samedi 14 février 2015

le Complexus de Minsk déjà caduc est un succès pour l'OTAN

Le Complexus conclu à Minsk le 12 février 2015 par le groupe de contact tripartite (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, Ukraine et Russie) dans le prolongement du Protocole du 5 septembre et du Memorandum du 19 septembre 2014 était annoncé comme une contribution à une résolution du conflit en ex-Ukraine, mais prépare au contraire son escalade.
 
Le Complexus de Minsk est déjà caduc.
 
Comme le président du régime issu du coup d'état du 22 février 2014, Petro Porochenko, l'avait annoncé le 6 février, avant même les discussions-marathon de Minsk, ces recommandations sont inacceptables pour sa faction.
 
Le Complexus a été rédigé par la représentante de l'OSCE, un ancien président ukrainien et l'ambassadeur russe en Ukraine, puis il a été présenté pour information à deux citoyens influents des républiques de Donetsk et de Lougansk, incidemment chefs de gouvernement élus mais non convoqués, reconnus ou signataires en cette qualité.
 
Dans les heures suivant la publication de ce document, Petro Porochenko créa un "conseil international consultatif de réforme" dont il confia la présidence à l'ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili (déjà son conseiller informel depuis plusieurs mois), accessoirement recherché par la justice de son pays pour abus de fonctions et détournements de fonds publics mais plus connu pour avoir, en 2008, lancé l'agression militaire contre la province autonome alors géorgienne d'Ossétie du Sud, pratiquement détruit sa capitale Tsinkhvali et provoqué l'exode de la moitié de la (petite) population. A peine nommé à ce poste officiel en Ukraine le fugitif Saakachvili annonça, ce 12 février, que sa priorité serait l'obtention massive, à l'étranger, d'armes offensives pour le gouvernement ukrainien.
 
En réponse à l'appel de Saakachvili les Etats-Unis d'Amérique, par la voix de la porte-parole du ministère des affaires étrangères Jennifer Psaki, confirmèrent immédiatement que le gouvernement états-unien envisageait toujours de faire voter par son parlement le financement et la fourniture officiels d'armements offensifs supplémentaires à l'Ukraine (sans considération du Traité sur le Commerce des Armes entré en vigueur le 24 décembre 2014 et interdisant la fourniture d'armes aux pays qui violent les droits de l'homme et commettent des crimes de guerre ou contre l'humanité). Et les Etats-Unis continuent ouvertement les préparatifs du déploiement de leur 173° Brigade Aéroportée en Ukraine, au mépris flagrant de la clause du Complexus relative au retrait des forces étrangères.
 
De son côté, le premier ministre Arseni Iatseniouk déclara, lui aussi quelques heures après sa publication, que le Complexus de Minsk ne serait pas appliqué tant que le gouvernement n'aurait pas repris le contrôle de la frontière russo-ukrainienne (c'est-à-dire expulsé la résistance du sud-est vers la Russie), et ajouta que le président Porochenko partageait cette position.
 
Parallèlement, et toujours le 12 février, le ministre ukrainien des affaires étrangères Pavlo Klimkin annonça que l'amnistie prévue par le Complexus ne s'appliquerait pas aux chefs des milices d'autodéfense du bassin du Don, et cette affirmation fut reprise par plusieurs membres du gouvernement.
 
Le mouvement néo-nazi Pravy Sektor, auquel le gouvernement avait confié dès le 30 avril la création de milices paramilitaires et dont les hordes (Aïdar, Azov, Dnipro...) se sont ensuite illustrées essentiellement dans l'exécution massive de milliers de civils le long de la ligne de front nord (constatée par l'OSCE lors de la trêve de fin septembre), l'exécution de centaines de filles du "camp du viol" de Krasnoarmeïsk (mais également des violées de Nijniaïa Krynka et Marioupol) et plus récemment l'extermination par l'arrière d'un bataillon régulier ukrainien qui cédait du terrain au nord-ouest de Debaltsevo, a quant à lui déclaré qu'il ne respecterait pas le Complexus et ne cesserait pas le feu. Dmitri Iaroch, le chef de Pravy Sektor et donc officiellement des milices paramilitaires gouvernementales, estime que le Complexus de Minsk n'a aucune valeur juridique et a annoncé dès vendredi 12 février que Pravy Sektor n'interromprait pas ses opérations "militaires".
 
En net contraste, les gouvernements des républiques de Donetsk et Lougansk ont immédiatement annoncé, puis répété malgré les provocations du gouvernement ukrainien, qu'ils respecteraient le cessez-le-feu prévu pour minuit dans la nuit du 14 au 15 février.
 
Plus remarquable encore, les parlements élus des deux républiques, qui avaient proclamé en assemblée parlementaire conjointe du 12 décembre 2014 la souveraineté de la Novorussie, viennent d'examiner et ratifier le Complexus, ce que le groupe de contact tripartite ne leur demandait d'ailleurs pas (ni à leurs exécutifs), et de renoncer à l'indépendance (du côté ukrainien le Complexus n'a évidemment pas été soumis au parlement puisqu'il est déjà rejeté par le gouvernement). Samedi 14 février, le représentant mandaté par Donetsk, Denis Pouchiline, a appelé à une nouvelle réunion du groupe de contact afin d'examiner les amendements constitutionnels proposés par les républiques de Donetsk et Lougansk, qu'il a alors présentés, pour une intégration du sud-est à la nouvelle Ukraine avant la fin 2015, selon les lignes générales (autonomie de gouvernement) énoncées dans le Complexus.
 
Cette renonciation volontaire à l'indépendance pourtant provoquée par la déclaration de guerre et justifiée par la campagne génocidaire gouvernementales, au moment où la Novorussie pouvait être en mesure d'imposer par la force le Memorandum de Minsk violé (ou plutôt jamais appliqué) par l'Ukraine en repoussant l'artillerie lourde anti-cités au-delà de sa portée limite, est un acte de bonne volonté particulièrement héroïque et douloureux pour un peuple martyrisé, et dont un quart a déjà été expulsé par le fer et par le feu de ses terres ancestrales.
 
Pourtant tout avait été fait pour que la Novorussie refuse le Complexus.
 
Dans son article sur le cessez-le-feu, le Complexus retire la condamnation particulière des actions offensives établie dans le Memorandum.
 
Plus grave, dans son article sur le retrait des armes lourdes, le Complexus réduit la zone de retrait de l'artillerie (notamment balistique que seule l'Ukraine possède), que le Memorandum entendait retirer au-delà de la portée maximale de chaque système d'arme, et prononce un retrait symbolique quasi-uniforme qui laissera les villes du sud-est à portée des systèmes majeurs anti-cités ukrainiens.
 
Dans son article sur le contrôle par l'OSCE, le Complexus retire la précision du Memorandum installant la mission d'observation dans la zone de séparation entre les factions (le Protocole, lui, dicté par Porochenko, entendait installer l'OSCE sur la frontière russo-ukrainienne où elle était déjà et où il ne se passait rien).
 
Dans son article sur les élections, car le Complexus comporte de nombreuses directives politiques que le Memorandum (accord de cessez-le-feu militaire pragmatique et réalisable) ne comportait pas, il annule les élections exécutives et parlementaires du 2 novembre et prévoit de nouvelles élections selon des critères ukrainiens encore indéfinis.
 
Dans son article sur l'amnistie, le Complexus garantit l'impunité aux perpétrateurs des crimes de guerre commis par les forces régulières ukrainiennes et des plus graves crimes contre l'humanité commis par les hordes paramilitaires sous mandat gouvernemental ukrainien, crimes dont l'ampleur a été révélée, et constatée notamment par l'OSCE (peu suspecte de biais anti-ukrainien puisque l'Ukraine en fait partie mais pas les républiques de Donetsk et Lougansk) lors de la trêve de fin septembre.
 
Dans son article sur la libération des prisonniers, le Complexus reprend l'article du Protocole distinguant entre détention légale et illégale au regard de la "loi" de fait ukrainienne, alors que le Memorandum n'avait pas repris ce critère et utilisait un ton général relevant des conflits inter-étatiques, ce qui sous-entendait la libération de tous les prisonniers, considérés comme prisonniers de guerre, après la cessation des hostilités.
 
Dans son article sur l'aide humanitaire, le Complexus abandonne les injonctions envers l'Ukraine formulées dans le Protocole, ignore l'ouverture de fait de corridors humanitaires par la Russie à travers la frontière russo-novorusse, et semble préparer l'imposition de corridors plus "internationaux", c'est-à-dire (peut-être) de nœuds de contrôle de l'OTAN au cœur de la Novorussie.
 
Dans son article sur les canaux financiers et sociaux, le Complexus se moque ouvertement de la population hermétiquement assiégée, affamée, systématiquement assoiffée, gelée et pilonnée par le gouvernement ukrainien.
 
Dans son article sur la mise de la frontière russe sous contrôle ukrainien, le Complexus annonce à une échéance certes pas immédiate la fermeture de l'unique voie d'échappée et d'approvisionnement, ainsi d'ailleurs que la reprise des bombardements ukrainiens des villages de la région de Rostov.
 
Dans son article sur le retrait des forces et armes étrangères, le Complexus ajoute à cette disposition essentielle mais illusoire du Memorandum (adopté juste après les manœuvres de l'OTAN en Ukraine et jamais appliqué par cette dernière) le désarmement des "groupes illégaux", impliquant que s'appliquera là encore le critère de légalité de la seule autorité mentionnée dans le document (le gouvernement issu du coup d'état du 22 février dernier à Kiev), ce qui signifie le désarmement des forces d'autodéfense du sud-est.
 
Dans son article sur la définition d'une nouvelle constitution ukrainienne, le Complexus ignore la sécession du nord-ouest de l'ex-Ukraine, son expédition d'une armée de type soviétique contre la population alors désarmée des zones réfractaires au coup d'état, son intention maintes fois proclamée de vider ces régions de leurs habitants, et sa conduite d'une guerre totale doublée d'une campagne de crimes génocidaires visant à provoquer l'exode massif, d'ailleurs déjà pour un quart réalisé.
 
En bref, alors que le Memorandum de Minsk préparait un cessez-le-feu entre factions belligérantes, le Complexus propose à la faction désormais victorieuse (chez elle bien qu'elle n'ait pas repoussé chez lui l'agresseur récidiviste pourtant épargné une première fois début septembre) une capitulation totale et inconditionnelle, comme l'avait d'ailleurs déjà intimé le Protocole ensuite corrigé par le Memorandum.
 
Le Complexus de Minsk semble donc avoir été rédigé pour obtenir un refus de la Novorussie, voire de la Russie.
 
Par la capitulation de la Novorussie victorieuse, le Complexus transfère la victoire à l'Ukraine vaincue.
 
Il n'est pas nécessaire de reprendre en détail chaque article (voir www.stratediplo.blogspot.com/2015/02/the-minsk-complex-dismantles-minsk.html) pour comprendre que le Complexus de Minsk offre au gouvernement issu du coup d'état l'impunité totale de ses crimes de guerre et crimes contre l'humanité, le désarmement des forces d'autodéfense qui viennent pourtant d'arrêter sa deuxième offensive générale, la promesse d'une intégration politique et administrative des régions réfractaires selon ses propres termes pas encore définis, le maintien de la capacité stratégique anti-cités (en ordre de marche et à portée pratique), l'assurance d'un réarmement par l'étranger au cas où, et la victoire politique et morale de pouvoir être la faction qui accepte le Complexus tandis que son opposant le refuse (c'est du moins ce qui semblait prévu). Le seul détail qui n'était pas prévu, c'est que les arrogants criminels irresponsables national-socialistes de Kiev ne feraient même pas semblant d'accepter le Complexus, tandis qu'au contraire les sérieux responsables de la population martyrisée de Donetsk et Lougansk l'accepteraient... vraisemblablement d'ailleurs sans illusion quant à sa violation immédiate par le gouvernement ukrainien, qui les délivrerait automatiquement de leurs propres engagements.
 
Le Complexus de Minsk est un grand succès pour l'OTAN.
 
Peu importe au fond que ce soient la France et l'Allemagne qui aient pris l'initiative des réunions-marathon du "groupe de Normandie", ou qu'elles aient saisi une proposition émanant de la Russie.
 
Les deux principales puissances de l'OTAN en Europe ont sauvé ce qui reste des forces régulières et paramilitaires ukrainiennes après l'offensive inconsidérée de janvier.
 
Elles ont interrompu la contre-offensive de Donetsk et Lougansk, qui aurait pu imposer par la force l'application du Memorandum de Minsk, en repoussant l'armée gouvernementale au-delà de la portée maximale de ses armes stratégiques les plus terrifiantes (depuis la neutralisation de son aviation), à savoir les missiles balistiques et les lance-roquettes multiples, et en repoussant certainement au passage le reste, du mortier de 120 mm aux hordes paramilitaires sanglantes, à la même distance de sécurité (seul un bureaucrate international peut croire qu'on peut convaincre une armée en zone d'opérations de retirer certaines armes à 120 km, d'autres à 70 ou 36 km, d'autres enfin à 8 km et de ne laisser aller au contact de l'ennemi que les armes d'infanterie).
 
Elles ont fait oublier qu'elles avaient déjà apporté leur garantie à l'accord de sortie du crise du 21 février 2014 puis l'avaient levé le lendemain en approuvant le coup d'état du 22, qu'elles avaient aussi apporté leur garantie à l'accord de Genève du 17 avril puis l'avaient levé immédiatement en approuvant la poursuite de l'offensive du 14... et autres trahisons de la cause de la paix, y compris au conseil de sécurité de l'ONU dans le cas de la France.
 
Elles ont officiellement internationalisé le conflit, bien au-delà du discret envoi par les pays périphériques de l'OTAN (Etats-Unis, Pologne, Lituanie...) d'unités régulières, d'unités corsaires dites privatisées, d'instructeurs et coopérants individuels, de "volontaires" mercenaires paramilitaires, et bien sûr d'armement détonnant ou simplement sonnant et trébuchant.
 
Elles ont par leur activisme soudain et intense (www.stratediplo.blogspot.com/2015/02/ballet-franco-allemand-au-bolchoi_9.html) créé un sentiment d'urgence et de menace, notamment parmi les populations ouest-européennes pas encore soumises à l'économie de guerre déjà imposée par l'Union Européenne aux populations russes et grecques.
 
Elles ont suscité une grossière, insultante et provocatrice vague de désinformation calomnieuse envers la Russie dans toutes les formes de presse du monde ex-libre.
 
Elles ont désigné la Russie comme partie prenante à la guerre en ex-Ukraine et ont réussi à "démontrer" que la clef de la paix ou de la guerre se trouve bien à Moscou.
 
Elles ont clairement annoncé, et vraisemblablement convaincu, que l'escalade du conflit est imminente et l'embrasement de l'Europe vraisemblable.
 
Elles ont à grands cris proclamé leur tardive volonté d'apaisement, et sont sur le point de reconnaître leur impuissance.
 
Les deux principales puissances de l'OTAN en Europe ont, pour finir, formellement annoncé le prochain stade d'escalade contre la Russie en cas de non-application du Complexus de Minsk (sans distinguer selon qui le violerait ou refuserait de l'appliquer), et concocté un document inapplicable et inacceptable (tout en se trompant sur la faction qui l'accepterait et celle qui le refuserait).
 
L'escalade aura lieu, le Complexus de Minsk est donc un succès pour les pays de l'OTAN qui l'ont dicté.

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