samedi 28 mars 2015

OTAN et question étatsunienne - complément

Le billet précédent n'est pas assez explicite s'il semble évoquer l'unité de décision ou la capacité politique de maintenir la mobilisation et coordonner l'action.
 
En fait par interopérabilité et procédures on se référait à quelque chose de beaucoup plus prosaïque, les dizaines ou centaines de messages que chaque correspondant militaire envoie à ses subordonnés, supérieurs et voisins chaque jour. Ces messages sont formatés, c'est-à-dire que si, dans le cas d'une demande d'évacuation sanitaire, A identifie l'émetteur, B sa position, C l'effectif concerné, D le niveau d'urgence, E le type d'affection (exemple inventé au hasard), le récepteur recevra un message très court du genre :
A BATINF3 - B 4860-5372 - C 4 - D 2 - E CHEMCONT.
Même si l'émetteur est italien et le récepteur allemand on comprendra qu'il s'agit du 3° Bataillon d'Infanterie, situé aux coordonnées 4860-5372 de la grille de référence de la division, que quatre personnes sont atteintes au deuxième degré d'urgence par une contamination chimique (toute ressemblance avec une contexture de message réelle serait pure coïncidence).
Entre un chef de section et son commandant de compagnie ça passe oralement par radio à courte portée, entre celui-ci et l'état-major de bataillon ça a des chances (selon l'armée concernée) d'être par un système de réseau, et au-dessus de ce niveau (ou entre échelons de niveau bataillon) c'est systématiquement automatisé, crypté, passé par un réseau nodal complexe etc. Or on combat de plus en plus en imbriqué au niveau international, et non plus en unités organiques existant (et entraînées ensemble) dès le temps de paix mais en unités constituées "ad hoc" d'éléments modulaires agrégés selon la mission : on décide que pour telle opération le bataillon classique d'infanterie ne convient pas mais qu'il faut vu le terrain un "bataillon de marche" constitué d'une compagnie d'infanterie mécanisée renforcée d'une section de mortiers, et d'une compagnie d'infanterie à pied avec une section antichars créée pour l'occasion, plus un escadron de chars légers sur roues mais réduit à trois pelotons au lieu de quatre et en ajoutant une section de déminage du génie... et à l'échelon supérieur on peut allègrement, tous les pays n'ayant pas les mêmes unités (la Belgique ne doit pas avoir beaucoup de troupes de montagne ni l'Autriche de barges de débarquement), combiner trois nationalités au sein d'un même groupement tactique. De plus le combat moderne est interarmées aux plus bas échelons, avec par exemple des interactions entre armée de terre et armée de l'air, là aussi venant éventuellement de pays différents. Tout cela s'apprend, toutes les armées de l'OTAN (et même l'armée française avant son retour dans l'OTAN) utilisent les mêmes grilles de message (et autres procédures), éventuellement traduites mais au moins le jour où l'on doit travailler ensemble et en anglais on retrouve la contexture des outils que l'on a utilisés depuis des années. Toutes les armées de l'OTAN sauf une, qui étant la plus grosse ou la plus politiquement dominante a cru pouvoir s'en affranchir. On peut ajouter qu'hormis aux plus bas échelons, c'est-à-dire dès qu'il y a un état-major et non pas seulement un chef unique, tout le travail se fait sur ordinateur, y compris d'ailleurs le travail graphique qu'on voit encore dans les films sur une carte murale avec des petits symboles sur épingles et des flèches de couleur... tout cela est informatisé depuis vingt ans. Donc les messages comme le très court inventé ci-dessus sont en réalité des formulaires incorporés aux applications tactiques et logistiques. On appelle une demande urgente d'appui feu pour unité prise à partie, au même titre qu'une demande de recomplètement journalier en carburant et munitions, on remplit rapidement le formulaire et on appuie sur un bouton (de souris) ; il serait inconcevable qu'un état-major de bataillon italien sur Linux ne puisse communiquer avec son supérieur un état-major de brigade française sur Microsoft, appartenant à une division allemande dont l'état-major travaille sur Mc Intosh. Ce qui signifie que si une armée qui n'a rien préparé, ou qui fonctionne selon des procédures différentes et est subitement intégrée au dispositif OTAN, doit adopter tout cela, elle ne doit pas seulement envoyer des milliers d'officiers (et sous-officiers d'état-major) en formation accélérée, mais elle doit aussi lancer un appel d'offres pour la refonte de ses systèmes intégrés d'information et de commandement (qui doivent aussi pouvoir être interconnectés avec les systèmes des alliés).
 
Autant dire que si c'est ça le problème que les Etats-Unis posent à l'OTAN (et on n'en voit pas d'autre), il n'y a qu'une solution : leur assigner un théâtre (une portion de front) à eux seuls, sans interférence avec les armées intercompatibles et interopérables de l'OTAN (comme pour la conquête du Kossovo et de la Métochie il y a seize ans).

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