samedi 6 juillet 2019

perte du Locharik

On s'interroge sur les tenants et les aboutissants de la perte du sous-marin russe Locharik le 1er juillet, à savoir s'il a fait naufrage ou s'il a été coulé par l'ennemi.
 
En effet le site d'infoxication israélien Debka y implique les Etats-Unis, mentionnant une consultation d'urgence sur le sujet à la Maison-Blanche étatsunienne (ne pas confondre avec la Douma) simultanée à celle tenue au Kremlin, le 2 juillet au soir. Les deux réunions ont été décidées en urgence, bousculant les emplois du temps présidentiels de part et d'autre. Plus précisément, Debka assure que ses sources militaires ont reçu des rapports faisant état d'une confrontation armée entre sous-marins russes et étatsuniens au large de l'Alaska : en l'occurrence un sous-marin étatsunien aurait intercepté un sous-marin russe, et un autre sous-marin russe aurait alors tiré une torpille vers le sous-marin étatsunien pour lui faire abandonner la partie. Debka n'en dit pas plus, mais dans la mesure où ce n'est pas la torpille russe tirée près de l'Alaska qui a pu couler le sous-marin russe de la flotte de la Baltique, cela sous-entend qu'il y aurait eu des représailles étatsuniennes. Sans mentionner la discordance géographique, Debka n'exclut cependant pas qu'il puisse s'agir de deux accrochages distincts, et ajoute que la vérité ne serait pas connue de plusieurs années.
 
Il est vrai que la Russie a tendance à minimiser et garder secrètes les confrontations pour favoriser le maintien de la paix, en contraste avec les Etats-Unis qui ont propension à les exagérer et les publier pour préparer les esprits à la guerre. Ainsi ne saura-t-on jamais, ou seulement des décennies après le premier grand exercice naval russe depuis la fin de l'URSS, si le Koursk russe a fait naufrage suite à un dysfonctionnement de torpille, s'il a été accidentellement éperonné par le Toledo étatsunien qui le suivait de trop près, ou s'il a été coulé par le Memphis étatsunien (ou le Splendid anglais jamais revu depuis lors) pour dégager le Toledo, mais dans tous les cas il n'est pas impossible que les survivants du Koursk aient été sacrifiés (réduits au silence) par leur gouvernement sur l'autel de la paix, pour éviter une escalade.
 
Dans un autre article du 3 juillet, Debka appelle le Locharik "espion d'internet" et expose longuement et très partialement des suspicions occidentales, non pas sur une mission d'interception de liaisons internet sous-marines, mais sur des missions agressives à l'encontre des câbles sous-marins. Cet article regorge d'ailleurs d'interprétations et de procès d'intention. Il cite abondamment Rishi Sunak (présenté comme parlementaire d'un pays non précisé) qui "évoque les opérations agressives menées par la Russie à proximité de câbles sous-marins", puis il passe à l'augmentation des capacités militaires de la Russie et de la méfiance de l'OTAN sans mentionner spécifiquement la moindre "opération agressive" russe. Or, par exemple, patrouiller près d'un câble sous-marin (aussi utile à la Russie qu'aux autres pays européens) dans les eaux internationales n'est pas plus un acte d'agression caractérisée de la part de la Russie que de tout autre pays qui y patrouille. D'ailleurs un câble qui relie la Finlande à la Suède (cité dans l'article) coupe nécessairement la route des bateaux et sous-marins russes. Si la Russie avait voulu couper ces câbles ce serait déjà fait, sans nécessairement choisir la difficulté de la grande profondeur et plutôt à l'aide de petits robots explosifs non identifiables que de grands sous-marins habités traçables. Accessoirement on ne voit pas quel intérêt la Russie aurait à couper ce type de câbles, que les liaisons stratégiques et intergouvernmentales n'empruntent d'ailleurs pas, et on voit encore moins quel intérêt elle aurait à faire remarquer ses sous-marins dans ces parages plusieurs années avant d'y agir. Tout cela rappelle la propagande étatsunienne qui, il y a cinq ans, alarmait lourdement le monde sur les mouvements de sous-marins russes auprès des mêmes câbles téléphoniques transatlantiques, ou encore la propagande suédoise avec grandiloquent appel à l'aide de la population pour localiser tel sous-marin russe avant qu'il ne s'avère être un petit bateau de pêche local.
 
D'une manière générale, les faits que rapporte Debka sont exacts (pour bâtir sa crédibilité), bien qu'il y ait des exceptions comme par exemple au sujet de l'attaque chimique fictive du 7 avril 2018 sur Douma, par contre ses interprétations sont généralement orientées pour faire passer un message voulu. On peut donc coter la fiabilité de cette source comme moyenne, à savoir relativement fiable quant aux faits mais plutôt douteuse quant aux interprétations. En ce qui concerne la plausibilité de l'information, quant aux faits et aux patrouilles de petits sous-marins russes à finalité scientifique, discrets et plus caractérisés par leur capacité à déployer et suivre des senseurs ou de petits bathyscaphes d'intervention technique que par leurs capacités anti-surface, faute de raison d'en douter on peut coter l'information elle-même comme vraisemblable ou probable.
 
D'ailleurs la Russie elle-même, certes discrète sur les équipements, ne cache pas l'existence de ces "stations sous-marines" non armées comme le Locharik, appartenant à la flotte du Nord et affectées à des missions scientifiques non dénuées de finalités de présence et souveraineté, notamment dans l'Arctique objet des convoitises de plusieurs puissances riveraines. Capable de plonger à 6000 m grâce à la grande résistance de sa structure multisphérique, non armé mais équipé de bras, grues et robots, le Locharik a, entre autres missions, travaillé pendant vingt jours à près de 3000 m de fond pour collecter des échantillons de fonds marins et participer à la prospection, sur la plateforme continentale russe (Arctique) susceptible de cacher le tiers des réserves mondiales de gaz et de pétrole. Il a aussi participé à l'installation d'oléoducs et de gazoducs sous-marins au large de la Sibérie, et vraisemblablement à des opérations de maintenance ou réparation, ainsi qu'à la construction du gazoduc Nord Stream.
 
Car les fonds marins reçoivent d'autres infrastructures que les câbles de télécommunications commerciales qui semblent tellement importer aux Etats-Unis depuis que le Brésil a mis en service ses deux premiers câbles vers l'Afrique grâce à l'entreprise chinoise Huawei. Justement le Nord Stream 2 est une autre infrastructure sous-marine, encore en construction entre plusieurs pays européens, et depuis plusieurs années l'objet de déclarations agressives de la part d'un pays non européen, lequel a d'ailleurs officiellement déclaré en mars 2018 qu'il prendrait des mesures coercitives illicites envers toute entreprise ou organisation, gouvernement souverain inclus, qui participerait à sa construction. Ce pays américain hostile à la coopération économique intra-européenne est allé jusqu'à faire voter par son parlement, en fin d'année dernière, des lois autorisant l'exécutif à saisir (voler) les intérêts ou avoirs, aux Etats-Unis, de toute entreprise étrangère participant à la construction dudit gazoduc. En cours de construction entre la Russie et l'Allemagne, et traversant les eaux d'intérêt économique d'autres pays (avec leur autorisation), ce gazoduc est destiné à approvisionner en gaz naturel et bon marché l'Europe occidentale, en contournant le territoire ex-ukrainien dont les autorités avaient montré leur propension au vol ou à la coupure stratégique déjà avant le coup d'Etat de février 2014. Les Etats-Unis ont menacé d'abord discrètement les gouvernements (russe et allemand bien sûr mais aussi des autres pays concernés), puis officiellement les entreprises susceptibles de répondre aux appels d'offres.
 
Pour mémoire, les Etats-Unis entendent rendre les pays européens dépendants de leur bonne volonté en leur vendant du gaz liquéfié prétendument extrait de leurs exploitations par fracturation hydraulique des sous-sols schisteux, une activité à la rentabilité indiscutablement et irrémédiablement négative subventionnée pour des raisons stratégiques (leurre énergétique) et boursières (survalorisation). Bien qu'une flotte de méthaniers de surface soit bien plus vulnérable qu'un gazoduc de fond, c'est au prétexte de l'indépendance stratégique et énergétique des pays européens que les Etats-Unis entendent leur interdire d'acheter du gaz russe, et les obliger à acheter du gaz venu des Etats-Unis, et prétendument extrait et liquéfié aux Etats-Unis. Il pourrait d'ailleurs être intéressant de marquer le gaz liquéfié russe, dont les Etats-Unis ont commandé des quantités inconnues (au moment même où ils interdisaient aux pays européens d'en acheter), et dont le premier chargement a été livré aux Etats-Unis en janvier 2018 (voir dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre), pour savoir si le bateau fait simplement demi-tour après avoir reçu le coup de tampon "gaz étatsunien", ou si le gaz liquéfié russe est réellement débarqué et si le transporteur transatlatique (français) charge alors du gaz liquéfié étatsunien en partance pour l'Europe...
 
Ainsi, compte tenu des menaces puis hostilités étatsuniennes envers les pays (et leurs entreprises) participant au gazoduc Nord Stream 2, qui devrait entrer en service dans quelques mois, on comprendrait aisément que le gouvernement russe affecte à la surveillance du chantier une petite flotille de sous-marins spécialisés dans les travaux par grands fonds et en particulier dans la pose et la maintenance de gazoducs, comme le Locharik qui avait donc certainement une autre mission que des "opérations agressives" envers les câbles optiques. Et même si le Locharik a été officiellement victime d'un accident, on comprendrait aisément que les bathyscaphes de travail russes soient désormais accompagnés et protégés par des sous-marins armés.

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