lundi 3 avril 2017

soumission de la Bavière le 13 septembre 2015

Dans son best-seller "l'engrenage : Merkel et la politique d'asile" (Die Getriebenen : Merkel und die Flüchtlingspolitik), Robin Alexander accorde une place particulière aux événements des 12 et 13 septembre 2015.
 
Avant d'entrer dans ses révélations, on doit se rappeller que devant l'inflation du raz-de-marée d'intrusion illégale et l'explosion simultanée de la criminalité en Bavière, et après quelques réunions d'urgence en cellule de crise, le gouvernement bavarois a poliment demandé au gouvernement fédéral allemand la fermeture des frontières.
 
Celles-ci, grandes ouvertes aux ressortissants de l'espace Schengen (ou étrangers titulaires d'un visa Schengen) depuis vingt ans, ou dix-huit dans le cas de la frontière autrichienne, avaient été prises d'assaut depuis la fin août, par des hordes d'intrus encouragés notamment par l'invitation publique à l'immigration illégale massive, lancée le 24 août par la chancelière Angela Merkel, puis sa confirmation de l'ouverture des frontières européennes et allemandes sans le moindre contrôle, le 4 septembre. C'est ainsi qu'en l'espace de quelques jours le flux quotidien et passé de quelques milliers à plus d'une dizaine de milliers de jeunes hommes peu coutumiers de la discipline teutonne. Ces foules misérables arrivaient sans bagage et sans alimentation en gare de Munich depuis que l'Allemagne avait sommé la Hongrie de les laisser illégalement entrer dans l'espace Schengen. En dépit de la mobilisation de toutes les capacités collectives de la Bavière, mairies, cantines scolaires, hôpitaux, pompiers volontaires, associations caritatives, églises, casernes militaires... le pays fut vite débordé. Si la plus grande coalition militaire de tous les temps, avec plusieurs mois de préparation, une logistique spécialisée et un budget illimité, a eu des difficultés à nourrir ses prisonniers irakiens en 1991, la société civile munichoise ne pouvait pas, sans préavis, nourrir l'équivalent d'une armée qui s'accroissait d'une division d'infanterie supplémentaire chaque jour. La catastrophe humanitaire semblait inéluctable, et allait s'ajouter à la catastrophe sécuritaire que la presse occultait, des bandes d'arrivants porteurs d'une autre culture s'échappant des centres d'accueil hâtivement déployés pour aller razzier la population, qui après la première vague de vols, violences et viols s'enferma chez elle en désertant entreprises et écoles et en fermant commerces et volets, ce qui annonçait également une catastrophe sanitaire. La situation était grave, et hors de contrôle.
 
Le ministre-président bavarois Horst Seehofer a utilisé tous les moyens institutionnels et personnels à sa disposition d'abord pour obtenir un soutien logistique et sécuritaire fédéral, puis surtout pour faire rétablir un contrôle à la frontière. Entre les réunions de crise du gouvernement bavarois (ou de la ville de Munich), les contacts téléphoniques avec le gouvernement fédéral allemand (et les autorités locales voisines autrichiennes) et les déplacements, le ministre-président a passé un certain nombre de nuits blanches, comme d'ailleurs beaucoup de Bavarois. Le 11 septembre, face à la passivité fédérale, le maire de Munich Dieter Reiter a appelé directement à l'aide les quinze autres provinces allemandes. Compte tenu de l'urgence de traiter cette crise grave, et de l'autisme obstiné du gouvernement fédéral allemand, le gouvernement bavarois a vite été acculé à une option que la Bavière n'avait peut-être jamais considérée depuis l'unification allemande. Toute communauté laissée sans protection ni gouvernement est contrainte de se prendre en charge. Personne n'avait entendu parler de la Bavière comme de la Corse, du Pays Basque ou de l'Irlande du Nord. Jusqu'à la fin août 2015 peu de Bavarois s'étaient posés la question d'une sécession, mais déjà le 10 septembre plus de la moitié de la population était pour le rétablissement de la souveraineté, et immédiat. La prise de conscience de cette impérieuse nécessité fut si rapide et soudaine qu'elle prit à la gorge les journaux et instituts d'opinion, qui menèrent des sondages et se rendirent compte (même s'ils ne l'avouèrent pas tous) que la majorité des électeurs appelaient désormais de leurs vœux cette solution à laquelle ils n'auraient pas pensé un mois plus tôt.
 
Le gouvernement bavarois a donc dû poser une date limite à l'inaction fédérale, au-delà de laquelle il rétablirait lui-même le contrôle de la forntière austro-bavaroise, en coordination avec le gouvernement autrichien. En effet, même si l'Autriche avait ponctuellement plus intérêt à voir les centaines de milliers (déjà un demi-million depuis le début de l'année) d'invités de l'Allemagne y passer au plus vite plutôt que de rester en Autriche, à moyen terme elle avait plus de chances de s'entendre avec un gouvernement bavarois d'intérêts et de sensibilité proche, et à long terme elle gagnerait à avoir une voisine certes un peu plus riche et plus peuplée mais de taille comparable et de culture catholique identique, plutôt qu'une fédération huit fois plus grosse, matérialiste, alignée et aux ambitions impérialistes. Il est vraisemblable que l'ultimatum de la Bavière à l'Allemagne prenait fin samedi 12 septembre au soir.
 
Tout cela a globalement été exposé par Stratediplo dans la Huitième Plaie (pages 224 à 226), quatre mois plus tard.
 
Mais Robin Alexander rapporte des éléments dont les Allemands se souviennent peut-être mais dont beaucoup de Français n'ont pas eu connaissance. Le 12 septembre en fin d'après-midi une conférence téléphonique de crise réunit la chancelière fédérale Angela Merkel, le président bavarois Horst Seehofern, le ministre fédéral des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, le ministre fédéral de l'intérieur Thomas de Maizière, le chef de cabinet Peter Altmaier, et le vice-chancelier et ministre de l'économie Sigmar Gabriel. C'était certainement la dernière chance de parvenir à une conciliation. Et c'est là que le gouvernement allemand prétendit être d'accord, et assura le président bavarois que le gouvernement fédéral rétablirait le contrôle à la frontière austro-allemande le lendemain 13 septembre à 18h00. Pendant la nuit du samedi au dimanche, tous les moyens de communication et de commandement ont été actionnés pour trouver et mobiliser des policiers, dans toute l'Allemagne. Dans la police fédérale, on a certainement réveillé des commissaires hors astreinte pour leur demander combien d'hommes ils pourraient rassembler sous préavis de quelques heures, équipés et prêts à partir au lever du soleil ; on a certainement téléphoné, après minuit, individuellement à des milliers de policiers pour savoir qui pourrait être là à six heures du matin, avec un balluchon pour une mission de plusieurs jours. Pour mémoire, en Allemagne il existe bien une police anti-émeutes, mais par contre le métier de police des frontières avait cessé d'exister depuis exactement vingt ans. Dès les premières heures du dimanche, plusieurs milliers de policiers ont ainsi été acheminés par train, autobus et même par hélicoptère. D'autres trains spéciaux furent affrétés pour alléger la Bavière en disséminant dans les autres provinces un effectif d'invités supérieur à l'armée allemande, tandis que tous les trains arrivant d'Autriche furent interdits d'entrée en Allemagne à partir de 18h00, les obligeant à déverser leur cargaison du côté autrichien de la frontière. Peu avant l'annonce officielle de la suspension temporaire unilatérale par l'Allemagne de l'accord de Schengen prévoyant l'abolition des contrôles aux frontières internes, la chancelière Angela Merkel téléphona au président français François Hollande pour lui demander d'afficher son accord, mais aussi pour lui confirmer qu'elle ne regrettait pas d'avoir forcé la Hongrie, une semaine plus tôt, à cesser d'appliquer l'accord de Schengen prévoyant le renforcement des contrôles aux frontières externes et prescrivant l'enregistrement systématique de tous les entrants ; elle lui expliqua peut-être aussi la raison véritable de sa soudaine volte-face apparente. .
 
Robin Alexander assure que le gouvernement fédéral avait alors décidé de déclarer la fermeture de la frontière mais n'a pas su décider de mettre en œuvre les moyens de le faire. Si l'on considère qu'en politique, surtout en gestion de crise, une non-décision apparente est une décision de facto, il faut comprendre que le gouvernement allemand avait décidé de déclarer la fermeture de la frontière mais de ne pas l'appliquer. En tout cas après la douzaine d'heures de mobilisation nocturne d'urgence dans toute l'Allemagne, puis la douzaine d'heures de déploiement diurne bruyant à travers la Bavière, le discours fédéral fut celui d'un rétablissement du contrôle (physique) de la frontière et du contrôle (administratif) des documents des candidats à l'entrée. Il s'agissait déjà d'une toute autre affaire. Certes en intimant à la Grèce et à la Hongrie de lever les contrôles aux frontières internes l'Allemagne avait permis l'entrée d'un nombre indéterminé d'individus sans pièce d'identité ou document de voyage authentique, dont l'Allemagne prétendait soudain imposer à l'Autriche de les garder. Certes elle annonça dès l'après-midi du dimanche qu'elle laisserait entrer tous ceux éligibles au statut de réfugié, comme l'y obligeaient la convention de Genève et la charte européenne. Mais en donnant aux contrôleurs la consigne de considérer tout Syrien, Irakien ou Afghan comme réfugié potentiel (en contravention massive aux définitions juridiques), puis tout arrivant se déclarant de l'une de ces nationalités comme l'étant jusqu'à preuve du contraire, elle limitait sa prétention de refoulement à une minorité des arrivants. Puis dès le lendemain des responsables policiers commencèrent à dénoncer ce dispositif hypocrite mis en place en quelques points visibles et discontinus tandis que l'essentiel du tracé de la frontière restait incontrôlé, ce qui revenait à offrir à ceux qui le souhaitaient la possibilité facultative de se faire enregistrer, option choisie, parmi ceux détenteurs de documents en règle, par ceux qui pensaient avoir des chances raisonnables d'être éligibles soit à la catégorie de réfugié définie par les textes, soit aux critères de sélection déclarés par le gouvernement (illégalement comme toute discrimination sur critère de nationalité). Rapidement aussi il fut révélé que l'effectif déployé ne permettait de contrôler qu'un dixième des entrants, c'est-à-dire essentiellement ceux qui se présentaient au contrôle pour obtenir un tampon d'entrée, la majorité préférant l'éviter puisque la possibilité pratique leur en était laissée.
 
Ce que Robin Alexander ne souligne pas, c'est que le gouvernement fédéral a envoyé en Bavière la police anti-émeutes, spécialisée dans la canalisation et la dispersion de foules par la force, mais évidemment moins formée aux contrôles individuels d'identité que la police urbaine. Le gouvernement allemand a pourtant rapidement montré n'avoir eu aucune intention de déployer un cordon de force à la frontière mais quelques postes d'enregistrement administratif volontaire. Il voulait faire diffuser les images de fonctionnaires enregistrant les numéros de pièces d'identité des 10% d'immigrants souhaitant obtenir un tampon, mais il voulait éviter la moindre image de violence avec les 90% d'intrus préférant éviter le contrôle, certaines conversations téléphoniques citées par Robin Alexander en attestent.
 
On peut se demander pourquoi le gouvernement allemand a choisi d'envoyer la police anti-émeutes sous commandement du ministère fédéral de l'intérieur plutôt que des effectifs de police urbaine, qui pratiquent tous les jours le contrôle pacifique de documents d'identité, et qui auraient pu être détachés auprès de la police bavaroise pour être déployés en renforcement de celle-ci. Pour transposer au contexte français, c'est comme si l'on prétendait vouloir faire exécuter un travail de brigade de gendarmerie territoriale ou de commissariat de quartier et qu'on envoyait pour ce faire des escadrons de gendarmerie mobile ou des compagnies républicaines de sécurité. Sauf que l'Allemagne fédérale n'est pas la république française centralisée par une révolution qui a aboli les provinces, c'est une fédération récente d'états ayant conservé des gouvernements autonomes avec des compétences (au sens de capacité comme au sens de responsabilité) réelles, comme justement la police. Le maintien de l'ordre, qui inclut le contrôle d'identité et l'imposition de la loi, relève localement de la compétence du gouvernement bavarois et n'a pas été déféré au gouvernement fédéral. S'il est vrai que les statuts de la police fédérale incluent des missions de contrôle frontalier (caduc depuis vingt ans), ils incluent aussi la mise à la disposition de toute province qui en ferait la demande, ce qui n'a même pas été fait pour l'unité fédérale stationnée à Munich. La Bavière demandait un renforcement de ses moyens propres, pas une intervention fédérale sur son territoire, dans ses gares et à ses carrefours. Elle voulait l'autorisation de rétablir le contrôle des étrangers au même titre qu'elle contrôle ses habitants, pas la confiscation inopérante de sa frontière, et certainement encore moins l'imposition par un déploiement fédéral du maintien de l'ouverture de la frontière au prétexte de l'enregistrement d'un dixième des entrants.
 
Robin Alexander, très familier de la classe politique, suppose qu'aucun membre du gouvernement allemand ne souhaitait endosser la responsabilité personnelle d'obéir à l'ordre (dont il assure qu'il était clair) de fermer la frontière, comme promis la veille au soir au président bavarois par la chancelière fédérale. Il précise que le ministre de l'intérieur Thomas de Maizière avait cependant d'abord rédigé, selon les décisions prises le samedi soir devant le président bavarois, un brouillon d'ordre d'opérations prévoyant le refoulement de toute personne non porteuse des justificatifs nécessaires à l'octroi du statut de réfugié. Puis lorsqu'il l'aurait soumis par téléphone à la chancelière le dimanche matin, celle-ci aurait prétexté qu'elle ne voulait pas prendre le risque qu'on publie des images d'usage de la force envers les milliers de candidats à l'intrusion illégale, et elle aurait exigé qu'on laisse passer tous les arrivants, y compris ceux ne pouvant pas entrer légalement dans la catégorie de réfugiés car provenant de pays sûrs (Autriche, dans le cas de 100% des migrants se présentant à la frontière austro-allemande). Le ministre aurait donc alors révisé sa copie. Et en effet, les consignes très claires données le 13 septembre par le ministre de l'intérieur à la police fédérale, déployée pour enregistrer les documents d'identité, étaient de maintenir coûte que coûte la frontière ouverte en ne refoulant personne.
 
Robin Alexander fait aussi état des discussions et hésitations qui intervinrent ce dimanche 13 septembre 2015 quant à l'opportunité d'envoyer l'armée fédérale. La ministre de la défense Ursula von der Leyen, qui n'avait pas été associée aux réunions de crise de la veille, déclara dans la journée que le gouvernement avait mis en alerte l'armée fédérale, qui était en mesure de déployer 4000 hommes au premier coup de sifflet, en attendant plus dans un deuxième temps. Or les discussions du petit matin entre le ministre de l'intérieur et la chancelière, confirmées par les ordres donnés à la police fédérale envoyée en Bavière, montrent que le gouvernement ne souhaitait ni fermer la frontière ni utiliser la force contre les intrus. Mais il mit cependant l'armée allemande en alerte et planifia le déploiement en urgence, à tout moment, d'une brigade d'infanterie. Et, alors qu'il se trouvait déjà certainement plus de 70000 clandestins dans la ville de Munich dont la population s'était calfeutrée chez elle, la police fédérale supervisa encore l'entrée de 15000 intrus supplémentaires ce 13 septembre, soit l'équivalent de trois brigades.
 
L'avertissement était clair, la Bavière n'ayant plus d'armée depuis un siècle et demi.
 
La prise de contrôle de la frontière austro-bavaroise par la police fédérale allemande assura l'entrée, dans les trois mois qui suivirent, de trois fois plus d'intrus illégaux (en regard de la législation alors en vigueur) que ce qui était entré depuis le début de l'année, soit un million et demi de jeunes hommes à raison d'un demi-million par mois ou 15000 par jour (décompte autrichien). Robin Alexander qualifie cela d'échec, et considère que la poursuite (en réalité l'accélération) du flux migratoire a démontré la faillite de la tentative de fermeture de la frontière.
 
C'est un point de vue. On pourrait aussi logiquement arguer que cela a au contraire démontré la réussite de la prise de contrôle de cette frontière, et le succès de la soumission de la Bavière par l'Allemagne, qui a ainsi pu y installer d'autres populations. Les éléments rassemblés dans la Huitième Plaie (qui qualifie l'opération du 13 septembre de "plus belle feinte") montrent bien qu'il ne s'agissait pas d'un accident de mauvais gouvernement, mais de la mise en œuvre méthodique d'un plan sérieusement préparé.

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