samedi 12 août 2017

la Grande Catalogne communiste

Le parti d'extrême-gauche CUP (Candidature d'Unité Populaire) a lancé avant-hier sa campagne en faveur du Oui au referendum d'autodétermination catalan.
 
Il a alors dévoilé son affiche, une caricature portant le slogan escombrem-los ("balayons-les"). Hier toute la presse catalane et espagnole commentait que cette affiche imitait une caricature de 1919 mettant en scène Lénine. Quelques politiciens catalans (dont le président Carles Puigdemont) se sont aussi offusqués de ce que la CUP inclue Artur Mas, le précédent président catalan, parmi les ordures à balayer. Ce que, sauf erreur, personne n'a commenté bien que ça saute pourtant aux yeux, c'est que la carte de fond de cette affiche inclut les Baléares, le pays valencien et la Catalogne française, comme si ces autres pays catalans étaient concernés par le résultat du referendum auquel ils ne sont pas convoqués à participer.
 
Au moins les ambitions du parti qui se dit anticapitaliste sont claires, et débordent largement les limites de la région administrative catalane actuelle pour viser au moins l'ancienne principauté. Pour mémoire, ce parti appartient à la coalition au pouvoir en Catalogne depuis janvier 2016 (la coalition droite-gauche "ensemble pour le Oui" n'ayant pas suffi pour constituer un gouvernement), qui s'est engagée devant l'électorat et le parlement à la conduire à l'indépendance. Et en cas d'élections anticipées, promises par le gouvernement si le referendum échoue, c'est un parti qui se renforcerait significativement, au détriment de celui du président actuel, uniopéiste de droite. La CUP, plus intéressée par la fin que par les moyens, peu suspecte d'être plus démocrate que Lénine lui-même, et relativement favorable à la dictature du prolétariat, n'a pas cessé de promettre dans ses programmes électoraux l'indépendance sans referendum.
 
Evidemment la question du réveil des peuples soumis à l'éradication ou à l'invasion par de gros Etats-nations en cours de fusion supranationale et de transpopulation intercontinentale dépasse largement, aujourd'hui, la question de la restauration de la souveraineté d'un Etat deux fois plus vieux que la couronne des Espagnes. Evidemment aussi, la tentative de récupération de conflits anciens par les idéologies modernes ne garantit pas que les radicalisations seront durables. Evidemment enfin, un parti bolchévique catalan nourri de la nostalgie de la guerre civile espagnole des années trente n'a pas la même capacité de déstabilisation régionale qu'un parti islamiste albanais alimenté par tous les suppôts mondiaux d'une idéologie en pleine renaissance conquérante, par exemple.
 
Mais il est grand temps de cesser de considérer la crise de l'unité espagnole comme une simple question interne.

Aucun commentaire:

à remiser au musée

Les ancêtres de nos petites têtes brunes avaient une sous-culture de quai de gare. Je viens de retrouver un vieil Almanach Vermot avec une...