lundi 5 novembre 2018

trois brigades hindoustanies à 250 km de Venise

A la frontière entre la Bosnie et Herzégovine et la Croatie, frontière extérieure de l'Union Européenne, la pression s'intensifie.
 
Velika Kladuša est la pointe nord-ouest de la poche de Bihać, comme un doigt enfoncé en Croatie à quarante kilomètres (deux jours de marche) de la frontière slovène. Plus au sud se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (catholiques) de l'ancienne Republika Herceg-Bosna, plus à l'est se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (orthodoxes) de la Republika Srpska. Bihać est une région musulmane, qui au début de la guerre avait d'ailleurs avec l'aide des républiques de Krajina, Herceg-Bosna et Srpska voisines résisté un temps aux milices du régime islamiste de Sarajevo, que l'OTAN et la France ont finalement aidé à conquérir et soumettre toute la Bosnie et Herzégovine et ses populations, en majorité chrétiennes. C'est là que les premiers contingents français et canadiens de la Force de Protection de l'ONU avaient essuyé leurs premiers tirs venus des milices islamistes, avant de perdre des dizaines de soldats sous leur feu à Sarajevo. Bihać était stratégiquement importante pendant la guerre pour éviter une jonction entre les républiques serbe et croate de Bosnie et d'Herzégovine, et elle est encore plus stratégiquement importante depuis la guerre car c'est l'extrémité nord-ouest de la fameuse Diagonale Verte (connue aussi comme Transversale Verte), venant de Turquie par les républiques et territoires albanais des Balkans, le Sandžak etc. Et Velika Kladuša est l'extrémité occidentale (et septentrionale) de cette diagonale.
 
Depuis plusieurs mois s'agrège et se concentre une masse de candidats à l'intrusion illégale dans l'Union Européenne. Ces jeunes hommes sont amenés de Sarajevo par autobus et par train puis déversés sur la route d'entrée au village, au nord duquel se trouve le poste frontière de Maljevac, du nom du village de l'autre côté, en Croatie. La police bosnienne musulmane a pour consigne de les canaliser pour éviter leur éparpillement dans les campagnes voisines, et un gros cordon policier a été mis en place pour s'assurer qu'ils n'envahissent pas le centre ville du chef-lieu régional, Bihać. Les correspondants des trois grandes agences de presse monopolistiques photographient surtout les femmes, qui représentent pourtant moins de 5% de l'ensemble, et notamment les femmes arabes au teint clair, car il y a effectivement une petite minorité d'Irakiens et de Syriens (ou d'arabophones prétendant l'être) dans ces foules. Mais, d'après la police et les médias locaux, l'essentiel de ces foules est constitué d'Hindoustanis, à savoir Pakistanais, Bengalis et Afghans.
 
La police locale, qui a dû intervenir dans une rixe il y a deux jours, précise que ces gens n'ont aucun document d'identité, car ils l'ont détruit dès leur arrivée dans le pays. Un rapide coup d'oeil à la carte suggère cependant que, en l'absence de frontière terrestre entre le Pakistan et la Bosnie Herzégovine, ces dizaines de milliers de personnes sont arrivées à Sarajevo par avion, donc avec l'approbation de quelque autorité bosnienne, certainement utile aussi pour traverser ensuite le pays en train ou en autobus sans document d'identité ni connaissance des alphabets européens. Le gros pont aérien en cours est nécessairement financé par un acteur plus puissant que les foules sans ressources qu'il manoeuvre de la sorte, mais la translation terrestre peut très bien n'être que le fait du gouvernement de Bosnie et Herzégovine soucieux de ne pas laisser traîner dans le pays ces foules dont il accepte le débarquement aérien massif.
 
Il paraît que ces candidats à l'intrusion dans l'Union Européenne sont porteurs de cartes bancaires prépayées porteuses du logo de deux agences de l'Organisation des Nations Unies, l'UNHCR chargée des secourir les réfugiés et l'UNICEF chargée de promouvoir l'instruction infantile. Au moment où se tiennent au siège de l'ONU des discussions sur une nouvelle convention devant limiter la souveraineté des Etats pour créer un droit à l'immigration dans tout pays au choix du candidat immigrant, l'engagement de la structure permanente de l'organisation (aux ordres du Secrétaire Général) dans une action d'intrusion massive est à souligner. Il faut ajouter que ces candidats à l'intrusion illégale par la force ne sont pas seulement porteurs de cartes bancaires mais également d'armes blanches. Après qu'un garde-frontière croate ait été récemment poignardé, la police bosnienne qui accompagne et canalise ces foules a déclaré qu'en fait ces gens sont pratiquement tous armés. C'est d'ailleurs officiellement pour cela que la police bosnienne musulmane a été débordée il y a deux semaines, quoi que l'on puisse penser des raisons réelles pour lesquelles elle a été mise en situation de se laisser dépasser.
 
De son côté la Croatie a renforcé sa police garde-frontière en acheminant discrètement des effectifs anti-émeutes, et, dit-on, des forces spéciales. L'Agence Еuropéenne pour la Gestion de la Coopération Opérationnelle aux Frontières Extérieures des Etats Membres de l'Union Européenne, dite Frontex, est évidemment sur place pour contrôler l'action des services publics croates, voire pour s'assurer qu'ils ne reçoivent pas l'ordre de rouvrir Jasenovac (qui sait). Il devrait cependant bientôt y avoir des incidents sérieux, avec mort d'intrus, de manière à relancer la compassion quelque peu émoussée depuis la conclusion à Cologne (et ailleurs) de l'intrusion massive appelée le 24 août 2015. Evidemment, rien de tout cela ne saurait surprendre le lecteur de la Huitième Plaie.
 
Pour l'instant la plupart des mouvements de test ou de répétition en direction de tel ou tel poste frontière sont menés en mode décentralisé, par des bandes de l'ordre de cent à deux cents individus, correspondant donc au volume d'une compagnie. Mais il n'est pas inutile de préciser que l'effectif total en attente de passer la frontière à Velika Kladuša, à cent vingt kilomètres de Ljubljana et deux cent cinquante kilomètres de Venise, est estimé à vingt mille hommes (20000), soit trois brigades.

mercredi 31 octobre 2018

l'aveu du 6 mai 2010

Non, la bourse, temple du capitalisme, n'est pas un lieu de libre établissement des prix à la rencontre de l'offre et de la demande. C'est un lieu de manipulation, de maximisation de la manipulation et de couverture de la manipulation.
 
Dans un fameux article du 22 décembre 2014 (http://stratediplo.blogspot.com/2014/12/les-etats-unis-preparent-la-fin-de-la_22.html), on a expliqué comment les Etats-Unis ont mis fin à la libre cotation des métaux précieux, trois ans après avoir fait fixer (par la manipulation monstre du 6 septembre 2011) un cours plafond historique pour l'or. Et dans un article du 14 février 2016 (http://stratediplo.blogspot.com/2016/02/le-capitalisme-ne-secroulera-pas-un.html) on a expliqué comment ils procèderont à un ultime relèvement artificiel du cours international du dollar avant de mettre fin à la libre cotation des monnaies.
 
Puisqu'on expose dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre (parution imminente aux éditions Retour aux Sources) le concept du Big Reset, ou remise à zéro générale des compteurs, il n'est pas inopportun de rappeler aux crédules de la liberté des marchés l'affaire de la manipulation officielle des bourses étatsuniennes le 6 mai 2010.
 
L'effondrement boursier avait commencé au New York Stock Exchange (Wall Street). Peu importent les enchaînements d'événements ou de communiqués qui l'ont déclenché, comme d'habitude insignifiants par rapport aux conséquences qu'ils allaient entraîner, comme une goutte est insignifiante tant qu'elle ne fait pas déborder le vase dont on sait pourtant qu'il débordera effectivement à cause d'une goutte, ou comme pour les anglophones la paille fatale qui brise le dos du chameau. Concrètement, un courtier a peut-être mis en vente une très grosse quantité d'une valeur boursière, provoquant évidemment une chute brutale de son cours mais aussi une chute de la bourse, par contagion plus psychologique qu'arithmétique dans un marché où de toute façon toutes les valeurs sont irrationnellement hyper-surévaluées. Rétrospectivement toutes les autorités économiques ont avancé des explications, d'apparence logique.
 
On a évidemment interdit de soupçonner la pratique toujours autorisée de la vente à terme et à découvert, à savoir mettre sur le marché des promesses de vente de grosses quantités d'une valeur que l'on n'a pas, afin de faire baisser artificiellement ses cours pour l'acheter à un prix encore inférieur auquel on a promis de la vendre, pratique à la base de la fortune d'un George Soros qui jouit en totale liberté de sa destruction calculée (et sur ordre) de la livre anglaise et du Système Monétaire Européen. On a surtout initialement incriminé l'effet multiplicateur des "échanges à haute fréquence" qu'autorisent les programmes automatisés, sans expliquer pourquoi ce jour-là et pas tous les jours, ni d'ailleurs les interdire (ils ont été techniquement innocentés depuis lors). A l'opposé de l'explication robotique, on a incriminé l'erreur humaine de quelqu'un qui aurait tapé sur son clavier "billion" au lieu de "million", sans expliquer l'absence de sécurités automatisées sur de tels marchés et de tels montants alors que le moindre chèque sans provision ou la moindre tentative de retrait ou de paiement supérieure au plafond quotidien autorisé est systématiquement rejeté. On a désigné à la presse divers produits dérivés financiers ou actions d'entreprises, et divers agents de change ou banques, sans qu'aucune responsabilité ait pu être solidement démontrée. On a envoyé les Grecs se faire voir chez les Turcs (en Grèce occupée). Et, comme d'habitude, on a aussi livré à la presse et à la justice un bouc émissaire, boursicoteur amateur connecté depuis le garage de ses parents sur un autre continent. Bref, peu importe ce qui a déclenché le mouvement, en tout cas on n'a à ce jour trouvé aucune anomalie de fonctionnement du marché.
 
Quoiqu'il en soit, en quatre minutes trente (de 14h41 à 14h45'28") la capitalisation boursière étatsunienne a perdu un dixième de sa valeur, et cela aurait continué sans une grosse manipulation, reconnue et assumée, de la part des autorités boursères. Concrètement, cela signifie qu'en moyenne l'ensemble des entreprises étatsuniennes cotées en bourse ont perdu un dixième de leur valeur, compte tenu des règles comptables étatsuniennes de valorisation ; c'est loin d'être négligeable. C'était peut-être le début de l'inéluctable effondrement du capitalisme étatsunien, en tout cas une chute de 10% de l'indice Dow Jones en dix minutes était un événement sans précédent historique, et il faut préciser qu'il ne s'agissait pas d'échanges marginaux sur un marché endormi à minuit d'une veille de congés, mais de volumes particulièrement importants d'échanges, allant tous dans la même direction (à la baisse). Ce début d'effondrement est passé à l'histoire sous le nom de "flash crash". Toutefois, ce qui est troublant et révélateur n'est pas la fragilité du système, mais sa flexibilité à la manipulation autoritaire. En effet les autorités boursières sont intervenues pour arbitrairement corriger la chute de certaines valeurs, pourtant arithmétiquement établies par la confrontation automatisée de l'offre et de la demande à un instant donné. Elles ont aussi annulé certains mouvements et échanges sur les marchés dont elles étaient chargées d'assurer le libre fonctionnement. Parallèlement au New York Stock Exchange, le NASDAQ a aussi été manipulé sans complexe par ses autorités de régulation. Finalement tout s'est passé comme si on avait décidé, et eu la capacité, d'annuler tout ce qui s'était passé sur ces marchés entre 14h30 et 15h00. Sur cinq minutes on a artificiellement relevé les cours jusqu'à la récupération des mille milliards de dollars perdus dans la demi-heure précédente. Ultérieurement le monde politique économique a largement approuvé ces manipulations, ainsi devenues officielles.
 
Il est depuis lors clair aux yeux du monde économique (le quidam de la rue l'ignore) que la bourse étatsunienne n'est pas un libre marché, et que les autorités boursières y ont la capacité matérielle et l'autorisation politique d'y brider les mouvements, voire carrément d'interrompre la libre cotation des valeurs quand ce n'est pas, comme ce fut fait ce jour-là, de leur fixer arbitrairement des cours artificiel et de les imposer aux logiciels d'échange. Ce qui n'est pas clair est le degré de liberté des autres bourses du monde capitaliste, et l'allégeance de leurs autorités de régulation. On peut deviner que lorsque le cours des obligations étatsuniennes levées en dollar s'effondrera à Shanghaï les autorités boursières locales ne lui fixeront pas arbitrairement un cours artificiel, on peut deviner que si ça se passe à New York il y aura encore une intervention "corrective", mais on ignore ce qu'il en sera si c'est à Francfort, Londres ou Milan que le phénomène débutera.
 
Comme le 15 août 1971 et le 6 septembre 2011, le 6 mai 2010 est une date historique.

mardi 23 octobre 2018

pourquoi dénoncer le traité sur les FNI

Les Etats-Unis d'Amérique, qui depuis quelques années déjà contreviennent à l'esprit du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en installant en Roumanie et en Pologne des rampes de lancement vertical MK-41 conçues pour les missiles de croisière Tomahawk (sous prétexte de les avoir adaptées au missile antimissile Aegis Ashore), ont annoncé ce 20 octobre qu'ils allaient se retirer dudit traité.
 
Après la Russie, seul autre signataire car ayant repris toutes les armes nucléaires de l'URSS, voilà que l'Union Européenne, par la voix de sa porte-parole des affaires étrangères et de sécurité, rappelle l'importance de ce traité et les résultats obtenus grâce à son application, et demande en conséquence aux Etats-Unis de reconsidérer leur intention. Puis tour à tour voilà déjà que la France, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne expriment également leur préoccupation. De la part de la France, qui avait à l'époque particulièrement défendu son indépendance en la matière et n'est justement pas concernée, une prise de position précipitée (et ni sollicitée ni nécessaire) sur cette question ne peut que rappeler le caractère désormais totalement erratique des réactions épidermiques et irréfléchies de ses apprentis ministres intérimaires. De son côté l'Allemagne déclare qu'elle engagera des discussions actives avec les Etats-Unis à ce sujet.
 
Surtout, on peut noter que plusieurs pays annoncent qu'ils soulèveront cette question dans le cadre de l'OTAN. Bien que celle-ci ne soit pas partie au traité, la stratégie de l'Alliance Atlantique ne peut qu'en être effectivement modifiée et le Groupe des Plans Nucléaires, dont la France reste heureusement à l'écart en dépit de son retour dans l'organisation militaire, doit étudier cette initiative étatsunienne de relance de course aux armements nucléaires.
 
Mais il est important de se rappeler que ce traité ne concerne que les forces nucléaires à portée intermédiaire, à savoir entre 500 et 5500 kilomètres de portée, déployées en Europe. En effet les missiles basés en Amérique doivent avoir une portée supérieure à 7000 kilomètres pour toucher une cible en Europe, et relèvent donc d'une catégorie non concernée par ce traité. Compte tenu du fait que les Etats-Unis n'ont pas de territoire en Europe, ils ne pourraient y déployer des missiles à portée intermédiaire que sur le territoire de pays tiers, ce qui constituerait d'ailleurs une violation (supplémentaire) du traité de non-prolifération nucléaire.
 
La cohérence et la logique politique implique que tous les gouvernements qui expriment publiquement leur préoccupation concernant cette décision étatsunienne refuseront d'accueillir sur leur sol ce type d'armes, comme si le traité dont ils demandent le maintien était toujours en vigueur. Si l'Italie, premier hôte d'armes nucléaires étatsuniennes en Europe, et l'Allemagne, maintiennent leur soutien au traité en refusant les "euromissiles" étatsuniens, il est vraisemblable que la Belgique et les Pays-Bas feront de même, respectant ainsi la préoccupation exprimée par l'Union Européenne dont ils font partie. Hors d'Europe et de la politique étrangère et de sécurité uniopéenne, la Turquie pourrait bien accepter, comme d'habitude, l'implantation d'une nouvelle catégorie d'armes nucléaires étatsuniennes.
 
En Europe et dans l'Union, il reste les pays farouchement misorusses, notamment la Pologne et la Roumanie, qui ont déjà accepté l'installation des rampes du prétendu "bouclier antimissiles" conçu lorsque les Etats-Unis prétendaient faire croire à leurs alliés que le gouvernement nord-coréen ferait faire un grand détour à ses missiles au-dessus de l'Europe pour éviter la route directe par l'Alaska. Ces systèmes de lancement MK-41, justement dénoncés par la Russie comme une violation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire puisqu'ils ont été développés pour le missile de croisière à portée intermédiaire et à capacité nucléaire Tomahawk, sont déjà opérationnels et pourront donc recevoir des missiles nucléaires de croisière le lendemain même de la dénonciation officielle du traité par les Etats-Unis. La fourberie de l'installation anticipée, sous un prétexte fallacieux, des rampes de lancement, aura ainsi donné aux Etats-Unis plusieurs années d'avance sur la Russie si celle-ci décide de répondre de la même manière, en déployant des missiles à portée intermédiaire à quelques milliers de kilomètres du territoire étatsunien.
 
Mais les pays européens doivent s'interroger sur les raisons concrètes, et non pas les prétextes politiques, de l'installation de ces missiles en Europe. En effet le discours étatsunien était jusqu'à présent que les prochaines attaques nucléaires conduites par les Etats-Unis le seraient au moyen de bombes B61-11 (déployées en Europe et en Turquie) si elles avaient lieu jusqu'en 2018 incluse, ou de bombes B61-12 si elles avaient lieu à partir de l'année prochaine. Comme on l'expose dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre, à paraître aux éditions Retour aux Sources le mois prochain, la B61-11 a une puissance de 400 kilotonnes tandis que la B61-12 aura une puissance maximale de 50 kilotonnes. Pour sa part la charge nucléaire du missile de croisière polyvalent Tomahawk est, sauf erreur, de 200 kilotonnes.
 
Cette petite différence montre sans le moindre doute possible que les Etats-Unis ne veulent pas se limiter à une capacité de frappes nucléaires tactiques en Europe. Ils veulent conserver une capacité de frappes stratégiques, basée hors de leur territoire national afin de prétendre à une action "graduée" interdisant au pays agressé de riposter sur leur territoire national sous peine de représailles mégatonniques massives. Ayant eu par deux fois, dernièrement, l'occasion de constater l'efficacité d'une défense antiaérienne moderne contre leurs vagues de missiles, ils veulent les baser à terre et au plus près des frontières ennemies (pour diminuer le temps de réaction) plutôt que les tirer d'une flotte en mer. Enfin leur intention est que certains de ces missiles atteignent vraiment leur cible, sans cela ils recourraient à une composante pilotée et larguée (B61), qui porte un plus fort message. Par conséquent ils envisagent une frappe de saturation, c'est-à-dire de déborder les défenses adverses par une vague de plusieurs centaines de missiles identiques tirés simultanément, dont plusieurs dizaines porteront une charge nucléaire, de 200 kilotonnes sauf erreur.
 
Il est temps que les pays européens comprennent ce que prépare leur allié américain.

mercredi 17 octobre 2018

tant qu'à déstabiliser...

Tant qu'à déstabiliser, déstabilisons toujours plus gros, pense-t-on chez la première puissance déstabilisatrice mondiale et chez sa succursale parisienne.
 
La vague du printemps vert de 2011, par laquelle les Frères Musulmans ont pris le contrôle d'abord de l'Egypte, puis de la Tunisie et enfin de la Cyrénaïque après que la France ait détruit puis démembré pour eux l'Etat libyen, s'est arrêtée à la frontière de la première puissance militaire d'Afrique et de Méditerranée. Puis l'acheminement vers le Niger et le Mali des armes larguées par la France sur le Fezzan, dont on annonçait ici la destination finale dès que les largages ont commencé, le désoeuvrement des cinq millions de Subsahariens expulsés de Libye par l'alliance franco-sénoussiste, et la transformation par la propagande française du séparatisme touareg du Mali en djihad sahélien, ont permis d'ouvrir un front sur la frontière méridionale de l'Algérie en plus de celui ouvert initialement sur les frontières orientales.
 
L'action d'éclat censée inaugurer les opérations et lancer le recrutement international de la deuxième guérilla islamique en Algérie était la prise du complexe gazier d'In Amenas, en janvier 2013. Revendiquant un parrainage moral de la figure légendaire Mokhtar Belmokhtar pour prétendre à une origine algérienne, l'attaque, commandée sur le terrain par un Nigérien, a été lancée de Tripolitaine, avec des armes fournies par la France aux islamistes antilibyens.
 
L'armée algérienne a expédié le problème à sa manière, sans s'encombrer de considérations policières telles que l'interrogatoire des terroristes, judiciaires telles que leur condamnation ou démagogiques telles que la survie des otages. Le mandat tactique était aussi clair que le discours politique constant, le gouvernement algérien ne négocie pas avec des preneurs d'otages (contrairement au gouvernement russe au théâtre Doubravka et à l'école de Beslan), et leur élimination définitive passe avant le sauvetage de leurs otages du moment. Les moralisateurs peuvent trouver cela cynique, mais la rive gauche parisienne s'est abstenue de faire critiquer le gouvernement algérien par la presse française. Ceux qui ont côtoyé l'armée algérienne depuis 1992 connaissent sa détermination sans états d'âme. Une génération a certes passé depuis le plus fort de la guerre civile, donc le personnel militaire a été en grande partie renouvelé, mais les principes d'action n'ont pas changé.
 
L'armée algérienne est très sollicitée. Depuis 2011 elle est déployée aux frontières tunisienne et tripolitaine et, même si la presse ne s'en fait pas toujours l'écho, il y a des escarmouches transfrontalières, des réductions de groupes infiltrés, des saisies de caches d'armes tous les mois et peut-être toutes les semaines. L'OTAN pousse ses supplétifs islamistes plus discrètement peut-être qu'ailleurs, car l'Algérie n'est pas un poids-plume en Méditerranée. La frontière malienne est évidemment plus difficile à contrôler que la frontière tunisiennne mais la gendarmerie est active dans les villages et tout est fait pour convaincre les candidats à l'infiltration qu'il vaut mieux être un esclave noir francophone en chemin vers Paris qu'un barbu blanc arabophone (ou amazighophone) en chemin vers Alger. Par ailleurs, avant qu'on n'abatte les prix du pétrole (en achetant en Turquie le pétrole volé en Syrie par l'Etat Islamique) pour affaiblir la Russie, le gouvernement algérien a profité de la manne pétrolière, et de la bonne situation budgétaire de l'Etat, pour moderniser l'équipement de toutes ses forces en multipliant ses dépenses militaires par cinq depuis 2000 et par deux depuis 2010, devenant non seulement le plus gros acheteur d'armement de toute l'Afrique mais aussi un acheteur de poids au niveau mondial. Par exemple la flotte algérienne n'est pas seulement la plus moderne de Méditerranée mais, d'après l'âge moyen de ses unités, elle est vraisemblablement la plus moderne (très loin cependant d'être la plus grosse) au monde. A cet égard les capacités prêtées au pays Sapin dans le Septième Scénario de Stratediplo sont, trois ans plus tard, déjà bien dépassées par l'Algérie.
 
Mais toute cette modernisation concerne des moyens conventionnels de défense nationale et n'a aucune finalité interne, répressive ou oppressive. Car, contrairement à certains pays où les forces armées ont parmi leurs attributions la défense de l'ordre constitutionnel, l'Armée Nationale Populaire algérienne n'a, selon l'article 28 de la constitution, aucune compétence ou fonction politique. A part la défense de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité du pays, elle est certes aussi constitutionnellement chargée d'assurer la défense de son unité, et s'y est activement employée pendant les années quatre-vingt-dix face à un ennemi de recrutement interne mais d'obédience étrangère (l'islam, dont la protection par la constitution devra bien être révoquée un jour ou l'autre). La jeune armée algérienne n'est plus le vieux FLN, un parti d'ailleurs théoriquement "banalisé" par l'introduction du multipartisme justificateur. Contrairement à certains pronostics étrangers, à ce jour le haut commandement algérien n'a aucune intention d'intervenir dans l'élection présidentielle de l'année prochaine, de même qu'elle n'est pas intervenue dans le simulacre de réforme constitutionnelle de 2016, qui ne présentait d'ailleurs aucun risque d'affaiblir immédiatement le régime.
 
Cette révision de la constitution, annoncée depuis une décennie comme un chantier majeur de démocratisation mais difficile à conduire dans un contexte de dictature gérontocratique sans alternative générationnelle, et de plus sous des circonstances de risque imminent de défaillance présidentielle sans succession crédible, ne pouvait être qu'un palliatif. En fait elle ne comporte effectivement qu'une avancée notable, l'érection de l'amazighe au niveau de langue nationale (avec l'arabe –variante judicieusement imprécisée– et à l'exclusion remarquable du français), porteuse à terme d'un réveil des cultures et des peuples indigènes qui, dans la deuxième moitié du siècle, débordera largement les frontières de l'Etat algérien et pourrait repousser la culture arabo-musulmane vers les côtes méditerranéennes. L'apatrie mondialiste s'est, pour sa part, seulement émue de l'interdiction des hautes fonctions politiques aux binationaux, innovation constitutionnelle dictée en réaction à la nomination systématique, depuis une dizaine d'années, de ministres et secrétaires d'Etat de nationalité et d'allégeance marocaines au sein du gouvernement français (qui administre la première communauté algérienne hors d'Algérie), et dont la prochaine élection à la mairie de Barcelone montrera la nécessité face aux ambitions personnelles de politiciens étrangers soutenus par ladite apatrie mondialiste. Le véritable risque pour l'Algérie n'était pas qu'un bon gestionnaire ayant fait fortune en Suisse vienne acheter l'élection présidentielle à Alger, mais qu'un bon prédicateur ayant fait prosterner des foules dans les rues de France (chose strictement interdite en Algérie) vienne soulever les populations désoeuvrées et marginalisées d'Alger.
 
La relève des cours des hydrocarbures a cependant allégé la facture alimentaire (externe) et sociale (interne) du gouvernement algérien, seule garantie de paix civile pour un régime qui a parachevé sa faillite agricole par la faillite éducative, et auquel la corruption généralisée a aliéné l'électorat récemment libéré. On a oublié de compenser la fin du parti unique par le vote obligatoire, aussi la population algérienne a un taux d'abstention supérieur à celui des élections parlementaires uniopéennes (pourtant référence mondiale en matière d'abstention). Or, si la population métropolitaine s'abstient par écoeurement de la corruption et incrédulité face à la politique, la diaspora pourrait voter, et compte tenu d'une part de la radicalisation encouragée en Europe, et d'autre part de l'absence d'une mémoire de la guerre civile des années quatre-vingt-dix (qui était restée confinée à l'Algérie), la diaspora pourrait voter vert. En principe il n'y aura pas de candidat islamiste au scrutin présidentiel, mais il n'est pas impossible que Saïd Bouteflika, assez favorable à l'islam politique et faute d'avoir jamais obtenu (ni brigué sauf erreur) de mandat élu face aux caciques du FLN, joue la carte islamiste et étrangère. Physiquement très présentable et ne faisant pas ses bientôt 61 ans, le traficant d'influence et répartiteur de corruption en chef du régime pourrait fort bien s'appuyer sur une campagne à l'étranger, en évitant cependant son pays de naissance, le Maroc.
 
Le Maroc, justement, bien plus que la Tripolitaine sans véritable capacité militaire, bande les muscles et multiplie depuis quelques mois les provocations politiques et diplomatiques. Il bénéficie du soutien de l'Union Européenne et de l'Alliance Atlantique, et accessoirement de la France et de l'Espagne. Fournissant des troupes à toutes les opérations multinationales en Afrique et parfois ailleurs, le Maroc affiche une politique interventionniste qui tranche avec la posture neutre et non alignée de l'Algérie, laquelle de son côté refuse régulièrement de s'engager au sud en soutien de ses voisins plus petits, et n'a qu'un seul conflit durable, celui justement avec son voisin occidental. Il est vrai que l'Algérie a refusé l'annexion du Sahara espagnol par le Maroc, arme et soutient le Polisario et rêve toujours d'un débouché sur l'Atlantique. Mais elle a aussi de bonnes raisons de s'alarmer de la politique de "deux poids deux mesures" de l'axe atlantico-uniopéen. La presse relai des agences monopolistiques de l'OTAN (AP, AFP et Reuters), c'est-à-dire l'ensemble de la presse dite occidentale, pardonne au Maroc les morts de "migrants" vers l'Espagne mitraillés, ou aux esquifs coulés, par la marine marocaine dans les eaux territoriales ou internationales, au moment même où elle s'émeut du raccompagnement civilisé et ordonné vers la frontière (et le désert certes), en autobus, des clandestins infiltrés sur le territoire algérien.
 
En ce mois d'octobre 2018 on assiste précisément au début d'une campagne de communication anti-algérienne, de la part d'organisations crypto-gouvernementales et très bientôt de gouvernements et d'instances internationales, accusant les autorités algériennes d'inhumanité dans le raccompagnement vers le sud de quelques milliers d'intrus illégaux visant certainement plus d'ailleurs l'embarquement vers l'Europe que le séjour prolongé en Algérie. Cet intérêt soudain peut surprendre de la part d'acteurs qui ont soutenu et caché les pogroms perpétrés en Cyrénaïque (Benghazi...) par leurs protégés sénoussistes début 2011 puis encouragé l'expulsion de cinq millions de travailleurs légalement immigrés en Libye, alors pays au plus haut niveau de vie d'Afrique. La vérité est que la fermeture en cours des ports italiens, si le gouvernement italien tient, tarira à terme l'invasion transméditerranéenne au départ des côtes de Tripolitaine et Cyrénaïque (et ouvrir une base de départ en Tunisie n'y changerait rien), et que le Maroc n'est pas extrêmement favorable à ouvrir ses routes aux caravanes de négriers appelés par l'Union Européenne et financés par la galaxie Soros (revoir à ce sujet la Huitième Plaie de Stratediplo). Il reste l'Algérie.
 
La première puissance d'Afrique et de Méditerranée est fragile. Le régime est une dictature gérontocratique totalement coupée de la société réelle et des générations dites "de l'indépendance". Pauvre, sans emploi et facilement affamée, la population peut vraisemblablement être manipulée, comme l'a été la frange des quinze à trente ans en 1992. Cette population est jeune et une bonne partie de la jeunesse n'a justement pas connu le déchirement qui, il y a une génération, a tué cinq fois plus de civils que l'autre guerre de religion contemporaine, en Bosnie et Herzégovine. Quant à la diaspora, forte d'après son association internationale de sept millions de ressortissants dont cinq millions en France, elle est sûrement encore plus manipulable puisque déjà en grande partie radicalisée. De toute façon les dernières expériences de "révolutions de couleur", comme le coup d'Etat de février 2014 en Ukraine, ont montré qu'une participation réelle de la population n'est pas absolument indispensable. Un prétexte de déclenchement est cependant utile en matière de communciation internationale, et peut être trouvé à l'occasion de l'élection présidentielle d'avril 2019. On connaît le principe, il suffit que des sondages "indépendants" (c'est-à-dire étrangers) d'intentions de vote annoncent un résultat totalement différent du pronostic réaliste, puis que des sondages "à la sortie des urnes" annoncent un vote totalement différent de celui qui ne peut qu'être constaté par la commission électorale, ensuite de quoi il n'y a plus qu'à accuser le gouvernement de tricherie et à lui donner un ultimatum pour la proclamation de résultats conformes à la dictée étrangère (il y a des exemples).
 
En soi le résultat de l'élection présidentielle importe peu. Une véritable alternance politique est relativement inconcevable car bousculer le régime serait détruire l'Etat, comme l'ont compris les initiateurs puis confiscateurs de la fameuse réforme constitutionnelle, et la percée d'un candidat prétendu "de transition" ne faciliterait pas la déstabilisation envisagée par certaines puissances. D'ailleurs parmi ce qui se réclame plus ou moins sincèrement d'opposition, il ne se dégage aucune personnalité ayant la stature de chef d'Etat du régime présidentiel d'un pays important mais fragile et attaqué de tous côtés (sauf du nord, pour l'instant). Si la momie Abdelaziz, qui n'avait manifesté aucune réaction de surprise (ou de conscience, d'ailleurs) en voyant un bulletin portant son nom lorsqu'on l'a faite voter il y a cinq ans, n'est pas encore décomposée, son frère Saïd le ventriloque et marionnettiste de l'ombre pourra la faire reconduire pour un mandat de plus, repoussant l'inévitable question de la succession mais aussi celle de l'assainissement du régime, dans un pays littéralement saigné par la corruption. Le général Mohamed Mediène (Toufik) avait raison de se méfier de Saïd. Sinon il y a l'alternative Ahmed Bouyahia, qui présente l'avantage (comme symbole d'alternance et gage de changement) d'être Kabyle, et en tout cas d'être déjà au pouvoir, expérimenté, antifrançais, et ancien dirigeant d'un parti d'étiquette distincte du FLN. Son élection serait certainement une chance de stabilité pour l'Algérie, mais elle déplairait à l'étranger. En effet l'intéressé s'est particulièrement engagé cette année dans la lutte contre l'immigration illégale, contre laquelle il a mobilisé l'action gouvernementale, civile et militaire, campagne qui a rencontré un écho authentiquement favorable dans la population.
 
Cette année, l'armée algérienne s'est adonnée à plusieurs séries de grandes manoeuvres qui ont montré son professionnalisme et son haut niveau d'efficacité, y compris en combat aéroterrestre classique alors qu'elle a surtout fait du contrôle de frontière ces dernières années, plus quelques opérations antiterroristes rappelant son passé contre-insurrectionnel. Cette année aussi, ce qui reste de la Tripolitaine a lancé des menaces ouvertes et le petit Maroc a réintroduit le service militaire obligatoire. L'armée algérienne a de bonnes raisons objectives de montrer son savoir-faire.
 
Pour l'Union Européenne, l'OTAN et l'Islam, l'Algérie et sa politique représentent un sérieux obstacle à une invasion massive venant d'Afrique. Sa déstabilisation ouvrirait de nouvelles voies, et ajouterait aussi de nouvelles masses aux "migrations de remplacement" appelées par le rapport de l'ONU du 21 mars 2000.
 
L'année 2019 sera cruciale pour l'Algérie, et par conséquent pour la France et l'Europe.

mardi 2 octobre 2018

S-300 pour la Syrie

La livraison du système défensif S-300 à la Syrie par la Russie est une décision politique sans conséquences majeures sur le terrain.
 
Cette décision a été prise suite à la destruction d'un Iliouchine-20 russe par la défense antiaérienne syrienne qui tentait de contrer une attaque israélienne contre la Syrie, en l'occurrence contre Lattaquié. Sur le plan technique la méprise a été possible à cause des capacités limitées du vieux système soviétique S-200 en matière d'identification d'aéronefs dans l'urgence de l'acquisition d'objectifs pour contrer une attaque en cours. Sur le plan tactique cette méprise fut surtout le résultat des habiles manoeuvres effectuées à cet effet par les petits F16 israéliens qui se sont précisément servis du moyen porteur de reconnaissance et ROEM russe comme d'un bouclier, ou d'un masque de leur propre signature radar. Pour mémoire, si la Russie avait décidé en 2013 de suspendre sine die la livraison des systèmes S-300 légalement commandés par la Syrie, c'était à la requête expresse d'Israël qui souhaitait conserver la possibilité de mener illégalement des attaques aériennes contre ce pays. En contrepartie, Israël s'est ensuite engagé à annoncer à l'avance à la Russie toute attaque israélienne contre la Syrie, afin d'éviter les incidents et méprises. Israël a unilatéralement mis fin à cet accord en lançant ce 18 septembre une attaque sans en aviser préalablement la Russie, qui prend donc les mesures nécessaires pour éviter la répétition de la méprise meurtrière.
 
Le gouvernement de la troisième plus grande démocratie universelle directe au monde (après l'Indonésie et le Brésil) était politiquement obligé de réagir à la destruction d'un avion en mission dans le cadre d'un accord de coopération militaire conforme au droit international, et à la mort de quinze militaires causée par une agression étrangère conduite en violation de la charte de l'ONU. La France, par exemple, réagit pour moins que ça, et plus généralement par des opérations de représailles plus ou moins bien ciblées que par la simple mais nécessaire amélioration de la protection passive ou active de ses forces armées.
 
Pour Israël le renforcement de la défense antiaérienne syrienne est stratégiquement insignifiant. Il y eut un temps (même des décennies) de guerre et de parité conventionnelle entre la Syrie et Israël, mais ce temps est fini puisque la Syrie est amoindrie et partiellement occupée par des forces de l'OTAN et du CCG, qu'elle ne cherche même plus à riposter sur le territoire israélien aux attaques israéliennes sur son territoire, et que de plus les intérêts stratégiques des deux pays sont convergents (en dépit de la cécité de certains politiciens israéliens), à savoir autrefois la stabilité du glacis libanais partagé, et depuis 2011 l'extinction de l'incendie sunnite en Syrie. La seule raison d'être des attaques israéliennes en Syrie, qui sauf erreur ne soutenaient pas directement la guérilla islamiste et ne visaient pas directement l'armée régulière, était officiellement de détruire des capacités du Hezbollah venues du Liban ou en cours de livraison par l'Iran, et peut-être officieusement de montrer aux Etats-Unis qu'Israël était du même côté qu'eux dans la guerre régionale sunno-chiite. L'impossibilité de mener désormais ces raids en Syrie ne menacera pas les intérêts stratégiques d'Israël, dont le péril actuel principal n'est certainement pas au nord, et d'ailleurs en perspective historique se situe plutôt dans le monde arabe sunnite que dans le monde persan ou chiite.
 
Pour la guérilla islamiste il n'y aura pas non plus de conséquences tactiques, puisque son appui aérien ne venait pas de l'ouest (Méditerranée) mais de l'est et parfois du nord, essentiellement du triangle à l'est de l'Euphrate occupé par les Etats-Unis. La Russie prend bien soin de ne fournir à la Syrie que le nombre de systèmes S-300 suffisant pour sécuriser l'espace aérien du territoire effectivement contrôlé par le gouvernement, mais insuffisant pour étendre cette couverture vers les zones orientales occupées par les Etats-Unis, et vraisemblablement en limite de portée dans la bande septentrionale occupée par la Turquie et la France.
 
Pour les membres de l'Alliance Atlantique il n'y aura pas non plus de conséquences tactiques, puisque leurs raids de missiles n'ont pas la vocation, et rarement la chance, de provoquer des destructions militairement utiles au front islamo-atlantique. A quelques exceptions près l'appui aérien au sol fourni par les Etats-Unis à la guérilla islamiste est piloté par les quelques pilotes tactiques produits par ce pays plutôt porté sur les bombardements stratégiques (comme à Dresde, Hiroshima et Raqqa), et basé à l'est de l'Euphrate. Les vagues de dizaines de missiles à longue portée médiatique lancés simultanément par plusieurs puissances de la coalition islamiste, comme le 14 avril 2018, visent un objectif médiatique dans les pays agresseurs (voire politique auprès du reste du monde) mais pas des cibles tactiques dans le pays agressé.
 
Faute de pouvoir présenter de résultats tactiques on brandit certes de prétendus résultats stratégiques mensongers et invérifiables ("ce hangar abritait un laboratoire chimique"), qui pourraient aussi bien être préparés en studio de cinéma comme les fausses provocations chimiques qui leur servent de prétexte, sans que les quelques journalistes indépendants capables de se rendre sur place soient ensuite autorisés à exposer leurs observations dans les médias contrôlés par AP, l'AFP et Reuters. On télévise facilement des départs de missiles de différents navires, avant de démentir le pourcentage qui, d'après l'ennemi, a effectivement atteint et détruit une cible. Sur le plan stratégique donc, la fermeture par la Syrie de son espace aérien occidental n'apportera pas de gros changement concret pour la coalition islamo-atlantique.
 
Pour la Russiie non plus cela n'apportera pas grand-chose sur le terrain, hormis effectivement une meilleure capacité de discrimination de la défense antiaérienne syrienne, puisque les emprises militaires russes en Syrie sont déjà protégés par des systèmes S-300 servis par l'armée russe.
 
La marionnette présidentielle étatsunienne s'est comme d'habitude oralement emportée en déclarant qu'en livrant ces systèmes (défensifs) la Russie procédait à une escalade en Syrie. C'est certainement le point de vue de son gouvernement, mais cette déclaration obligerait pratiquement les Etats-Unis à répliquer (par un renforcement des capacités offensives de leurs forces propres ou supplétives) s'ils prêtaient une importance aux vociférations de leur président. C'est ce qui reste à voir.
 
Du côté russe, le mouvement était politiquement nécessaire en interne, et peut de plus renforcer la crédibilité internationale du pays et de sa diplomatie active, mais il est peu susceptible d'avoir la moindre influence sur la rationnalité, les intentions et les actions de la première puissance déstabilisatrice mondiale, les Etats-Unis d'Amérique.

mardi 18 septembre 2018

le douzième travail - un refuge autarcique

Le douzième travail d'Hercule, c'était de dompter la menace et de sortir de l'enfer. Or l'enfer de l'effondrement du mode de vie insoutenable des sociétés de gabegie énergétique, aggravé par l'enfer du déchaînement de tous les conflits aujourd'hui contenus, semble imminent. Certains n'attendent qu'un signal, que le gouvernement français s'apprête à donner au nom de l'UE et de l'OTAN, pour se replier au moins le temps de la déflagration initiale, à l'abri si possible.
 
Pourtant la base autonome durable parfaite n'existe pas, et si elle existait elle serait inaccessible. En vue du grand soir ou du petit matin dont on ignore la date, chacun tente d'adapter son trou individuel ou familial à ses priorités vitales et aux risques les plus menaçants pour ces priorités dans la limite de ses propres moyens, un compromis forcément différent d'un cas à l'autre.
 
Stratediplo présente un refuge autarcique choisi pour son potentiel à moyen et long terme, et aménagé pour des besoins immédiats… dans l'hémisphère épargné. Comme exemple parmi tant d'autres d'une base autonome durable, il expose des idées de réponses aux problématiques qui se présentent à tous, dont la solution ne peut être universelle mais où les illustrations concrètes peuvent inspirer.
 
Car le monde étant le même pour tous et la grande majorité des gens étant à peu près égaux, la différence se situe entre l'inaction et l'action. Pourtant la survie ne saurait être une finalité quand c'est de vivre qu'il s'agit, et au lieu de s'interroger avec inquiétude sur sa survie du jour d'après la rupture, on peut se ménager en toute quiétude une vie sans rupture.
 
Ce Douzième Travail est disponible à prix coûtant sur Lulu… ou envoyé gratuitement (en PDF) sur demande à l'auteur.
 

très mal, et vous ?

Le monde va mal, comme en ont décidé ceux qui le mènent.
 
On ne reviendra pas sur l'assassinat du premier ministre Alexandre Zakhartchenko avec un détonateur jusque-là inconnu des services du régime social-nationaliste, au moment même où on signalait un renforcement des forces étatsuniennes et canadiennes en ex-Ukraine, et quelques mois après que ce régime issu du coup d'Etat du 22 février 2014 ait définitivement dénoncé les accords de Minsk par la loi 7163.
 
On ne reviendra pas non plus sur le soutien maintenant direct apporté par les pays de l'OTAN à la guérilla islamiste en Syrie, et la préparation en ce moment même d'une attaque aérienne massive, sous l'alibi du gazage imminent à Idlib des dizaines d'enfants enlevés il y a dix jours pour cela par les supplétifs de la coalition atlantico-islamiste. Les leçons de la grotesque mise en scène de Douma en avril ont été tirées : cette fois on utilisera de vrais produits chimiques (chlore amateur), il y aura des morts, la population et les hôpitaux verront quelque chose et une éventuelle enquête internationale pourra en trouver des traces, la presse de l'OTAN aura autre chose à montrer que le court-métrage des faux Casques Blancs car elle a déjà envoyé des équipes sur place, on ne permettra la venue d'aucun témoin au siège de l'OIAC, et les actuelles dénonciations russes de toute cette préparation sont à peine audibles de l'ancien monde libre. L'agression déjà annoncée "en réponse" (toujours aussi contraire au droit international et à la charte de l'ONU) sera cette fois suffisamment massive pour saturer la défense antiaérienne, engagera les forces navales de l'OTAN en cours de concentration en Méditerranée orientale, aura statistiquement des chances de voir plus d'un quart des missiles passer et plus d'un dixième exploser, et, d'après la presse étatsunienne, visera la coopération militaire russe.
 
Moins imméiat certes, on ne reviendra pas non plus sur la préparation de l'attaque, l'année prochaine, de la première puissance navale méditerranéenne et première puissance militaire d'Afrique, alors que ce qui reste d'armée en Tripolitaine vient de proférer des menaces directes, et que de l'autre côté le Maroc annonce un rétablissement du service militaire, incluant les jeunes filles ce qui est assez remarquable pour un pays musulman, et qui montre bien qu'on compte affronter un ennemi plus gros que la Mauritanie ou le Polisario. Même la société civile algérienne semble s'inquiéter, et appelle la candidature présidentielle du serviteur de l'Etat le plus capable du pays, le général Mohamed Mediène qu'on avait présenté il y a trois ans à l'occasion du coup de maître de son faux limogeage (http://stratediplo.blogspot.com/2015/09/le-mythe-toufik-passe-lhistoire.html).
 
En France le gros morceau de cette rentrée est le fameux manifeste du gouvernement sur "les manipulations de l'information - un défi pour nos démocraties", véritable déclaration de guerre (une de plus) à la Russie et annonce de l'imminente mise en place de la censure en France, déjà dictée au parlement (et vendue à la presse) par la directive gouvernementale dite "Fake News". Thierry Meyssan a bien mentionné la publication de ce document, mais pour l'instant ni l'opposition ni même la dissidence ne l'a commenté. Issu d'un travail de plusieurs mois mené dans deux cellules ministérielles de réflexion, ce document comporte tellement d'énormités, de calomnies interétatiques et de signatures anglophones par page qu'on doit déplorer qu'aucun organe libre de réflexion et d'information n'ait estimé judicieux de payer un traitant, voire un simple stagiaire, pour s'y atteler pendant un mois afin de le décortiquer, car il y a là une belle concentration de matière explosive dont l'étude dépasse les disponibilités du bénévolat nocturne.
 
Justement dans le Onzième coup de minuit de l'avant-guerre, à paraître en octobre aux éditions du Retour aux Sources, on notait que l'extinction simultanée de TASS, Sputnik (RIA) et RT serait l'indicateur que guettent certains "survivalistes" pour savoir quand quitter discrètement le bureau, extraire les enfants de l'école et fermer les volets de la maison. Or ce manifeste gouvernemental annonce l'interdiction des médias russes en France pour dès que possible. Il est temps de faire ses provisions de caviar et de gaz naturel.
 
La retraversée de la Bérézina est certainement pour bientôt.

trois brigades hindoustanies à 250 km de Venise

A la frontière entre la Bosnie et Herzégovine et la Croatie, frontière extérieure de l'Union Européenne, la pression s'intensifi...