mardi 26 septembre 2017

l'Espagne accuse la Russie de l'indépendantisme catalan

On se demandait s'il restait des ours dans les Pyrénées, et s'ils pouvaient menacer la Costa Brava. On se demandait aussi s'il restait des ânes en Castille, pour transporter les pourfendeurs de moulins à vent.
 
Le premier quotidien espagnol, El País, clame ce 25 septembre que "la machinerie d'ingérence russe s'immisce dans la crise catalane" (la maquinaria de injerencias rusa penetra la crisis catalana).
 
Pour mémoire, El País est un pilier du régime espagnol. Auto-proclamé dès sa fondation (à la mort du général Franco), et largement reconnu plus tard, comme l'équivalent du Monde et de la Reppublica, ce n'est pas toujours la voix du gouvernement, par exemple en ce moment que le premier ministre appartient au Parti Populaire de droite alors que El País penche plutôt généralement du côté du Parti Socialiste Ouvrier et du roi (notamment sous Juan Carlos), et a quelques récentes sympathies pour le mouvement populaire Podemos. Mais d'une manière générale c'est un soutien ferme et inconditionnel, sinon de l'équipe de tour, du moins du régime. On n'a pas souvenir d'une occasion où ce journal ait diffusé un discours non autorisé, et sa proximité avec les instances gouvernementales laissent deviner qu'en cas d'incident éditorial il serait amené à publier un mea culpa, surtout par exemple si cet incident pouvait nuire aux relations diplomatiques bilatérales que l'Espagne, quelque soit le parti au pouvoir, entretient avec d'autres Etats.
 
Parmi les nombreuses preuves que El País a relevées de l'ingérence russe dans la "crise" catalane, qui d'ailleurs ressemble de l'extérieur plutôt à une crise (nécessité aigüe de décision) espagnole, il y a le volume et la rapidité de la diffusion des touites ou twits de Julian Assange. La notoriété du personnage et sa popularité sur les réseaux sociaux ne sauraient expliquer que lorsqu'il lance le 11 septembre une phrase aussi lapidaire et sensationnelle que "...le 1er octobre l'Europe aura un nouveau pays de 7,5 millions d'habitants ou une guerre civile..." (d'ailleurs reformulée par El País) elle soit copiée et diffusée aussi largement et aussi rapidement. C'est donc nécessairement l'oeuvre d'une "armée de robots", des faux profils programmés pour faire automatiquement caisse de résonnance à certains messages précis. El País n'oublie pas de mentionner la reprise fréquente, par cette armée de robots prorusses, des informations diffusées par les médias russes et qualifiées de "fausses nouvelles" de principe, bien que jamais précisément réfutées, par les trois grandes agences d'information des pays de l'OTAN (AFP, Reuters et AP) qui dictent l'actualité mondiale. Modèle de précision journalistique, le journal accuse RT (Russia Today) de publier des mensonges, par exemple d'avoir fallacieusement titré "l'UE respectera l'indépendance de la Catalogne mais elle devra passer par un processus d'adhésion", après que Jean-Claude Juncker ait déclaré sur Euronews le 14 septembre "if there were to be a yes vote for Catalan independence we would respect that choice - but Catalonia [...] would have to follow that same procedure as other countries for accession". Usant des leviers émotifs conventionnels El País donne aussi des exemples de messages à contenu antisémite ou d'attaque ad personam grossière, qui ne correspondent évidemment ni au langage ni aux intérêts de la diplomatie russe. On arrêtera là la longue démonstration technique du journal espagnol, qui reprend tous les poncifs habituels de l'ingérence russe dans les affaires des pays qui, El País l'oublie, ont quasiment déclaré la guerre à la Russie le 6 mars 2014 (et plusieurs fois ensuite) et multiplient les provocations militaires à ses frontières depuis lors.
 
Par contre El País n'estime pas nécessaire de démontrer, tant cela doit être évident pour ses lecteurs, que la Russie a un intérêt majeur à soutenir la sécession de la Catalogne.
 
Le gouvernement catalan actuel, comme le précédent, proclame fermement son alignement atlantiste, son souhait d'adhérer à l'OTAN dès l'indépendance et même d'y apporter une contribution militaire concrète. Or les politiciens catalans sont éduqués et savent d'une part que l'OTAN n'a plus de vocation défensive, qu'elle a toujours eu un dispositif offensif même lorsqu'il était présenté comme contre-offensif, que son discours est violemment antirusse, et qu'elle prépare activement et ouvertement la guerre contre la Russie. Il n'y a pas d'erreur, le discours antirusse du gouvernement catalan actuel est clair est résolu. De son côté la Russie sait aussi que pour entrer dans l'OTAN, élément de l'affirmation internationale de la Catalogne, celle-ci devra construire un appareil militaire convaincant, et de plus le construire à partir de zéro (ce que certains membres de l'OTAN attendent avec impatience), et en équipements neufs donc dernier cri de modernité car la Catalogne n'acceptera pas les rebuts est-allemands s'il en reste. Il n'y aura pas de partage de l'armée espagnole similaire au partage de la flotte de la Mer Noire en 1997, et l'ablation d'un cinquième du PIB espagnol n'aura pas d'effet immédiat sur l'armée espagnole existante. En clair, si d'un point de vue économique pour l'Union Européenne la sécession de la Catalogne ne changera rien au poids économique total de la péninsule ibérique, par contre d'un point de vue militaire pour l'OTAN cette sécession augmentera la puissance militaire totale de la péninsule.
 
Comme Stratediplo le montrait en juillet, le gouvernement catalan affiche son islamophilie pour séduire l'Union Européenne et sa russophobie pour séduire l'OTAN. Par exemple, "pour l'accès à la cinquième promotion du programme de master professionnel en diplomatie et action extérieure, conçu pour former et perfectionner les diplomates catalans et parrainé par la Généralité, il est proposé un cas pratique consistant à se mettre dans la peau d'un conseiller diplomatique qui vient d'apprendre le 30 août 2017 que la Russie envahira la Biélorussie dans les trois prochains jours, et il est demandé de rédiger en anglais un rapport présentant à la chancelière allemande les actions qui peuvent être entreprises pour interrompre cette agression" (la Neuvième Frontière, page 104).
 
La posture géopolitique d'une Catalogne indépendante est déjà clairement affirmée et misorusse. Aussi il est difficile de voir quel serait l'intérêt de la Russie à favoriser l'émergence d'un nouvel ennemi, et multiplier ainsi le nombre de ses ennemis déclarés.
 
En Espagne d'une autre côté, il est difficile de voir qui n'aurait pas intérêt à désigner un responsable extérieur des inconséquences politiques gouvernementales.

Aucun commentaire:

le douzième travail - un refuge autarcique

Le douzième travail d'Hercule, c'était de dompter la menace et de sortir de l'enfer. Or l'enfer de l'effondrement du...