mardi 30 janvier 2018

honni soit

On ne peut évaluer les résultats de l'intervention française au Mali sans évoquer d'abord ses objectifs, en regard desquels juger lesdits résultats.
 
Tout semble indiquer que l'intervention française avait pour objectif premier d'interdire non seulement la sécession touareg, pourtant seule capable d'apporter une stabilité durable au Sahel, mais aussi la compréhension ethnique du conflit pluriséculaire. On a donc vite saisi l'argument religieux arrivé de Libye avec les armes françaises larguées à l'aveuglette notamment sur le Fezzan en 2011, qui ne pouvaient qu'attirer des gens comme Mokhtar Belmokhtar pour qui mille kilomètres ne sont rien. La sécession sans guerre (faute d'armée malienne et vues les immensités) de l'Azaouad a ainsi été transformée en une guerre de religion (au singulier), ce qui a aussi permis d'introduire les tribus dites arabes entre les touarègues et les peuples du sud du Niger. Et la guerre de religion a permis de sauver le régime agouvernemental du Mali en détournant les mécontentements et en donnant un rôle à la présidence faillie, en l'occurrence l'accueil d'étrangers et supranationaux à l'aéroport de Bamako.
 
L'inefficacité intentionnelle de la France a permis l'affirmation de l'interventionnisme tchadien (comme en Centrafrique, au Nigéria et ailleurs) et la montée des craintes et des espoirs relatifs à l'inéluctable sortie hors de ses frontières, à moyen terme, de la première puissance militaire d'Afrique, l'Algérie qui fait monter les enchères en se faisant attendre, notamment à l'ouest où elle n'interviendra qu'en échange d'un (longuement désiré) accès à l'Atlantique. En plus de se décrédibiliser volontairement en défendant l'indéfendable, le gouvernement français a même pu à moindre frais humilier son armée, selon les voeux de l'oncle Samuel (qui malgré la conquête chinoise maintient son objectif de chasser la France d'Afrique), mal chaussée au point de devoir voler aux rebelles neutralisés leurs inusables vieux brodequins de marche à jambière attenante, offerts très d'occasion par la France à l'armée malienne puis pris sur celle-ci par les rebelles, et toujours supérieurs après des années d'usage dans le Sahara aux gadgets jetables que Bercy jette à Saint-Dominique pour ses disciples de Saint Maurice… Tout semble donc s'être déroulé comme on le pressentait en 2012.
 
On demande ce que la France aurait dû faire d'autre, la réponse est rien. Sur le plan politique le Mali est un Etat souverain, et l'accord de défense consenti par la France en cas d'agression extérieure ne l'oblige pas, n'en déplaise aux clients de matières premières maliennes, à défendre le régime face à son incompétence par désintérêt. La France n'avait pas à intervenir pour "sauver un régime", selon le mot du président François Hollande au président François Bozizé le 31 décembre 2012, mal à propos d'ailleurs puisque la Centrafrique, par contre, était alors agressée de l'extérieur, en l'occurrence par le Séléka, bande soudanaise d'esclavagistes en mal d'esclaves noirs chrétiens depuis l'indépendance du Soudan du Sud. D'ailleurs un an plus tard le même président Hollande n'hésitera pas à lancer l'opération Esbrouffe pour sauver, sous un nom de transition, le joug islamiste soudanais remué par les populations chrétiennes centrafricaines. Au contraire au Mali il n'y a pas eu d'invasion extérieure, et il y aura un conflit entre les deux pays très différents aussi longtemps qu'ils seront forcés à vivre dans le même Etat. Ce qui est arrivé de l'extérieur sont des armes et des idées, et c'est précisément parce que certains acteurs ont compris qu'en se réclamant de certaines idées ils recevraient des armes qu'ils l'ont fait. L'Algérie, pourtant bien plus puissante que la France dans le Sahara et bien plus concernée par l'éventualité de l'apparition d'un Etat saharien touareg au contact de ses régions maures et berbères, s'est pour sa part bien gardée d'intervenir, sans omettre cependant de marquer à In Amenas son intransigeance sur sa souveraineté territoriale et son refus de négocier avec des preneurs d'otages.
 
Sur le plan militaire il ne faut pas croire que tout problème révèle ou appelle une solution. Certains problèmes sont surtout la révélation d'un échec (ou d'une omission) de la prévention, et n'ont pas nécessairement de solution, ou du moins de solution militaire. En tout cas la solution n'est certainement pas la poursuite, après chaque coup de main imprévisible, de colonnes de pilleurs nomades insaissables dans un désert immense, et une compagnie même héliportée et éclairée par satellite ne couvrira jamais la Belgique. Quant à la prévention, au-delà de la présence et de l'action positive des services publics sur tout le territoire revendiqué par l'Etat (la nature a horreur du vide et les populations n'aiment pas l'abandon), fût-il pauvre, elle implique au minimum aussi une présence militaire permanente, dans chaque village, intégrée à la population. Evidemment cette présence peut difficilement être mise en oeuvre par une armée noire raciste parmi une population blanche raciste, et le gouvernement malien n'a aucune intention de donner une formation militaire, ou même simplement un uniforme et un tampon, aux éventuels gens d'armes des tribus touarègues et arabes au nord du fleuve. Quant à des troupes (noires pour l'essentiel) envoyées par l'Union Africaine malgré elles pour marquer que c'est l'Afrique et qu'on est solidaire du Mali, ou des observateurs (martiens pour l'essentiel) envoyés par l'Union Européenne sur per diem pour marquer qu'on est solidaire de la France mais que ce n'est pas la France, cela ne peut pas être bien accueilli par ces peuples, et a d'ailleurs peu de chance de se trouver au marché, dans les ruelles ou sur les pistes hors barraquement sécurisé.
 
Le problème fondamental des dispositifs multinationaux temporaires, même reconduits tous les six mois pendant vingt-cinq ans c'est-à-dire une génération ou une carrière militaire, c'est justement qu'étant temporaires ils n'engagent par les uns et ne rassurent pas les autres. La seule langue d'ailleurs exigée pour ces déploiements tournants de six mois est celle nécessaire à la coordination du dispositif multinational (anglais ou swahili par exemple) et il n'est même pas tenté de communiquer avec le gouvernement hôte dans sa langue (français à Bamako), pour ne pas parler des dialectes locaux de la population. La French touch, en anglais dans le texte désormais, n'est plus que le vague souvenir d'un "esprit" auquel les bureaux (en conteneur climatisé) d'action civilo-militaire à l'étatsunienne n'associent plus aucune action ou compétence spécifique. Aucun multinational anglophone n'est venu demander pourquoi l'allemand était très porteur dans l'armée française avant qu'on sache que le 2° Corps d'Armée resterait si longtemps, pourquoi les seuls professeurs d'amharique au monde se trouvent à l'INALCO, pourquoi l'arabe a pendant si longtemps eu le même coefficient aux concours militaires français que le russe, ou pourquoi l'EIREL a constitué sa cellule de serbo-croate et initié tous les contingents en partance avant même qu'on sache que la FORPRONU en Croatie durerait plus d'un an, et qu'une guerre de plusieurs années démarrerait bientôt en Bosnie et Herzégovine. Et personne ne s'est demandé pourquoi l'armée française, qui a finalement passé une décennie en Afghanistan pour une instable coalition sans drapeau ni responsabilité politique, n'a pas appris le pachtoune.
 
Au Mali comme ailleurs, la seule méthode de pacification possible en profondeur est celle qui a disparu avec la Société des Nations, le mandat de protection donné à un pays unique et clairement identifié, pour une durée qui permette l'engagement des personnels intéressés (militaires, administrateurs, enseignants…) et qui rassure les populations d'accueil. C'est aussi le meilleur cadre pour la coopération continue et donc le développement durable. C'est d'ailleurs encore possible, par le biais d'un partenariat bilatéral sans honte et affranchi des tutelles idéologiques supranationales.
 
Les frères d'armes africains des troupes de marine françaises le disent volontiers, comme le savent d'ailleurs aussi les coopérants humanitaires, dits non gouvernementaux, algériens en Afrique subsaharienne. Mais cela nécessite une volonté politique indépendante, prospective et décomplexée. Parfois c'est à Paris qu'il faut chercher la clef des problèmes africains.

mercredi 24 janvier 2018

question étatsunienne au Kurdistan

En vue d'une saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU par la France, on s'interroge subitement sur la question kurde. Cependant il n'y a rien de nouveau chez les Kurdes depuis près d'un siècle, ils restent partagés entre la Perse et les pays issus du démembrement inachevé de l'empire ottoman, à savoir Turquie, Irak et Syrie pour l'essentiel.
 
On pourrait plutôt s'interroger sur la question étatsunienne. Car là par contre il y a du nouveau, puisqu'après la défaite de leurs supplétifs de l'Etat Islamique ils entendent maintenant engager une armée kurde, toujours contre la Syrie.
 
En octobre les Etats-Unis ont assuré et protégé l'exfiltration des combattants de l'Etat Islamiques, essentiellement des mercenaires étrangers, de la ville de Raqqa qu'ils avaient rasée avec l'aide de leur "coalition" atlantico-islamiste et qui était sur le point d'être libérée par les forces syriennes. Ils ont alors acheminé ces terroristes, soit près de 4000 personnes d'après un reportage de la BBC, vers le nord. Pour mémoire, lorsque le 9 novembre la Syrie s'en est plainte à l'ONU, la France n'a rien trouvé à redire à ce sauvetage et redéploiement, par les Etats-Unis, de cette armée étrangère en Syrie. Puis en novembre lorsque les Etats-Unis ont annoncé qu'ils continueraient d'occuper l'est de la Syrie même après la défaite de l'épouvantail islamiste qu'ils y avaient créé, la France n'y a pas vu de menace à la paix et la stabilité internationale, y compris quand les Etats-Unis ont déclaré mensongèrement, le 14 novembre (par la voix de James Mattis) que l'ONU les avait autorisé à faire intrusion en Syrie. La première décade de novembre les Etats-Unis ont encore fourni leur couverture aérienne à l'Etat Islamique pour couvrir la retraite de ses gros contingents (des milliers de guérilleros) fuyant devant l'armée syrienne, par exemple quittant Abou Kamal en direction de Wadi al-Sawab. En novembre et décembre les Etats-Unis ont encore retiré et redéployé des forces islamistes, et dans la nuit du 28 au 29 décembre ils ont exfiltré de Deir ez-Zor, par hélicoptères, une cinquantaine de chefs de l'Etat Islamique.
 
Après avoir clamé pendant tout novembre et décembre qu'ils ne quitteraient pas la Syrie (ils ont aujourd'hui des forces dans 149 pays soit plus de trois-quarts des pays du monde) après la défaite de l'Etat Islamique, les Etats-Unis ont déclaré le 14 janvier qu'ils avaient commencé à fonder une nouvelle armée de 30000 hommes dans les régions syriennes qu'ils occupent. Pudiquement présentée comme "force de sécurité aux frontières", ils ont bien précisé qu'elle serait en Syrie, pas aux frontières, et aurait pour mission d'empêcher la réinstallation de la souveraineté gouvernementale et le rétablissement des services publics dans les régions dont l'Etat Islamique s'est retiré (sous leur protection donc), c'est-à-dire que cette nouvelle armée relèverait les forces terroristes. Dans un premier temps ils déploieront cette force dans la vallée de l'Euphrate, sur la limite occidentale, qu'ils appellent ouvertement frontière, de leur zone d'occupation confiée à leurs jeunes "Forces Démocratiques Syriennes". En clair, les Etats-Unis comptent créer une frontière entre la partie non occupée de la Syrie et le triangle à l'est de l'Euphrate, et évidemment soustraire définitivement cette zone occupée, soit le tiers du pays, à la souveraineté syrienne. Ils entendent donc instaurer un nouveau régime d'occupation pour prendre la relève de l'Etat Islamique en Syrie, sauf qu'ils accorderont à cette nouvelle entité politique leur reconnaissance et soutien militaire direct, alors que jusqu'à présent ils prétendaient (mensongèrement) combattre l'Etat Islamique dont ils partageaient le but, abattre le gouvernement syrien. Certes il n'y a jusque-là rien de bien surprenant.
 
On se souvient que la révolution des vendredis midis à la sortie des mosquées, en 2011, avait débuté dans les régions arabes sunnites (du centre), les plus sensible aux ferments qataris, séoudis et étatsuniens. Ce n'est qu'au bout de deux ou trois ans d'exactions, de leur généralisation et de leur extension vers le nord, que les milices kurdes, à l'origine des organisations folkloriques tribales, ont décidé de prendre les armes et de se joindre aux forces gouvernementales. Les Kurdes sont certes aujourd'hui en majorité sunnites, mais historiquement rétifs, comme tous les peuples d'origine perse, à la colonisation arabe, et particulièrement satisfaits de la cohabitation organisée par le régime laïque syrien, surtout en comparaison avec le chaos fomenté par les Etats-Unis dans tout le Proche-Orient depuis 1991, c'est-à-dire depuis le retrait des diplomaties soviétique et française et, accessoirement, la fin de la première guerre du Golfe menée par l'Irak (alors aussi sous régime laïque) contre la révolution islamique iranienne. On a d'ailleurs rapidement pu noter la mixité religieuse (et sexuelle, certes moins que dans l'armée régulière syrienne) des forces kurdes, les Unités de Protection du Peuple. Mais les Kurdes ne voulaient pas aller combattre hors de leurs régions. Ils ont bien soulagé l'armée gouvernementale en tenant leurs positions, en coordination avec elle, mais ont décliné ses invitations vers le sud. Ils ont par contre subi plusieurs grosses offensives conventionnelles turques depuis le début de la guerre contre la Syrie, pour l'essentiel calmées depuis le début de l'assistance militaire accordée par la Russie à la Syrie, et quelques hostilités désordonnées de la part des Turcomans, autre peuple non Arabe du nord de la Syrie. Pour mémoire ce sont les Loups Gris turcomans qui ont assassiné le pilote de l'avion russe abattu en Syrie par la Turquie.
 
Les forces kurdes ont cependant participé à la libération d'Alep (occupée par Al-Nosra du "bon boulot") par l'armée syrienne sous supervision russe, et ont aussi à contre-coeur participé aux derniers combats contre l'Etat Islamique autour de Raqqa, d'une part par solidarité avec leurs voisins Syriaques et Arabes et d'autre part pour éviter un repli des forces islamistes vers le nord (hélas le commandement étatsunien les a faits contourner par l'est). Elles ont aussi été témoins des énormes fournitures d'armement envoyées par les Etats-Unis à l'Etat Islamique et à Al-Qaeda (localement Al-Nosra). Enfin les Kurdes ont vu passer par la frontière turque et sur leur territoire toutes les fournitures d'armement envoyées à la centrale de réception "Armée Syrienne Libre", chérie des formateurs d'opinion européens. Fin 2015 celle-ci, croulant probablement sous les armements venus par la Turquie et que les forces islamistes en difficulté ne venaient plus chercher, a cédé aux pressions étatsuniennes pour former une véritable milice, dite "Forces Démocratiques Syriennes" bien réelle (mais déloyale à la démocratie élue qui siège à Damas). Il y a alors eu une scission de l'Armée Syrienne Libre, une faction à dominante turcomane restant une centrale d'approvisionnement virtuelle alimentée à partir de la Turquie, et une autre faction devenant une véritable milice, au début à forte dominante kurde, puis basculant progressivement à une majorité arabe au fur et à mesure de sa progression vers le sud. Les Etats-Unis revendiquent la création de ces Forces Démocratiques Syriennes, alors que leur principal dénominateur commun est la lutte contre l'islamisme. Il est donc plus vraisemblable que cette coalition hétéroclite et même multiconfessionnelle, puisqu'elle comprend des unités syriaques chrétiennes, soit née de l'opposition aux dictatures de l'Etat Islamique et d'Al-Nosra, dans les régions orientales d'où l'armée régulière syrienne avait été chassée mais avec laquelle elle s'est très bien coordonnée pour la libération d'Alep en 2016.
 
Contrairement à ce que peut clamer la Turquie, les Kurdes de Syrie n'ont aucune prétention territoriale extérieure, et surtout pas contre un Etat puissant comme la Turquie. Ils sont satisfaits de la cohabitation pacifique des peuples sous le régime démocratique laïc de Syrie, qui leur a accordé d'ailleurs une plus grande autonomie politique depuis le début de la guerre. Branche d'un peuple originellement nomade divisé depuis quelques siècles entre la Perse et l'empire arabe puis ottoman, ils sont évidemment pragmatiques et savent qu'un Etat souverain enclavé dans les terres et entouré de puissances islamistes comme l'Iran, la Turquie et les régimes arabes sunnites islamistes par lesquels les Etats-Unis remplacent peu à peu les Etats laïques de la région, serait intenable et peu indépendant. Or ils savent aussi que la Turquie ne leur permettra jamais l'accès à la mer dans le nord-ouest de la Syrie. Ce n'est donc pas en leur promettant des armes que les Etats-Unis peuvent les séduire et les retourner contre le gouvernement syrien. La seule promesse qui pourrait les faire se rebeller contre le gouvernement syrien, seul garant possible de la cohabitation des peuples entre le Tigre et la Méditerranée, c'est la promesse d'un Etat indépendant avec fort soutien militaire des Etats-Unis. En annonçant la création et la reconnaissance d'un nouvel Etat dans le triangle oriental de la Syrie, les Etats-Unis effectuent cette promesse, même si le sud de ce triangle est plus arabe que kurde, gage de prochains conflits. Il n'est pas certain que les Kurdes y adhèrent, surtout après avoir vu ce que les Etats-Unis ont fait du Kurdistan irakien en prétendant diviser l'Irak en trois, puis en armant des hordes arabes sunnites pour les lancer sur les Kurdes. Mais les Etats-Unis espèrent compromettre les forces kurdes auprès des gouvernements syrien et russe, et c'est peut-être le motif de l'attaque de drones "en essaim" (première mondiale de cette tactique jusque-là théorique) contre les bases de Hmeimim (aérienne) et Tartous (logistique) le 6 janvier, dont il a cependant vite été établi que même si elle était venue d'une zone rebelle cette attaque ne pouvait, en termes technologiques comme de compétences, qu'être l'oeuvre des Etats-Unis.
 
Quant à la Turquie, le seul reproche que lui faisait jusqu'à présent la France était une détérioration de l'état de droit depuis la tentative de coup d'Etat de juillet 2016. C'est, d'après Emmanuel Macron le 6 janvier, la raison pour laquelle les négociations d'adhésion ne progressent pas, puisque comme la Commission Européenne qui mène ces négociations, la France n'a pas l'intention de reprocher à la Turquie son occupation militaire de Chypre, ni d'exiger la fin de cette occupation d'un membre de l'Union Européenne en préalable à la poursuite de négociations entamées en toute connaissance et acceptation de cet état de fait. Or, tandis qu'une centaine de résolutions de l'ONU condamnant formellement cette occupation s'entassent sur une étagère poussiéreuse à New York, l'Union Européenne a décidé en 2015 de verser un tribut annuel de trois milliards d'euros à la Turquie en remerciement des deux millions d'intrus qu'elle a introduits illégalement dans l'espace Schengen sur les quatre derniers mois de 2015 en réponse à l'appel du 24 août lancé par Angela Merkel et François Hollande (voir la Huitième Plaie). Aussi sans changement d'attitude brutal et solide il n'y aucune chance ou raison pour que la Turquie prenne la France ou l'Union Européenne au sérieux en quoi que ce soit. Sauf erreur, quand en 2015 la Turquie a attaqué frontalement la Syrie, que son aviation a bombardé la ville kurde syrienne de Kobané (ou Aïn al-Arab) et qu'un mois et demi plus tard le petit Aylan Kurdi (kurde syrien de Kobané), fuyant les bombardements turcs, se noya au large d'une plage turque, le gouvernement français, comme ses voisins et comme le directorat uniopéen, a vertement culpabilisé les peuples européens pour leur égoisme, et demandé à la Turquie d'expulser plus de Syriens vers l'Europe...
 
Aussi la soudaine préoccupation de la France, qui annonce saisir le Conseil de Sécurité d'une menace à la paix et la sécurité internationale en raison de l'intervention turque en Syrie, est ridicule et scandaleuse. Elle est ridicule puisque ce n'est pas la première fois, depuis 2011, que la Turquie attaque la Syrie ou envahit ses régions frontalières. Elle est scandaleuse parce que la France participe aussi à l'agression et l'invasion de la Syrie, qu'elle y a des forces permanentes au sol et peut-être même des avions sur les bases aériennes d'occupation étatsuniennes, et surtout qu'elle omet de mentionner l'occupation et l'ablation d'un tiers de la Syrie par les Etats-Unis d'Amérique et leurs alliés et supplétifs. Dans le cas spécifique présent, la menace à la paix c'est quand les Etats-Unis ont annoncé leur fondation d'une nouvelle armée sur le territoire de la Syrie, et c'est en réaction à cette menace que la Turquie a décidé de l'empêcher, en violation certes du droit international et de la souveraineté de la Syrie, comme les Etats-Unis. D'ailleurs la base aérienne de Menagh (nord-ouest), bombardée par la Turquie à Afrine ce samedi 20 janvier, était utilisée par les Etats-Unis pour livrer des armes à leurs Forces Démocratiques Syriennes.
 
Thierry Meyssan exposait récemment (www.voltairenet.org/article199359.html) que la France se préparait à reconnaître prochainement la souveraineté d'un Etat kurde proclamée par les Etats-Unis sur le territoire de la Syrie, le Rojava. Or un Etat kurde dans le triangle nord-est de la Syrie n'est pas viable. Sans la bande du nord de la Syrie et sans accès à la mer un Etat kurde n'est pas viable. Mais surtout, en cohabitation forcée avec une population arabe sunnite dans le sud de cette région, un Etat mixte après guerre civile n'est pas viable. Petit détail, la force de sécurité aux "frontières" du triangle oriental fondée par les Etats-Unis comprend, selon leurs déclarations, 30000 hommes en cours de formation. On se rappelle que les Etats-Unis ont toujours évalué les forces de l'Etat Islamique entre 20000 et 40000 hommes, même lorsque le gouvernement syrien avait déjà enregistré l'intrusion de 300000 mercenaires étrangers. Sur leurs 30000 postes, les Etats-Unis annoncent que 15000 sont pourvus par les Forces Démocratiques Syriennes (donc mixtes kurdes et arabes). D'autres sources annoncent que le reste, à savoir 15000 prévus et 10000 déjà sur place, sont tout simplement des moudjahidines reconvertis de l'Etat Islamique, toutes ces troupes qui ont été sauvées et exfiltrées par les Etats-Unis lors de la libération de chaque grande ville par l'armée syrienne. Même formés par des coopérants militaires (et surtout par des militaires étatsuniens), ces gens-là, qui ont plus violé que mitraillé et qui ont plus manié le canif à égorger que la Kalachnikov (pardon, le M16 et autres Humvees états-uniens), ne feront jamais de vrais soldats. Ils ne pourront jamais être mélangés dans des unités mixtes avec les volontaires kurdes ou syriaques qui ont pris les armes pour défendre leur famille contre les égorgeurs-violeurs. Ils pourraient être confinés dans des unités homogènes déployées, justement, aux limites extérieures d'un territoire, mais ne résisteront pas à la tentation de s'en prendre aux populations. Tôt ou tard cette armée supplétive étatsunienne volera en éclats, ou du moins en deux factions, et tôt ou tard l'Etat en question se divisera entre nord kurde et sud arabe, au minimum.
 
Comme d'habitude les décideurs étatsuniens démontrent leur méconnaissance et leur mépris des sciences sociales comme l'histoire, la sociologie et la polémologie, et des sciences humaines comme la psychologie et la religion. Comme d'habitude aussi, peu importe puisque leur but principal est de créer du chaos. L'ironie est que seule leur sorcellerie d'apprenti pourrait rapprocher (temporairement) les intérêts perses et ottomans, ce qui n'est évidemment pas dans leur intérêt.
 
Les peuples d'Europe et d'Asie mineure (Perse incluse) devraient se réjouir d'une dispute entre les deux premières puissances militaires de l'OTAN. Et elle est sérieuse, la Turquie ne sachant accepter la création d'un Etat kurde. Mais la France devrait se tenir à l'écart de cette affaire. Les pays européens ont suffisamment de griefs sérieux envers la Turquie, qu'ils ne traitent pas, pour ne pas avoir besoin de se fâcher en plus pour un motif illicite et insoutenable.
 
Au Kurdistan il n'y a rien de nouveau, aux Etats-Unis une faute stratégique de plus.

lundi 15 janvier 2018

à remiser au musée

Les ancêtres de nos petites têtes brunes avaient une sous-culture de quai de gare. Je viens de retrouver un vieil Almanach Vermot avec une blague par jour.
 
"Dédé le camionneur musclé prit en auto-stop une Brésilienne bronzée..."
    - homophobe !
"Dans un compartiment de train un Juif demande à un Arabe..."
    - fasciste !
"Julie demande à Jules de sortir le chien pour ses besoins..."
    - suprémaciste !
"Un aveugle avait posé sa canne blanche contre un mur..."
    - discrimination !
"Doume appelle de Marseille son vieux père à Ajaccio..."
    - ah non !
"En sortant du pub un Ecossais trouve sur le trottoir..."
    - scandaleux !
"Un rabbin, un curé et un moufti arrivent au Paradis..."
    - pas d'amalgame !
"Une nuit Ali Baba suivit secrètement les quarante..."
    - diffamation sans preuve !
"La mère de Toto l'envoya acheter des saucisses..."
    - censuré !
"Trois copains d'école Luigi, Helmut et François..."
    - néonazi !
"Mujo (Munib) va voir son copain Haso (Hasan)..."
    - un mot de plus et je vous dénonce !
"Un client polonais entre dans sa banque..."
    - ça commence mal !
"C'est un Belge qui demande des frites..."
    - insultant !
"Le gros Hardy et le maigre Laurel..."
    - 17° chambre !
"Marius rencontre Olive au bistrot..."
    - cliché de vieux con rétro !
"Eh dis donc là, présentement..."
    - raciste !
"Monsieur regarde Madame..."
    - machiste !
"Une blonde..."
    - sexiste !
"Sans paroles"
    - votre regard en dit long !
 
En ce début 2018, j'ai brûlé le recueil de blagues de mon père avant que mes enfants le trouvent et s'attirent des ennuis. Si quelqu'un connaît de l'humour qui ne soit pas moquerie de l'autre, qu'il me fasse rire. Sinon, brûlons ensemble notre passé de méchants. Et bonne année quand même.

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois ( http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.h...