mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n'émanant ni d'un banquier ni d'un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l'Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
 
Tout d'abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d'Europe de banques européennes n'ont pas été affectées. Il ne s'agit cependant pas d'une simple avarie de télécommunications, puisqu'aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet...) n'a été rapportée.
 
D'ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n'ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l'ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d'Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu'un porteur d'une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d'un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l'entreprise Visa. S'il n'y a pas de télécommunications entre l'Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l'instant requis) le client italien porteur d'une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
 
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l'étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n'ont pas noté d'interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l'étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d'un compte bancaire à l'étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d'ailleurs d'une "ouverture" européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
 
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
 
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d'une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d'efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d'impact économique de l'interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d'une interruption des virements interbancaires vers ou de l'étranger, l'entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d'interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l'Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d'obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d'autres invisibles, le chef d'Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l'élection prochaine d'un nouveau chef d'Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d'un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L'annonce publique de la démission du chef d'Etat fut certainement accompagnée d'une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d'une part par Swift pour les virements et d'autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
 
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
 
L'Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l'étranger.
 
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d'autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d'une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d'un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d'une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d'un lecteur Visa par une banque russe... y compris d'ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d'une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d'un client italien et le terminal Visa d'un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l'Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
 
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s'est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l'habitude d'utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d'ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n'étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir... et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d'abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l'étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
 
En ce qui concerne l'inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l'Europe, ce 1er juin, les communiqués de l'entreprise étatsunienne Visa assurent qu'il s'agissait d'une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu'il s'agît en réalité d'un litige sur les commissions dites d'interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d'une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d'une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
 
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l'ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d'intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s'en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
 
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.

lundi 11 juin 2018

déchéance diplomatouite

La France doit urgemment se doter d'un gouvernement sérieux, elle n'est pas les jeunes Etats-Unis d'Amérique et elle a un rang à tenir.
 
Le 6 juin les ministres français de l'économie et des affaires étrangères ont annoncé, en priorité exclusive (diffusée ensuite par la presse) à leurs "suiveurs" touiteurs qu'ils avaient envoyé l'avant-veille une lettre, cosignée par leurs homologues anglais et allemands, à leurs homologues étatsuniens pour leur demander d'exempter les entreprises européennes des sanctions réinstallées par les Etats-Unis envers les entreprises commerçant avec l'Iran. Cette lettre, jointe au touite des ministres, est d'un contenu atterrant, au-delà de la langue unique choisie et d'un ton implorant indigne de ministres de pays souverains. Tout d'abord elle parle de "sanctions" imposées par les Etats-Unis en semblant leur reconnaître une validité, au contraire de l'esprit du droit international depuis plusieurs siècles, et de la charte des Nations Unies qui réserve au Conseil de Sécurité ce type de mesures coercitives envers un Etat membre (articles 2, 33, 37, 41 et 50). Ensuite elle reconnaît des "effets extraterritoriaux" auxdites mesures coercitives étatsuniennes, au contraire du principe juridique élémentaire de la compétence territoriale d'une juridiction, et du principe de la souveraineté des Etats. Elle prend soin de requérir l'absence d'application de ces prétendus effets extraterritoriaux seulement "à l'intérieur du territoire légal de l'UE", semblant accepter par là une juridiction étatsunienne ailleurs, par exemple dans les eaux internationales et sur le territoire iranien. Elle demande aux Etats-Unis "d'accorder une exemption" desdites mesures coercitives aux entreprises européennes, reconnaissant là encore leur validité et présentant l'exemption comme une faveur. Elle demande que les Etats-Unis confirment publiquement que les secteurs de la santé et de la pharmacie sont exempts de mesures coercitives, ce qui leur concède une autorité que même le Conseil de Sécurité n'a pas puisqu'il ne peut frapper ces secteurs. Elle demande aux Etats-Unis d'accorder des exemptions (encore comme une faveur) pour maintenir les flux financiers, ce qui leur concède de nouveau une autorité supra-étatique, et y inclut expressément la messagerie financière SWIFT, leur offrant ainsi une autorité politique sur une entreprise belge. Ensuite cette lettre demande aux Etats-Unis de "réaffirmer l'exemption des comptes bancaires d'ambassades", ce qui les investit de l'autorité de confirmer ou de révoquer le droit international des relations diplomatiques, défini par plusieurs conventions. Enfin cette lettre est contresignée par Federica Mogherini, comme si les trois pays européens signataires de l'accord avec l'Iran (dit JCPoA) avaient perdu leur souveraineté depuis lors. Il est difficile de savoir si ce touite était en réalité destiné aux quelques milliers de "suiveurs" des ministres signataires ou, par l'intermédiaire de la presse, aux entreprises commerçant avec l'Iran, mais le procédé, nouveau en matière diplomatique interétatique, choque.
 
Tous les contacts écrits entre autorités politiques de part et d'autre de l'Atlantique seront-ils désormais étalés de la sorte, l'avenir le dira et dispensera peut-être ces Etats, au protocole autrefois exemplaire, d'échanger des ambassadeurs professionnels.
 
Par ailleurs, on ne commentera pas les pratiques du grossier clown étatsunien en matière de communication interétatique, ses insultes télématiques envers ses pairs chefs d'Etat différant peu de son langage oral. Mais on ne peut que déplorer que l'intérimaire institutionnel qui représente la France dans le monde recourre au même procédé avec toute la spontanéité précipitée de son ignorance, alors qu'à l'oral il lit des discours préparés par des conseillers lettrés. Ainsi, sans plus de manières qu'un premier ministre australien annonçant en 2014 qu'il "plaquerait" le président russe dès son arrivée à Brisbane, le président français a prétendu demander par Twitter, le 7 juin, à cinq autres membres démissionnaires du G8 de mettre à l'écart le sixième, en l'occurrence le président Trump. Quand bien même les cinq chefs de gouvernement en question seraient tous des abonnés aux touites du président Macron, cet appel peu diplomatique lancé à son public électronique aurait dû n'être proféré qu'en personne, en groupe restreint ou en privé à chacun des cinq interlocuteurs de haut rang, de la même manière d'ailleurs que le président Obama avait approché certains de ses homologues dans les couloirs d'un Sommet International sur la Sécurité Nucléaire à La Haye en mars 2014 pour leur enjoindre de ne pas se rendre au G8 des 4 et 5 juin à Sotchi (www.stratediplo.blogspot.com/2015/08/fronde-au-sein-du-g8_28.html). Après deux jours d'enfantillages onéreux pour les peuples des sept pays démissionnaires du G8, le président étatsunien a rendu la monnaie de son jeton au président français en refusant de signer la déclaration commune des six autres, d'ailleurs vide. Il avait aussi auparavant attiré l'attention des journalistes en touitant, en chemin vers La Malbaie, que la Russie devrait être présente à cette réunion, comme si le président russe devait être prêt à sauter dans un avion hypersonique à toute requête, lancée en l'air ou sur les ondes, de venir s'associer aux sept pays qui ne s'étaient pas présentés au dernier sommet du G8, en Russie. Peut-être pour se faire pardonner par son homologue étatsunien, après avoir a d'abord touité que les quatre participants européens à la réunion de La Malbaie étaient unanimement d'accord pour ne pas revenir au G8, le président français a subitement touité que la Russie serait bienvenue (au sein des membres démissionnaires du G8) à condition que "les accords de Minsk sur l'Ukraine soient respectés". Il s'est donné là l'occasion de confirmer son ignorance totale de l'histoire très récente du continent, où d'une part les accords de Minsk de septembre 2014 ont été signés, à l'initiative du président russe, plusieurs mois après l'absence des sept membres antirusses au sommet du G8 de juin 2014 (donc sans rapport avec les futurs accords de Minsk), et où d'autre part c'est le pouvoir issu du coup d'Etat du 22 février 2014 en Ukraine qui violait régulièrement les accords de Minsk (comme le constatait chaque fois l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) avant de s'en retirer totalement et unilatéralement, par sa Loi sur la Réintégration du Donbass du 20 février 2018.
 
Tout cela ne fait pas très sérieux.
 
Pour paraphraser le petit Tweety, "j'ai bien cru voir un Gros Minable - mais oui, j'ai bien vu un Gros Minable".

mardi 29 mai 2018

Jaruzelski sicilien

Le président italien Sergio Mattarella ne voulait pas finir comme son frère Piersanti.
 
Pourtant après la conclusion des longues négociations interpartisanes qui ont suivi les élections législatives du 4 mars il avait décidé de confier la formation d'un gouvernement à Giuseppe Conte, sur lequel avaient fini par s'entendre d'une part la coalition menée par la Ligue et Force Italie qui avait gagné dans le Nord (avec un score national de 37%) et d'autre part le mouvement Cinq Etoiles qui avait gagné dans le Sud (avec un score national de 32%), sans majorité nationale l'un ou l'autre mais défaisant ensemble (lui laissant un score national de 23%) la coalition du gouvernement sorti fin décembre. Le président Mattarella a donc nommé Conte premier ministre le 23 mai.
 
Entre parenthèses, le cataclysme politique révélé par ces élections est la victoire relative du mouvement protestataire populaire Cinq Etoiles qui a obtenu deux fois plus de votes que la Ligue, deux fois plus de votes que Force Italie, plus de votes que les deux ensemble et presqu'autant de votes que la coalition regroupée autour des deux. Avec, aussi, presque deux fois plus d'électeurs que le Parti Démocrate sortant, le mouvement populaire prônant l'auto-gouvernement démocratique sans partidocratie (et exigeant la virginité pénale des politiciens), la décroissance économique durable en douceur et l'interruption de l'invasion mahométane est clairement devenu la première force politique du pays, pas encore majoritaire dans l'absolu (mais déjà à un tiers de l'électorat) mais obligeant les partidocrates à des alliances de circonstance ou au retour à la vie civile.
 
Mais le premier ministre Giuseppe Conte a proposé comme ministre de l'économie le professeur Paolo Savona, connu pour, d'une part, son soutien aux demandes d'écoute et d'explication adressées par les peuples à la Commission Européenne, et d'autre part et surtout son exigence d'une véritable politique de l'euro sur la scène internationale (refusée par l'Allemagne), notamment face au dollar auquel la Banque Centrale Européenne le soumet. L'eurocratie dollarodule a donc immédiatement accusé Savona de vouloir rétablir la souveraineté monétaire de l'Italie en sortant l'Italie de l'euro (ce qu'il n'a jamais préconisé) et a prohibé qu'il soit nommé ministre, aussi Mattarella a refusé sa nomination et Conte, comprenant que le président n'était pas indépendant et que l'Italie n'avait même plus la souveraineté de choisir ses ministres, a démissionné avant-hier 27 mai. Pour l'anecdote, l'économiste Savona se dit maintenant victime de diffamation de la part des politiciens uniopéens qui pour disqualifier Conte attribuent à Savona des sentiments europhobes qu'il n'a jamais professés. On remarquera d'ailleurs que le programme qu'il aurait été chargé d'appliquer prévoyait de doter la BCE d'un statut et de pouvoirs comparables à ceux des principales banques centrales du monde (point 29 alinéa b du contrat de gouvernement).
 
Hier 28 mai, sans longues consultations préalables, le président Mattarella a nommé premier ministre le financier Carlo Cottarelli, ancien de la Banque d'Italie, du Fonds Monétaire International et de l'application interne des programmes budgétaires et économiques décidés pour l'talie, en sachant que celui-ci n'a aucune chance d'obtenir la moindre majorité parlementaire et devra donc gouverner par décrets, à la manière du gouvernement par ordonnances qu'avait annoncé Emmanuel Macron comme tout programme électoral, et quitte à convoquer dans quelques mois de nouvelles élections qui le désavoueront un peu moins ou beaucoup plus. Le président l'a d'ailleurs chargé de former un gouvernement "technique", ce qui signifie bien sûr un gouvernement non politique, et plus précisément un rouage local de la technocratie uniopéenne.
 
En réalité le procès d'intentions économiques n'a été qu'un prétexte pour empêcher la formation d'un gouvernement national italien incarnant les votes du tiers du pays qui, toutes tendances confondues, ne souhaite plus être gouverné par les appareils des partis de droite et de gauche qui ont décidé ou accepté l'invasion par, chaque jour, de nouveaux milliers de membres d'une civilisation hostile. Le président uniopéen Jean-Claude Juncker avait bien annoncé le 23 mai que la Commission Européenne protègerait les droits des Africains en Italie ; il est vrai que le programme commun, nommé Contrat pour le Gouvernement du Changement, prévoyait d'interdire les prêches en langue étrangère, dans les mosquées par exemple, envisageait de renforcer les contrôles contre l'immigration illégale même si le projet de xénélasie d'un bon demi-million de délinquants clandestins avait finalement été abandonné, projetait d'étendre la notion de légitime défense ce qui pouvait être interprété comme une menace pour la criminalité, et prévoyait une véritable politique de soutien à la natalité ce qui pouvait sembler menacer les "migrations de remplacement" appelées par le rapport de l'ONU du 21 mars 2000... Par ailleurs suite au projet, dans ce programme commun, d'interdire aux Francs-Maçons de participer au futur gouvernement, la Grande Loge d'Italie avait demandé le 21 mai l'aide de toutes les loges du monde, fait pression sur le président pour empêcher la constitution de ce gouvernement, et organisé une grande conférence de presse étrangère le 23 mai à Rome sur cette question. Enfin toute la presse allemande a été mobilisée samedi 26 pour dénoncer une prétendue germanophobie du ministre pressenti Savona.
 
Pour le principe et sans illusion politique désormais, le mouvement Cinq Etoiles envisage de demander au parlement la destitution du président pour non respect de la constitution, ce qui nécessiterait de trouver une violation explicite de texte puisqu'une violation de l'esprit de la démocratie ne suffira pas, même si les rares mouvements véritablement démocrates des pays voisins hurlent au coup d'Etat. Pour leur part tous les gouvernants d'Europe félicitent le président de la république italienne pour son "courage" d'avoir osé dévoyer la vague populaire qui croyait qu'une victoire à 70% dans les urnes autoriserait les peuples à reprendre le pouvoir, dans leur pays, à l'eurocratie. Pour l'anecdote le contrat de gouvernement envisageait même de pousser à la démocratisation de l'Union Européenne par le renforcement du rôle et des pouvoirs du parlement européen, ce qui frisait le crime de lèse-commission.
 
La démocratie n'est autorisée que lorsqu'elle donne la victoire aux auto-proclamés démocrates patentés. En décembre 1991, lorsque le premier tour des élections législatives en Algérie a donné au parlement (à prérogatives plus parlementaires que législatives) la majorité au Front Islamique du Salut qui avait déjà emporté l'essentiel des assemblées locales (sans pouvoirs) aux premières élections libres un an et demi plus tôt, toute la technocratie uniopéenne s'est empressée d'encourager discrètement le FLN (qui venait de se découvrir inférieur à un quart de l'électorat) à interrompre le processus électoral. Dix ans plus tôt, l'Allemagne Fédérale avait soutenu l'instauration de l'état de siège par Wojciech Jaruzelski après de grandes manoeuvres soviétiques semblant menacer la Pologne d'invasion au motif de la poussée du syndicat non communiste Solidarité.
 
La technocratie ne s'encombre guère de démocratie.

lundi 21 mai 2018

disposition pénale méconnue et répression de l'intolérance

L'article 132-76 du code pénal français mériterait d'être mieux connu des magistrats. En effet il apporte une réponse différenciée au type de criminalité qui connaît la plus forte croissance en France depuis que les populations "de remplacement", selon l'expression du fameux rapport de l'ONU du 21 mars 2000 toujours disponible à l'adresse internet donnée dans la Huitième Plaie, ont atteint la masse critique leur permettant de passer à l'action d'altération de la société dont le mois présent est une illustration.
 
L'article 132-76 stipule que "lorsqu'un crime ou un délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature qui soit portent atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, soit établissent que les faits ont été commis contre la victime pour l'une de ces raisons, le maximum de la peine privative de liberté encourue est relevé", et indique ensuite le barème spécifiquement applicable.
 
L'application de cet article n'est pas optionnelle mais obligatoire comme tout le code pénal. Ainsi, lorsqu'un tribunal juge une affaire relevant de cet article il ne doit pas considérer l'application des peines relatives aux crimes et délits ne relevant pas de cet article, mais il a obligation de considérer pleinement et uniquement l'application du barème correspondant à cette catégorie de crimes et délits.
 
En clair cela signifie que tuer son voisin pour voler sa voiture ou violer sa voisine parce qu'elle est blonde n'est pas aussi grave que tuer son voisin parce qu'il est israélite ou violer sa voisine parce qu'elle n'est pas mahométane. Cet article s'applique donc chaque fois qu'un crime ou un délit est précédé de la revendication "mon dieu soit loué" ou encore "mon dieu est grand" dans n'importe quelle langue puisque cette proclamation signifie que le perpétrateur, en se référant à un dieu censé ordonner la violence contre les fidèles d'autres croyances, considère que sa victime est justement fidèle d'une autre croyance (athéisme compris) que la sienne.
 
Il est à noter que cet article s'applique, même en l'absence de revendication expresse au moment de l'acte, à tout délit ou crime commis par une personne dont les "propos, écrits, images, objets ou actes" antérieurs dénotent une déconsidération envers un groupe de personnes "à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à [...] une religion déterminée". Parmi les actes incriminés, même en l'absence de propos, il est évident que la fréquentation d'un lieu ou d'un groupe, ou la lecture d'un livre, où il est expressément enseigné la déconsidération (voire la violence) envers les personnes appartenant ou n'appartenant pas à telle religion, suffit à caractériser les circonstances aggravantes visées par l'article 132-76.
 
On remarque qu'il n'est pas nécessaire que ces considérations racistes, ethniques, nationalistes ou religieuses soient le motif établi du crime ou du délit pour que celui-ci relève de l'article 132-76. Il suffit que des propos ou actes antérieurs ou postérieurs portent atteinte à la considération du groupe de personnes auquel la victime appartenait ou n'appartenait pas, vraiment ou supposément, pour que le crime ou le délit relève de l'article 132-76, même si le motif supposé ou établi de l'acte était en l'occurrence différent. Pour revenir aux exemples précédents, cela signifie que tuer son voisin même simplement pour voler sa voiture est plus grave lorsqu'on croit qu'il est israélite et qu'on méprise les Israélites, et que violer sa voisine même simplement parce qu'elle est blonde et vulnérable est plus grave lorsqu'on croit qu'elle n'est pas mahométane et qu'on méprise les non-Mahométans.
 
Si le législateur, à savoir l'assemblée législative des députés élus du peuple souverain, considère qu'à acte égal celui commis par une personne présentant ces dispositions d'esprit est bien plus grave que celui commis par une personne aux dispositions d'esprit égalitaires, c'est certainement parce qu'il estime que ces dispositions d'esprit, qu'elles soient ou pas le mobile de l'acte jugé, sont odieuses et répréhensibles en soi, et peut-être aussi parce qu'il estime qu'elles sont de nature à favoriser la multiplication des crimes et délits. Donc dès lors que certains éléments objectifs montrent que le délinquant ou criminel présente ces dispositions d'esprit, la justice ne peut pas les ignorer même s'il est établi que le mobile du crime ou délit était sans rapport avec ces dispositions d'esprit. L'article 132-76 est clair à cet égard : propos ou actes qui soit portent atteinte à l'honneur ou à la considération à raison de..., soit établissent que les faits ont été commis pour ces raisons.
 
Avec ou sans l'aide du pouvoir exécutif (procureur), le pouvoir judiciaire a l'obligation d'obéir au pouvoir législatif souverain et d'appliquer le code pénal voté et communiqué aux tribunaux par le parlement.

mardi 8 mai 2018

émancipation par le crime

Le changement de civilisation en cours en Europe amènera certainement un changement de paradigme d'organisation sociale, mais pour l'instant la société, pour ne pas dire le mélange en cours de séparation entre la société ancienne et la société nouvelle, est organisée dans le cadre d'un Etat avec des lois écrites, généralement votées par un parlement élu en fonction de concepts généralement acceptés.
 
L'un de ces concepts est celui d'âge légal, à savoir que la loi définit un âge arbitraire et égalitaire d'attribution d'un certain nombre de droits et de devoirs. Cette capacité juridique, ou responsabilité légale au sens de devoir répondre soi-même de ses actes, n'est pas conférée totalement d'un coup, mais par tranches. Par exemple, sans considération de la curiosité et des capacités intellectuelles de chacun il y a un âge légal du début et de la fin de la scolarité obligatoire, l'âge de la fin de cette obligation ayant d'ailleurs été réduit (de seize à quinze ans) sous le président Sarközy de Nagy-Bocsa pour prendre en compte les normes éducatives des populations nouvelles. Il y a l'âge légal auquel tout un chacun peut voter, sans considération de la compréhension des questions politiques, et dans certains pays l'âge auquel tout un chacun doit voter, sans considération de son souhait de le faire. Il y a l'âge légal pour conduire, d'abord un vélomoteur puis une voiture automobile, sans considération du développement des qualités civiques et de la taille physique, à un âge où la croissance et l'éducation ne sont pas toujours terminées quitte à être pratiquement debout sur les pédales ou à ignorer la valeur de la vie humaine indépendamment du sexe et des croyances. Certes pour conduire un moyen de transport collectif les exigences sont plus sérieuses. Il y a l'âge légal minimal pour chasser, certes plus élevé et avec instruction et examen obligatoires car c'est considéré comme un acte plus grave et conséquent que de participer au choix du chef d'Etat d'un pays, fût-il dans les plus influents au monde et doté du feu nucléaire. Il y a aussi l'âge légal minimal pour convoler en noces, sans considération du développement sexuel physique et psychologique. Et il y a l'âge minimal pour répondre légalement de ses fautes, au-dessous duquel on est réputé irresponsable.
 
Ces divers âges légaux obligatoires déterminés arbitrairement et dictés à des pays entiers par les régimes jacobins ne tiennent pas compte des caractéristiques personnelles, selon le concept, jusqu'à encore récemment accepté comme universel, de l'égalité des individus. Entre parenthèses, cette égalité est de plus en plus illusoire dans une société où l'écart entre les niveaux d'éducation se creuse constamment, où la spécialisation est devenue la règle, où la courbe de distribution du patrimoine s'aplatit avec le relèvement des extrémités (plus de pauvres et de riches) et l'affaissement du centre (moins de classe moyenne), où il se constitue des castes endogènes de contribuables à vie et d'allocataires à vie, et où s'affirme de plus en plus la discrimination d'Etat entre les gens selon leurs convictions, voire, pour les membres de la nouvelle société, une inégalité de nature selon le sexe et selon les croyances religieuses. Mais pour l'instant le principe encore en vigueur est l'égalité d'âge d'accès aux différents droits et devoirs.
 
Il n'en a pas toujours été ainsi. Les premières voitures automobiles ne pouvaient intéresser que des adultes sans qu'il soit nécessaire que le parlement l'édictât. Plus loin dans le temps, le baptême n'était pas administré avant que le catéchiste le demande, qu'il ait sept ans ou trente (sept ans étant l'âge canonique de raison). On devait porter les armes dès qu'on pouvait physiquement les porter, donc il valait mieux apprendre tôt à s'en servir. Aujourd'hui encore dans certaines sociétés primitives les jeunes gens sont admis dans la société des adultes, parfois par le biais d'une cérémonie d'initiation, lorsque leur croissance physique semble accomplie, qu'ils aient treize ans (éventuellement encore glabres) ou dix-neuf, et on s'accouple (se met en couple) dès que le développement sexuel, physique et psychologique, le permet. Si la France a été obligée de relever récemment de 15 à 18 ans l'âge minimum du mariage pour les femmes à cause des mariages forcés dans les familles de la nouvelle société, il reste possible à l'homme comme à la femme de se marier plus tôt, moyennant dispense républicaine et autorisation parentale, et le mariage émancipe alors les époux mineurs. Le même principe existe d'ailleurs dans tous les pays où il est possible à un mineur de se marier, soit avec autorisation parentale soit avec dispense gouvernementale : dès qu'un mineur se marie il est proclamé majeur.
 
Avant la révolution dite française, le mariage religieux portait effet civil, or l'âge canonique minimum pour se marier étant de seize ans pour les hommes et quatorze ans pour les femmes (ancien canon 1067 et nouveau canon 1083), le mariage d'une personne mineure emportait son émancipation, de jure dans certains domaines et de facto dans d'autres. La question ne se pose certes plus depuis 1792, car l'Etat ayant nationalisé l'Eglise (dénationalisée sans ses biens en 1905), non content d'ôter tout effet civil au mariage religieux ou de simplement cesser de le reconnaître, il a carrément interdit la célébration d'un mariage religieux non précédé de mariage civil, interdiction qui gagnerait d'ailleurs à être signifiée ou rappelée aux ministres des religions nouvelles en France.
 
Il y a deux générations un courant soixante-huitard clamait qu'on mûrissait plus vite à une époque de communication sans censure et de révolution des moeurs, que les jeunes de dix-huit ans étaient alors aussi adultes que leurs aînés à vingt et un, et on a réduit l'âge minimum pour voter, pour conduire, la majorité légale, puis de nouveau l'âge pour conduire. Et une génération plus tard on a eu l'impression qu'on mûrissait moins vite à une époque d'assistanat total, de rentrée dans le rang du confort post-révolutionnaire, d'absence de service militaire, de report d'âge du premier emploi et de prolongation de la dépendance économique des parents. La vérité est que ni à vingt et un ans en 1970 ni à dix-huit ans en 2010, un homme ou une femme n'est tenu d'être aussi responsable que leurs ancêtres l'étaient par nécessité au Moyen-âge, où l'on était mère, chevalier ou orphelin à quinze ans, chargé de famille ou soutien de domaine.
 
Mais le statut de mineur apporte un certain nombre d'avantages, au-delà de l'obligation alimentaire parentale qui ne s'éteint d'ailleurs pas à la majorité. Les intérêts économiques d'un mineur sont protégés contre sa propre immaturité par un responsable légal, parent ou tuteur, dont les actes sont contrôlés par un juge des tutelles, ses intérêts affectifs et éducatifs le sont également par les services sociaux de l'enfance, également sous contrôle de la justice, et il est même considéré civilement irresponsable puisque, en France du moins, ce sont les parents qui doivent répondre, sur leur responsabilité civile, de tout dégât causé par leur enfant mineur. Mais le plus gros des avantages légaux de la minorité est l'immunité judiciaire.
 
C'est d'ailleurs pour cela que certains délinquants, pour certains par tradition immémoriale et pour d'autres par réflexion récente, font commettre leurs forfaits par des mineurs (consentants ou forcés), du vol de poules à la vente de stupéfiants. Il y a même dans certains pays un trafic de mineurs, intra-familial ou après enlèvement, pour nourrir des filières criminelles, et pas seulement en Egypte comme on le dénonçait dans la Huitième Plaie au sujet des réseaux d'esclavage en Italie, mais également en Europe orientale. Le phénomène de l'utilisation de mineurs pour commettre des délits n'est pas nouveau, mais c'est de crimes qu'il s'agit de plus en plus depuis quelques années.
 
En France même l'immunité judiciaire des mineurs, assortie de la luxueuse prise en charge des mineurs isolés étrangers, a fait exploser depuis quelques années le phénomène de la déclaration mensongère de minorité de la part d'intrus clandestins, au point qu'aujourd'hui seule une petite minorité des immigrés isolés déclarés et reconnus mineurs l'est réellement, la très grande majorité d'entre eux étant constituée d'adultes. Ce sont chaque année des dizaines de milliers d'adultes qui entrent illégalement en France, documents d'identité soigneusement détruits, pour y être abusivement pris en charge comme mineurs. Le phénomène est numériquement si important que le législateur a dû introduire en mars 2016, à l'article 388 du code civil, la possibilité de déterminer l'âge d'un prétendu mineur par examen radiologique, tout en s'empressant certes d'y ajouter la nécessité de l'accord préliminaire de l'intéressé.
 
Or, nonobstant les questions de maturité intellectuelle et affective évoquées ci-dessus, il est indéniable qu'on assiste à une croissance rapide de la commission de violence par des mineurs, et de violence extrême. Il ne s'agit plus seulement de délits mais de crimes, de crimes atroces, et de crimes commis collectivement et en série. On peut y voir des facteurs environnementaux, comme la diffusion à grande échelle de la violence, et de la pornographie violente, sur tous les supports à la portée des jeunes, historiquement la télévision, puis les jeux électroniques et enfin internet. On peut aussi y voir des facteurs socio-éducatifs, comme l'expansion d'une idéologie qui d'une part légitime l'usage de la violence, et d'autre part définit des castes de nature inégale dans la société. Cette idéologie est particulièrement répandue, dès l'enfance, parmi le segment de population qu'elle encourage à user de violence vis-à-vis des autres segments, puisque c'est justement l'adhésion à cette idéologie qui, selon elle, définit les castes et autorise celle qui y adhère à être violente envers celles qui lui sont réfractaires. Mais un autre facteur d'encouragement est certainement l'assurance de l'impunité, alors que les arsenaux pénaux des sociétés civilisées ont précisément pour objet d'être dissuasifs afin de remplacer la punition, qui touche des coupables ayant fait des victimes, par la prévention, qui évite qu'il y ait des victimes et donc des coupables. Mais les quelques propositions d'abaissement de la majorité pénale présentées depuis quelques années s'intéressent plus aux conséquences du délit pour le délinquant qu'aux conséquences du crime pour la victime.
 
Au sujet des conséquences pénales pour le criminel selon les caractères de la victime, un nouveau concept s'affirme et devient l'objet d'un débat coriace en France en ce moment même. Afin de réformer l'ancienne notion de circonstances aggravantes en cas d'atteinte aux plus faibles, et de canaliser l'intime conviction des juges en la matière, le gouvernement veut faire codifier par le législateur l'âge limite de l'indéfense et même de l'inconsentement des victimes. Ce débat est l'occasion d'affirmations fortes de la part de prétendus (ou sincères) défenseurs des victimes, qui en demandant la fixation d'un âge aussi élevé que possible entendent défendre ainsi les victimes mineures, sans se rendre compte qu'elles cautionnent de la sorte l'établissement d'une présomption de consentement, et se retrouvent en réalité dans le même camp que leurs apparents opposants, qui eux souhaitent l'abaissement de l'âge du consentement qu'ils interprètent comme une émancipation plus précoce et donc une progression de la liberté sexuelle. Les tenants de la nouvelle ou future société, eux, se réfèrent à un vieux texte normatif qui mentionne certes des âges, mais aussi définit la puberté par l'apparition des premières règles, et où l'on chercherait en vain la moindre mention d'une notion de consentement féminin. Au final toute définition, dans le code français, d'un âge déterminé au-delà duquel le consentement d'une victime déclarée serait présumé (et opposable à ses déclarations) jusqu'à preuve du contraire, joue en faveur non seulement des négateurs de la nécessité d'un consentement (qui souhaitent la dépénalisation des actes envers autrui à consentement unilatéral), mais également en faveur des crimes commis collectivement plutôt qu'individuellement, donc permettant l'immobilisation d'une victime sans laisser de traces de coups, comme en atteste l'évolution des pratiques sexuelles criminelles en Europe septentrionale. En France même, le refus d'enregistrement policier des plaintes pour viol en l'absence de traces de coups (voire d'incapacité totale de travail supérieure à huit jours) a singulièrement réduit la définition du viol, qui comprenait autrefois l'imposition de relations sexuelles par violence, contrainte, menace ou surprise, c'est-à-dire intimidation, violence psychologique voire abus d'une situation de faiblesse que l'on peut évidemment provoquer par altération de l'état de conscience (drogue ou simple ivresse). La tendance judiciaire, sous impulsion gouvernementale parfois couverte par manipulation législative, est d'une part à la requalification du crime de viol en délit de violence sexuelle, et d'autre part à l'extension des cas d'impunité.
 
Pour mettre fin à l'assurance d'impunité il faut commencer (ce n'est certes pas suffisant) par mettre fin à l'immunité. On peut certainement, le nécessaire débat parlementaire le tranchera, conserver une immunité des mineurs en matière délictuelle, mais il devient impératif de mettre fin à l'immunité criminelle d'ailleurs plus de fait que de droit. Le droit canon, cité plus haut, connaît une notion ignorée du droit civil et du droit pénal, en l'occurrence celle d'âge de raison. Depuis des siècles il fixe invariablement cet âge de raison à sept ans. Il est indubitable qu'à cet âge-là on a compris ce qu'est la mort, et on sait donc ce que signifie tuer, ce qui correspond à la capacité de discernement, que l'article 122-8 du code pénal français considère comme une circonstance particulière pas toujours présente. Or si le mariage, c'est-à-dire la responsabilité de pouvoir donner la vie, émancipe le mineur, il doit pouvoir en être de même de la responsabilité d'avoir ôté ou détruit une vie.
 
Le concept d'irresponsabilité pénale pour minorité est une convention, qui comme toute convention doit pouvoir être révisée lorsque des évolutions de la société deviennent durables. Il faut instituer l'émancipation par le crime. Après l'article 413-1 du code civil sur l'émancipation par le mariage, on pourrait ajouter un article selon lequel "le mineur est émancipé de plein droit par la commission d'un crime".

mardi 1 mai 2018

l'effroyable posture

Effroyable posture : le plus significatif serait que ce titre parodique n'éveille aucune résonnance dans les cellules grises mémorielles à haute volatilité des cerveaux hexagonalement formatés.
 
Jeudi 26 avril, dix-sept habitants de Douma (Syrie) sont venus faire leurs dépositions au siège de l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques, à La Haye, puis ont été présentés en conférence de presse ouverte à toutes les questions. Ce groupe de témoins comprenait notamment les figurants involontaires du vidéogramme des faux Casques Blancs ayant servi de prétexte au bombardement de la Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, ainsi que les médecins de l'hôpital de Douma où avait été tourné ce vidéogramme mensonger.
 
Evidemment les représentants des trois pays ayant illégalement (aux yeux du droit international et de la Charte de l'ONU) bombardé la Syrie quelques heures avant le début de l'enquête de l'OIAC se sont obstensiblement retirés jeudi du siège de l'OIAC. Le représentant des Etats-Unis est cependant resté un peu plus longtemps dans le couloir pour intimer personnellement à tout représentant d'un pays libre de faire demi-tour et de ne pas entrer dans la salle, tentative d'intimidation improvisée et maladroite (les représentants de plusieurs dizaines de pays membres lui ont d'ailleurs désobéi) qui sera radicalement transcendée comme on le verra prochainement. Il avait auparavant fait le tour de ses alliés pour leur interdire d'assister à l'audience des dépositions, que le représentant de la France, l'ambassadeur aux Pays-Bas Philippe Lalliot, a qualifiée de révoltante.
 
La presse dictée, qui avait consacré ses gros titres des 8 avril et suivants aux accusations d'attaque chimique et mis en première page ou diffusé en boucle les photos et le court-métrage montrant de prétendues victimes d'attaque chimique à l'hôpital de Douma, refuse de donner la parole voire simplement d'écouter ces prétendues victimes. Après avoir diffusé très largement et lourdement ces images auprès de son lectorat, sans le moindre contrôle d'authenticité ou même d'identité (des réalisateurs comme des prétendues victimes), cette presse interdit unanimement à son lectorat de connaître la vérité à ce sujet. D'abord elle n'est pas allée spontanément sur place à la source des prétendues informations (pourtant très graves et ayant servi de prétexte à une guerre) qu'elle a diffusées, puis elle a volontairement ignoré les invitations et appels des autorités locales, ainsi que des journalistes des pays libres (ou journalistes indépendants des pays sous contrôle) et des témoins eux-mêmes une fois que ces journalistes leur ont donné la possibilité de s'exprimer, et enfin elle refuse de diffuser les rectificatifs alors que les intéressés ont été identifiés, ont fait l'effort de demander un visa pour les Pays-Bas et sont authentifiés et présentés par une organisation internationale, à son siège, en Europe.
 
On ne va pas étudier ici les multiples codes de déontologie et surtout les nombreux codes civils mais il est pratiquement certain que tous les moyens de presse écrite, radiophonique ou télévisée qui ont diffusé les images de personnes (sans leur autorisation) présentes à l'hôpital de Douma le 7 ou le 8 avril 2018 et refusent de diffuser leurs déclarations violent la loi de leur pays, tant en matière de presse qu'en matière de respect de la vie privée et de prohibition de la calomnie. Il y a des pays où l'efficacité et l'impartialité de la presse sont philosophiquement considérées comme des composantes indispensables du système démocratique, et il y a des pays où la liberté de la presse est conditionnée à sa sincérité, comme en France où une certaine liberté d'information sous stricte condition de véracité (article 27 de la loi du 29 juillet 1889) a été rétablie avant même le rétablissement par exemple des libertés d'enseignement puis d'association, en l'occurrence moins d'un siècle après la Révolution. Et il y a eu, et il semble qu'il y ait de nouveau, des pays où la presse publique ou privée n'est autorisée qu'à diffuser l'information dictée ou certifiée par une agence gouvernementale. Ce fut notoirement le cas sous les régimes marxistes, comme le national-socialisme et le bolchévisme. Sous certains régimes la dictée des agences de presse nationale va, au-delà de la désinformation politique, jusqu'à la diffamation personnelle.
 
Il faut rappeler ici que la législation de la plupart des pays civilisés interdit d'une part d'utiliser l'image d'une personne privée sans son accord, et d'autre part de lui attribuer des propos ou des comportements sans lui permettre de répondre. Même en Syrie une personne dont un journal a diffusé une photographie avec une légende fallacieuse, par exemple en la présentant comme victime d'une attaque chimique, dispose d'un droit de réponse obligeant ledit journal à publier cette réponse sur le même média et de la même manière (en première page si la mention initiale était en première page) afin de donner aux déclarations de l'intéressé la même audience qu'aux déclarations sur l'intéressé.
 
Mais certains médias vont même plus loin et calomnient carrément les dix-sept témoins de Douma. Jeudi 26 lors de la conférence de presse le ton a été donné dès la première question, posée en l'occurrence par une journaliste britannique leur demandant combien ils avaient été payés pour venir, affirmant ainsi explicitement qu'ils avaient été payés et les accusant implicitement de prévarication, mensonge et imposture, insinuation particulièrement indélicate envers des gens présentés deux semaines plus tôt comme des victimes d'un crime de guerre suffisamment grave pour motiver un crime contre l'humanité (le crime contre la paix). Ensuite les rares médias qui ont mentionné la venue de ces Syriens à La Haye ont mis en doute leur identité (copiant le communiqué mensonger de Reuters disant qu'ils n'étaient pas identifiés), pourtant vérifiée tant par le consulat néerlandais qui leur accordé le visa que par la police d'immigration à l'aéroport de La Haye et le service de sécurité du siège de l'OIAC, et en singulier contraste avec l'anonymat total de la vidéo et des photos que les mêmes médias avaient diffusées sans en chercher la moindre identification, authentification ou confirmation. Les rares médias ayant rapporté le point de presse ont mentionné que les représentants russe et syrien à l'OIAC avaient présenté des Syriens non identifiés comme de prétendus résidents de Douma, mais se sont bien gardés de diffuser la moindre image, en particulier du garçonnet Hassan Diab aisément reconnaissable puisqu'il avait été malgré lui le personnage principal du court-métrage de propagande des faux Casques Blancs très largement diffusé dans le monde entier, et se sont gardés également de mentionner les qualités et fonctions aisément vérifiables des médecins de l'hôpital. Variant comme d'habitude légèrement leurs phrases, les médias ont néanmoins textuellement repris dans toutes les langues les deux expressions communiquées par les trois agences de presse des pays agresseurs de la Syrie, à savoir "mascarade honteuse" et "mascarade obscène".
 
En l'occurrence il est évident que les trois agences qui dictent l'information au monde ne pouvaient être objectives puisque l'Agence France Presse est l'agence officielle française, que Reuters est l'agence britannique et American Press l'agence étatsunienne, relevant donc respectivement des trois pays de l'OTAN qui ont bombardé la Syrie le 14 avril quelques heures avant l'arrivée des enquêteurs de l'OIAC (qui à ce jour n'ont pas trouvé de traces d'une attaque chimique, comme le savaient les décideurs des bombardements), et dont les représentants ont tenté d'empêcher l'audition de ces témoins à l'OIAC le 26 avril. Mais le monopole de ces agences dépendantes de gouvernements fractores pacis qui viennent de se rendre coupables de la plus grave violation du droit international (le crime d'agression) leur permet d'imposer leurs mensonges flagrants bien au-delà de la sphère occidentale, jusqu'aux presses notamment japonaise, australienne et néozélandaise qui désinforment ainsi leur lectorat selon la dictée des trois agences de presse de l'OTAN.
 
Pourtant la presse du monde autrefois libre sait à quoi s'en tenir au sujet des supports de propagande des faux Casques Blancs depuis au moins le 30 septembre 2015, lorsqu'ils sont devenus célèbres en présentant de fausses photographies de prétendues victimes de bombardements russes la veille de l'intervention russe en Syrie, et que l'adjoint Farhan Haq du porte-parole du secrétaire général de l'ONU a été obligé de corriger les déclarations faites à la presse par son chef Stéphane Dujarric de la Rivière quelques heures plus tôt, en disant que celui-ci s'était rendu compte ensuite qu'il avait été intoxiqué par plusieurs sources non confirmables dont les Casques Blancs, que Farhan Haq a d'ailleurs nommés White Helmets avant de vérifier s'il s'agissait bien de l'organisation humanitaire gouvernementale argentine reconnue par l'ONU, sous ce nom, dans une vingtaine de résolutions depuis la 49/139 de 1994.
 
Certains médias ont accompagné leur mention succincte et injurieuse de la déposition ou de la conférence de presse des habitants de Douma d'un avertissement explicite disant "fake news", cette expression anglaise à laquelle le président français entend faire dédier (par le parlement) une loi institutionnalisant un contrôle accru de l'information, et plus précisément l'interdiction de supports de presse indépendants des trois agences de l'OTAN. A la promotion gouvernementale du discours mensonger on va ajouter la suppression de toute version alternative.
 
Après avoir fait croire au public "occidental" que le gouvernement syrien avait utilisé des armes chimiques à Douma (et le gouvernement russe une arme chimique à Salisbury), on déploie des montagnes d'énergie et de perfidie pour l'empêcher de connaître la vérité. De toute évidence on entraîne tous les rouages de l'information dictée en vue du jour où on aura décidé de faire croire au public "occidental" que la Russie a largué une bombe nucléaire sur l'aéroport de Lougansk (comme l'a déclaré le 19 septembre 2014 le régime issu du coup d'Etat ukrainien), voire sur Minsk, Riga ou Varsovie.
 
Cette effroyable posture d'une conspiration médiatico-gouvernementale contre le droit à l'information et à la vérité devient extrêmement dangereuse pour la paix.

mardi 24 avril 2018

cette presse "fire and forget" incendiaire et amnésiante

La presse française (en réalité occidentale) a été unanime et volubile à rapporter les images, les vidéogrammes et les accusations colportées par les "réseaux sociaux" antisyriens et clamant que la Syrie avait procédé à un bombardement chimique sur la ville syrienne de Douma, en Ghouta orientale, samedi 7 avril 2018. La presse française (en réalité occidentale) est unanime à avoir complètement occulté les aboutissants de ces allégations, ayant soudain des milliers d'autres sujets plus importants à traiter qu'un prétendu crime assez grave pour que la France décide d'agresser ouvertement un pays, violant la charte de l'ONU, sans même attendre l'enquête internationale.
 
Pourtant les rebondissements n'ont pas manqué, avant même l'attaque française, et les invitations syriennes à la presse accusatrice étrangère non plus. Les images et accusations ayant commencé à circuler sur les "réseaux sociaux" dimanche 8, et étant tout de suite diffusées par les trois agences de presse des pays de l'OTAN (AFP, Reuters et AP) qui détiennent le quasi-monopole de la fourniture d'informations dans le monde occidental (Europe, Afrique et Amérique), l'armée russe a décidé lundi d'ouvrir une enquête pour événement chimique, et dépêché une équipe de spécialistes. Dès mardi 10 les chercheurs d'information indépendante pouvaient lire ou écouter ce que les receveurs passifs d'information livrée peuvent toujours attendre, le rapport (formellement négatif) à la presse du colonel Alexandre Rodionov, commandant le détachement russe de défense NBC en Syrie. A l'hôpital de Douma où les faux Casques avaient tourné leur court-métrage personne n'avait vu ou traité la moindre victime d'attaque chimique, et sur le lieu prétendu de l'attaque, difficile à trouver car les habitants disaient qu'aucune attaque chimique n'avait eu lieu dans la région, il n'y avait rien à voir, ce qui n'a d'ailleurs pas empêché l'équipe NBC des trouver des laboratoires chimiques des terroristes islamistes.
 
Il n'est pas inutile de rappeler ici que l'armée russe est une armée européenne, pas américaine (sans insulte ici pour les armées brésilienne, uruguayenne et encore récemment canadienne non représentatives de l'Amérique), qui ne s'exprime pas par les éructations télévisées de n'importe quel sous-caporal anonyme ayant supervisé l'abattage par ses soudards débraillés d'une statue du chef d'Etat vaincu ou des gazelles d'un parc zoologique. Comme tout porte-parole du commandement voire simple officier supérieur autorisé à s'exprimer devant la presse, cet ingénieur-docteur, diplômé d'école de guerre et haut fonctionnaire de son pays s'identifie, engage la signature de son gouvernement et donne ses coordonnées pour pouvoir être recontacté. Un véritable journaliste devrait y porter plus d'intérêt qu'aux "déclarations d'un haut responsable sous couvert d'anonymat" que font si souvent circuler les agences de presse du phare ouest et qui garantissent l'impossibilité d'authentification, de cotation de crédibilité, et de conséquences en cas de démenti ultérieur par les faits, surtout quand ces "déclarations d'un haut responsable sous couvert d'anonymat" proviennent d'un pays dont le gouvernement est coutumier du fieffé mensonge avéré jusque devant les plus hautes instances internationales. Au contraire, le gouvernement russe doit jouir auprès de la presse sérieuse (malheureusement pas auprès de l'auditorat endoctriné occidental) d'une crédibilité impeccable puisqu'il n'a jamais été pris en délit de mensonge en ce siècle, fait particulièrement rare parmi les grandes démocraties.
 
Ce même 10 avril le journaliste étatsunien Pearson Sharp a annoncé, de Damas, qu'il serait bientôt en mesure de diffuser des informations sensationnelles. Il a aussi dénoncé le mensonge de certains journalistes occidentaux prétendant qu'ils ne pouvaient pas entrer en Syrie, alors que lui, ennemi déclaré puisqu'Etatsunien, avait obtenu son visa très rapidement. Prenant son temps pour interroger les Damascènes, puis surpris par l'attaque dans la nuit du 13 au 14 et par les manifestations de rue célébrant le 14 le succès de la défense antiaérienne syrienne, il est allé le 15 à Douma, où les dizaines de personnes qu'il a interrogées lui ont toutes déclaré qu'il n'y avait eu aucune attaque chimique. Sauf erreur c'est lui qui a popularisé le mot qu'il ignorait il y a dix jours, qui a fait la semaine dernière par internet le tour du monde en plusieurs langues, et que les trois agences de presse de l'OTAN doivent toujours soigneusement éviter. Le médecin-chef de l'hôpital souterrain de Douma lui a expliqué que l'hypoxie, ou manque d'oxygène, n'est pas rare chez les gens qui passent une nuit ou plus entassés dans des abris souterrains à atmosphère confinée sous les décombres, mais qu'en plus des bombardements accentués depuis quelques jours, le vent avait soulevé cette nuit-là une tempête de poussière, aussi l'hôpital a reçu beaucoup de patients souffrant d'irritation des voies respiratoires.
 
Déjà le 13 avril l'étudiant en médecine Halil Ajij, de service aux urgences de cet hôpital, avait publiquement déclaré que l'hôpital n'avait reçu aucune victime d'attaque chimique le 7 et le 8, et raconté ce qui s'était passé dans le hall de l'hôpital le 8. Le même 13 avril le ministère de la défense russe a présenté en conférence de presse les preuves et témoignages de l'absence d'attaque chimique à Douma, le général de division Igor Konachenkov faisant même remarquer que les témoins (dont Halil Ajij) déclinaient leurs noms et fonctions et pouvaient être contactés par tout enquêteur intéressé. Le 16 le représentant russe à l'OIAC a déclaré à celle-ci que les enquêteurs russes avaient retrouvé, vivantes, des victimes prétendues mortes de cette fausse attaque, qui étaient prêtes à témoigner.
 
Le 17 avril le fameux journaliste britannique Robert Fisk a aussi publié les résultats de sa visite des lieux (avec quelques journalistes syriens il a même faussé compagnie à une visite organisée pour la presse) et de l'hôpital, ainsi que de son entrevue du médecin-chef Assim Rahaibani, qui lui a expliqué que la vidéo tournée par les "Casques Blancs" (il ignore que ce ne sont pas ceux reconnus par une vingtaine de résolutions de l'ONU depuis 1994) était authentique mais pas sincère. Alors que le personnel soignant s'occupait des personnes souffrant d'hypoxie, un "casque blanc" a fait irruption, hurlé "attaque au gaz !" et d'autres ont filmé la panique qui en a résulté, augmentée d'ailleurs par l'irruption soudaine de plusieurs inconnus vêtus de blouses hospitalières qui ont introduit de prétendues victimes (qui observées immédiatement se sont avérées indemnes) et aspergé d'eau les patients présents. Une fois leur film fait, tous les intrus se sont retirés aussi rapidement qu'ils étaient arrivés.
 
Le 18 avril les journalistes de Russie 24 ont retrouvé le garçonnet largement filmé par les faux Casques Blancs, Hassan Diab, qui leur a déclaré que dans la rue le 8 au matin il avait entendu quelqu'un qui appelait les gens à aller rapidement à l'hôpital où on allait distribuer de la nourriture. Il y est allé, et à peine entré on l'a aspergé d'eau, plaqué sur un lit et filmé, ainsi que d'autres personnes, puis qu'ensuite on lui avait donné un peu de nourriture. Son père Omar a confirmé et est prêt à aller témoigner devant toute organisation internationale qui en ferait la demande. Le 21 avril un autre garçonnet présent sur le film, Moustafa, a aussi été retrouvé par des journalistes et raconté une histoire identique.
 
Ce 23 avril a été publié le témoignagne de Mirwan Jaber, un autre médecin de l'hôpital de Douma qui confirme ce qu'ont déjà raconté ses collègues. Tous les témoignages concordent, et la quasi-totalité des habitants de Douma, qui ont appris la rumeur d'attaque chimique sur leur quartier par les journalistes étrangers, se disent de plus convaincus que ce n'est pas ça qui a motivé la bien réelle attaque franco-étatsuno-britannique.
 
Le nom d'Hassan Diab, comme celui d'Halil Ajij, est depuis quelques jours aussi célèbre dans le monde libre que le mot hypoxie. Mais il semble largement ignoré dans les pays de la coalition antisyrienne. Vu que le témoignage d'Hassan Diab a été repris ou commenté par toute la presse russe, l'AFP s'est cependant vue obligée d'émettre une dépêche laconique selon lequel la télévision russe avait "diffusé mercredi soir ce qu'elle présente comme le témoignage d'un garçon syrien affirmant avoir participé à une mise en scène chimique". Les rares médias français qui ont repris cette information ont rajouté du conditionnel et des suspicions, et surtout leur fameuse formule selon laquelle cette information n'avait "pas pu être confirmée de manière indépendante", ce qui signifie dans leur jargon confirmée par un correspondant d'une agence de presse officielle d'un pays membre de l'OTAN, à savoir AFP, Reuters ou AP, les agences de presse des trois pays qui ont bombardé la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril au prétexte justement de cette attaque chimique alléguée. Il est d'ailleurs notable que les mêmes médias n'ont pas fait preuve de la même déontologie partisane pour la confirmation indépendante de l'accusation gravissime portée par les faux Casques Blancs, que ces médias ont largement colportée afin de justifier à l'avance l'entrée en guerre contre la Syrie. Parmi les cent-quatre-vingt-treize membres de l'ONU, cent-quatre-vingt-dix n'ont pas bombardé la Syrie il y a dix jours, mais on voudrait faire croire que seules les informations diffusées ou confirmées par les agences des trois pays agresseurs sont "indépendantes"... des quatre-vingt-dix pays non agresseurs.
 
Le gouvernement français, auto-institué procureur, juge et bourreau expéditif du gouvernement syrien, a reconnu dans le communiqué conjectural du 14 avril servant d'alibi à sa violation de la charte de l'ONU que ses "services" n'avaient pas trouvé "d'autre scénario plausible" parce qu'ils s'étaient contentés de croire dans leurs bureaux parisiens les images diffusées par les terroristes islamistes et les allégations communiquées par un service de renseignement étranger (voir sur http://stratediplo.blogspot.com/2018/04/evaluation-de-levaluation-nationale-du.html). En ce qui les concerne les médias et les agences soi-disant indépendantes qui ont diffusé les images anonymes et muettes de ces "victimes" d'attaque chimique devraient se précipiter pour enregistrer et authentifier leurs témoignages maintenant qu'elles ont été identifiées et demandent à être entendues. Ces "victimes" sont quand même plus faciles à joindre que les miliciens de Jaïch el-Islam qui ont abandonné leurs treillis de combat et leurs casques blancs de tournage et bourré leur quartier général de bombonnes de chlore (espérant un bombardement gouvernemental) avant de prendre les derniers autobus d'évacuation offerts aux terroristes en direction de leur bastion d'Idlib. Pourtant, les médecins et les figurants involontaires de l'hôpital de Douma attendent encore la visite des journalistes de la coalition antisyrienne.
 
"Fire and forget", c'est le feu et l'oubli d'une presse incendiaire et amnésiante. Dans certain pays passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation, on dit que la police tire d'abord et interroge ensuite. Or voici que la presse aux ordres a perfectionné la méthode, elle tire d'abord et ne pose pas de questions ensuite. Cependant, ne pas rectifier une information fallacieuse c'est mentir par omission, et lorsque ce mensonge est commis pour justifier une entrée en guerre, crime contre la paix considéré comme la plus grave infraction au droit international, cela constitue une complicité de crime contre l'humanité.
 
Les contribuables qui subventionnent grassement des médias qui leur ont raconté que les Serbes de Bosnie avaient installé à Trnopolje un "camp de concentration" avaient le droit de savoir ensuite que c'était un camp de réfugiés ouvert et que le photographe Jeremy Irvin était entré dans un petit enclos agricole pour photographier Fikret Alić à travers des barbelés. Puisqu'on leur a raconté que l'armée serbe de Bosnie avait bombardé le marché de Markale ils avaient le droit de savoir ensuite que les officiers généraux français (et autres) présents à Sarajevo ont tous déclaré que c'était l'oeuvre des Turcs de Bosnie, ils avaient le droit de savoir que le chef d'état-major bosno-turc Sefer Halilović a démissionné pour cet acte contre son propre peuple et s'en est expliqué dans son livre, ils avaient le droit de savoir que le président bosno-turc Alija Izetbegović l'a confessé sur son lit de mort. Puisqu'on leur a raconté que la police serbe avait massacré de paisibles villageois albanais à Račak, ils avaient le droit de savoir ensuite que les deux enquêtes internationales avaient déterminé que la plupart étaient des miliciens islamistes tués au combat et le reste de vieux villageois exécutés ultérieurement par les islamistes et mélangés avec les terroristes rhabillés post-mortem en civil. Puisqu'on leur a raconté que le gouvernement syrien avait utilisé des armes chimiques contre sa population les 19 mars et 21 août 2013, ils ont le droit de savoir que l'enquête de l'OIAC a montré la culpabilité des milices islamistes. Puisqu'on leur a raconté que la Russie avait abattu ou fait abattre l'avion malaisien MH17, ils ont le droit quatre ans plus tard de connaître la vérité (récemment rappelée sur http://stratediplo.blogspot.com/2018/03/le-pilote-qui-abattu-le-mh17-malaisien.html).
 
La vérité est un dû. Si la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse punit d'une amende de 45000 euros (montant bien ridicule en regard des subventions de la désinformation) "la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler", de combien devrait-on punir la diffusion de nouvelles fausses ayant troublé la paix internationale et servi d'alibi à un acte d'agression, crime contre la paix plus grave en droit international que les crimes de guerre ?
 
Au-delà de son lectorat captif et manifestement peu curieux, la presse française était autrefois lue et écoutée des rizières sud-asiatiques aux plateaux andins en passant par le fin fond de la brousse africaine. La nature ayant horreur du vide et les hommes ayant peur du silence, son repli sur le psitaccisme des slogans étatsuniens laisse la place à une autre presse. Les annonces de recrutement de traducteurs du mandarin à l'espagnol, du mandarin au français et du mandarin à l'anglais vont fleurir dans les prochaines années. Accessoirement, si les Africains iront pêcher leur information ailleurs, les Arabes quant à eux iront acheter leur armement ailleurs, les états-majors et la presse de plusieurs pays arabes faisant des gorgées chaudes en ce moment au sujet des missiles français défectueux, dont un quart n'ont pas fonctionné, et même la moitié dans le cas de ceux tirés (ou du moins mis à feu) des magnifiques frégates qu'on cherche à leur vendre. Certes un missile qui ne part pas c'est moins gênant qu'un lot de munitions de fusil d'assaut qui ne veut pas fonctionner (bien que le missile coûte plus cher), mais la réputation de fiabilité technologique d'une France post-industrielle qui achète ou fait fabriquer dans des pays pré-industriels aura aussi des conséquences commerciales et économiques.
 
Mais le plus grave est évidemment à venir. Qu'on ait réussi à cacher la vérité pendant plus de deux semaines sur le bombardement chimique fictif de Douma est un gros succès de propagande, alors même qu'on n'a pas encore interdit la presse des pays libres (pourtant bien peu lue dans les pays de l'OTAN), contre laquelle le régime français actuel prépare des mesures drastiques d'après ses propres aveux. La mise en place de ces mesures légales de censure de contenu, puis logicielles d'interdiction de lecture, sera d'ailleurs l'indicateur le plus sûr que l'avant-guerre touche à sa fin. On y reviendra prochainement. Evidemment le but recherché est que lorsque la vérité finira par percer et triompher, si elle y parvient, cela n'aura plus d'importance car les effets du mensonge auront été pleinement consommés depuis longtemps. Qu'une puissance nucléaire, balistique et dotée de missiles de croisière se permette de bombarder illégalement et sans préavis un pays souverain au prétexte d'un mensonge grossier n'est pas une affaire anodine, et que sa presse sujette se permette de simplement bannir des premières pages les suites et les révélations sur l'événement prétexte en quelques jours, en comptant sur l'oubli instantané de l'important au moyen d'une saturation par l'hypertrophie de la rubrique des chiens écrasés et des starlettes offensées, c'est grave.
 
C'est d'autant plus grave dans le cas d'une démocratie, où le peuple est censé élire en connaissance de cause des gouvernants et des législateurs censés le représenter et gouverner en son nom et selon ses instructions. Cette connaissance de cause indispensable n'existe plus. S'il n'est pas justement et correctement informé le peuple n'a ni la légitimité ni la capacité de se gouverner. La démocratie en devient illusoire et dangereuse. Et si on ne corrige pas rapidement les comportements, tant gouvernementaux que médiatiques, c'est un peu plus que douze ou seize missiles, et un peu plus loin que sur la Syrie, qui seront bientôt tirés sans même que le pays réel ne sache si l'alibi était solide et combien de temps tiendra le mensonge. On pourrait même omettre d'informer les Français qu'à quelques milliers de kilomètres leur armée a été chargée d'attaquer un autre pays, et omettre aussi la réaction initiale du pays agressé. Or quelques jours suffisent largement pour déclencher un cataclysme majeur.
 
La seule possibilité qui reste aux Français de percevoir l'escalade à temps pour l'interrompre est la diversification de leurs sources d'information.

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n'émanant ni d'un banquier ni d'un télématicien, elles peuvent être incomplète...