mardi 18 septembre 2018

le douzième travail - un refuge autarcique

Le douzième travail d'Hercule, c'était de dompter la menace et de sortir de l'enfer. Or l'enfer de l'effondrement du mode de vie insoutenable des sociétés de gabegie énergétique, aggravé par l'enfer du déchaînement de tous les conflits aujourd'hui contenus, semble imminent. Certains n'attendent qu'un signal, que le gouvernement français s'apprête à donner au nom de l'UE et de l'OTAN, pour se replier au moins le temps de la déflagration initiale, à l'abri si possible.
 
Pourtant la base autonome durable parfaite n'existe pas, et si elle existait elle serait inaccessible. En vue du grand soir ou du petit matin dont on ignore la date, chacun tente d'adapter son trou individuel ou familial à ses priorités vitales et aux risques les plus menaçants pour ces priorités dans la limite de ses propres moyens, un compromis forcément différent d'un cas à l'autre.
 
Stratediplo présente un refuge autarcique choisi pour son potentiel à moyen et long terme, et aménagé pour des besoins immédiats… dans l'hémisphère épargné. Comme exemple parmi tant d'autres d'une base autonome durable, il expose des idées de réponses aux problématiques qui se présentent à tous, dont la solution ne peut être universelle mais où les illustrations concrètes peuvent inspirer.
 
Car le monde étant le même pour tous et la grande majorité des gens étant à peu près égaux, la différence se situe entre l'inaction et l'action. Pourtant la survie ne saurait être une finalité quand c'est de vivre qu'il s'agit, et au lieu de s'interroger avec inquiétude sur sa survie du jour d'après la rupture, on peut se ménager en toute quiétude une vie sans rupture.
 
Ce Douzième Travail est disponible à prix coûtant sur Lulu… ou envoyé gratuitement (en PDF) sur demande à l'auteur.
 

très mal, et vous ?

Le monde va mal, comme en ont décidé ceux qui le mènent.
 
On ne reviendra pas sur l'assassinat du premier ministre Alexandre Zakhartchenko avec un détonateur jusque-là inconnu des services du régime social-nationaliste, au moment même où on signalait un renforcement des forces étatsuniennes et canadiennes en ex-Ukraine, et quelques mois après que ce régime issu du coup d'Etat du 22 février 2014 ait définitivement dénoncé les accords de Minsk par la loi 7163.
 
On ne reviendra pas non plus sur le soutien maintenant direct apporté par les pays de l'OTAN à la guérilla islamiste en Syrie, et la préparation en ce moment même d'une attaque aérienne massive, sous l'alibi du gazage imminent à Idlib des dizaines d'enfants enlevés il y a dix jours pour cela par les supplétifs de la coalition atlantico-islamiste. Les leçons de la grotesque mise en scène de Douma en avril ont été tirées : cette fois on utilisera de vrais produits chimiques (chlore amateur), il y aura des morts, la population et les hôpitaux verront quelque chose et une éventuelle enquête internationale pourra en trouver des traces, la presse de l'OTAN aura autre chose à montrer que le court-métrage des faux Casques Blancs car elle a déjà envoyé des équipes sur place, on ne permettra la venue d'aucun témoin au siège de l'OIAC, et les actuelles dénonciations russes de toute cette préparation sont à peine audibles de l'ancien monde libre. L'agression déjà annoncée "en réponse" (toujours aussi contraire au droit international et à la charte de l'ONU) sera cette fois suffisamment massive pour saturer la défense antiaérienne, engagera les forces navales de l'OTAN en cours de concentration en Méditerranée orientale, aura statistiquement des chances de voir plus d'un quart des missiles passer et plus d'un dixième exploser, et, d'après la presse étatsunienne, visera la coopération militaire russe.
 
Moins imméiat certes, on ne reviendra pas non plus sur la préparation de l'attaque, l'année prochaine, de la première puissance navale méditerranéenne et première puissance militaire d'Afrique, alors que ce qui reste d'armée en Tripolitaine vient de proférer des menaces directes, et que de l'autre côté le Maroc annonce un rétablissement du service militaire, incluant les jeunes filles ce qui est assez remarquable pour un pays musulman, et qui montre bien qu'on compte affronter un ennemi plus gros que la Mauritanie ou le Polisario. Même la société civile algérienne semble s'inquiéter, et appelle la candidature présidentielle du serviteur de l'Etat le plus capable du pays, le général Mohamed Mediène qu'on avait présenté il y a trois ans à l'occasion du coup de maître de son faux limogeage (http://stratediplo.blogspot.com/2015/09/le-mythe-toufik-passe-lhistoire.html).
 
En France le gros morceau de cette rentrée est le fameux manifeste du gouvernement sur "les manipulations de l'information - un défi pour nos démocraties", véritable déclaration de guerre (une de plus) à la Russie et annonce de l'imminente mise en place de la censure en France, déjà dictée au parlement (et vendue à la presse) par la directive gouvernementale dite "Fake News". Thierry Meyssan a bien mentionné la publication de ce document, mais pour l'instant ni l'opposition ni même la dissidence ne l'a commenté. Issu d'un travail de plusieurs mois mené dans deux cellules ministérielles de réflexion, ce document comporte tellement d'énormités, de calomnies interétatiques et de signatures anglophones par page qu'on doit déplorer qu'aucun organe libre de réflexion et d'information n'ait estimé judicieux de payer un traitant, voire un simple stagiaire, pour s'y atteler pendant un mois afin de le décortiquer, car il y a là une belle concentration de matière explosive dont l'étude dépasse les disponibilités du bénévolat nocturne.
 
Justement dans le Onzième coup de minuit de l'avant-guerre, à paraître en octobre aux éditions du Retour aux Sources, on notait que l'extinction simultanée de TASS, Sputnik (RIA) et RT serait l'indicateur que guettent certains "survivalistes" pour savoir quand quitter discrètement le bureau, extraire les enfants de l'école et fermer les volets de la maison. Or ce manifeste gouvernemental annonce l'interdiction des médias russes en France pour dès que possible. Il est temps de faire ses provisions de caviar et de gaz naturel.
 
La retraversée de la Bérézina est certainement pour bientôt.

mercredi 25 juillet 2018

pas de panique dans les brigades territoriales

Il ne faut pas confondre un grade, qu'il soit universitaire, militaire ou civil, avec un titre de courtoisie ou de complaisance.
 
La nouvelle et microscopique réserve citoyenne, dite de défense voire de sécurité, n'est pas un grand corps constitué de l'Etat. Ce n'est pas le service de défense civile toujours légalement dû par les Français jusqu'à l'âge de cinquante ans et toujours pas constitué par l'Etat quarante ans après son rappel à l'ordre par les députés Raymond Marcellin et Edouard Bonnefous. Ce n'est qu'une visibilité textuelle donnée aux contributions individuelles de collaborateurs bénévoles de l'Etat. Ce fut aussi, à l'origine, une vague promesse de compensation honorifique à la radiation autoritaire massive des cadres militaires (de la vraie réserve) au 1er janvier 2003.
 
Les appellations de courtoisie qui sont temporairement conférées dans ce cadre de la réserve citoyenne n'ont même rien à voir avec les grades militaires honoraires, lesquels sont en quelque sorte une confirmation (non nécessaire) de la possibilité de continuer à jouir, après la radiation des cadres militaires, de l'appellation liée à la détention d'un grade à titre définitif. Ces appellations n'ont rien à voir non plus avec les grades civils du ministère de l'intérieur attribués par analogie avec les grades militaires, comme ceux des pompiers civils à qualifications, responsabilités et prérogatives équivalentes à celles des sapeurs-pompiers militaires portant le même uniforme dans le même corps de sécurité civile, ce qui explique d'ailleurs qu'un lieutenant militaire adressera spontanément un salut règlementaire à un capitaine des pompiers, ce qu'il ne fera pas envers un autre cadre A de la fonction publique civile, comme un inspecteur ou commissaire de police récemment affublé d'un "grade" destiné à éviter la disparition complète des appellations dans une société en voie de démilitarisation totale... à l'exception notable des préfets accoutumés au salut lorsqu'ils sont en uniforme.
 
Ces appellations nouvelles n'ont même pas l'antériorité coutumière ou l'acceptabilité sociale du "maître" sous lequel se présentent, et entendent être appelés, les avocats autrefois juste titulaires d'une licence et aujourd'hui parfois d'un doctorat, la maîtrise elle-même n'étant d'ailleurs plus un grade universitaire (en France) depuis 2002.
 
La réserve citoyenne ayant pour objet officiel de contribuer aux relations entre l'armée et la société civile (et à la diffusion de l'esprit de défense), l'attribution d'appellations de grades à titre temporaire a surtout pour objet d'aider les militaires à situer, par analogie, le niveau général de leurs collaborateurs citoyens, comme c'était autrefois le cas avec l'attribution de vrais grades militaires par assimilation, mais à titre temporaire et sans prérogatives de commandement, à certains spécialistes recrutés directement en milieu civil (sans formation militaire) pour des emplois de réserve ou de complément, par exemple dans le domaine médical ou plus récemment informatique. Il s'agissait alors cependant d'experts et spécialistes appelés à travailler en tenue militaire, et donc sur la poitrine ou l'épaule desquels leurs interlocuteurs cherchaient instinctivement un insigne de niveau... comme pour les aumôniers, assimilés sous-lieutenants ou capitaines selon leur statut.
 
Le réserviste citoyen n'est pas militaire, même lorsqu'il est en "service" bénévole, et ne porte par d'uniforme, sauf dans la marine par une extension d'us issue de l'origine militaire de ses réservistes citoyens. Il n'a bien sûr aucune prérogative de commandement ni même hiérarchique, et ne saurait attendre de salut règlementaire de la part d'un cadre militaire, ce qui ne dispense pas ce dernier le cas échéant des marques de respect dues au niveau social ou professionnel du réserviste, que l'attribution d'un "grade" à titre honorifique était, jusqu'en ce mois de juillet 2018, censée aider à déterminer. Ainsi une appellation de grade de sous-officier pouvait-elle laisser entendre que le réserviste citoyen était d'un niveau conventionnel d'agent de maîtrise ou technicien supérieur, équivalent d'un cadre B de la fonction publique, niveau III de qualification nationale et titulaire d'un diplôme Bac+2 du XX° siècle, ou Bac+3 s'il avait passé le baccalauréat après 2000. Une appellation de grade d'officier subalterne pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre, équivalent d'un cadre A de la fonction publique, niveau II de qualification nationale (expertise scientifique) et titulaire d'un diplôme Bac+4 du XX° siècle, ou Bac+5 s'il était né après 1980. Et une appellation de grade d'officier supérieur pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre supérieur confirmé ou dirigeant, fort d'une quinzaine à une vingtaine d'années d'expérience d'encadrement de services, niveau I de qualification nationale (conception et recherche) aujourd'hui nécessairement titulaire de plusieurs diplômes de troisième cycle dont certains de milieu de carrière, et d'un niveau conceptuel comparable à celui des officiers diplômés ou brevetés de l'enseignement militaire supérieur.
 
Sauf erreur, un docteur ne se verrait pas affubler directement de barrettes de complaisance de commandant sans être au moins habilité à diriger des recherches, et n'obtiendrait celles de lieutenant-colonel avant due reconnaissance de services émérites dans le "grade" antérieur. Les plus hautes autorités qui mettent bénévolement leur expertise au service de l'Etat depuis de nombreuses années ne sauraient imaginer quelle qualification pourrait justifier une assimilation au grade de lieutenant-colonel avant même l'âge et l'ancienneté professionnelle auxquels le lieutenant de gendarmerie de recrutement direct le plus brillant puisse statutairement espérer passer capitaine. Dans le service de santé des armées, la troisième barrette de capitaine est conditionnée à l'obtention du doctorat d'exercice (de médecine ou odontologie par exemple). Cependant, en théorie cognitive, de même qu'il n'est pas interdit à certains génies surdoués de passer le baccalauréat à douze ans, rien n'interdit à un gendarme auxiliaire, confirmé soldat de base après cinq ans d'observation et notation dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, d'acquérir en quelque mois, à l'âge de vingt-six ans, une haute expertise conceptuelle totalement absente du vivier des milliers d'officiers supérieurs de réserve ou en retraite de la gendarmerie, comme vient d'ailleurs de l'expliquer le général d'armée directeur général de la gendarmerie nationale.
 
Quoi qu'il en soit et en l'absence de lien du sang ou de sperme, comme vient de l'assurer fort élégamment le titulaire de la magistrature suprême, on ne saurait appeler népotisme la recommandation appuyée d'un exécutant en barbouzerie élémentaire pour l'attribution d'une distinction de doctor honoris causa et guardiæ prætoriæ, pas plus qu'on ne pouvait appeler népotisme la nomination d'un cheval comme sénateur de Rome par un empereur qui ne faisait là que manifester sa vision de la respectabilité des institutions.
 
La gendarmerie française, d'ailleurs, a au moins une option que n'avait pas le sénat sous Caligula, à savoir restaurer la crédibilité et la respectabilité de sa hiérarchie des grades en dégradant immédiatement, avant la rescision unilatérale de contrat, tout collaborateur à une mission de relations publiques et renforcement d'image (raison d'être de la réserve citoyenne) qui aurait non seulement failli volontairement à cette mission, mais aurait de plus par des comportements inappropriés, publics et délictueux nui à la réputation de la gendarmerie nationale, des corps d'officiers, et de l'Etat. De vrais officiers des armes ont été cassés pour bien moins que cela. Evidemment et dans l'esprit de réparation qui préside à toutes les obligations de publication légale jointes aux condamnations pour diffamation, la direction générale de la gendarmerie nationale devra assurer à cette dégradation une publicité au moins équivalente à la mauvaise publicité que lui a occasionnée l'affaire Benalla, et même dans ce cas il n'est pas certain qu'elle puisse restaurer totalement sa crédibilité institutionnelle et la réputation de discernement et sagesse nécessaire à l'accomplissement de ses missions.
 
Pour sa part, à l'âge canonique de soixante ans inégalé par la vingtaine de constitutions qui l'ont précédé en moins de deux siècles, le régime revient au niveau de respectabilité et de légitimité conféré dès sa fondation par les actes séditieux, du 27 au 29 mai 1958, d'un ancien véritable officier usurpateur d'un grade de complaisance auto-attribué.

lundi 16 juillet 2018

la guerre de Corée n'aura pas lieu

La peur des États-Unis a rapproché les deux Corée.
 
Contrairement aux deux Soudan (voire dans une moindre mesure aux deux Yémen) les deux États de Corée relèvent d'un même pays administrativement divisé, comme les deux Allemagne (voire les deux Vietnam). Même la séparation idéologique n'est plus très prégnante puisque la Corée du Nord est tentée par le développement économique qu'affichent les pays frères plus ou moins officiellement sortis du communisme comme la Chine, le Vietnam et le Cambodge. Le président actuel, loin de l'autisme politique de ses prédécesseurs, est ouvert et intelligent, et a vu que la rigidité dogmatique ne paie plus même vis-à-vis de la Chine pragmatiquement capitaliste. Pour sa part la Corée du Sud devinait qu'à terme les nécessités économiques lui ouvriraient l'accès au Nord, de même que tous les pays autrefois communistes, Angola et Cuba compris, ont fini par mettre du vin dans leur eau. Mais elle n'a pas vraiment en ce moment les moyens de moderniser le Nord, et donc aucune des deux moitiés du pays n'était pressée.
 
Mais le 9 mars 2002 la presse étatsunienne a révélé que le gouvernement avait préparé des plans précis (présentés au parlement le 8 janvier) de frappes nucléaires offensives contre plusieurs pays nominativement cités, dont cinq ne disposant pas d'armes nucléaires, parmi lesquels la Corée du Nord. Les deux pays (Arabie Séoudite et Bosnie et Herzégovine) ayant détruit quelques mois plus tôt, prétendument au moyen d'avions dont deux invisibles, les trois tours de New York et la façade du Pentagone pour faciliter la redéfinition stratégique, n'étaient d'ailleurs pas sur la liste, ni bien sûr le Pakistan devenu la première puissance nucléaire islamique grâce à l'aide des États-Unis. Puis la révision de la doctrine stratégique a effectivement confirmé que les États-Unis considéraient de nouveau l'arme nucléaire comme une arme normale susceptible d'être utilisée même contre des pays qui en sont dépourvus, pulvérisant de facto le traité de non-prolifération nucléaire qui l'interdisait. Dès avril des négociations commencèrent pour tenter de sauver le traité de non-prolifération, et après trois ans de discussions infructueuses, devant l'obstination des États-Unis à vouloir utiliser des armes nucléaires contre des pays qui en sont dépourvus, la conférence de révision du traité constata son échec en mai 2005, ce dont l'Assemblée Générale de l'ONU prit acte en septembre.
 
Suite à la révélation en mars 2002 du projet étatsunien d'attaque nucléaire, et aux accusations étatsuniennes en fin d'année d'enrichir clandestinement de l'uranium, la Corée du Nord expulsa les inspecteurs de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique fin 2002 et se retira du traité de non-prolifération en janvier 2003. La Chine invita la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les États-Unis à se joindre à elle pour négocier avec la Corée du Nord un arrêt de son programme militaire, ce qu'elle fut prête à accepter en septembre 2005 contre l'acceptation de son programme énergétique nucléaire civil et la fin des menaces de frappes nucléaires étatsuniennes, deux conditions revenant à lui appliquer le traité de non-prolifération que les États-Unis rejetaient et dont la conférence de révision et l'ONU venaient de constater la caducité. Elle exigeait aussi le retrait des armes nucléaires étatsuniennes de Corée du Sud, ce à quoi les États-Unis répondaient qu'elles avaient été retirées vingt ans plus tôt. Surtout, pour confirmer que le traité n'avait plus de valeur à leurs yeux et que seule comptait désormais la loi du plus fort, les États-Unis prirent unilatéralement des mesures illicites de coercition contre la Corée du Nord, notamment (mais pas exclusivement) économiques, et obtinrent même la saisie (le vol) de fonds nord-coréens dans une banque chinoise.
 
En juillet 2006 la Corée du Nord procéda à plusieurs "essais" (démonstrations parfaitement au point) de missiles balistiques, dont l'un d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres capable d'atteindre toute l'Asie, l'Europe jusqu'aux Alpes et l'Amérique du Nord jusqu'à la frontière canado-étatsunienne. Puis elle procéda à son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006. Compte tenu de sa capacité balistique, récemment démontrée, de toucher le territoire étatsunien, elle fut immédiatement respectée, ce qui confirma la pertinence de ce programme. Un accord fut signé à peine quatre mois plus tard, le 13 février 2007, et le 27 février le renseignement étatsunien avoua au parlement avoir toujours su, en dépit des accusations proférées par son gouvernement, que la Corée du Nord disait la vérité en déclarant n'avoir pas de programme d'enrichissement d'uranium. Comme elle l'avait déclaré ses premières bombes étaient au plutonium, qu'elle n'avait jamais nié extraire de ses réacteurs nucléaires, en conformité avec le traité de non-prolifération. L'accord de février 2007 consistait essentiellement à un retour aux clauses du traité, comme demandé par la Corée du Nord, assorti de fournitures d'énergie (électricité et pétrole). Elle s'engagea aussi à fermer son réacteur nucléaire expérimental, et les États-Unis s'engagèrent à rendre les fonds confisqués, rétablir des relations interétatiques normales et retirer le pays de leur liste d'États "terroristes".
 
Il ne le firent cependant pas, tardèrent à restituer les fonds nord-coréens (ne pouvant toutefois les voler complètement puisqu'ils étaient en Chine), s'abstinrent de rétablir la normalité diplomatique et maintinrent certaines mesures de coercition. Aussi deux ans plus tard la Corée du Nord constata la caducité de l'accord, rouvrit sa centrale nucléaire fermée, annonça qu'elle allait désormais enrichir de l'uranium comme elle avait été si longuement et mensongèrement accusée de le faire, et procéda à un nouvel essai nucléaire le 25 mai 2009. Elle avait certainement déjà plus d'ogives nucléaires que l'Afrique du Sud a jamais possédé. À partir de là la Corée du Nord s'est engagée dans un sérieux programme d'armement nucléaire, et à partir de la fin 2012 dans une surenchère de déclarations réciproques d'intransigeance avec les États-Unis, mais aussi avec la Corée du Sud (révocation de l'armistice de 1953). La tension parut être à son comble en avril 2013, obligeant même la Chine à prendre des mesures contre la Corée du Nord pour retarder l'agression étatsunienne. Tandis que la politique nord-coréenne est restée constante grâce à la continuité dynastique et l'inébranlabilité institutionnelle, la politique étatsunienne est restée constante grâce à la permanence des fonctionnaires "faucons" par-delà l'alternance présidentielle de l'idiot à l'imprévisible en passant par le fourbe. La Corée du Nord a également testé avec succès au moins une bombe thermonucléaire, et les États-Unis ont annoncé en septembre 2016 qu'ils envisageaient de l'attaquer.
 
En septembre 2017 les États-Unis ont annoncé à l'Assemblée Générale de l'ONU (qui avait exclu la Yougoslavie pour bien moins que ça) qu'ils était prêts à détruire totalement la Corée du Nord, puis ils ont commencé à déployer en Corée du Sud leur système antimissiles balistiques capable d'abattre en phase terminale d'approche une riposte de quelques ogives (contre plusieurs dizaines il aurait fallu un système russe), et bien sûr à acheminer d'autres groupes aéronavals porteurs d'armes nucléaires. En fin d'année l'opinion sud-coréenne a subitement réalisé que les États-Unis ne bluffaient pas, qu'ils allaient attaquer la Corée du Nord avec des armes nucléaires comme annoncé depuis quinze ans. Le Japon proche aussi, connaisseur des États-Unis et des effets des bombardements atomiques, commença à s'y préparer. Il y eut alors une grande fébrilité médiatique et diplomatique sur l'ensemble de la péninsule coréenne, à l'initiative de la partie sud-coréenne soudain paniquée. Une ligne téléphonique rouge interprésidentielle fut mise en place entre Séoul et Pyongyang pour désamorcer d'éventuelles méprises militaires. Politiquement séparés, les deux États regroupent une seule nation artificiellement coupée. Fait remarquable, la Corée du Sud a instamment prié les États-Unis de surseoir à l'agression contre la Corée du Nord.
 
Le 28 novembre 2017 la Corée du Nord a testé avec succès un missile balistique de 13000 kilomètres de portée, donc pouvant toucher tout point du territoire étatsunien (en fait du monde entier moins l'Amérique du Sud), puis a déclaré être par conséquent une puissance nucléaire accomplie capable de dissuader ses ennemis. Elle a alors déclaré démanteler son site d'essais nucléaires. Le 1er janvier 2018 la Corée du Nord a annoncé qu'elle participerait aux Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, et effectivement en février les contingents des deux États ont défilé conjointement, sous un drapeau nouveau unique. Le président nord-coréen a souhaité rencontrer rapidement son homologue sud-coréen, et une commission intergouvernementale a préparé leur rencontre. En mars 2018 la Corée du Nord a arrêté le réacteur qui produisait son plutonium. Inquiète de perdre son rôle de médiateur et seul garant possible, la Chine a invité le président nord-coréen pour une première visite officielle de trois jours, fin mars. Finalement le 27 avril les présidents Kim Jong-Un et Moon Jae-In se sont rencontrés à Panmunjom, sur la frontière, ont signé une déclaration commune d'intentions pacifiques, abandonné immédiatement les actions hostiles réciproques, promis aux familles divisées l'ouverture du rideau de fer pour le 15 août, et annoncé un traité définitif de paix cette année pour clore la guerre de 1950-53. Oralement, Kim Jong-Un a même déclaré sa croyance en une réunification future. Une semaine plus tôt la Corée du Nord avait annoncé la fin de ses essais nucléaires, et confirmé sa conformité unilatérale (abandonnant l'exigence de réciproque étatsunienne) à feu le traité de non-prolifération, à savoir n'utiliser ses armes nucléaires qu'en réponse à une attaque nucléaire, et ne pas en communiquer la technologie à des pays tiers.
 
La Corée du Nord a fini par accéder au statut de puissance nucléaire qui devait la protéger des États-Unis, et qui s'avère surtout obliger les pays voisins à choisir leur camp, même le Japon pourtant ennemi immémorial de la Chine. En l'occurrence l'Asie retire son support à la lointaine deuxième puissance économique mondiale en déclin stratégique, et se rallie à à la première puissance économique (et bientôt monétaire) mondiale voisine. Quant aux États-Unis, toujours en besoin (mais jamais en manque) d'ennemi, ils se préparent à asséner leur ultime argument ailleurs.

mardi 3 juillet 2018

discrimination sexuelle institutionnalisée

On apprend que ce sont maintenant des dizaines d'écoles qui, au Royaume-Uni, interdisent aux filles le port de la jupe, au nom de l'idéologie du choix du genre par l'homme (enfin, l'individu humain) et du refus de la détermination du sexe par la nature.
 
Comme d'habitude en démocratie dirigée le discours officiel est celui de l'instauration d'un nouveau droit et de plus d'égalité. Même si c'est concrètement ce qu'on fait, il ne s'agit absolument pas de retirer aux filles le droit de porter le vêtement traditionnellement distinctif de leur sexe, ou de les discriminer par rapport aux garçons qui (pour l'instant) peuvent continuer de porter le leur, il s'agit simplement d'instaurer l'égalité des 0,0001% (maximum) de vrais ou prétendus asexués avec les dizaines de millions de gens normaux. Et encore faut-il s'entendre sur ce dernier terme, car dès lors que le pouvoir social normatif (parlement en théorie et presse en pratique) édictera la nouvelle norme d'asexualité, ce qui est en cours dans un premier temps à titre facultatif, ce sera les êtres sexués donc autrefois considérés comme dans la norme (normaux) qui seront désormais déclarés hors-la-norme (anormaux). Mais en langue et bien-pensance modernes, il ne faut surtout pas interpréter la "discrimination positive" envers certaines catégories comme une discrimination négative envers les autres, ou comme une discrimination tout court.
 
Dans la même ligne idéologique des écoles interdisent aux garçons le port de la culotte courte, mais certaines leur autorisent le port de la jupe qu'elles (ou leurs consœurs) interdisent aux filles. Inévitablement, à terme l'un des nouveaux idéologues normateurs tombera sur une photographie de cour d'école ou de réunion familiale du XIX° siècle et saisira que le pantalon est, en Grande-Bretagne, le vêtement traditionnel du sexe masculin, que très peu de femmes ont porté depuis que les braies se sont généralisées chez les hommes, d'abord sous la robe puis à la place, il y a au moins quinze siècles en Chrétienté.
 
Certes le sociologue moyen se demandera pourquoi on ne considère plus possible de reconnaître voire promouvoir les catégories nouvellement à la mode sans brimer les anciennes, en l'occurrence naturelles, c'est-à-dire de reconnaître les genres institués sans opprimer les sexes naturels, d'ailleurs le lancement d'un concours national pour la conception (le design) d'un nouveau vêtement distinctif des asexués déclarés stimulerait certainement les créativités et fournirait une excellente occasion de promotion des nouvelles normes. Le démographe lui répondra que les idéologues n'ont pas encore identifié assez d'asexués assertifs dans la société pour participer significativement à leur auto-promotion, et que les politiciens ont donc trouvé plus facile d'asexuer visuellement les dizaines de millions de gens du peuple que de convaincre la reine d'Angleterre de s'habiller comme une chancelière prussienne ex-sportive est-allemande.
 
Gageons que les utopistes "transhumanistes" de la transformation de l'humanité en ruches et foumilières d'individus asexués trouveront aussi plus facile d'imposer la gandoura unisexe aux Saxons des Angles que de faire raser leurs barbes et ôter leurs voiles aux Hindoustanis des Angles, qui eux continuent de considérer le sexe comme l'instrument naturel de la reproduction des individus et de la perpétuation de l'espèce.

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n'émanant ni d'un banquier ni d'un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l'Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
 
Tout d'abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d'Europe de banques européennes n'ont pas été affectées. Il ne s'agit cependant pas d'une simple avarie de télécommunications, puisqu'aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet...) n'a été rapportée.
 
D'ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n'ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l'ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d'Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu'un porteur d'une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d'un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l'entreprise Visa. S'il n'y a pas de télécommunications entre l'Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l'instant requis) le client italien porteur d'une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
 
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l'étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n'ont pas noté d'interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l'étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d'un compte bancaire à l'étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d'ailleurs d'une "ouverture" européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
 
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
 
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d'une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d'efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d'impact économique de l'interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d'une interruption des virements interbancaires vers ou de l'étranger, l'entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d'interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l'Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d'obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d'autres invisibles, le chef d'Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l'élection prochaine d'un nouveau chef d'Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d'un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L'annonce publique de la démission du chef d'Etat fut certainement accompagnée d'une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d'une part par Swift pour les virements et d'autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
 
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
 
L'Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l'étranger.
 
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d'autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d'une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d'un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d'une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d'un lecteur Visa par une banque russe... y compris d'ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d'une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d'un client italien et le terminal Visa d'un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l'Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
 
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s'est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l'habitude d'utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d'ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n'étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir... et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d'abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l'étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
 
En ce qui concerne l'inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l'Europe, ce 1er juin, les communiqués de l'entreprise étatsunienne Visa assurent qu'il s'agissait d'une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu'il s'agît en réalité d'un litige sur les commissions dites d'interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d'une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d'une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
 
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l'ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d'intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s'en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
 
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.

lundi 11 juin 2018

déchéance diplomatouite

La France doit urgemment se doter d'un gouvernement sérieux, elle n'est pas les jeunes Etats-Unis d'Amérique et elle a un rang à tenir.
 
Le 6 juin les ministres français de l'économie et des affaires étrangères ont annoncé, en priorité exclusive (diffusée ensuite par la presse) à leurs "suiveurs" touiteurs qu'ils avaient envoyé l'avant-veille une lettre, cosignée par leurs homologues anglais et allemands, à leurs homologues étatsuniens pour leur demander d'exempter les entreprises européennes des sanctions réinstallées par les Etats-Unis envers les entreprises commerçant avec l'Iran. Cette lettre, jointe au touite des ministres, est d'un contenu atterrant, au-delà de la langue unique choisie et d'un ton implorant indigne de ministres de pays souverains. Tout d'abord elle parle de "sanctions" imposées par les Etats-Unis en semblant leur reconnaître une validité, au contraire de l'esprit du droit international depuis plusieurs siècles, et de la charte des Nations Unies qui réserve au Conseil de Sécurité ce type de mesures coercitives envers un Etat membre (articles 2, 33, 37, 41 et 50). Ensuite elle reconnaît des "effets extraterritoriaux" auxdites mesures coercitives étatsuniennes, au contraire du principe juridique élémentaire de la compétence territoriale d'une juridiction, et du principe de la souveraineté des Etats. Elle prend soin de requérir l'absence d'application de ces prétendus effets extraterritoriaux seulement "à l'intérieur du territoire légal de l'UE", semblant accepter par là une juridiction étatsunienne ailleurs, par exemple dans les eaux internationales et sur le territoire iranien. Elle demande aux Etats-Unis "d'accorder une exemption" desdites mesures coercitives aux entreprises européennes, reconnaissant là encore leur validité et présentant l'exemption comme une faveur. Elle demande que les Etats-Unis confirment publiquement que les secteurs de la santé et de la pharmacie sont exempts de mesures coercitives, ce qui leur concède une autorité que même le Conseil de Sécurité n'a pas puisqu'il ne peut frapper ces secteurs. Elle demande aux Etats-Unis d'accorder des exemptions (encore comme une faveur) pour maintenir les flux financiers, ce qui leur concède de nouveau une autorité supra-étatique, et y inclut expressément la messagerie financière SWIFT, leur offrant ainsi une autorité politique sur une entreprise belge. Ensuite cette lettre demande aux Etats-Unis de "réaffirmer l'exemption des comptes bancaires d'ambassades", ce qui les investit de l'autorité de confirmer ou de révoquer le droit international des relations diplomatiques, défini par plusieurs conventions. Enfin cette lettre est contresignée par Federica Mogherini, comme si les trois pays européens signataires de l'accord avec l'Iran (dit JCPoA) avaient perdu leur souveraineté depuis lors. Il est difficile de savoir si ce touite était en réalité destiné aux quelques milliers de "suiveurs" des ministres signataires ou, par l'intermédiaire de la presse, aux entreprises commerçant avec l'Iran, mais le procédé, nouveau en matière diplomatique interétatique, choque.
 
Tous les contacts écrits entre autorités politiques de part et d'autre de l'Atlantique seront-ils désormais étalés de la sorte, l'avenir le dira et dispensera peut-être ces Etats, au protocole autrefois exemplaire, d'échanger des ambassadeurs professionnels.
 
Par ailleurs, on ne commentera pas les pratiques du grossier clown étatsunien en matière de communication interétatique, ses insultes télématiques envers ses pairs chefs d'Etat différant peu de son langage oral. Mais on ne peut que déplorer que l'intérimaire institutionnel qui représente la France dans le monde recourre au même procédé avec toute la spontanéité précipitée de son ignorance, alors qu'à l'oral il lit des discours préparés par des conseillers lettrés. Ainsi, sans plus de manières qu'un premier ministre australien annonçant en 2014 qu'il "plaquerait" le président russe dès son arrivée à Brisbane, le président français a prétendu demander par Twitter, le 7 juin, à cinq autres membres démissionnaires du G8 de mettre à l'écart le sixième, en l'occurrence le président Trump. Quand bien même les cinq chefs de gouvernement en question seraient tous des abonnés aux touites du président Macron, cet appel peu diplomatique lancé à son public électronique aurait dû n'être proféré qu'en personne, en groupe restreint ou en privé à chacun des cinq interlocuteurs de haut rang, de la même manière d'ailleurs que le président Obama avait approché certains de ses homologues dans les couloirs d'un Sommet International sur la Sécurité Nucléaire à La Haye en mars 2014 pour leur enjoindre de ne pas se rendre au G8 des 4 et 5 juin à Sotchi (www.stratediplo.blogspot.com/2015/08/fronde-au-sein-du-g8_28.html). Après deux jours d'enfantillages onéreux pour les peuples des sept pays démissionnaires du G8, le président étatsunien a rendu la monnaie de son jeton au président français en refusant de signer la déclaration commune des six autres, d'ailleurs vide. Il avait aussi auparavant attiré l'attention des journalistes en touitant, en chemin vers La Malbaie, que la Russie devrait être présente à cette réunion, comme si le président russe devait être prêt à sauter dans un avion hypersonique à toute requête, lancée en l'air ou sur les ondes, de venir s'associer aux sept pays qui ne s'étaient pas présentés au dernier sommet du G8, en Russie. Peut-être pour se faire pardonner par son homologue étatsunien, après avoir a d'abord touité que les quatre participants européens à la réunion de La Malbaie étaient unanimement d'accord pour ne pas revenir au G8, le président français a subitement touité que la Russie serait bienvenue (au sein des membres démissionnaires du G8) à condition que "les accords de Minsk sur l'Ukraine soient respectés". Il s'est donné là l'occasion de confirmer son ignorance totale de l'histoire très récente du continent, où d'une part les accords de Minsk de septembre 2014 ont été signés, à l'initiative du président russe, plusieurs mois après l'absence des sept membres antirusses au sommet du G8 de juin 2014 (donc sans rapport avec les futurs accords de Minsk), et où d'autre part c'est le pouvoir issu du coup d'Etat du 22 février 2014 en Ukraine qui violait régulièrement les accords de Minsk (comme le constatait chaque fois l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) avant de s'en retirer totalement et unilatéralement, par sa Loi sur la Réintégration du Donbass du 20 février 2018.
 
Tout cela ne fait pas très sérieux.
 
Pour paraphraser le petit Tweety, "j'ai bien cru voir un Gros Minable - mais oui, j'ai bien vu un Gros Minable".

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Le douzième travail d'Hercule, c'était de dompter la menace et de sortir de l'enfer. Or l'enfer de l'effondrement du...