samedi 30 août 2014

guerre inter-étatique en ex-Ukraine

On lit encore des commentaires sur la "guerre civile ukrainienne".
 
Or, si une guerre inter-étatique a bien lieu en ce moment sur le territoire de l'ex-Ukraine, la guerre civile en Petite Russie (Ukraine septentrionale et occidentale) n'a pas encore commencé.
 
Le coup d'état à Kiev a succédé aux manifestations sans longue période d'émeutes, d'ailleurs il y a eu plus de morts par assassinat, de la main des fameux tireurs d'élite payés par l'étranger pour abattre simultanément des manifestants et des policiers, que de morts par mouvements de foule ou affrontements. Après le coup d'état du 22 février (qui était par lui-même un rejet des accords d'association et partage du 21 février) ayant dissous la constitution et donc l'Ukraine en tant qu'état, la nouvelle entité politique du nord, au lieu de négocier l'installation de ses préfets à la tête des gouvernements de régions (ou de les imposer en les héliportant sous protection policière dans chaque préfecture), a fait sécession et a immédiatement attaqué le sud-est en le désignant comme étranger et ennemi, avec tous les moyens militaires de l'ex-Ukraine, auxquels elle a ajouté une "garde nationale" constituée officiellement à partir des milices paramilitaires privées et de partis, qu'il faut donc considérer également comme une force régulière et a d'ailleurs été dotée d'uniformes, et même d'armements sans rapport avec une mission de police ou de contre-terrorisme.
 
La population attaquée s'est d'abord organisée, sous la pression des évènements, en comités d'auto-défense, puis a constitué ses institutions, dont constitution, gouvernement, administrations et armée. L'entité politique au pouvoir dans le nord de l'ex-Ukraine depuis le coup d'état s'est ainsi rapidement retrouvée, dans son agression contre le sud, face à une armée régulière en uniforme obéissant à un gouvernement constitué. Le comportement des forces armées des deux entités n'est certes pas identique, puisque l'entité nordique a choisi une stratégie anti-cités, d'une part pour terroriser la population (et il n'y avait pas d'armée ennemie à combattre au début), d'autre part parce que ses modes d'action étaient dictés par des conseillers "militaires" (en réalité stratégiques) d'une grande puissance qui a toujours préféré détruire les populations adverses qu'affronter leurs armées, enfin et surtout parce que l'objectif véritable de ce modus operandi n'était ni l'imposition du régime issu du coup d'état (qui ne pouvait d'ailleurs survivre au-delà du 25 mai en cas d'élections nationales sur l'ensemble du territoire ex-ukrainien), ni la "punition" désespérée de la population légaliste, mais réellement l'imposition de souffrances tellement monstreuses que la Russie serait obligée d'intervenir, ce qui, assuraient les conseillers, permettrait le débarquement en force de l'Oncle Samuel ou de ses supplétifs européens. Ce que les pays de l'OTAN avaient omis de préciser, c'est que leur presse ferait le silence total sur le rasage de Slaviansk, le siège de trois millions de personnes sans eau à Lougansk et Donetsk et l'expulsion d'un million de réfugiés vers la Russie, ce secret total mettant cette dernière dans l'impossibilité d'aller faire cesser le carnage sans apparaître comme l'agresseur. De leur côté les forces, d'abord improvisées puis peu à peu organisées, des villes attaquées, se sont évidemment cantonnées à des opérations strictement militaires visant à desserrer l'étau, repousser les percées mécanisées et, autant que possible, détruire ou repousser les batteries qui pilonnent les villes (le pouvoir nordique n'est pas un modèle de gestion du personnel mais il a su déstocker le formidable rouleau compresseur de l'artillerie soviétique) ; combattant sur leur propre territoire et au sein de leur propre population les forces défensives seraient d'ailleurs dans l'impossibilité de menacer la population de l'état nordique, qui n'a aussi vraisemblablement que peu d'influence sur les décisions de la junte kiévienne.
 
Il est vrai que l'écroulement interne de l'état kiévien, par sa seule dynamique ou par l'improbable arrivée de l'armée novorusse, entraînera (ou laissera finalement apparaître) des troubles de l'ordre public, voire d'autres révolutions et coups d'état, et il est vrai aussi que la Galicie, au cas où aucun pouvoir organisateur n'émergerait à Kiev, pourrait elle-même connaître des difficultés inter-communautaires, comme il y en a eu depuis vingt ans dans tous les pays qui comportent (c'est un exemple et pas une accusation) une communauté magyare. Il est vrai aussi que la future délimitation de la frontière entre la Novorussie et la Petite Russie kiévienne se fera inévitablement dans une zone où les populations, ou du moins les perceptions identitaires, sont actuellement mêlées. Mais, à ce jour, il n'y a pas de guerre civile en ex-Ukraine.
 
On ne peut pas comparer l'évolution de la situation avec celle qu'on a vue en Bosnie et Herzégovine en 1992, où pendant bien six mois une famille pouvait massacrer la famille voisine parce qu'elle n'était pas de la même religion, jusqu'à ce que chacun fuie la région où il était en minorité pour se regrouper là où sa communauté était majoritaire, ce qui allait dans un deuxième temps permettre l'émergence de trois états distincts (la quatrième communauté n'ayant pas atteint le stade de l'état) avec leurs armées ; l'identité de l'une des communautés (celle qui a ouvert les hostilités) prédisposait certes à la guerre civile puisqu'en Islam il n'y a pas de distinction entre civil et militaire, tout musulman étant par devoir un combattant et le combat ne visant pas l'arrêt de l'adversaire mais sa dénaturation ou sa destruction.
 
En ce qui concerne l'ex-Ukraine, pour l'instant la guerre est limitée au territoire d'une seule des deux parties, qui a été envahie par l'autre, mais on est bien en présence de deux états (l'état unitaire est de deux mois plus âgé que l'état confédéral), chacun constitué, doté d'institutions et de forces armées en uniforme portant des signes distinctifs, y compris les milices paramilitaires privées ou étrangères de l'état du nord. Il s'agit donc bien, et sans aucun doute possible, d'un conflit inter-étatique, ou en d'autres termes d'une guerre internationale. Il est certes difficile au journaliste lambda de choisir un mot pour désigner le nouvel état basé à Kiev, qui revendique évidemment le nom d'Ukraine comme il revendique tout le territoire de l'ancienne division administrative soviétique, cependant l'observateur impartial doit s'attacher à dire "ex-Ukraine" pour l'ensemble du territoire compris entre Transnistrie, Roumanie, Pologne, Biélorussie et Russie, tout en guettant l'émergence du nom le plus caractéristique pour désigner l'état (le pays) qui a, en l'attaquant comme un pays étranger, précipité l'organisation et l'officialisation de la Novorussie.

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