vendredi 9 juin 2017

paradoxes du coup de l'urne catalan

L'Urnazo, comme les Espagnols nommeront rapidement le coup d'urnes porté à l'unité des Espagnes, est une rare collection de paradoxes propre à dérouter les partisans des choix binaires.
 
Les indépendantistes, qui dernièrement se sont plutôt battus pour le referendum que souhaitent 80% des habitants de Catalogne (Castillans et Galiciens inclus) que pour la sécession que refuse une majorité des sondés, nécessitent une victoire incontestable et crédible, donc avec un bon niveau de participation des anti-indépendantistes, pas un plébiscite à l'africaine. Or les derniers sondages montrent qu'une participation de tout le corps électoral assurerait la victoire du Non à l'indépendance.
 
Les unionistes nécessitent la victoire du Non, tout en ne souhaitant pas participer au referendum s'il n'est pas autorisé par l'Etat espagnol. Or les derniers sondages montrent qu'une interdiction du referendum par l'Etat central renforcerait les griefs des Catalans, et qu'alors deux sur trois voteraient (s'ils en ont la possibilité matérielle) pour la sécession.
 
Les syndicats en Catalogne, encore puissants, sont tiraillés entre les fonctionnaires catalans qui demandent qu'on les protège de la justice espagnole pour leur participation à l'organisation matérielle du referendum souhaité par la très grande majorité des Catalans syndicalistes inclus, et les grandes centrales syndicales espagnoles qui refusent de perdre la région qui fournit un quart ou un tiers de leur base et de leur puissance syndicale.
 
Les partis de gauche, peu ou prou arithmétiquement majoritaires en Catalogne selon la typologie droite-gauche (localement marginalisée par la dialectique indépendantisme-unionisme), sont déchirés entre leur soutien à l'unitarisme défendu par la droite au pouvoir en Espagne et le séparatisme défendu par la non-gauche au pouvoir en Catalogne.
 
Le maire de Barcelone, égérie de l'antiglobalisation obligée de gouverner une capitale européenne cosmopolite à l'encontre de ses opinions anarchistes, hésite entre les souhaits de la majorité des Catalans qui veulent le referendum et les souhaits de la majorité des Catalans qui veulent rester Espagnols. Vraie Catalane pourtant, elle a réussi à préserver jusqu'à présent sa prétention de neutralité alors qu'elle sait que la collaboration de la municipalité de Barcelone est indispensable à l'organisation d'un vrai referendum, et que la participation de son parti est critique pour la mobilisation de l'électorat.
 
Afin de limiter cette réflexion au volume d'un article on s'en tiendra là aux paradoxes du coup d'urne catalan, sans étudier les contradictions du gouvernement espagnol que même une thèse doctorale de philosophie ne suffirait pas à explorer.
 
Hors Catalogne, on peut cependant mentionner aussi le paradoxe qui se présente aux défenseurs de la liberté et aux pourfendeurs du totalitarisme étatique mondialisateur, dont beaucoup vont soutenir la création d'un nouvel Etat atlantiste et uniopéiste qui inculque déjà activement la russophobie à ses futurs diplomates.
 
Finalement tous invoquent la démocratie, certains la souhaitent vraiment, peu d'acteurs institutionnels ont intérêt à ce qu'elle l'emporte, et tous la craignent.
 
Pour ceux qui veulent absolument choisir entre un bon et un méchant, on peut recommander de méditer la philosophie de Voltaire d'après Beatrice Hall : "je désapprouve vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer". C'est d'ailleurs la philosophie que Forcadell et Puigdemont mettent en pratique.

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