mercredi 14 octobre 2015

le Grand Turc à Strasbourg

La venue d'Erdogan à Strasbourg le 4 octobre aurait pu n'être qu'un raccolage électoral destiné à une diaspora de quatre millions d'expatriés représentant 8% de son électorat, qu'il pousse d'ailleurs à participer aussi à la vie politique des pays d'accueil.
 
Il a fallu qu'il rappelle qu'en 1915 l'Empire Ottoman luttait "héroïquement" contre toute l'Europe. C'est vrai, il s'était allié à l'Allemagne (axe "B-B-B") à laquelle appartenait alors Strasbourg, et l'axe a été reconstitué après la réunification de l'Allemagne, pour le partage avec la Turquie des territoires des Slaves du Sud dans les années 90.
 
Il a fallu qu'il prétende que la Turquie défendait, aujourd'hui comme il y a un siècle, la "véritable civilisation" face à "l'islamophobie". C'est vrai, en 1915 elle se livrait au génocide des chrétiens assyriens, arméniens et grecs.
 
Il a fallu qu'il appelle tous les Turcs à l'unité contre les Kurdes, qu'il considère comme tous terroristes et promet d'écraser, ce qu'il entreprendrait même s'ils n'avaient pas été, jusqu'au début de l'appui aérien russe à la Syrie, le seul peuple à résister à l'Etat Islamique. C'est vrai qu'il a reçu l'autorisation de l'Alliance Atlantique de bombarder depuis fin juillet les villes kurdes de Syrie, dont Kobané d'où était originaire le petit Aylan Kurdi noyé un mois et demi plus tard en fuyant ces bombardements. C'est vrai aussi qu'aucune autorité européenne n'a réagi quand, se référant à cet enfant mort en Turquie en fuyant les exactions de l'armée turque, il a cyniquement accusé l'Europe d'avoir "transformé la Méditerranée en cimetière".
 
Il a fallu qu''il déclare qu'il y a en Turquie deux millions de réfugiés de Syrie. C'est vrai que deux millions s'y sont réfugiés, le petit Liban étant totalement saturé et la frontière syro-turque étant la plus longue pour les deux pays, mais la Turquie ne leur reconnaît pas le statut de réfugié garanti par les conventions internationales et ne leur accorde ni titre de séjour temporaire ni autorisation de travail, les forçant au travail clandestin exploité ou à l'achat à prix fort des viatiques pour la Grèce.
 
Il a fallu qu'il prétende que partout d'où l'Empire Ottoman s'était retiré régnait aujourd'hui le chaos, et qu'il ajoute que l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et le Caucase appartiennent encore à la mémoire turque. C'est vrai qu'aujourd'hui la Turquie soutient activement l'Etat Islamique, qui vient d'appeler au déclenchement d'une guerre de religion contre la Russie dans tout le Caucase en représailles à l'appui apporté par la Russie à la Syrie au grand dam de l'Alliance Atlantique, de la Turquie et des pays arabes.
 
Il a fallu qu'il amène avec lui un moufti turc, pour présider à la prière et lancer les nombreuses ovations "Allahu Akhbar". C'est vrai qu'il ne connaît peut-être pas l'arabe, la conquête turque de l'empire arabe s'étant illustrée par le massacre de villes entières (dont Jérusalem, alors arabe et où coexistaient trois religions), raison pour laquelle les premiers croisés de 1096 ont été accueillis en libérateurs par la population arabe côtière soumise au joug turc depuis déjà (ou seulement) une génération.
 
Finalement, la seule chose que le Grand Turc a omise, pour l'instant, c'est de glorifier le devchirmé et l'empalement.

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