mardi 2 décembre 2014

question bessarabe

La Bessarabie semble présenter un paradoxe, qui ne l'est absolument pas dans l'esprit de ses habitants. D'après les sondages, la grande majorité d'entre eux souhaite la réunion du peuple moldave (aujourd'hui divisé entre la Roumanie et la Moldavie ex-soviétique), c'est-à-dire l'absorption de la Moldavie ex-soviétique par la Roumanie ; et la grande majorité d'entre eux souhaite la conservation et le développement de leur économie, c'est-à-dire l'entrée dans l'Union Economique Eurasiatique (Russie, Biélorussie, Kazakhstan et Arménie).
 
Le résultat des élections législatives du 30 novembre, que la presse bessarabe qualifie de camouflet pour l'Union Européenne, n'est pourtant pas significatif pour au moins trois raisons. La première, c'est la déclaration d'anticonstitutionnalité de toute opinion contraire à l'intégration européenne, par la Cour Constitutionnelle de Moldavie le 9 octobre. La deuxième, c'est l'interdiction du parti Patria la veille même du scrutin (décision finale de la Haute Cour le 29 novembre), qui n'a pas laissé le temps au premier parti d'opposition de donner des consignes à ses électeurs désamparés. Et la troisième, c'est le brusque ralliement officiel du Parti Communiste à la cause uniopéiste (conséquence de la décision de la Cour Constitutionnelle), qui n'est pas forcément sincère et ne correspond pas aux opinions de ses membres. En interdisant toute orientation oppositrice mais en laissant aux partis existants la possibilité de se rallier au credo gouvernemental, le dernier réduit soviétique ressuscite le parti unique derrière une façade de pluripartisme. Aussi le résultat des élections législatives n'a-t-il aucun sens.
 
De toute façon le gouvernement de la Moldavie ne durera pas plus longtemps que cette dernière, et sauf erreur tous ses membres ont déjà la nationalité roumaine (le dernier à l'avoir demandée est le premier ministre). Que tout le gouvernement d'un état ait la nationalité de l'état voisin choquerait peut-être ailleurs (ici la Cour Constitutionnelle a d'autres priorités), mais certainement pas en Bessarabie où toute la population daco-roumanophone souhaite l'annexion par la Roumanie... sans sacrifier son économie tournée vers l'Est. Lorsque les habitants des cinq états est-allemands ont accepté (sans être consultés) leur annexion par la République Fédérale Allemande, la population de l'ex "treizième membre de la CEE" clandestin (RDA) en attendait une amélioration substantielle de son niveau de vie ; aujourd'hui les habitants de la Bessarabie, si le grand marché commun du libre commerce les oblige à fermer leur frontière orientale, ne peuvent espérer qu'au mieux une mise en coupe réglée (économique) à la roumaine, et au pire une mobilisation pour génocide à l'ukrainienne, contre un pays russophone qui, comme en ex-Ukraine, est le plus riche.
 
Car ni les Transnistriens russophones (depuis cette année même ceux qui avaient la nationalité ukrainienne se disent désormais Russes), ni les Gagaouzes russophones se disant parfois gagaouzophones (dialecte turc), ne sont prêts à accepter aujourd'hui la roumanisation qu'ils ont refusée lors du démembrement de l'URSS, or depuis peu ils sont adossés à un mur (ou à des fossés). En effet le pouvoir ukrainien né du coup d'état du 22 février 2014 a scellé la frontière autrefois perméable, coupé les approvisionnements terrestres et tenté d'asphyxier les troupes russes de maintien de la paix (reliquat de l'ancienne 14° armée rendue fameuse par Alexandre Lebed) présentes en vertu d'un accord tripartite. Quand bien même l'Union Européenne ne dicterait pas, comme en Ukraine fin 2013, un ultimatum de fermeture de frontière et d'abandon de toute vélléité de commerce avec la Russie, les Etats-Unis d'Amérique ont, eux, déjà des troupes à Chisinau, dont certaines composantes peu discrètes ont ces derniers mois fait la une de la presse moldave et inquiété la population locale.
 
Ici comme ailleurs les Etats-Unis n'ont aucune vélléité de conquête, d'ailleurs aux dernières nouvelles ils ne font pas encore partie de l'Union Européenne (ils y travaillent mais c'est un autre débat), mais ils ont néanmoins des vélléités de déstabilisation et destruction, dans le but de l'affirmation du dollar. Evidemment ils ne s'intéressent ni à la Transnistrie ni à la Gagaouzie ni même à la Moldavie, ils visent là encore la Russie qu'ils espèrent attirer dans un piège qui puisse leur servir de prétexte à une frappe plus directe. Or la Transnistrie et la Gagaouzie sont dix fois moins peuplées que la Novorussie mais cependant dix fois plus peuplées que l'Ossétie du Sud, ce qui laisse augurer encore beaucoup de souffrances indicibles, tant pour eux que pour les Moldaves dont un gouvernement uniopéo-stalinien peut avoir des tentations du genre Pravy Sektor.
 
Car certes la reconstitution de l'ancienne principauté de Moldavie, et la réunification de tous les peuples daco-roumanophones, est logique et attendue depuis plus de vingt ans (comme la réunification des peuples magyars). Mais la dissolution de la Bessarabie pourrait s'effectuer dans le respect de l'égalité de ses peuples, en accordant aux Transnistriens et aux Gagouzes le même droit d'autodétermination et de réunification transfrontalière qu'aux Moldaves... ce qu'on devrait aussi autoriser aux peuples russes du Boudjak et d'Odessa, de l'autre côté ; si tant est, du moins, que l'on cherchait le bonheur des peuples plutôt que les dividendes de la guerre.

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