lundi 26 mars 2018

le pilote qui a abattu le MH17 malaisien ne parlera plus

Vladislav Volochine s'est éteint le 18 mars, dans sa chambre, d'une balle en plein coeur à l'âge de vingt-neuf ans. Pour mémoire, il s'agissait du pilote (alors capitaine) ukrainien qui avait abattu le vol malaisien MH17 le 17 juillet 2014.
 
La thèse retenue est celle du suicide, même si quelques journaux mentionnent qu'il se serait tiré plusieurs balles dans le coeur (la plupart ne mentionnent qu'une balle). Une enquête de principe a été ouverte par la police, comme l'exige la loi en cas de décès par arme à feu, et à plus forte raison sachant que l'immatriculation du pistolet trouvé près de lui avait été ôtée. Son épouse dit l'avoir trouvé mourant dans leur chambre, après avoir entendu un coup de feu. Elle a déclaré qu'il avait reçu la veille un appel téléphonique qui avait semblé l'abattre, et qu'il n'avait pas voulu en parler.
 
Evidemment la presse anglaise, à commencer par le Daily Star, accuse la Russie.
 
Certes l'entourage de Volochine explique que, depuis la tragique méprise du 17 juillet 2014 qui a coûté la vie à trois cents personnes, il n'était plus le même et se trouvait profondément dépressif. Mais c'était un officier, conscient de ses responsabilités de chef de famille, avec deux enfants très jeunes. La presse antirusse déclare qu'il a quitté l'armée de l'air "suite aux accusations proférées par la Russie", ce qui est faux puisqu'elles ne l'ont plus touché depuis qu'il les a démenties (spontanément ou sur ordre), en 2014, et qu'il était certainement mieux judiciairement protégé comme officier en service que comme civil. Les conséquences de son obéissance aux ordres du 17 juillet l'ont personnellement beaucoup affecté, mais il n'a démissionné de l'armée de l'air que deux ans et demi plus tard, en janvier 2017, pour des raisons économiques.
 
Dans beaucoup de pays les officiers font voeu d'austérité et de frugalité, mais en ex-Ukraine faillie même la solde à l'air d'un commandant (s'il refuse la corruption) permet difficilement de payer un loyer et de nourrir quatre personnes, et c'est pareil pour tous les grades d'officier dans toutes les armes, d'après l'intéressé. Pour expliquer sa démission, Volochine a aussi raconté que les pilotes devaient s'équiper sur leur solde pour améliorer leur sécurité. La combinaison des pilotes est de très mauvaise qualité, déchirable et inflammable, aussi ils en achètent ailleurs, comme lui qui avait commandé la sienne en Biélorussie. Ils n'ont pas de bottines et pilotent en espadrilles ou mocassins de sport selon leurs moyens, et des réseaux de volontaires leur offrent casque et masque modernes achetés en Russie. Pour s'engager dans l'armée ukrainienne il fallait posséder un sens du devoir certain, qui ressemble peu à la désertion d'un suicidé.
 
Le 16 juillet 2014, le régime "Maïdan" de Kiev a annoncé le déploiement d'au moins 27 systèmes anti-aériens Bouk-M1, alors que la résistance au coup d'Etat du 22 février ne possédait pas d'aéronefs. Le 17 au matin il a fait installer des missiles air-air, exceptionnellement déstockés à cet effet, sur deux Sukhoï-25 normalement voués à l'appui-feu (cibles au sol). Lorsque la Russie a confirmé le plan de vol de son avion présidentiel revenant ce jour-là du sommet BRICS à Fortaleza (Brésil), on a mis en alerte les pilotes, et après son passage au-dessus de la Pologne, communiqué par un pays tiers puisque l'Ukraine n'avait pas de satellite au-dessus de l'Europe de l'Est cette semaine-là, on a activé le radar de poursuite Koupol, d'une portée de 85 km, stationné depuis peu près de Styla. Mais celui-ci a accroché un avion erroné, le Boeing 777 malaisien venant d'Amsterdam qui était passé au-dessus de Varsovie, à la même altitude (10000 mètres) quarante minutes après l'Iliouchine 96 russe. L'avion approchant, on a alors fait décoller au moins un Sukhoï-25, et il semble même qu'on ait ordonné à la cible de modifier sa trajectoire et son altitude. Vu de l'arrière et de dessous (conditions de tir) à quelques kilomètres de distance, le nom de la compagnie marqué au-dessus et en avant des ailes était invisible, et le pilote a pris les bandes longitudinales bleue et rouge de l'avion malaisien pour les bandes rouge et bleue décrites pour l'avion russe. L'expert aéronautique allemand Peter Haisenko a déterminé d'après les débris que l'avion avait d'abord reçu un missile R60 qui aurait seulement détruit le moteur droit, puis qu'on avait mitraillé au canon de 30 mm la cabine de pilotage (ce qui confirme les observations de l'équipe de récupération de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), tuant les pilotes mais n'interrompant pas le vol de l'avion, et qu'enfin on aurait mitraillé la carlingue, l'explosion des réservoirs dans les ailes coupant alors l'avion en deux et provoquant sa chute. En rentrant à la base d'Aviatorskoïe le Sukhoï-25 de Volochine n'avait plus ses missiles, lui-même a déclaré qu'on l'avait envoyé descendre une cible erronée, et le soir au cercle en apprenant par la télévision la tragédie du Boeing malaisien, Volochine a déploré devant d'autres officiers que cet avion se soit trouvé "au mauvais endroit au mauvais moment".
 
Le 8 août un accord secret entre les gouvernements néerlandais, belge et australien et le régime issu du coup d'Etat du 22 février en Ukraine confiait aux Pays-Bas (pays d'origine de la majorité des victimes) l'enquête sur la destruction en vol du Boeing, en excluait la Malaisie et accordait à chacun de ces pays un droit de veto sur la diffusion des futurs résultats de l'enquête. La Russie immédiatement accusée et détentrice (car voisine) de preuves matérielles ne fut pas admise à y participer, de même que la Malaisie qui le demandait pourtant avec insistance puisque l'avion était non seulement la propriété d'une entreprise malaisienne mais également une portion du territoire malaisien, comme un navire, d'ailleurs en cas de naissance ou décès en vol (ce qui était le cas) il est enregistré par l'état-civil du pays d'immatriculation. Les Etats-Unis d'Amérique ont refusé de communiquer à cette commission d'enquête partiale les photographies que leur satellite Key Hole (entre autres) avait prises en survolant la zone au moment même de la tragédie, ce qu'ils cachèrent d'ailleurs pendant plusieurs jours jusqu'à ce que la Russie le prouve. Ladite commission d'enquête n'a jamais réclamé (et a laissé détruire par l'Ukraine) l'enregistrement des communications entre le Boeing et le contrôle aérien de Dniepropetrovsk, toujours examinées dans des cas similaires comme la Russie l'avait immédiatement rappelé et recommandé. Le régime ukrainien a fait pilonner la zone de l'écrasement chaque fois que les équipes de l'OSCE s'en approchaient, toujours après l'avoir annoncé. Le 21 juillet le Conseil de Sécurité de l'ONU a dû exiger, par sa résolution 2166 présentée par l'Australie (pour la Malaisie non membre) et soutenue par la Russie, un cessez-le-feu dans la zone de l'épave, que le régime ukrainien a ensuite violé tous les jours puis unilatéralement "annulé" le 7 août, et lorsque le 8 août la Russie a proposé une nouvelle résolution appelant l'Ukraine à respecter ce cessez-le-feu les Etats-Unis y ont opposé leur veto. Pendant quatre mois la commission d'enquête partiale refusa d'aller visiter le lieu sécurisé par la République de Donetsk (qui lui avait envoyé les boîtes noires récupérées sous le feu ukrainien), jusqu'à ce que cette dernière s'adressât à la Malaisie qui annonça alors l'envoi d'une mission médico-légale et technique... ce qui décida le gouvernement néerlandais à envoyer précipitamment une équipe pour enlever (voler) les débris appartenant à la Malaisie. Pour sa part la presse abonnée aux trois grandes agences de presse de l'Alliance Atlantique multipliait les mensonges, déclarant que le Sukhoï-25 plafonnait à 7600 m, présentant comme russe un convoi militaire (avec missile Bouk) aisément identifiable comme ukrainien filmé à Krasnoarmeïsk, prétendant prouver l'absence de systèmes anti-aériens ukrainiens dans la région par des images satellites prises une semaine après le drame, puis tentant de faire croire à son public que la Russie aurait introduit des armes anti-aériennes en Ukraine juste pour ce forfait puis les aurait retirées, etc. Comme Stratediplo l'écrivait le 23 décembre 2014, "la vérité sur le vol MH17 ne sera jamais publiée".
 
Après son départ de l'armée de l'air Volochine est entré comme cadre civil à l'aéroport de Mykolaïev, où il faisait fonction de directeur ce qui lui pourvoyait un salaire un peu meilleur pour entretenir sa famille. Il est difficile de croire qu'il l'ait soudain abandonnée à la misère sans une incitation très forte, faisant peut-être justement appel à sa responsabilité de protéger sa famille.
 
Le suicide sur ordre de Volochine annoncerait-il un réchauffement du plat MH17 ? Dans un article à diffusion limitée du 4 janvier 2015, Stratediplo écrivait, suite à l'offre hypocrite de trente millions de dollars par l'agence de détectives allemande Wifca pour des informations, que "c'est le capitaine ukrainien Vladislav Volochine qui a été envoyé descendre l'Iliouchine 96 qui ramenait le président Vladimir Poutine du Brésil le 17 juillet [...], mais il serait surprenant qu'il vive vieux".

mardi 20 mars 2018

Seehofer ministre illusoire de la Patrie allemande

Horst Seehofer ajoute la Patrie (et la Construction) à l'intitulé du ministère fédéral allemand de l'Intérieur.
 
Parenthèse partidocratique, depuis les élections parlementaires du 24 septembre 2017, l'alliance relativement victorieuse (à 33%) du parti chrétien-démocrate d'Allemagne CDU et du parti chrétien social de Bavière CSU a d'abord tenté en vain une coalition avec les Verts et le parti libéral-démocrate FDP, le parti social-démocrate SPD en perte de vitesse (à 20%) étant passé temporairement à l'opposition. Après l'avortement de cette première tentative de coalition, le CDU et le SCU ont de nouveau proposé une coalition au SPD, la chancellière CDU sortante Angela Merkel a été appelée à former un nouveau gouvernement, et son cabinet a été approuvé par le parlement fédéral le 14 mars dernier, ce qui a mis fin à plusieurs mois d'incertitude ou crise exécutive.
 
Le Bavarois Horst Seehofer, ancien ministre-président de Bavière, revient donc au niveau fédéral et s'y trouve d'ailleurs doyen du gouvernement. Les négociations ont dû être serrées, et ont impliqué entre autres l'adoption d'un plafond du nombre annuel de résidences permanentes accordées officiellement au titre du refuge politique, dont on a montré dans la Huitième Plaie qu'il est très largement et abusivement accordé par les gouvernements européens, en contravention systématique massive des définitions légales, nationales et internationales de ce statut. Ledit plafond (vague, "180000 à 220000") sera évidemment dépassé mais cela induira une crise politique au sein même du gouvernement fédéral.
 
La crise couve déjà, puisque dès le surlendemain de sa nomination, M. Seehofer a déclaré dans une entrevue au journal Bild le 16 mars que, contrairement aux traditions et au calendrier chrétiens, "l'Islam ne fait pas partie de l'Allemagne" (négation d'une fameuse déclaration du président Chritian Wulff en 2010 au même Bild), tout en reconnaissant quelques phrases plus loin que "les Musulmans qui vivent ici ont évidemment leur place en Allemagne" et en précisant alors que "ils doivent vivre avec nous, pas séparés". Le ministre a été immédiatement contredit quelques heures plus tard par la chancelière qui a rectifié en conférence de presse que "les Musulmans font partie de l'Allemagne et leur religion l'Islam aussi". Deux jours plus tard, M. Seehofer a aussi critiqué la politique uniopéenne d'imposition de migrants illégaux aux pays membres.
 
La Bavière, pays catholique et géographiquement situé en première ligne de l'invasion asiatique mahométane appelée de Berlin par la chancelière Merkel et le président Hollande le 24 août 2015, en a souffert bien plus que les autres Etats allemands. Au début septembre 2015 tous ses services publics et toutes ses organisations charitables étaient mobilisées pour tenter de prendre en charge jusqu'à 15000 nouveaux intrus illégaux de plus chaque jour. La vie sociale, éducative, économique et industrielle s'était arrêtée non seulement du fait de la réquisition de tous les moyens disponibles pour l'hébergement et l'alimentation collectives, et donc entre autres du report de la rentrée, mais aussi à cause de la vague de violence mahométane (viols notamment) sans précédent qui s'était abattue sur la population de Munich et des environs, laquelle avait fini par se calfeutrer à domicile, sauf les hommes dont l'employeur n'avait pas fermé et dont la sortie était indispensable à la survie de la famille.
 
Comme Stratediplo l'a révélé dans son étude "la Huitième Plaie, migrants 2015 l'avant-garde" sortie quatre mois plus tard le 20 janvier 2016, et comme Robin Alexander l'a confirmé dans son best-seller "Die Getriebenen : Merkel und die Flüchtlingspolitik" sorti un an et demi plus tard le 13 mars 2017, la Bavière a alors été poussée aux extrêmes, puis soumise par la ruse et la menace, même si Alexander n'y a vu que de l'incompétence décisionnelle.
 
Le 11 septembre 2015, dépassée, débordée, sans réponse du gouvernement fédéral intensément sollicité, Munich à bout de forces a appelé directement à l'aide les quinze autres Etats fédérés allemands. Après consultations internes entre les diverses autorités politiques bavaroises (Etat de Bavière, ville de Munich...) et externes avec les autorités autrichiennes, le gouvernement bavarois a été amené à décider la restauration et la fermeture de la frontière austro-bavaroise, quitte à devoir pour cela, en cas de refus fédéral, restaurer la souveraineté de la Bavière. De très minoritaire à la mi-août 2015, l'idée de la sécession était par nécessité devenue en deux semaines très largement majoritaire parmi la population bavaroise.
 
Ce vendredi 11 septembre 2015 à une heure que le grand public ignore, le président Horst Seehofer a certainement donné au gouvernement fédéral allemand un ultimatum de vingt-quatre heures pour fermer la frontière, faute de quoi la Bavière reprendrait son indépendance afin de fermer sa frontière elle-même. Le lendemain 12 septembre, le gouvernement fédéral, jusque-là aux abonnés absents, a sauté de consultations d'urgence en réunions de crise, et en fin d'après-midi, une conférence téléphonique de la dernière chance a réuni la chancelière fédérale Angela Merkel, le président bavarois Horst Seehofer, le ministre fédéral des Affaires Etrangères Frank-Walter Steinmeier, le ministre fédéral de l'Intérieur Thomas de Maizière, le chef de cabinet Peter Altmaier, et le vice-chancelier et ministre de l'Economie Sigmar Gabriel. Pour éviter la sécession immédiate de la Bavière, le gouvernement fédéral a promis de rétablir le contrôle de la frontière austro-allemande le lendemain 13 septembre à 18h00.
 
Pendant la nuit du 12 septembre on a mobilisé, convoqué et acheminé des milliers de policiers de toute l'Allemagne, convoyés par autobus, trains spéciaux et même hélicoptères militaires. Mais ce que Stratediplo, commentant le livre de Robin Alexander, expliquait dans son article du 3 avril 2017 sur la "soumission de la Bavière le 13 septembre 2015" (www.stratediplo.blogspot.com/2017/04/soumission-de-la-baviere-le-13.html), c'est que le gouvernement n'a pas envoyé d'effectifs de police urbaine formés et aguerris au contrôle pacifique d'identité, qui auraient pu, comme le prévoient les textes organiques allemands, être détachés en renforcement de la police bavaroise comme le gouvernement bavarois l'avait demandé, ou être positionnés sur la frontière en substitution ou en attente d'une police des frontières qui n'existe évidemment plus, en Allemagne, qu'à titre symbolique dans les aéroports. Au contraire on a rassemblé et envoyé en urgence des effectifs de police anti-émeutes, venant de tous les Etats fédérés mais sous commandement du ministère fédéral de l'Intérieur (pas encore de la Patrie), et on les a déployés non pas sur la frontière mais dans l'intérieur de la Bavière, à Munich notamment. Angela Merkel a fait modifier (neutraliser) le premier ordre d'opérations rédigé par le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière qui avait compris au premier degré les promesses de la chancelière fédérale au président bavarois : elle interdit formellement l'usage de la force envers les intrus, le refoulement, et même le contrôle autoritaire d'identité en cas de refus des "intéressés". Ses instructions téléphoniques envers le ministre, dimanche 13 au matin, étaient de maintenir coûte que coûte la frontière ouverte en ne refoulant personne. La prise de contrôle de la frontière par l'échelon fédéral n'avait donc pas pour objectif de la fermer, mais d'empêcher la Bavière d'en prendre le contrôle pour la fermer, et le déploiement dans la profondeur avait certainement pour objectif d'interdire une tentative de réaction des autorités ou de la population de la Bavière.
 
Dans la même nuit du 12 septembre l'armée fédérale allemande a été mise en alerte, et la ministre de la Défense Ursula von der Leyen, pourtant non associée aux réunions de crise de la veille portant sur la réponse à l'intrusion massive, a assuré la chancelière (d'abord en privé puis publiquement) qu'elle pouvait à tout moment ordonner l'intervention immédiate en Bavière d'un premier échelon de 4000 hommes, soit une brigade d'infanterie. Compte tenu des instructions données au ministre de l'Intérieur quant au traitement des intrus asiatiques mahométans, il est évident que ce n'est pas pour eux que l'on a mis en alerte toute l'armée fédérale allemande, et aligné, armée au pied des avions, une brigade pour décollage à tout moment sans préavis. Pour mémoire, la Bavière n'ayant plus d'armée depuis un siècle et demi, l'avertissement était sérieux.
 
Pour l'anecdote, avant d'annoncer officiellement la suspension temporaire unilatérale de l'accord de Schengen abolissant les contrôles aux frontières internes, Mme Merkel téléphona à M. Hollande pour lui répéter qu'elle ne regrettait pas d'avoir forcé la Hongrie à abandonner une semaine plus tôt les contrôles externes renforcés par le même accord de Schengen, mais peut-être aussi pour lui expliquer les raisons véritables de la volte-face apparente qu'elle s'apprêtait à annoncer.
 
La vérité, c'est que le 12 au soir on a menti à la Bavière pour éviter sa sécession, dans la nuit on a activé un dispositif de répression policière et militaire extraordinaire, et le 13 on lui a signifié très clairement que la frontière serait maintenue ouverte (par la force si nécessaire) et que toute tentative d'en prendre le contrôle serait réprimé par la force. La Bavière a été soumise par la ruse puis la menace.
 
La politique de submersion et de viol massif étant de plus en plus insupportable par les populations allemandes qui y sont soumises, la même stratégie de mensonge prétendument compatissant est mise en oeuvre aujourd'hui, très certainement dans la même intention de gagner le temps de développer ou mettre en place les outils de répression par la force.
 
Il serait surprenant que M. Horst Seehofer reste longtemps au gouvernement fédéral allemand.

vendredi 16 mars 2018

le Royaume-Uni fait déclarer par l'OTAN la guerre à la Russie

La virulence des hostilités déclenchées par le Royaume-Uni contre la Russie semble dépasser l'entendement rationnel.
 
Un fait divers que l'on prétend ne pas chercher à élucider est pris comme prétexte à un conflit plus que diplomatique avec la Russie.
 
La déclarée tentative d'empoisonnement de Sergueï ou de Julia Skripal (pas encore interrogés) à Salisbury dimanche 4 mars sert de prétexte à une escalade sans précédent. Pour écarter d'abord le corps de l'affaire on remarquera simplement que, si l'on sait tout de Sergueï Skripal qui a trahi la Russie au profit du Royaume-Uni mais n'a plus été inquiété par son pays depuis qu'il été extrait de prison après un tiers de sa peine, été échangé et autorisé à vivre à Londres il y a sept ans et demi, on en sait très peu sur Julia, qui depuis qu'elle a quitté l'université de Moscou il y a dix ans a alterné des fonctions diverses en Russie et au Royaume-Uni, dont elle envisageait il y a quelques années de prendre la résidence permanente avant de changer soudain d'avis et de rentrer en Russie en 2015. Les proches, Russes ou Anglais, qui essaient d'obtenir des nouvelles auprès de l'hôpital où elle est censée être traitée, sont éconduits par la police qui refuse de donner la moindre indication sur sa condition (ainsi que celle de son père), ce qui les a convaincus que les deux sont morts depuis une dizaine de jours. Ce serait normalement le cas s'ils avaient vraiment été exposés à une goutte d'un agent dix fois plus létal que le VX, comme ce Novitchok que seul un pays disposant d'échantillons, provenant du démantèlement des stocks ouzbèques ou synthétisé plus tard, peut identifier. L'enquête menée le jour même au restaurant Zizzi et au bistrot Mill indiquait une suspicion d'empoisonnement de leurs boissons, pas un dard de guêpe monté sur parapluie, mais ce n'est qu'une semaine plus tard, le 11, que les cinq cents personnes ayant visité l'un de ces deux établissements le 4 ont reçu l'instruction de laver soigneusement leurs effets portés ce jour-là. Dans tous les cas aucun enfant européen de plus de six ans, ou américain de plus de soixante, ne saurait trouver un motif rationnel pour lequel le gouvernement russe aurait pu commanditer pareille absurdité.
 
Il y a chaque année dans le monde plusieurs centaines de milliers d'homicides, et encore plus de tentatives, dont un nombre indéterminé touchent des résidents étrangers, qu'ils soient simples immigrés, réfugiés politiques voire traîtres à leur pays d'origine, et un certain nombre se font par empoisonnement, sans que cela entraîne nécessairement une suspicion d'action gouvernementale, et encore moins une déclaration de guerre. Au contraire la norme est généralement la coopération internationale, la police du pays où a eu lieu le meurtre ou la tentative prenant contact avec la police du pays où on a des raisons de penser qu'on peut trouver des éléments, comme dans ce cas le pays d'où venait d'arriver l'une des deux victimes. C'est du moins la norme entre pays européens, puisqu'entre pays de niveau criminologique dissemblable le pays le plus avancé, européen par exemple, demande par voie diplomatique que sa police soit invitée à aller "aider" (voire enquêter pour) celle du pays le moins avancé, africain par exemple.
 
En 1978, au plus fort de la guerre froide, lorsque Georgi Markov fut assassiné (empoisonné) au Royaume-Uni, ce pays n'expulsa pas le moindre diplomate bulgare ou italien et n'accusa aucun gouvernement. A l'époque des échanges d'espions et des éliminations de traîtres, un nombre encore non divulgué de plus ou moins honorables ressortissants des deux côtés du rideau de fer furent passés au fil du parapluie bulgare (ou équivalent), et à trépas en conséquence, sans états d'âme ni état de guerre.
 
Plus près de nous, et sans revenir sur la récompense accordée par un organisme pseudo-international pour l'assassinat un par un de tous les témoins à charge contre Ramush Haradinaj, dans une affaire similaire (de crime contre l'humanité) on peut remarquer que l'assassinat méthodique, dans divers pays, de tous les témoins appelés par la justice française au sujet du double régicide du 6 avril 1994, au fur et à mesure que le tribunal anti-terroriste dévoilait "candidement" leur nom sans les faire protéger, n'a donné lieu à aucune protestation gouvernementale française, aucune accusation envers le Ruanda ou l'Ouganda, aucune sanction diplomatique ou même, bizarrement, aucune suspicion envers l'ancien officier ougandais et actuel président ruandais à qui profitent tous ces assassinats, dont on se refuse obstinément à chercher le commanditaire. On n'a par contre pas besoin de chercher de commanditaire chaque fois que les Etats-Unis d'Amérique revendiquent l'assassinat, par missile ou avion téléguidé, de cinq ou six occupants d'une voiture particulière au Yémen au motif qu'il pourrait se trouver parmi eux quelqu'un soupçonné par les Etats-Unis, mais présumé innocent selon le droit, de vagues liens avec une organisation terroriste d'ailleurs fondée par eux. Cependant ni les alliés du Yémen ni aucun membre du Conseil de Sécurité n'a expulsé pour ce motif avéré et reconnu le moindre diplomate étatsunien, ou demandé de purger le Conseil de Sécurité de l'ONU du membre qui en viole régulièrement la charte.
 
Dans l'affaire anglaise, dès le 9 mars la Russie avait proposé au Royaume-Uni son aide dans l'enquête sur l'empoisonnement de ses deux ressortissants à Salisbury, dont l'un (Julia) résidait en Russie. Dédaignant cette proposition, le Royaume-Uni a préféré accuser explicitement la Russie le 11 mars, puis lui poser spectaculairement lundi 12 mars un ultimatum à la Russie, lui enjoignant de remettre avant mardi 13 au soir un rapport au gouvernement britannique détaillant le "programme Novitchok", et de confesser et expliquer son crime à l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques (OIAC), dans le même délai. Cet ultimatum a été présenté sous la forme d'une déclamation publique du premier ministre Theresa May devant le parlement britannique. Dès sa prise de connaissance de cet ultimatum, le gouvernement russe a demandé à son homologue anglais d'une part d'ouvrir une enquête criminelle conjointe (et de fournir un échantillon du produit suspecté), et d'autre part de présenter à l'OIAC une déclaration d'événement chimique, selon les règles normées de ladite organisation. Le Royaume-Uni s'est catégoriquement refusé à ces deux démarches.
 
En clamant que les neurotoxiques sont interdits par la Convention sur l'Interdiction des Armes Chimiques le Royaume-Uni omet cependant de mentionner que cette convention ne prohibe l'usage d'armes chimiques que dans le cadre des conflits. Toutes les armes chimiques sont interdites d'emploi en guerre, même les incapacitants non létaux. Aucune arme chimique n'est interdite d'emploi en usage intérieur, par exemple en maintien de l'ordre, même si les gouvernements (qui dotent leurs polices de pistolets mais les entraînent à utiliser plutôt la matraque) y utilisent préférentiellement des armes non létales comme les gaz incapacitants temporaires (lacrymogènes, hilarants...) expressément interdits dans les conflits internationaux. Les articles II et VI de ladite convention excluent expressément de son champ de compétence les produits chimiques à finalité non militaire. Et on omet aussi de mentionner que si des conventions internationales régulent la guerre puisque c'est une activité légale, aucune convention internationale ne régule le meurtre puisque c'est une activité illégale (interdite, sans considération de moyens employés, par toutes les chartes affirmant le droit à la vie), donc aucune convention internationale n'interdit de commettre un meurtre à l'arme chimique.
 
Les autorités des pays civilisés se gardent généralement d'accuser un pays tiers devant la presse (voire devant leur parlement) avoir d'avoir au préalable fait part de leurs griefs aux autorités du pays sur le point d'être accusé, et demandé des explications d'abord par canal diplomatique discret. D'ailleurs lorsque la Dame de Fer guerrière mais éduquée a décidé le 20 mars 1982 de briser le contrat de démantèlement de ferraille en Géorgie du Sud entre Christian Salvesen et Constantino Davidoff, d'imposer à ce dernier l'abandon de ses travailleurs (de plusieurs nationalités) sur les îles, et d'envoyer le brise-glace Endurance pour empêcher leur évacuation, le Royaume-Uni a informé le jour même le chargé d'affaires argentin à Londres, puis maintenu le contact par le biais de son ambassadeur à Buenos Aires dès le surlendemain, jour de sa déclaration de guerre à l'Argentine.
 
Hors cas de guerre, la première mesure habituellement prise par un pays qui a un grief envers un autre est la convocation de l'ambassadeur résident de ce pays par le ministre des affaires étrangères du pays hôte, pour échange d'explications. Si celles-ci, après transmission des griefs par l'ambassadeur à son propre ministre de tutelle et réception des réponses, ne suffisent pas à régler la crise, le pays qui a des griefs envers un autre rappelle son propre ambassadeur "pour consultation". L'ambassade reste ouverte, l'ambassadeur quitte temporairement le poste où il est accrédité pour aller "faire son rapport" à son ministre de tutelle, ce qui est déjà une manifestation officielle et publique de désaccord, et selon la suite des événements il est soit renvoyé à son poste quelques jours plus tard soit retenu plus longuement voire indéfiniment dans son pays d'origine, comme l'ambassadeur de France à Damas, Eric Chevallier, qui avait osé exposer (confidentiellement) au ministre Alain Juppé la vérité sur les événements en Syrie mais fut retiré de Damas pour signifier le soutien de la France à la guérilla islamiste. L'expulsion de diplomates est une mesure exceptionnellement rare. Par exemple en 1981 après l'exploitation de la liste de 400 noms fournie par Vladimir Vetrov, la France a expulsé 47 agents soviétiques du KGB. Le Royaume-Uni en avait expulsé 90 en septembre 1971, avec deux semaines de préavis, et les avait même individuellement déclarés persona non grata puisque leur expulsion était motivée par leurs activités. Il a aussi expulsé 4 diplomates russes en 2007, en représailles au refus de la Russie de lui extrader un suspect protégé par la Convention Européenne d'Extradition de 1957, mais il ne s'agissait alors que de mesures de rétorsion politique. De la même manière, si la Russie expulse demain un certain nombre de diplomates britanniques il s'agira d'une mesure collective dictée par le principe de réciprocité qui régit les relations internationales, sans qu'il y soit nécessaire de mettre personnellement en cause le comportement de chacun d'eux. Quant à la proclamation de la rupture de tout contact bilatéral aux plus hauts niveaux de l'Etat, comme vient de le faire le Royaume-Uni, c'est une injure particulièrement rare.
 
Déjà l'expulsion de 23 diplomates russes sur 59, soit 40% de la représentation russe en Angleterre, est loin d'être une petite mesure anodine. On rappellera que le préavis d'une semaine est presque insultant, comme si la présence, une semaine de plus, des diplomates russes d'aujourd'hui représentait un danger supérieur aux espions soviétiques de 1971, auxquels on avait donné deux semaines. Surtout, on ne rappellera pas inutilement que 23 diplomates, c'est la moitié du nombre d'espions soviétiques expulsés par la France dans le cadre de l'affaire Farewell, dont le renseignement étatsunien estime qu'elle a précipité la chute de l'URSS. Et ce n'est pas fini, puisque ce 15 mars le gouvernement britannique a annoncé qu'un deuxième train de mesures et d'expulsions est déjà à l'étude au cas où la Russie répliquerait, ce qui est la règle (quels que soient les torts) en matière diplomatique.
 
Car la diplomatie est un jeu de finesse. On fait des sous-entendus, on démontre qu'on est totalement conscient du jeu de l'autre, on explique par une métaphore qu'on n'est pas idiot et qu'on sait que l'autre a compris que sa manoeuvre a échoué, on demande au vis-à-vis de vouloir bien avoir l'amabilité de présenter à son gouvernement cet ultimatum ou cette déclaration de guerre qu'on a été chargé de lui faire parvenir, mais on ne cesse de se sourire, de présenter ses hommages aux épouses et de s'inviter au prochain coctel ou événement diplomatique organisé par un homologue. Chacun sait pertinemment lequel a la chance de servir le pays qui est cette fois dans son droit et lequel a la malchance de servir le pays qui vient de se faire prendre en tort, mais les deux sauvent les apparences car, justement, la diplomatie est le dernier lien qui reste quand les armes parlent sur le champ de bataille et qu'il faudra à un moment donné coordonner leur mise en veille. Tel est, du moins, l'état de choses entre pays civilisés conscients de leur permanence historique et de celle de l'ennemi du jour, par-delà les défaites et les traités de capitulation, là où certains Etats immatures ou peuplades arriérées ne conçoivent que la destruction totale et innégociée de l'ennemi.
 
Pour sa part la diplomatie anglaise ne sortira pas grandie de cette hystérie. En novembre 2009, le secrétaire d'état britannique à l'énergie et au changement climatique Edward Miliband avait déclaré que les relations entre son pays et la Russie relevaient d'une "mésentente respectueuse". Il n'en reste que la mésentente. Pourtant l'Angleterre n'est précisément pas un jeune Etat périphérique du Nouveau-Monde sans vision du futur faute de perspective historique. Elle a établi ses premières relations diplomatiques avec la Russie il y a déjà presque un demi-millénaire (en 1553), un demi-millénaire certes après l'envoi de la première mission diplomatique française en Russie (en 1048 soit peu après sa fondation par le baptême de Saint Vladimir en Crimée). Quelque substitution de peuples qu'opère le gouvernement britannique, et quelque saignée que cela entraîne pour la population de Normands et Saxons des Angles, il restera une communauté indépendante dans ces îles pour certainement plusieurs siècles encore.
 
Au moment où le Royaume-Uni, comme ses alliés, prétend ne pas avoir attaqué la Syrie (bien qu'il l'envisage à très court terme) mais seulement tuer des terroristes présents en Syrie, il déclare que la Russie a attaqué la Grande-Bretagne. Tout en n'ayant pas encore la moindre preuve de l'implication du moindre Russe dans l'empoisonnement déclaré, le gouvernement anglais assure savoir que l'ordre en a été donné au plus haut niveau du gouvernement russe, et le premier ministre May accuse nominativement le président Poutine. La presse anglaise, de son côté, fait ses gros titres sur rien de moins que "l'attaque chimique russe sur Salisbury", afin d'assurer l'irréversiblité de la russophobie et de la misorussie des Britanniques.
 
Hier 14 mars, à l'issue de la réunion d'urgence du Conseil de Sécurité de l'ONU convoquée par le Royaume-Uni, celui-ci a opposé son veto au projet de communiqué final appelant à l'ouverture d'une enquête selon les normes de l'OIAC, au seul motif de refuser la moindre déclaration commune avec la Russie (une négation du principe de discussion des conflits fondateur de l'ONU), et de clamer la division du Conseil de Sécurité sur la question.
 
Enfin la déclaration commune, ce 15 mars, signée de la France, des Etats-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni et de l'Allemagne, constitue en moins de vingt lignes un monument de mauvaise foi qui vaut la peine d'être lu. Cette déclaration déplore que "la vie de nombreux citoyens britanniques innocents a été menacée", alors que le poison aurait été introduit précisément et exclusivement dans le verre des deux victimes visées. Elle mentionne un agent innervant militaire "d'un type développé en Russie", alors que le Novitchok a été développé en Ouzbékistan alors membre de l'URSS. Elle note que cela constitue "le premier usage offensif d'un agent chimique innervant en Europe depuis la deuxième guerre mondiale", alors qu'un empoisonnement individuel n'est pas un usage militaire offensif, et que de plus les signataires tolèrent l'utilisation de chloropicrine contre la population civile d'ex-Ukraine. Elle prétend que c'est une "violation de la Convention sur l'Interdiction des Armes Chimiques", alors que celle-ci ne porte que sur l'utilisation militaire, réprouvée pour son caractère de destruction massive, des agents chimiques à finalité militaire. Elle clame que c'est "une violation du droit international", alors qu'aucun texte de droit international n'interdit l'assassinat, que pratiquent d'ailleurs les quatre signataires chez eux ou dans des pays tiers. Elle prétend que "cela menace notre sécurité à tous", alors qu'une tentative d'homicide est bien la moindre des menaces d'origine étatique qui planent sur les citoyens. Elle qualifie l'ultimatum britannique de "requête légitime", alors qu'elle n'a pas respecté les règles de l'OIAC, et elle conclut que l'absence d'obtempération de la Russie "souligne encore plus sa responsabilité", alors que celle-ci n'est nullement démontrée par ailleurs. Elle prétend que les pays signataires ne voient "pas d'autre explication plausible" que celle selon laquelle la Russie serait responsable de l'attaque, alors que n'importe quel quidam même pas policier peut facilement trouver une demi-douzaine d'autres explications plausibles. Elle mentionne un schéma général d'antécédents de "comportement russe irresponsable", alors que la Russie n'a agressé aucun pays depuis la fin de l'URSS (qui avait envahi l'Afghanistan) contrairement aux quatre pays signataires au lourd passif offensif, et alors que la Russie réagit de manière particulièrement mesurée aux provocations quotidiennes dont elle l'objet de la part de ces quartre membres de l'OTAN depuis plusieurs années. Surtout, celle déclaration assène que "ceci est un assaut contre la souveraineté du Royaume-Uni", alors que l'homicide, fût-il avéré, commis par un Etat sur le territoire d'un autre (et massivement commis par au moins l'un des signataires de cette déclaration) n'a jamais été considéré comme une sérieuse atteinte à la souveraineté nationale. Enfin la déclaration conclut sur un appel à la Russie à "être à la hauteur de ses responsabilités comme membre du Conseil de Sécurité de l'ONU", alors que depuis 1992 elle est systématiquement températrice, au Conseil, de toutes les pulsions agressives de ses partenaires.
 
Les termes ont été soigneusement choisis. En définissant l'hypothétique empoisonnement des Skripal comme une attaque armée contre le Royaume-Uni, ses alliés en ont fait un acte de guerre déclencheur automatique de la mise en oeuvre de l'article 5 du Traité de Washington, selon lequel tous les membres de l'Alliance Atlantique doivent désormais se considérer militairement agressés. Et en désignant la Russie comme coupable de cette agression, les signataires ont nommé leur ennemi. Le grand public croit parfois qu'une déclaration de guerre est un document diplomatique par lequel un gouvernement annonce à un autre que leur dispute est entrée en phase militaire, car c'est vrai qu'il en a longtemps été ainsi. Mais de nos jours une déclaration de guerre peut aussi simplement être un communiqué de presse par lequel un gouvernement informe sa population (ou dans certains pays le parlement) que le pays est désormais en état de guerre. Par exemple la déclaration de guerre du gouvernement français le 3 septembre 1939 n'a pas été adressée au gouvernement allemand, dont l'ultimatum donné par la France n'était pas encore échu, mais à la population française. Une fois de plus, car c'est une habitude qui devient répétitive depuis 2014, la France, les Etats-Unis d'Amérique, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont déclaré la guerre à la Russie, et en des termes qui impliquent toute l'Alliance Atlantique. Le refus de signature des alliés certainement sollicités, comme la Turquie, l'Italie et la Pologne, méritera d'ailleurs d'être étudié, en regard notamment de la signature de la France qui avait déclaré hier 14 mars attendre les conclusions définitives et les preuves plutôt que succomber à la politique-fiction.
 
Au-delà, la conclusion de cette déclaration annonce l'objectif véritable, d'ailleurs dévoilé par avance par le premier ministre britannique à son parlement hier 14 mars : en prélude à la grande guerre, on va maintenant travailler à expulser la Russie du Conseil de Sécurité de l'ONU. La formulation britannique mentionne une refonte du Conseil de Sécurité, ce qui impliquerait évidemment l'accord de tous ses membres permanents, sinon de l'Assemblée Générale. La solution testée pour le G8, dont aucune règle ne prévoyait l'expulsion d'un membre, a consisté à ce que sept membres le quittent et en refondent une copie limitée (voir article "fronde au sein du G8" du 28 août 2015), mais l'ONU est quand même un machin bien plus gros. La solution que choisiront les Etats-Unis consistera simplement à interdire l'accès des représentants russes accrédités à New York.
 
Le sujet est très sérieux, on y reviendra dans une étude plus conséquente.

mardi 13 mars 2018

comment faire sortir la Russie de ses gonds

La Russie fait toujours partie des cibles possibles des Etats-Unis d'Amérique, au même titre que l'Iran et la Corée du Nord, pour l'affirmation ultime de leur suprématie et l'imposition de leur monnaie de singe au reste du monde, à une date dont la détermination appartient à la Chine ce qui les oblige à entretenir des braises dans les foyers qu'ils couvent jusque-là.
 
Mais l'anarchie qui règne entre les divers centres de pouvoir au sein de l'hyperpuissance peut aboutir au déclenchement du cataclysme non renouvelable au mauvais moment (trop tôt), par un centre de pouvoir imprégné du caractère définitif des hostilités mais ignorant de leur finalité ultime.
 
C'est dans ce cadre-là qu'il faut interpréter les nombreuses provocations depuis 2013, visant à faire commettre à la Russie une faute qui permette de l'attaquer frontalement. Après avoir exigé de l'Ukraine qu'elle choisisse exclusivement entre l'Union Européenne et la Russie on y a commis un coup d'Etat le lendemain même d'un accord de sortie de crise co-signé (le 21 février 2014) et garanti par la France, l'Allemagne et la Pologne. Immédiatement, on a fait révoquer par la junte issue de ce coup d'Etat la constitution par laquelle l'Ukraine avait pris son indépendance de l'URSS (en même temps que la Russie, la Biélorussie, la Géorgie et la Crimée notamment), l'accord par lequel elle avait échangé son armement nucléaire contre la Crimée, et le statut officiel du russe langue maternelle des habitants de Malorussie, de Novorussie et de Crimée, et on a même fait proclamer que ces "russophones" n'étaient plus ukrainiens, leur promettant un statut de diaspora russe dépouillée de tous droits, similaire au statut de métèque reconnu par l'Union Européenne aux russophones des pays baltes. Contrairement aux attentes, la Russie n'a pas réagi. On a envoyé l'armée ex-ukrainienne séparer les régions à l'est et au sud du Dniepr, et on a annoncé qu'on allait en expulser les millions d'habitants en direction de la Russie. La Russie n'a pas réagi. On a commencé à le faire, et la Russie a reçu puis nourri un million et demi de réfugiés sans protester exagérément. On a signifié la prorogation de la junte issue dudit coup d'Etat en lui faisant organiser un simulacre de cooptation unipartite au nord et à l'ouest du Dniepr, et la Russie en a reconnu les résultats. On a bombardé la frontière russe et tiré des missiles sur la région de Rostov, la Russie n'a pas réagi. On a invité le président ukrainien Porochenko à une réunion de l'OTAN à Newport au moment même où l'OSCE organisait les négociations et accords de Minsk parrainés par la Russie et refusés par les Etats-Unis, le 5 septembre 2014, sans que la Russie réagisse. On viole depuis lors les accords de Minsk en apportant un soutien militaire actif au régime de Kiev, sans que la Russie n'apporte un soutien réciproque aux populations ex-ukrainienne attaquées par ledit régime. On multiplie les déclarations martiales, les calomnies et les attaques médiatiques, la Russie ne riposte pas. On impose un blocus économique et financier à la Russie, elle se contente d'en élargir les effets pour s'assurer que ses anciens partenaires commerciaux uniopéens les ressentent également. Chaque année depuis 2011 on bombarde une ambasssade russe, puis on oppose un veto à la condamnation, par le Conseil de Sécurité de l'ONU, de cette violation des lois de la guerre et des conventions diplomatiques, et la Russie se contente de protester par la voie diplomatique. On lance de grandes campagnes médiatiques mondiales mensongères pour accuser la Russie et ses dirigeants de manipuler les élections de pays démocratiques, de soutenir un paradis fiscal (pourtant militairement occupé et financièrement utilisé par les Etats-Unis) et de tricher dans les compétitions sportives, et la Russie se contente de protester. Un pays de l'OTAN a abattu un avion russe dans un pays qui avait demandé à la Russie son assistance défensive après avoir été attaqué par l'Alliance Atlantique et le Conseil de Coopération du Golfe, et la Russie se garde bien d'user de son droit de poursuite voire de riposter. On multiplie les missions aériennes hostiles aux frontières de la Russie, y compris en violation des règles de l'aviation civile et militaire, transpondeurs coupés pour faire croire que cette fois c'est l'attaque annoncée avec tant d'insistance, et la Russie s'interdit de réagir comme le droit international l'y autorise, en abattant les avions en infraction, armés et venant de pays qui se déclarent ennemis de la Russie et se préparent ostensiblement à l'attaquer, y compris sur une frontière ne présentant aucun intérêt stratégique hors celui d'être à cent kilomètres de Saint-Pétersbourg. Dans toute la zone dollar-euro on interdit ou on censure les médias russes pour provoquer une réaction, y compris populaire, contre les gras et nombreux médias "occidentaux" en Russie. On viole grossièrement l'immunité et l'intégrité des représentations diplomatiques russes aux Etats-Unis pour provoquer une riposte symétrique, gouvernementale ou populaire, susceptible d'être érigée en casus belli comme la prise de l'ambassade étatsunienne en Iran en 1979. On va jusqu'à interdire aux pays européens d'importer du gaz russe (loi signée par le président Trump le 2 août 2017), significativement à peine quelques mois avant que les Etats-Unis, eux, en importent pour la première fois (janvier 2018). On va jusqu'à mener des attaques (dans le cadre d'une guerre violant la charte de l'ONU) contre des positions de l'armée syrienne connues pour comprendre des conseillers russes (en vertu d'un accord de défense), puis déclarer avec insistance qu'on a abattu plusieurs centaines de militaires russes, en insinuant que si le gouvernement russe refuse de le reconnaître c'est qu'il ment à ses futurs réélecteurs. Et on multiplie l'adoption de documents officiels déclarant la Russie ennemie, mais elle refuse d'entrer dans le jeu de la confrontation.
 
Enfin et surtout, peu de gouvernements auraient encaissé sans riposter la tentative de destruction au-dessus de l'Ukraine de l'avion présidentiel russe revenant du sommet BRICS au Brésil le 17 juillet 2014, dont le MH17 malaisien a fait les frais par méprise, puis celle planifiée au large de l'Australie à la fin du sommet G20 le 16 décembre (voir www.stratediplo.blogspot.com/2014/12/deuxieme-tentative-avortee_23.html). Par exemple on peut assurément gager qu'un gouvernement qui tenterait de faire le coup du 6 avril 1994 au président israélien ne s'en sortirait pas indemne, et que la population civile d'un gouvernement qui tenterait de le faire au président étatsunien en sortirait significativement amoindrie.
 
La Russie, sous la présidence Poutine, garde la tête froide et s'abstient de contre-attaquer, et même de simplement riposter, se contentant de parer les coups qui lui sont portés. Sous la présidence Medvedev elle n'a cependant pas hésité à intervenir rapidement, efficacement tout en se limitant également, mettant fin en quelques jours à la tentative de dépopulation de l'Ossétie du Sud par la Géorgie, tout en s'abstenant de marcher sur Tbilissi et de procéder à un "changement de régime" chez l'ennemi vaincu. Evidemment ce précédent historique récent (2008) pourrait induire les centres de pouvoir qui veulent absolument faire réagir la Russie aux provocations armées, afin de lui imputer l'ouverture tant cherchée de la confrontation totale, à souhaiter une nouvelle présidence Medvedev, dont, passé le 18 mars, l'éventualité sera repoussée à 2024 puisque l'intéressé n'est pas candidat aux élections de dimanche prochain.
 
Mars est un mois rarement ennuyeux. Les profanes croient avoir remarqué que les Etats-Unis d'Amérique ont tendance à déclencher leurs guerres au début du printemps, comme aux siècles passés où la météorologie avait une influence sur les opérations militaires. Les initiés croient avoir remarqué que les occultistes ont tendance à fomenter le déclenchement des guerres aux Ides de Mars, pour quelque motif cabbalistique que les uns qualifient de superstition et les autres de démoniaque. On ne tentera pas là d'interprétation sortant du champ rationnel, l'attaque de la Serbie le 24 mars 1999 (différée de quelques jours pour les raisons que l'on sait), l'attaque de l'Irak le 19 mars 2003, le génocide des Chrétiens de Kossovo et Métochie du 17 au 21 mars 2004, le printemps sunnite, l'appel des mosquées de Syrie le 18 mars 2011, l'attaque de la Libye le 19 mars 2011, ne constituent certes pas une série statistique suffisante pour infirmer la possibilité d'une coïncidence.
 
Le gouvernement russe a déjà été l'objet d'attaques de la part d'organisations crypto-gouvernementales à financement étatsunien qui ignorent que le commandement martial étatsunien a plus besoin, à Moscou, d'un gouvernement russe ennemi que d'une marionnette de liquidation vendue comme l'acoolique traître des années quatre-vingt-dix. Ainsi une opération Otpor prématurée priverait les Etats-Unis de leur ennemi, et donc d'un levier (une cible) pour l'affirmation nucléaire ultime du dollar. Par contre une opération qui, sans abattre le gouvernement russe, l'obligerait à réagir enfin après quatre ans de provocations sans effet, peut être souhaitée. Il faudrait pour cela une atteinte suffisamment grave, et intolérable pour les peuples russes, pour que le gouvernement soit obligé devant ceux-ci de riposter. Mais l'instigateur pourrait préférer ne pas se désigner lui-même à la communauté internationale comme l'agresseur, par exemple en faisant intervenir un tiers, ou en choisissant pour l'agression des circonstances pouvant être présentées au monde comme bénignes et exagérément prises à coeur par la Russie.
 
Une troisième tentative d'assassinat du président russe, cette fois en un lieu où l'hyperpuissance estime qu'il ne devrait pas se trouver, permettrait d'en imputer la responsabilité au gouvernement russe lui-même. Selon les circonstances elle pourrait même être présentée comme la riposte justifiée à une provocation ou à une agression russe. Le président russe actuel, adulé à juste titre par ses peuples, est aussi candidat à sa réélection (contre son gré et pour des raisons que l'on ne développera pas ici), et les sondages d'intentions de vote le donnent gagnant. Son assassinat serait très gravement ressenti par la Russie, tant comme président sortant que comme futur président. Un assassinat antérieur au scrutin présidentiel aurait autorisé la réorganisation des candidatures, et la présentation du président de son parti à sa place. Un assassinat postérieur au scrutin verrait l'interim du vice-président sans rupture du nouveau mandat. Par contre un assassinat pendant le scrutin bousculerait l'ordre institutionnel, forcerait l'interim du vice-président en fin de mandat et la prorogation extraordinaire de celui-ci avec une légitimité démocratique bancale jusqu'à l'organisation et le déroulement d'un nouveau scrutin. Mais ce seraient la légitimité, la transition et donc l'autorité au sommet de l'Etat qui seraient altérées, alors que l'appareil étatique resterait fonctionnel. Pour rassurer et calmer la population, pour asseoir une autorité respectable, fût-elle intérimaire, au moment où la Russie aurait subi une agression majeure (même avec un seul mort), pour rétablir la cohésion de l 'Etat décapité, pour reprendre l'initiative face à l'ennemi, le président intérimaire serait obligé de riposter, voire de contre-attaquer.
 
Le premier tour du scrutin présidentiel se tiendra ce dimanche 18 mars, coïncidant fortuitement avec le quatrième anniversaire de la réunion de la Crimée à la Russie, demandée avec une légitimité démocratique bien plus incontestable que la demande d'annexion de Mayotte à la France (d'ailleurs interdite d'avance par l'ONU à trois reprises) de 2009, mais considérée comme invalide par l'ex-Ukraine qui avait pourtant poussé la Crimée à la sécession en déclarant sa population étrangère et en l'attaquant pour la déporter. Les Etats-Unis, justement, considèrent la Crimée comme une région ukrainienne occupée par la Russie, soutiennent militairement le régime de Kiev (en violation des accords de Minsk) et lui promettent régulièrement de l'aider à reconquérir la Crimée. Ils ont introduit en mer Noire la semaine dernière un navire dédié aux opérations amphibies, et porteur de troupes de débarquement, censé prendre part aux manoeuvres navales Spring Storm (Tempête de Printemps) 2018 commanditées par les Etats-Unis mais localement dirigées par la Roumanie. Bien que le gouvernement étatsunien ait déclaré que ces manoeuvres sont un support aux pays est-européens membres de l'OTAN, et s'inscrivent dans le cadre de l'opération Atlantic Resolve (Détermination Atlantique), elles incluent une participation de la France, de la Bulgarie, de la Géorgie et de l'Ukraine, en plus des Etats-Unis et de la Roumanie, c'est-à-dire quatre membres de l'OTAN dont deux seulement sont est-européens et riverains de la mer Noire, deux sont des pays atlantiques et puissances mondiales, et deux autres sont riverains de la mer Noire mais ne font partie ni de l'OTAN ni de l'Alliance Atlantique. La Géorgie est fameuse pour avoir attaqué sur recommandations étatsunienne le dispositif russe de maintien de la paix en Ossétie du Sud (pour expulser la petite population de cette dernière), et l'Ukraine est fameuse pour avoir sur recommandations étatsuniennes recruté le président géorgien de l'époque et attaqué plusieurs fois la Russie à laquelle elle a officiellement déclaré la guerre le 18 mars 2014. Le thème tactique de ces manoeuvres est une opération de débarquement en territoire tenu par l'ennemi, dont la population est acquise à l'ennemi mais dont les côtes doivent être conquises sur l'ennemi, un ennemi dont la description correspond en tous points à celle de l'armée russe. Parmi les participants on trouve surtout des unités de débarquement, mais aussi de plongeurs de combat, de minage naval, évidemment aussi de guerre électronique... Et à vrai dire ces manoeuvres "atlantiques" regroupent tous les pays riverains de la mer Noire sauf la Russie et, du moins d'après les communiqués officiels, la Turquie. Elles devraient se terminer trois jours avant le scrutin présidentiel.
 
On peut se demander comment réagiraient les Etats-Unis si le régime issu du coup d'Etat en Ukraine décidait de profiter de leur couverture pour tenter une action contre le président russe en visite en un lieu que tant ledit régime que leur allié américain considèrent comme faisant encore partie de l'Ukraine. Pour honorer le peuple criméen qui se considère bien plus russe qu'un Moscovite pourrait l'imaginer, ainsi que les ouvriers qui mettent la dernière main au trait d'union logistique et symbolique promis il y a quatre ans, le président Vladimir Poutine viendra remplir son devoir de citoyen dans un bureau de vote établi sur le pont de Kertch. Il a la foi.

mardi 6 mars 2018

espèces en voie d'extinction

Une fois de plus une personne âgée, qui aime mieux faire l'effort de se déplacer jusqu'au bureau de poste que troquer son carnet de chèques contre une carte à puce électronique, se voit refuser au guichet un retrait de 100 euros alors que son compte en contient 1000, et pourrait aussi bien en contenir 10000. Evidemment les grandes annonces sur l'imminence de la disparition totale des espèces l'inquiètent plutôt.
 
Depuis la crise de la dette étatsunienne irrécouvrable en 2008, le journaliste économique Pierre Jovanovic, parallèlement à sa revue de presse hebdomadaire, publie les mésaventures rapportées par des personnes volontairement mises en difficulté et induites en précarité quotidienne, de la sorte, par des employés de banque et des fonctionnaires postaux inhumains qui ne leur "autorisent" qu'un retrait de 30 ou 50 euros hebdomadaire alors que leur compte est largement créditeur. Tandis que la loi oblige les organismes de retraite et les entreprises à verser les montants dûs sur un compte bancaire, et oblige donc les retraités et les salariés à posséder un compte, une simple affichette photocopiée sur la porte des agences bancaires ou postales semble autoriser les préposés à la garde des comptes à "geler" (c'est-à-dire à confisquer) l'essentiel des montants déposés, arbitrairement, sans jugement, et en flagrante violation de la constitution française et de la Convention européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales qui garantissent la jouissance de la propriété privée.
 
Même quand on ne se voit pas formellement interdit de disposer de ses biens, il n'est pas rare de se trouver devant un distributeur de billets vide, dès le midi d'un jour férié, et de s'interroger sur ce qui se passera le jour où ils seront tous définitivement vidés et pas rechargés (et que les guichets d'agences n'ouvriront pas le lundi matin), comme lors de la crise monétaire argentine de 2002 ou chypriote de 2013.
 
Bien sûr tout le monde pense que le bannissement des espèces sonnantes et trébuchantes a pour but le contrôle des individus et de leurs moindres mouvements. Un exemple est celui des dissidents comme le Breton condamné à trois ans de prison ferme pour avoir écrit qu'il n'existe pas de Celtes noirs (il y a d'autres cas) : il n'a pu s'exiler clandestinement qu'avec le liquide qu'il avait en poche, s'il essaie de toucher ce qui peut lui rester de compte en France il sera vite électroniquement localisé, et il doit gagner sa vie en liquide comme s'il était artisan au coeur de l'Afrique. On le pousse pratiquement à la vraie délinquance. Mais il y a aussi d'autres raisons moins connues à la mise en extinction des espèces.
 
L'une d'elles est d'obliger tout un chacun à déposer en banque, sans savoir que l'Union Européenne (dont la France) a changé totalement la législation après la crise de 2008. Autrefois on déposait son argent sur un compte gardé par la banque, comme on pouvait déposer des bijoux, lingots ou titres de propriété dans un coffre au sous-sol dont la banque n'avait pas la clef : le contenu du compte bancaire appartenait au client, et seuls les frais de gestion, intérêts, agios etc. entraient au compte d'exploitation de la banque, donc en cas de faillite on devait pouvoir récupérer son compte (ou ses bijoux de famille au sous-sol), de même qu'en cas de faillite d'un garagiste le client récupère sa voiture dans l'atelier du garagiste. Depuis cette réforme discrète mais fondamentale les comptes courants ont changé de nature, ils sont des prêts à la banque : on ne dépose pas de l'argent dans une caisse gardée par la banque, on prête de l'argent à la banque dont on devient créditeur, comme si les objets qu'on dépose dans un coffre au sous-sol lui étaient prêtés ou loués. Les anciens "dépôts clients" sont ainsi entrés au compte d'exploitation de la banque, ainsi qu'au bilan en tant que dettes à court ou moyen terme. L'ancien client est devenu un créancier de la banque, et l'extrait de compte qu'il croit être un état des espèces qui autrefois lui appartenaient n'est plus qu'un relevé de sa créance, des prêts qu'il a effectués à la banque. En cas de faillite il devient l'un des nombreux créanciers, et passe bien sûr après les créanciers légalement privilégiés à savoir le fisc, les salariés... il passe même après les associés détenteurs du capital puisqu'il n'a qu'une petite créance d'exploitation. C'est comme si le législateur décidait que le titre de propriété d'une voiture confiée à un garage était transféré au garagiste (contre créance), permettant au liquidateur judiciaire, en cas de faillite du garage, de saisir et vendre aux enchères les véhicules en attente sur le parking du garage pour éponger les dettes de ce dernier et, s'il reste quelque chose, rembourser aussi un peu les "clients" (il est certes arrivé qu'un liquidateur judiciaire voleur procède ainsi). En ce qui concerne les comptes bancaires, c'est évidemment scandaleux mais cela a été fait. La "protection de tout dépôt jusqu'à 100000 euros", qu'on a présentée alors comme une avancée, n'est qu'un privilège inscrit sur une partie de la créance.
 
L'autre raison du bannissement des espèces, totalement inconnue car on ne la lit nulle part, c'est de préparer l'hyperinflation. Le dollar ne vaut plus rien, on l'a bien vu par exemple en 2009, cependant les gouvernements nationaux et supra-nationaux d'Europe ont décidé de le sauver. Le trou est tellement colossal que la fusion des monnaies et des économies est négative, puisque l'excédent des économies européennes (la production nette) ne suffirait pas à combler chaque année le déficit de l'économie états-unienne (la consommation nette). Donc l'hyperinflation définitive du dollar aura pour conséquence une hyperinflation au moins temporaire de l'euro, voire définitive aussi selon la réactivité des politiciens européens. D'ailleurs, les monnaies de la plupart des pays du monde étant liées au dollar, et les réserves des banques centrales étant en dollars pour l'essentiel, elles s'effondreront à la suite de celui-ci.
 
L'hyperinflation, ça signifie que le prix d'un pain qui coûtait l'année dernière un euro et hier 10 euros, coûte aujourd'hui 50, demain 100 et la semaine prochaine 1000, car la valeur réelle de la monnaie dégringole. Le jour où les gens touchent leur salaire ou leur retraite, ils se précipitent au marché pour l'huile, la farine et le sucre, parce que déjà le lendemain leur salaire ou leur retraite aura perdu la moitié de son pouvoir d'achat, comme dans les pays communistes dont la monnaie s'est effondrée... Dans un autre pays on raconte qu'entre le moment où on prenait un article dans le rayon d'un hypermarché et le moment où on le présentait à la caisse, une heure plus tard, le prix avait changé. Les chanceux sont ceux qui produisent quelque chose d'indispensable eux-mêmes, à court cycle économique, comme les légumes ou les oeufs qu'ils peuvent troquer le matin au marché (les vendre en liquide serait remplacer un produit véritable par un papier qui à peine reçu perd de la valeur). Pour les dépenses vitales (opération chirurgicale ou ticket de transport vers l'étranger), les anciennes pièces d'argent et les alliances en or retrouvent leur usage et leur valeur permanente. Les salariés, quant à eux, surtout ceux des secteurs fortement syndiqués, voient leur salaire multiplié par dix chaque mois... car son pouvoir d'achat est divisé par dix entre le début et la fin du mois. En Allemagne en 1930, pays riche pouvant imprimer des billets à volonté, les ménagères allaient au marché avec une brouette de billets (physique, ce n'est pas une image). Aux Etats-Unis il y a quinze ans on a imprimé tellement que le prix de la fibre de coton dont sont faits les billets s'est envolé, toute la production partant en billets et l'industrie textile ne pouvant plus trouver de coton (c'était une "planche à billets" en dépit de peu d'inflation). Il y a dix ans au Zimbabwe on sortait chaque mois un nouveau billet mille fois plus gros que le précédent : le mille, le million, le milliard, le billion... en 2007 le billet de base était celui de un dollar et en 2008 celui de cent trillions. Ailleurs on en est venu au tampon donné aux employés de banque pour ajouter des paquets de zéros sur les billets déjà en circulation afin de ne plus en imprimer. Ailleurs encore on a remplacé les paquets de trois zéros par les puissances de 1000 (au carré, au cube, puissance 4, 5...).
 
Tout ça c'est le passé. Depuis pas longtemps, dans certains supermarchés l'étiquette en gondole n'est plus un petit papier avec le prix imprimé et le code barres, c'est un petit écran plat à cristaux liquides comme celui d'une calculatrice, en télécommunication (infra-rouge sauf erreur) soit avec l'ordinateur central du magasin qui dicte les prix, soit plus vraisemblablement le petit terminal portable sans fil du chef de rayon : il suffira d'une instruction pour ajouter un zéro à tous les prix. L'avenir du dollar, de l'euro et de beaucoup d'autres monnaies, c'est l'électronique. Ajouter trois zéros ou trente zéros aux salaires, aux factures, aux paiements par virement, par carte ou maintenant par téléphone, ce ne sera que des instructions électroniques qui déplaceront une virgule dans des ordinateurs. C'est ça qu'on veut faciliter.
 
Il ne manque pas de billets aujourd'hui, on veut simplement forcer les gens à passer au tout électronique. Pourtant aucune évolution sociologique ou économique irréversible n'induit la disparition des espèces sonnantes et trébuchantes. C'est voulu, on prépare l'hyperinflation. Alors, il y aura des pleurs et des claquements de culasses.

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois ( http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.h...