jeudi 26 janvier 2017

épuisement du pacifisme

Il est parfois difficile de s'en tenir à la polémologie sans entrer dans la polémique politique intérieure. Mais voilà que la partidocratie énarchique française entend insulter et ridiculiser le comité Nobel de la paix. Car la paix ne fait plus recette, et faute de ressources de promotion interne elle doit recruter hors ses rangs.
 
On va prochainement relancer le mythe du pacifisme du président français Jacques Chirac en 2002-2003. S'il avait été réel, il aurait manifestement échoué puisque la grande crise de l'époque, le sentiment d'insécurité des Etats-Unis d'Amérique à l'annonce de la fin du monopole du dollar pour la cotation internationale du pétrole, s'est terminée par l'agression, l'occupation, la décimation et la mise à sac de l'Iraq. Il est difficile de trouver un échec plus éclatant à un prétendu souhait pacificateur. Il est vrai que le futur prétendant à la couronne d'olivier ou de chêne se trompait de direction en adressant son discours moralisateur au pays qui allait être agressé plutôt qu'à celui qui annonçait clairement ses intentions belliqueuses même s'il en changeait le prétexte tous les deux mois.
 
Cependant la vérité est que Jacques Chirac ne cherchait pas à empêcher les Etats-Unis d'attaquer l'Iraq. Si cela avait été le cas il aurait mis en œuvre les nombreux moyens d'action de la France, à commencer par la saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU sur une menace imminente à la paix internationale, mais aussi la menace de sanctions contre l'agresseur déclaré, la conclusion d'un accord de défense avec le pays menacé etc. Toutefois sa seule ambition était de pouvoir présenter la France (et lui-même) comme l'auteur d'une dernière tentative de compromis vouée à l'échec.
 
Au contraire, on peut le dire sans trahir le moindre secret d'Etat, le président de la République s'était fait présenter les options possibles pour une participation militaire de la France aux côtés des Etats-Unis, avait donné l'ordre aux forces armées françaises de se préparer, et a fait contrôler la montée en puissance et la préparation opérationnelle à l'attaque contre l'Iraq. Sa politique de fonctionnarisation des forces armées, qui matérialisait plus ses convictions antimilitaristes que ses prétentions pacifistes, n'avait pas encore porté tous ses fruits et la France déjà sans défense avait certainement encore la deuxième capacité offensive au monde. La seule raison pour laquelle la France ne s'est finalement pas associée à la conquête de l'Iraq, c'est que deux puissances européennes renaissantes à la diplomatie en cours d'affirmation (bien que tolérantes envers les Etats-Unis), à savoir la Russie et l'Allemagne, ont pris le discours de M. Chirac au mot, ont surenchéri et se sont rangées derrière la bannière de la France, lui interdisant de faire marche arrière sur ce sujet et l'obligeant, au minimum, à la neutralité. Sans le soutien inattendu, sincère et ferme de la Russie et de l'Allemagne à la position prétendue de la France, celle-ci aurait bel et bien attaqué l'Iraq, il n'y a aucun doute là-dessus.
 
Les peuples d'Europe retiendront de Jacques Chirac qu'au moment où les anciens membres du Pacte de Varsovie voulaient se rapprocher de la moitié occidentale du continent il a démantelé l'Union de l'Europe Occidentale, alliance sagement réveillée par son prédécesseur, purement défensive mais réellement contraignante puisque l'article 4 du traité de Bruxelles obligeait chacun de ses membres à engager tous les moyens disponibles, y compris militaires, pour la défense d'un membre attaqué. En échange il a, par le traité constitutionnel de Lisbonne pourtant rejeté par les Français, fait inféoder l'Union Européenne à l'OTAN, alliance dont la seule mise en œuvre avait été offensive (contre la Yougoslavie), et dont les invitations en matière défensive, selon l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, sonnt facultatives donc ni protectrices pour les pays membres ni dissuasives pour leurs ennemis potentiels. Il a aussi préparé le retour de la France dans l'OTAN, même s'il en a laissé la signature à son successeur.
 
Les parlementaires et les constitutionnalistes retiendront du président Jacques Chirac qu'il a préparé la révision constitutionnelle (finalisée certes en 2008) retirant au parlement la prérogative de la déclaration de guerre, et l'assurant en échange que le gouvernement lui demanderait une autorisation de prolongement chaque fois qu'une ingérence militaire dans un pays tiers (une agression) excèderait quatre mois, d'après la nouvelle rédaction de l'article 35.
 
Les peuples de France (et l'unique peuple étranger qui a érigé un monument à son amitié avec la France) et les électeurs de Jacques Chirac n'ont pas le droit d'oublier qu'en 1999 il a entraîné la France, et engagé ses forces armées, dans une guerre d'agression contre un pays souverain, en violant délibérément pour ce faire l'article 35 de la constitution de 1958 qui obligeait le gouvernement à demander préalablement au parlement élu l'autorisation de déclarer la guerre. Soumis au régime du "fire and forget" (vire et oublie), les contribuables français débonnaires continuent de servir des émoluments très confortables à un homme qui a violé son mandat et la constitution, trahi la patrie et vendu la francophonie (certes celle-ci n'était pas sous sa responsabilité formelle), et désarmé la France en même temps qu'il en faisait un pays agresseur. Justiciable de plusieurs délits et crimes caractérisés en France, l'homme est aussi, au regard du droit international, coupable du crime contre la paix.
 
Décerner un prix Nobel de la non-violence à un chef d'Etat ne change certes rien à ses actes passés ou futurs, cependant l'érection de statues a pour objet d'inspirer l'exemple, et donc de façonner l'avenir. L'attribution d'un prix Nobel de la paix à Jacques Chirac serait de très mauvais augure pour la paix dans le monde.

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