant aux yeux, c'est que la carte de fond de cette affiche inclut les Baléares, le pays valencien et la Catalogne française, comme si ces autres pays catalans étaient concernés par le résultat du referendum auquel ils ne sont pas convoqués à participer.
 
Au moins les ambitions du parti qui se dit anticapitaliste sont claires, et débordent largement les limites de la région administrative catalane actuelle pour viser au moins l'ancienne principauté. Pour mémoire, ce parti appartient à la coalition au pouvoir en Catalogne depuis janvier 2016 (la coalition droite-gauche "ensemble pour le Oui" n'ayant pas suffi pour constituer un gouvernement), qui s'est engagée devant l'électorat et le parlement à la conduire à l'indépendance. Et en cas d'élections anticipées, promises par le gouvernement si le referendum échoue, c'est un parti qui se renforcerait significativement, au détriment de celui du président actuel, uniopéiste de droite. La CUP, plus intéressée par la fin que par les moyens, peu suspecte d'être plus démocrate que Lénine lui-même, et relativement favorable à la dictature du prolétariat, n'a pas cessé de promettre dans ses programmes électoraux l'indépendance sans referendum.
 
Evidemment la question du réveil des peuples soumis à l'éradication ou à l'invasion par de gros Etats-nations en cours de fusion supranationale et de transpopulation intercontinentale dépasse largement, aujourd'hui, la question de la restauration de la souveraineté d'un Etat deux fois plus vieux que la couronne des Espagnes. Evidemment aussi, la tentative de récupération de conflits anciens par les idéologies modernes ne garantit pas que les radicalisations seront durables. Evidemment enfin, un parti bolchévique catalan nourri de la nostalgie de la guerre civile espagnole des années trente n'a pas la même capacité de déstabilisation régionale qu'un parti islamiste albanais alimenté par tous les suppôts mondiaux d'une idéologie en pleine renaissance conquérante, par exemple.
 
Mais il est grand temps de cesser de considérer la crise de l'unité espagnole comme une simple question interne.

samedi 5 août 2017

futur ambassadeur probable des Etats-Unis en Catalogne

Les pays qui comptent feindre la surprise à l'automne ne se laisseront pas tous prendre au dépourvu. En nommant hier leur nouvel ambassadeur en Espagne et Andorre, les Etats-Unis d'Amérique ont damé le pion au pays auquel ils ont la prétention de ravir la place de première puissance diplomatique mondiale.
 
Les ambitions de Richard "Duke" Buchan, en récompense de ses bons et loyaux financements électoraux, étaient plutôt un poste d'ambassadeur en Argentine ou en Uruguay. Sans expérience diplomatique, et relativement jeune même en comparaison des diplomates de carrière des pays qui ont un corps de fonctionnaires dédié aux relations internationales, cet homme d'affaires et spéculateur financier est assez lucide pour ne pas avoir rêvé d'une ambassade en Europe, dans un pays membre de l'OTAN et où les Etats-Unis ont une présence militaire : c'est plutôt la place d'un diplomate expérimenté. Quant à des opportunités économiques et d'investissement états-unien en Espagne, Buchan n'est pas homme à s'en laisser conter.
 
Mais les fonctions d'une ambassade ne sont pas seulement officielles et protocolaires, elles comportent aussi une part de renseignement (voire d'influence) par la constitution et l'entretien d'un réseau d'écoute immergée. Un ambassadeur en Espagne et Andorre, en poste en Espagne et non-résident pour Andorre, a aujourd'hui toutes les justifications pour s'absenter souvent de Madrid et pour traverser la Catalogne. Cet ancien étudiant d'une université valencienne dispose aussi d'un réseau d'anciens condisciples et professeurs dans une autre province où l'activisme catalaniste assure un conflit, au moins institutionnel, dès la restauration de la souveraineté de la principauté de Catalogne, dont le pays valencien a fait partie pendant sept à dix siècles selon comment l'on compte.
 
Entre parenthèses et pour illustrer brièvement l'activisme catalaniste dans la communauté autonome valencienne, on ne citera que les deux décisions de 2017 les plus décriées par les hispanistes, celle de la justice confirmant la légalité de la préférence d'usage du catalan (au détriment de l'espagnol) par les administrations valenciennes, et celle du ministère de l'éducation valencien obligeant les élèves qui choisissent l'espagnol en première langue à prendre le catalan en deuxième, alors que les élèves qui choisissent le catalan en première langue peuvent choisir une autre langue que l'espagnol (anglais par exemple) en deuxième, ce qui assure un conflit à la rentrée, et accessoirement une fuite des inscriptions scolaires vers les régions voisines.
 
Après la sécession de la Catalogne, et les Etats-Unis savent (sans le dire) qu'elle est imminente, un ambassadeur pour Andorre basé dans un pays non frontalier de celle-ci, et ennemi du pays à traverser, aurait des difficultés à exercer sa mission. Au contraire le futur ambassadeur en Catalogne servira nécessairement Andorre, enclavée entre celle-là et la France et sans contact avec l'Espagne, plus proche sur tous les plans de la Catalogne que de l'Espagne, et de surcroît catalanophone... comme, justement, M. Buchan.
 
Il aurait été (et il sera) facile de trouver un ambassadeur plus adéquat pour servir en Espagne, mais il serait difficile de trouver un états-unien plus idoine que Duke Buchan pour servir comme ambassadeur en Catalogne. Que l'évolution de la situation, et de la posture officielle des Etats-Unis, permette de le muter directement de Madrid à Barcelone, ou qu'il doive d'abord se replier temporairement sur son ambassade (actuellement non-résidente) à Andorre en attente de l'ouverture officielle des relations interétatiques, son profil d'entrepreneur et d'investisseur plutôt que de superviseur de relations militaires en fait l'homme idéal pour une ambassade en Catalogne, et son cursus personnel, au-delà de sa maîtrise du catalan, en fait l'homme idéal (pour un Etats-Unien) pour développer dès maintenant des relations dans les pays catalans.
 
Si le gouvernement français, en charge du premier voisin et premier pays concerné par l'indépendance de la Catalogne, ignore volontairement les messages d'alerte qui lui sont adressés et omet de préparer une mission diplomatique, la France sera doublée à sa porte par les Etats-Unis d'Amérique.
 
La nomination de Richard Buchan confirme la pertinence de la Neuvième Frontière (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/la-neuvième-frontière/paperback/product-23271364.html), le rapport sur l'imminence de la sécession de la Catalogne.

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois ( http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.h...