samedi 19 septembre 2015

le mythe Toufik passe à l'histoire

L'intuition intime qui suit n'est étayée par aucun indice spécifique ; elle peut être erronée, mais c'est une ferme conviction.
 
Comme dit la chanson, "on casse pas le moral à Zorro, on dit pas merde à Capone, on tire pas le masque à Fantomas" (surtout). Et on veut faire croire qu'une momie se serait redressée dans son fauteuil roulant pour décocher un coup de pied au fondement du régime, au siège du pays et aux fesses de son dernier rempart contre sa propre chute dans l'escalier ? Bien sûr il y a toujours eu des intrigues de sérail chez les beys d'Alger comme partout (et pas seulement dans les régimes corrompus), là aussi il y a des cadavres dans tous les placards, sauf que l'un d'eux contenait aussi l'inventaire de tous les autres placards et une fiche sur chacun de leurs propriétaires. Certes aussi, le chef du renseignement et l'un des principaux artisans du sauvetage du régime dans les années quatre-vingt-dix s'était opposé l'année dernière à la reconduction de la momie dans le fauteuil roulant présidentiel et s'était alors attiré de sérieuses critiques de la part du prétendu "clan présidentiel", qui n'est en réalité que l'entourage très réduit d'une marionnette qu'on n'a reconduite que pour repousser la réforme constitutionnelle annoncée avant les printemps verts mais qu'il eût été très dangereux de lancer après leur déclenchement. Il n'y avait pas de poulain, pas de successeur, pas de parti au sens partocratique ou de classe politique au sens technocratique, l'islamisme renaissait une génération après son premier déferlement, les pays voisins étaient tour à tour déstabilisés par la coalition atlanto-islamiste, aussi ce n'était vraiment pas le moment de changer de régime mais l'homme fort et éminence grise pensait vraisemblablement séparer les difficultés et gérer la transition en intronisant déjà un nouveau mandataire avant le changement de régime. Il a cependant, selon son habitude, fait allégeance à la décision du géronto-directoire étoilé, ce qui a pu émoustiller certain jeunot presque sexagénaire qui se voyait volontiers en dauphin présidentiel sans comprendre qu'en reconnaissant sa défaite argumentaire le pilier gardien du régime restait à son poste. Et c'est bien pour éviter les disputes fratricides, et épargner le régime, que l'homme pâle sans visage a accepté la reconduction du président honoraire.
 
C'est aussi pour cela qu'il semble incroyable que le président Bouteflika ait pu, comme l'écrit la presse de part et d'autre de la Méditerranée, "limoger" un jeune général dans la force de ses trois-quarts de siècle, au risque de relancer des luttes intestines au moment où le régime est fragilisé par divers facteurs, dont la tension sur toutes les frontières (voire les escarmouches sur la tunisienne), l'infiltration régulière d'agitateurs islamistes par l'OTAN, la radicalisation de la grosse diaspora, et l'abattement des cours du pétrole par l'alliance anti-russe. Surtout que, pour paraphraser une expression algérienne d'il y a vingt ans, le renseignement intérieur et extérieur consolidé ne pouvait être que Mohamed ou Mediène. Le tombeur de Toufik n'est pas encore né.
 
Par contre il n'est pas impossible que le général Mohamed Mediène lui-même ait pu aspirer à une retraite bien méritée après un demi-siècle d'excellents et loyaux services. Ayant préparé son remplacement en douceur par son ancien adjoint, il assure ainsi une continuité au Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) et prend les devants face à toute tentation de rajeunissement ou changement de têtes qui pourrait effleurer le prochain chef d'état ou le prochain régime. Il choisit un mode de retrait, dans un moment pas trop critique pour le pays (mais à la veille de graves difficultés), qui ne peut être assimilé à une défection ou désertion, dans une culture où même ceux qui ne sont pas nommés à vie s'accrochent jusqu'au cercueil, tant pour bénéficier jusqu'au bout des avantages (sonnants et tréduchants) de fonction que par défiance totale envers les jeunes sexagénaires qui étaient en culottes courtes lors de la "guerre d'indépendance". Il applique à sa fonction la recette de transition personnelle et renforcement institutionnel qu'il voulait appliquer à la fonction présidentielle l'année dernière. Enfin et surtout, en se faisant "limoger arbitrairement" par le président il renforce de manière spectaculaire la fonction présidentielle, faisant du fauteuil roulant vacillant le siège d'une volonté capable de s'imposer au service le plus solide et le plus incorruptible du pays.
 
Finalement, l'homme de l'ombre réussit un dernier coup de maître.
 
Cette opinion personnelle sur l'effacement de l'homme le plus puissant d'Afrique ne change absolument rien à la description de l'ennemi fictif "sapin" dans le Septième Scénario, publié par Stratediplo le mois dernier.

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