lundi 24 octobre 2016

partition ou sécession ?

Quand le président François Hollande parle de tenter d'éviter quelque chose, c'est souvent de mauvais augure.
 
Ainsi, après avoir envoyé l'armée française en Centrafrique à la fois pour sauver le régime islamiste issu du coup d'Etat Séléka venu du Soudan et pour s'interposer entre les 10% de population musulmane au pouvoir et les 90% de population chrétienne dans la rue, il a prétendu le 28 février 2014 que "il faut éviter qu'il y ait la moindre tentation de partition".
 
Puis, après avoir engagé tous les moyens diplomatiques et médiatiques (et quelques moyens militaires et économiques) pour soutenir les islamistes envoyés en Syrie par le Qatar, l'Arabie et la Turquie pour y installer par la force une dictature islamiste, il a assuré le 3 octobre 2015 que "ce qui est important, c'est d'éviter la partition de la Syrie et surtout une lutte religieuse".
 
A ses yeux donc l'imposition du joug mahométan (même par une intervention étrangère) n'autorise pas la sécession des populations qui le refusent.
 
Aussi on ne peut qu'être interpelé par sa formule, appliquée cette fois à la France le 12 (?) octobre 2016, s'interrogeant et constatant "comment peut-on éviter la partition ? Car c'est quand même ça qui est en train de se produire, la partition".
 
Beaucoup de Français ignoraient encore que leur président comparait désormais la situation de la France à celles de la Syrie l'année dernière et de la Centrafrique il y a deux ans. Il évoque d'ailleurs le démembrement, qu'il s'agisse d'un démantèlement imposé ou d'une dislocation spontanée, par un mot étranger, dont le faux-ami français est souvent complété de l'expression "bien réglée". Car partition, dans le sens de morcellement, c'est l'une des deux alternatives couramment considérées et discutées aux Etats-Unis d'Amérique pour décrire les modalités de la destruction de leurs ennemis, puisqu'ils ne visent jamais l'armistice, la capitulation ou le traité de paix mais systématiquement la destruction, et étudient toujours, selon le critère de la valorisation économique possible des ruines, ce qu'ils appellent la "solution parking" appliquée par exemple au Japon en 1945, en Irak en 1991 et en Serbie en 1999 et la "solution partition", appliquée par exemple en Yougoslavie en 1992, en Irak en 2003 et en Libye en 2011. La référence affichée par le président Hollande par le choix du terme est explicite.
 
Le démembrement de fédérations hétérogènes, c'est-à-dire la séparation de peuples distincts attachés à leurs terres respectives, n'est pas incongru en soi après la disparition de leur facteur d'unité et pour éviter, ou terminer, des déchirements violents. L'empire d'Autriche-Hongrie a ainsi été démembré en provinces, pour n'avoir pas appliqué assez rapidement la méthode nationaliste (de la révolution dite française) d'unification par la langue et par la juridiction. Flandres et Wallonie, unies par la religion face aux Pays-Bas lorsque c'était un facteur d'appartenance essentiel, se séparent maintenant que la langue est devenue le critère d'identification, au même moment où les provinces des Slaves du Sud unies par la langue se séparent pour la religion redevenue un discours central, et c'est la cohabitation, voulue par un peuple totalitaire ("un seul pays, un seul peuple et une seule religion" selon l'islamiste Izetbegovic) et forcée par la coercition multinationale, qui introduit la guerre.
 
En ce qui concerne la France, au 14° siècle on ne s'est pas posé la question : tout territoire pris par les autres était considéré occupé, et les nôtres faisaient tout ce qu'il fallait pour le récupérer. Si les nôtres se divisaient aujourd'hui en communautés distinctes on comprendrait qu'ils se regroupent territorialement (ce fut le cas après la réforme protestante), reconstituant peut-être les provinces abolies par la révolution. Mais l'impossibilité de cohabitation à laquelle se réfère le président Hollande ne se situe pas au sein des nôtres, elle est entre les nôtres et les autres, les sujets de la France et ceux qui ont fait une allégeance extérieure. Ces autres n'occupent d'ailleurs pas un territoire spécifique, ils occupent la périphérie des villes sur tout le territoire national. Comme en Bosnie et Herzégovine où les paysans avaient réussi à conserver leur religion et leur identité slave tandis que certains citadins avaient au cours des siècles et à force d'empalements adopté la religion, les us et partiellement la langue de l'occupant turc, il n'y a aucun grand territoire nôtre et grand territoire autre, pour l'instant. Comme en Bosnie et Herzégovine également, le pays profond, plus désuni que divisé, accepterait peut-être de perdre quelques villes si c'était le prix à payer pour garantir la paix dans ses campagnes, mais les autres revendiquent l'application de leur loi sur l'ensemble du territoire national, entendant bien continuer à faire nourrir les villes par les campagnes.
 
Cependant, en France la question a déjà été tranchée au 20° siècle par un officier félon qui, arrivé au pouvoir par son dernier coup d'Etat, a décidé d'abandonner aux autres, qui étaient moins de 20% de la population, une dot d'émancipation correspondant à 80% du territoire métropolitain, en laissant miroiter aux nôtres la paix au prix de la déportation de seulement 2 ou 3% d'entre eux. Le colonel de Gaulle a fondé l'Algérie sur les quatre-cinquièmes de la France métropolitaine. La partition évoquée par François Hollande a donc eu lieu. C'est du passé. C'est consommé. C'est terminé. Les nôtres n'accepteront pas une autre division et une autre aliénation imposée des 20% de territoire qui ont, il y a deux générations à peine, été laissés aux 80% de la population souhaitant rester nôtre. De toute façon les populations nôtres et autres sont comme on l'a dit géographiquement imbriquées, il n'existe pas à l'heure actuelle de ligne de partage géographique permettant de procéder à une ablation.
 
Néanmoins le choix par François Hollande du terme partition, utilisé pour la première fois en France dans ce sens lors de l'émancipation fractionnée des Indes britanniques, révèle bien sûr une vision jacobine selon laquelle le partage est dicté d'en haut. Dans la conception républicaine où le pouvoir central fait et défait arbitrairement les départements, les régions administratives ou les cantons au gré de la vitesse de déplacement des commis de l'Etat ou des nécessités du découpage électoral, les particules élémentaires interchangeables (même plus sexuées) "citoyens" sont regroupées en circonscriptions sans mandat de représentation, et encore moins détentrices d'essence, de souveraineté ou même d'identité juridique, qui ne servent que de pouvoirs d'administration déconcentrée (pas déléguée) de la masse. En république l'Etat croit posséder le pays et pouvoir en disposer comme il l'entend, et le fondateur de la V° a vite renversé dans les faits ce qu'il a inscrit dans la constitution comme "intégrité du territoire", manifestement pas aussi sacré que "l'indisponibilité du domaine" des lois fondamentales.
 
La partition du diviser pour mieux asservir représente aussi un diktat autoritaire dans la philosophie punitive états-unienne, souvent mis en œuvre par le truchement d'un gouvernorat multinational. Et effectivement, comme on l'a montré dans le Septième Scénario, quelques mois suffiraient pour voir le durcissement d'une insurrection locale, la stabilisation de lignes de séparation puis le déploiement sur celles-ci d'un dispositif international d'interposition, c'est-à-dire la matérialisation de frontières et la réalisation d'un morcellement.
 
Mais ce n'est qu'au prix de dures violences au sein même de la population, ou plus exactement entre populations nôtres et autres, qu'on pourrait provoquer, là comme ailleurs et aujourd'hui comme en d'autres temps, la séparation des goutelettes d'eau et d'huile de l'émulsion en deux couches homogènes superposées. Certes l'exécutif dispose peut-être d'éléments lui donnant la certitude que ces violences auront lieu et que la séparation des communautés s'opèrera. Mais il ne saurait préjuger ni de l'issue de ces violences, ni de la solution que choisiront les Français cinq siècles après la fin de la première Guerre de Cent Ans.
 
N'en déplaise aux idéologues républicains de la nation unique, les peuples français sont souverains en France, et souverain chacun sur son territoire. Le régime de service à Paris ne peut leur dicter ni de quitter leur territoire, ni de le céder totalement ou partiellement, ni de le soumettre à un joug inique et inhumain. Heureusement la toute-puissance de l'énarchie ne change rien à la fatalité que les régimes intérimaires n'endurent pas l'adversité. Des vingt-deux régimes qui se sont succédés en un peu plus de 220 ans, un seul (sauf erreur) a survécu à une guerre, et la V° ne survivra pas aux déchirements qu'entrevoit François Hollande. Une fois recouvrée leur souveraineté, certains peuples nôtres choisiront peut-être la xénélasie, d'autres choisiront l'indépendance pour la restauration de leurs frontières et la préservation de leur mode de vie. Et si on a montré, dans le Septième Scénario, que l'Etat actuel n'a pas les moyens militaires de reprendre une ville d'un million d'habitants prise par quelques milliers de combattants amateurs, il est évident qu'après effondrement et violences ce qui restera de pouvoir sera incapable de s'opposer à la sécession d'une province.
 
Il est osé de parler de partition aujourd'hui, il sera illusoire d'interdire la sécession demain.

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