samedi 14 novembre 2015

grandiloquente impuissance gesticulatrice

La France se déclare en crise.
 
Le président de la République annonce avec gravité le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières, qui était déjà prévu de ce 13 novembre jusqu'à la fin de la COP21, et devait mobiliser 30000 policiers puisque la France n'a plus de garde-frontières.
 
Il annonce aussi le "déploiement de l'armée en Île-de-France". Il s'agit d'une armée de 1500 hommes (mille cinq cents). En effet l'autorité budgétaire n'a laissé aux armées françaises que le strict minimum pour honorer le "contrat opérationnel", à savoir, en cas de crise majeure sur le territoire national, un déploiement de 10000 hommes au maximum, effectif déployé en janvier sous le nom d'opération Sentinelle (Vigipirate renforcé) puis vite réduit à 7000 car impossible à tenir sur la durée. Il reste donc une marge de 3000, la moitié sera déployée demain à Paris, ce qui fera un dispositif de plantons-cibles légèrement inférieur à ce qu'il était fin janvier. La formule présidentielle grandiloquente de "déploiement de l'armée" s'applique donc à un régiment et demi, un volume équivalent, sauf erreur, au dispositif policier de fixation (CRS et gendarmerie mobile) de la jungle de Calais. 1500 hommes en configuration militaire (pas en plantons de synagogues), ça peut sécuriser une ville de 75000 habitants, et ajoutés aux 7000 déjà dans les rues ça pourrait sécuriser une ville comme Cannes, comme expliqué dans le Septième Scénario, dont Stratediplo avait arbitrairement situé le déclenchement un 11 novembre.
 
Le gouvernement décrète également l'état d'urgence sur l'ensemble du pays, pour douze jours (prorogeables par le vote d'une loi), selon la loi 55-385. Cette loi ne change en elle-même rien à la vie quotidienne, elle n'est qu'un cadre juridique dans lequel le préfet peut, par exemple, restreindre la liberté de circulation et de séjour en certains lieux, ordonner la fermeture de lieux publics et de réunion, prendre le contrôle de la presse, tandis que le ministre peut, par exemple, prononcer des assignations à résidence ou la confiscation des armes. Ces mesures sont donc facilitées par la proclamation de l'état d'urgence, mais elles ne sont pas automatiques. Toute cette gesticulation de démonstration de crise ne peut que rappeler le printemps 2009, où, au prétexte de la grippe Smithfield, le gouvernement avait proclamé l'un après l'autre tous les stades d'urgence sanitaire jusqu'aux plus extrêmes, sans en appliquer aucun (www.stratediplo.blogspot.com/2009_06_01_archive.html), alors que pourtant certaines des mesures prévues sont, d'après les textes, obligatoires et non pas facultatives, et vont bien plus loin, en matière de restriction des libertés et de contrôle de la population, que ce que permet l'état d'urgence décrété cette nuit.
 
Tout semble pourtant indiquer que l'urgence est derrière nous. Une dizaine d'attaques, impliquant au plus quelques dizaines de personnes, ont été bien coordonnées et synchronisées. Elles n'ont pas été déjouées à l'avance, et si leurs commanditaires avaient voulu les déclencher demain ou lors du sommet COP21 ils l'auraient fait. Il y aura évidemment des suites, quand ils le voudront, mais ça peut être dans trois jours ou dans trois mois, et effectivement les services concernés doivent y travailler, mais ni dans une urgence difficile à maintenir longtemps, ni plantés aux carrefours et peints en vert. Car, encore une fois, c'est une affaire de sécurité intérieure, qui ne relève pas plus du reliquat d'armée que de la pléthorique éducation nationale.
 
Pour les trois criminels de janvier, déjà morts, le gouvernement avait irrationnellement déployé le dispositif militaire visuel maximum prévu par le Livre blanc sur la défense, puis l'avait réduit. Pour la vingtaine de criminels d'hier soir, morts ou évaporés, le gouvernement revient à un dispositif un peu inférieur à celui de fin janvier. Si le mois prochain se produisent trente attentats dans trente villes différentes, distribuera-t-il des treillis camouflés aux instituteurs pour restaurer le sentiment de sécurité aux carrefours, ou passera-t-il directement à l'épilogue de mon Septième Scénario ?

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