vendredi 27 mars 2015

OTAN et question étatsunienne

On s'interroge sur la raison pour laquelle le président des Etats-Unis Barack Obama n'a pas voulu recevoir le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg.
 
Certes, comme l'a fait remarquer le politologue états-unien Lestingi, Stoltenberg était venu à Washington avant tout pour des réunions au ministère de la défense. Mais, comme rappelé par l'ancien ambassadeur des Etats-Unis à l'OTAN Kurt Volker, le président a ainsi enfreint une vieille tradition toujours honorée par ses prédécesseurs chaque fois qu'un secrétaire général de l'OTAN est passé par là. L'agence Bloomberg précise qu'Obama cherche à éviter Stoltenberg, qui a fait plusieurs demandes d'audience auprès d'un président dont l'emploi du temps était plutôt lâche ces trois jours-là. L'intéressé ne souhaite pas faire de commentaires. La presse spécule, on ne va pas reprendre les diverses supputations dont aucune ne tient debout. Ce n'est pas un différend politique puisque Stoltenberg n'a pas de rôle politique et que les chefs d'état et de gouvernement des pays membres n'ont collectivement (en dépit de positions individuelles contrastées) aucune dispute sérieuse. Ce n'est pas un différend personnel puisque les deux hommes ne se sont pas rencontrés et que Stoltenberg a été nommé il y a à peine six mois, avec la totale approbation d'Obama, et qu'il n'a fait aucune déclaration offensive envers les Etats-Unis.
 
C'est évidemment un motif de dispute qui a déjà été évoqué, peut-être par téléphone, en tout cas jamais publiquement, mais certainement avec assez d'insistance pour que le président états-unien le redoute et ne souhaite pas l'aborder en personne. Et c'est un motif suffisamment sérieux pour incommoder Obama, l'un des supérieurs et employeurs de Stoltenberg.
 
Les six mois de fonctions de Stoltenberg ont été particulièrement intenses. La guerre médiatique et diplomatique bat son plein, les préparatifs pour l'offensive militaire l'occupent désormais à temps complet, les six états-majors de théâtre sont en place, le premier échelon des troupes également, et l'alliance mène en moyenne plus de trois exercices conjoints par jour, sans compter les multiples provocations notamment aériennes cherchant à faire commettre une faute à la Russie. La montée en puissance semble se faire comme prévu, les forces armées de tous les pays alliés paraissent accepter l'orientation choisie par leurs gouvernements respectifs. Qu'est-ce qui cloche donc, qu'est-ce que l'OTAN a à reprocher aux Etats-Unis au point que son président refuse d'en recevoir le secrétaire général ?
 
Après de longues années d'exercices communs en Allemagne de l'ouest face au Pacte de Varsovie, les forces armées alliées ont mené une grande opération commune d'envergure, en 1991 lors de la seconde Guerre du Golfe. Puis les Etats-Unis se sont désengagés d'Allemagne. Sept ans plus tard, pour la conquête du Kossovo et de la Métochie, passée la phase de bombardement de la Serbie les gouvernements alliés ont pris soin de se répartir des zones d'opération et ont engagé leurs forces terrestres parallèlement mais séparément. Puis quatre ans encore plus tard, lorsqu'il s'est agi en Afghanistan d'opérations bien plus longues et nécessitant une véritable répartition des tâches (chaque pays fournissant des moyens très différents) en dépit de la répartition de zones d'occupation de principe, au fur et à mesure des rotations de personnels l'évidence a commencé à percer. Les forces armées de la première puissance arrogante du monde, grisées par leur succès et par l'obéissance qu'elles avaient obtenue face à l'Irak en 1991, ont très rapidement adopté un mode de travail directif et surtout unilatéral. Certains officiers des armées de terre et de l'air européennes, qui avaient déjà servi dans la coalition de 1991 et ont servi de nouveau dans celle de 2001, ont fait des constats flagrants, qui sont généralement restés dans le milieu militaire hormis les rares fois où il y a eu des conséquences impossibles à cacher à la presse (18-19 août 2008 par exemple) : les comportements alliés des forces états-uniennes n'étaient plus les mêmes qu'en 1991. Les officiers états-uniens n'appliquaient plus (les leur avait-on seulement enseignées ?) systématiquement les procédures OTAN. Quatorze ans encore plus tard, et après l'invasion de l'Irak par ces "armées du chaos" où elles ont agi seules sans alliés, on ne peut que deviner le tableau.
 
Or cette fois on ne se prépare pas à attaquer les milices populaires d'auto-défense d'un petit pays non-aligné, le corps mécanisé d'un pays du tiers-monde, des tribus de montagne ou les forces démoralisées d'une dictature contestée et déstabilisée. Cette fois on se prépare à attaquer du sérieux. Et on répète, on s'entraîne, on multiple les manoeuvres communes et les exercices d'état-major interalliés. Il n'est pas impossible que le reproche que l'OTAN ait voulu porter au plus haut niveau aux Etats-Unis, après avoir certainement exprimé ses griefs au niveau opérationnel puis stratégique, ait un rapport avec un concept que ce pays a oublié. Un concept qui n'est pas une question de langue ou d'armements mais de procédures et qui se manifeste dès le premier logiciel de conduite, dès le premier ordre d'opération ou la première demande urgente d'appui-feu. Un concept dont l'oubli pourrait tout compromettre s'il n'était pas réparé rapidement (ce qui peut se faire, mais pas en un mois).
 
Il s'agit de l'interopérabilité.
 
On ne peut en être certain, mais il est possible que ce soit ça que Stoltenberg est venu réclamer d'urgence à Obama.

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