samedi 24 août 2013

Syrie : faute historico-stratégique des Etats-Unis d'Amérique

Les Etats-Unis d'Amérique préparaient une confrontation générale sunnite-chiite : dix ans après leur utilisation des chiites d'Irak contre les sunnites (et les chrétiens) d'Irak, ils soutiennent le Qatar contre la Syrie, la Séoudie contre la Syrie, la Séoudie contre Bahreïn, les wahabbites contre la minorité chiite de Séoudie, les sunnites de Syrie contre les alaouites et les chrétiens (et les Kurdes sunnites contre les les Kurdes chiites ou chrétiens), tout cela pour souder une alliance pan-sunnite (incluant le Pakistan nucléaire) contre l'Iran. Ils avaient la chance qu'Israël souhaite se tenir à l'écart afin d'éviter la formation d'un front anti-sioniste qui aurait pu rapprocher les pays arabes de l'Iran, et ils avaient la chance de profiter, involontairement compte tenu de leur méconnaissance de l'histoire, du conflit perso-arabe pluriséculaire (mais encore meurtier dans les années 80).

Mais ils ont commis une première faute, par méconnaissance de la fière mentalité arabe, celle de transformer un micro-état en puissance moyenne d'ambition financière et militaire mondiale, au moment même où une puissance moyenne vieillissante lutte pour garder son influence en dépit de l'épuisement de ses seules ressources pétrolières. Le Qatar fait de l'ombre aux Emirats Arabes Unis, micro-état comparable, mais aussi à l'Arabie Séoudite, puissance régionale à potentiel nucléaire (grâce à son accord "financement contre ogives" avec le Pakistan). L'éviction militaro-légitime (soutenue par trois-quarts de la population) des Frères Musulmans d'Egypte après leur assomption hypo-démocratique (25% des voix au premier tour) a mis au grand jour les rivalités inter-arabes, avec d'un côté l'axe qatari et de l'autre l'axe séoudien, où les Etats-Unis se trouvent justement du côté défait.

Ils sont maintenant sur le point de commettre une deuxième faute, qui ne peut s'expliquer que par leur cosmogonie d'idées simples déconnectées de la réalité historique : faire occuper la Syrie, après l'avoir scalpée au Tomahawk, par la Turquie. Certes dans les années 90 ils ont réussi, avec le soutien de l'Allemagne, à imposer le retour de la Turquie dans les Balkans, ont obtenu que l'Union européenne négocie l'admission de la Turquie en dépit de sa non-reconnaissance (et occupation militaire) d'un membre de l'Union, et ont failli obtenir au début des années 2000 la reconnaissance par l'ONU de la souveraineté turque sur la partie occupée de Chypre. Mais la sanguinaire occupation turque du monde arabe a pris fin il y a moins d'un siècle, ce qui dans l'Ancien Monde représente quatre générations et donc un souvenir encore vivace, par tradition orale familiale ininterrompue. Si les indigènes de Terre Sainte se sentent encore ¨Palestiniens après trois générations de concentration dans des camps, si les Levantins sont encore francophiles et en bonne partie francophones après un si court mandat français moderne, l'ensemble du Proche-Orient a gardé le souvenir de presque neuf siècles d'empalements. Dans leur souci de déstabilisation, les Etats-Unis ouvrent une porte qui est loin d'être sublime.

Très bientôt, les peuples arabes vont avoir de nouveau besoin d'un protecteur. La France, la Russie et la Chrétienté brilleront par leur absence. La Perse ne serait pas bienvenue. Qui viendra ?

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