dimanche 13 avril 2014

assaut imminent contre l'Ukraine orientale

Le régime Maïdan pensait peut-être, en lançant son ultimatum mercredi 9 avril à la résistance civile au coup d'état du 22 février, que celle-ci abandonnerait sous 48h les quelques bâtiments administratifs qu'elle occupe depuis dimanche dernier à Donetsk, Kharkov et Lougansk en imitant d'ailleurs le mouvement Maïdan qui lui-même avait pris possession de bâtiments publics à Kiev avant de prendre le pouvoir le lendemain de la signature de l'accord de sortie de crise du 21 février, à la différence que dans l'est ces occupations se passaient pacifiquement et sans effusion de sang (jusqu'à l'assaut de ce matin).
 
Pourtant les chefs de l'unité spéciale Alpha des services de sécurité ukrainiens avaient fermement décliné l'ordre de donner l'assaut vendredi, déclarant n'être compétents que pour les cas de terrorisme et de prise d'otage. Pourtant aussi, la police anti-émeute de Donetsk envoyée samedi a fraternisé et rejoint les manifestants anti-coup d'état en arborant immédiatement leurs brassards, à peine arrivée sur place.
 
Mais l'absence manifeste de moyens n'a pas fait reculer la faction au pouvoir à Kiev, qui annonce ouvertement depuis mercredi que si les manifestants ne se retirent pas leur sang coulera, menace évidemment confortée par le palmarès de cette faction lorsqu'elle était elle-même dans les rues à Kiev et que ses chefs payaient des tueurs à gage pour abattre au fusil à lunette à la fois des manifestants et des policiers. Le Maïdan avait certes annoncé en début de semaine l'envoi de trois unités, l'une de police, l'autre de la milice néo-nazi Pravy Sektor et la troisième de la société militaire "privée" Greystone, filiale d'Academi, ex-Xe, ex-Blackwater (entreprise corsaire états-unienne connue pour ne pas respecter les lois de la guerre et bénéficier d'une totale impunité de la part du gouvernement qui lui renouvelle ses lettres de course et lui fournit ses dirigeants). A ce sujet il peut être amusant de noter que si les états-uniens de Greystone (non, ce ne sont pas des mercenaires puisqu'ils travaillent pour leur gouvernement qui les détache auprès de la junte ukrainienne) portent l'uniforme de l'unité ukrainienne Sokol, les miliciens de Pravy Sektor arborent toujours ce qu'ils ont volé dans les arsenaux militaires puisque les équipements que leur envoient les pays de l'Union Européenne sont interceptés et confisqués à l'aéroport par l'armée ukrainienne... qui, aussi débandée qu'elle soit, se méfie manifestement du zèle amateuriste de ladite milice officialisée par la junte au pouvoir.
 
Ce matin donc, dimanche 13 avril, le nouveau régime a lancé un amalgame de police anti-émeute venue de Kiev et de miliciens pro-uniopéistes de Pravy Sektor à l'assaut des manifestants pacifiques de Slaviansk et a rapidement annoncé qu'il y avait des morts : comme à Kiev, la stratégie du Maïdan est donc de commettre l'irréparable pour crisper les positions et interdire le dialogue. Nonobstant, ces gens-là formés par l'Union Européenne (en Pologne) à l'insurrection de rue savent parfaitement qu'une troupe de maintien de l'ordre ne peut pas l'emporter face à une population soudée et nombreuse. Et en l'occurrence, les résistants dits russophones au coup d'état représentent de l'ordre de huit millions de personnes dans l'est et le sud de l'Ukraine, et s'ils ne sont que quelques centaines sur les barricades c'est qu'ils pensaient n'y avoir rien à craindre ayant la population derrière eux (et pas seulement la population de l'est, comme l'a démontré la dernière élection présidentielle).
 
A l'heure où ces lignes sont écrites il est vraisemblable que les bâtiments publics de Slaviansk ont été dégagés et que le nouveau régime prépare un assaut contre les manifestants de Donetsk, Kharkov et Lougansk, tandis que les manifestants qui avaient pris ces bâtiments publics sans violences sont vraisemblablement en train de se préparer à contenir un assaut. En tout cas le "président" autoproclamé Alexandre Tourtchinov, qui vient de donner un ultimatum  aux légalistes pour demain lundi matin, confirme qu'il envoie des unités militaires (s'il en trouve), ce qu'il avait déjà annoncé plusieurs fois, et n'étant pas assez satisfait d'envoyer l'armée faire du rétablissement de l'ordre (ce qui ne correspond ni à sa mission ni à sa préparation) il annonce envoyer plusieurs centaines de réservistes fraîchement rappelés, comme s'il voulait absolument d'une part provoquer un bain de sang (quand il s'agit de police on dit "bavure" mais un bataillon d'infanterie motorisée de type soviétique ne connaît ni la matraque ni le pistolet) et d'autre part impliquer la population de l'ouest dans la répression de la population de l'est. De son côté le "ministre de l'intérieur" Arsène Avakov annonce la création d'une nouvelle milice populaire "anti-séparatiste" à laquelle il invite 12000 citoyens de l'ouest.
 
Que cherche le nouveau régime ? De toute évidence il cherche la violence. Si son comportement rappelle un peu celui du gouvernement géorgien en août 2008, qui avait lancé son armée contre sa province autonome d'Ossétie du sud pour y opérer un nettoyage ethnique, le rapport démographique ne le permettrait pas en Ukraine mais le régime peut avoir l'espoir d'obliger des pays dits occidentaux à l'aider, ce qui explique par exemple l'envoi en première ligne de soldats états-uniens (prétendus privés mais l'actuel gouvernement ukrainien n'a pas les moyens de payer leurs honoraires et l'entreprise le sait - à moins évidemment que ça ait été payé d'avance par les contribuables de pays plus riches que l'Ukraine) afin que leur pays soit concerné s'ils sont tués. Et ce mouvement est encouragé par les menaces des Etats-Unis envers la Russie, John Kerry ayant personnellement téléphoné à Sergueï Lavrov hier samedi pour exiger la création d'une zone non-militarisée dans l'ouest de la Russie et demander que la Russie retire ses troupes des régions russes voisines de l'Ukraine. En réalité le nouveau régime ukrainien a aussi une autre bonne raison pour déclencher une guerre civile qui justifierait un état d'exception : il ne veut pas que l'élection présidentielle promise pour le 25 mai puisse se tenir puisqu'il sait qu'il la perdrait. Pour mémoire, ce mouvement s'était déjà vu confier le gouvernement de l'Ukraine par les Etats-Unis au moyen de la "révolution orange" de 2004 lancée dès la première élection démocratique de Viktor Yanoukovitch, mais il l'a ensuite perdu dès l'élection démocratique suivante en 2010 (de nouveau remportée par Yanoukovitch). La junte Maïdan a annoncé une élection présidentielle le 25 mai pour satisfaire les prétendus démocrates uniopéens qui lui ont confié le pouvoir cette fois, mais elle sait parfaitement, comme eux, que si cette élection a lieu elle la perdra. Enfin, troisième objectif, il est vraisemblable qu'en lançant une opération militaire contre la population russe d'Ukraine orientale le régime ukrainien, poussé par les Etats-Unis (mais peut-être moins là par l'Union Européenne), cherche à provoquer une intervention de la Russie comme ce fut le cas en 2008 pour sauver la population d'Ossétie du sud.
 
Vu comment la France réagit dès que mille Français sont menacés quelque part en Afrique, on comprendrait que la Russie réagisse si huit millions de Russes sont menacés en Ukraine.

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