lundi 11 novembre 2013

les avances des Etats-Unis envers l'Iran

Le changement brutal d'orientation stratégique des Etats-Unis au Moyen-Orient en a surpris beaucoup, et pas seulement en Israël.
 
Tout d'abord il convient de noter que ce sont bien les Etats-Unis qui font volte-face, pas l'Iran, pour lequel il est toujours hors de question d'envisager un quelconque abandon de souveraineté ou des restrictions à son droit, garanti par le Traité de Non-Prolifération, d'enrichir l'uranium, alors même que ce pays respectueux du droit international est désormais entouré de plusieurs pays que l'on a aidés, ou que l'on aide encore, à devenir des puissances nucléaires (Israël, Pakistan, Turquie et Arabie Séoudite).
 
Les Etats-Unis savaient bien, par leurs services de renseignement, qu'en termes technlogiques l'Iran est, fin 2013, à au moins un an et plus vraisemblablement deux de pouvoir assembler une ogive nucléaire, et qu'en termes politiques il est toujours (sous Rohani comme sous Ahmadinejad) opposé à en développer, bien que stratégiquement poussé à l'envisager si c'était la seule possibilité de dissuasion d'une agression états-unienne. Ils savent aussi que l'Iran est un pays politiquement adulte et stratégiquement cohérent, dont l'accès au seuil nucléaire (c'est-à-dire la reconnaissance de sa capacité technologique à construire des armes nucléaires), servirait à retrouver son statut de puissance régionale, mais certainement pas à le griller en donnant crédit aux simagrées des épouvantails type Ahmadinejad et Netanyahu. De son côté Israël sait pertinemment que la menace à son existence est toujours arabe et que les Persans seront toujours plus anti-Arabes que panislamistes, ce qui n'interdit pas au neveu Israël de toujours quémander l'aide et la protection de l'oncle Samuel.
 
Le pays qui a le plus à perdre, et le fait bruyamment savoir, est l'Arabie Séoudite. D'abord agacée par le grand cas fait du petit Qatar, nouveau chouchou islamiste des pays occidentaux qui mettent leurs armées à sa disposition (une des raisons du soutien séoudien à l'armée égyptienne contre les Frères Musulmans soutenus par le Qatar et les Etats-Unis), elle prétend être fâchée parce que les Etats-Unis n'ont pas (encore) attaqué la Syrie, bien qu'elle ait toujours les mains libres pour continuer son printemps sunnite à Bahrein, au Yémen et dans ses propres tribus côtières, et puisse à tout moment, comme Stratediplo le rappelait encore l'année dernière et la presse états-unienne prétendit le découvrir la semaine dernière, renforcer son statut de puissance régionale en demandant au Pakistan la livraison des ogives nucléaires promises en échange du financement séoudien du programme nucléaire pakistanais avec bénédiction états-unienne, dans les années quatre-vingt-dix.
 
La cour que font soudain les Etats-Unis à l'Iran frise le ridicule. Ce samedi 9 l'empressement affairé de leur sous-secrétaire d'état Wendy Sherman à conclure à tout prix était tellement pressant qu'il a un peu refroidi l'Iran et l'a amené à accepter la suspension des "négociations" maladroitement demandée par le sioniste Laurent Fabius (qui n'avait pas compris que sur cette affaire le décideur est à Washington et pas à Tel-Aviv). Les Etats-Unis offrent d'entrée de jeu 4 ou 5 milliards de dollars, à apporter immédiatement par leurs "alliés" européens (ils n'envisagent pas encore de rembourser les 50 milliards qu'ils doivent à l'Iran depuis avant la révolution islamique) sous forme d'allègement des "sanctions" qu'ils ont commencé à appliquer et fait prendre par leurs alliés depuis novembre 1979 (sans rapport avec le moindre programme nucléaire), et promettent de plus la restitution immédiate des 50 milliards de dollars d'avoirs iraniens confisqués de par le monde occidental, sans demander la moindre concession à l'Iran et en confirmant par un traité son droit à enrichir l'uranium à 20%. Si l'Iran ne voit rien de plus à demander ou aucune condition préalable à fixer, le traité décidé d'avance à Washington (et "négocié" pour la presse à Genève) sera signé le 20 ou le 21 novembre.
 
Si les Etats-Unis insistent si lourdement pour que l'Iran accepte qu'on lève les sanctions à son encontre, c'est évidemment dans leur propre intérêt.
 
La brouille avec l'Arabie Séoudite est sérieuse. A tout moment l'Arabie peut revenir sur ses engagements de 1973-74 et décider de ne plus vendre son pétrole en dollars, d'une part pour punir les Etats-Unis, d'autre parce qu'elle ne sait plus quoi faire de tant de dollars virtuellement sans valeur, et enfin parce qu'elle est sollicitée par des clients qui souhaitent lui acheter du pétrole en euros, en or, en nourriture, bref tout sauf dollars. Les renseignements états-uniens savent (ce que nous ignorons) à quel point l'Arabie est proche de prendre cette décision, c'est peut-être imminent et cela expliquerait les nouvelles attaques de vendredi 8 contre l'or (encore 90 tonnes de papier assénées en quelques nanosecondes sur le cours officiel d'un métal pourtant en pénurie) et contre l'euro (dégradation de la France et du Fonds Européen de Stabilité Financière). Or, comme les stratèges états-uniens commencent à le réaliser, la fin du pétrodollar signifierait l'écroulement du dollar, non seulement parce que la politique états-unienne de déstabilisation du Moyen-Orient pour faire monter les prix du pétrole deviendrait sans effet (le monde n'aurait plus besoin de toujours plus de dollars et n'aurait donc plus besoin d'envoyer des marchandises aux Etats-Unis pour les obtenir), mais également parce que le monde chercherait à se défaire de ses dollars devenus inutiles. Les renseignements états-uniens savent peut-être aussi (ce que nous ignorons) à quel point l'Arabie est proche du secret épuisement de ses réserves pétrolières, qui amoindriront sa valeur stratégique et relèvera celle des autres grands producteurs... Iran notamment.
 
Les Etats-Unis ont surtout compris, trop tard et par la force des choses, la faute magistrale qu'ils ont commise en expulsant l'Iran des circuits internationaux de paiement en dollars, qu'on appelait encore récemment système monétaire international et dont on se rend compte qu'il n'était qu'un système monétaire occidental, désormais doublé par le système encore embryonnaire lancé par la Chine après le refus des Etats-Unis, fin 2008, de discuter d'une alternative possible au monopole d'un dollar hyper-surévalué ; aujourd'hui, à peine cinq ans plus tard, pas loin de la moitié du commerce international (sauf erreur) se fait sans l'intermédiaire du dollar, et pas loin d'un cinquième du commerce international se fait en yuan renmimbi. Lorsque les Etats-Unis ont forcé l'Iran à accepter d'autres moyens de paiement en lui fermant l'accès au transfert de dollars (et en faisant confisquer ses comptes dans des pays tiers), en particulier lorsqu'en 2012 ils ont ajouté aux sanctions contre les entreprises européennes des menaces envers la Belgique pour qu'elle force l'entreprise Swift à refuser les transactions avec l'Iran, ils ont poussé celui-ci dans les bras de la Chine qui a payé d'abord en or, et paie maintenant en yuans utilisables dans un nombre croissant de pays.
 
Evidemment plus les Etats-Unis courtisent l'Iran, plus l'Arabie Séoudite est mécontente ; et plus l'Arabie Séoudite est mécontente, plus les Etats-Unis courtisent l'Iran. L'accord à Genève est imminent, l'Iran peut accepter de vendre de nouveau son pétrole en dollars, l'Arabie peut accepter de continuer, mais le pays auquel le monde achète 80% de ses biens manufacturés cessera bientôt d'accepter cette monnaie.
 
Et la B61-11 dans tout ça, demanderont les lecteurs de Stratediplo ? Pas de problème, l'ultime argument pourra être utilisé ailleurs qu'en Perse.
 
Delenda est Carthago.

Aucun commentaire:

ces mercenaires français rappelés du Levant

La presse française diffuse depuis quelques semaines une campagne de communication criminelle. La profusion et la simultanéité de la paru...