lundi 31 octobre 2016

ce conflit inévitable n'a rien d'ethnique

Un esprit lucide exerce aujourd'hui son devoir d'expression pour attirer l'attention sur l'importance des ébats préliminaires partisans dont pourrait sortir le prochain président de la république destiné à savoir ou ne pas savoir éviter la guerre civile ethnique.
 
Il met le point sur une question primordiale, le caractère inéluctable du conflit, qui adviendra que l'on décide ou non de déclarer l'incompatibilité de l'islam et de la démocratie, n'en déplaise à certains candidats à l'exécution suprême ("magistrature" est inadapté à quelqu'un qui ne vise pas le judiciaire) qui disent être prêts à n'importe quelle concession envers l'islam pour éviter la guerre civile.
 
Car effectivement le conflit aura lieu, il est désormais inévitable compte tenu du rapport de forces. Ce qui n'est pas encore certain est la forme que prendra ce conflit.
 
Le gouvernement peut reconnaître a minima l'incompatibilité de l'islam avec la démocratie (dont beaucoup de peuples se passent avec bonheur), voire avec les droits de l'homme (femme notamment), référence de la constitution actuelle, sans même avoir à se prononcer sur la compatibilité de l'islam avec la loi naturelle, avec les droits et devoirs des hommes entre eux et envers Dieu, ou avec les fins ultimes de l'homme, référentiels et sources de droit rejetés par la république. Mais même en se contentant de reconnaître l'incompatibilité de l'islam avec la constitution française, le gouvernement se mettrait dans l'obligation de neutraliser cette contravention et d'éradiquer l'idéologie qui la prône. Dans l'hypothèse plus que vraisemblable où les porteurs de cette idéologie ne se laissent pas convaincre, le gouvernement devra recourir à la force pour rétablir le respect de la loi sur l'ensemble du territoire français, et il est alors plus que plausible que les tenants du droit étranger résistent non seulement par les armes, et on sait qu'ils en ont, mais également par toutes les modalités d'assertion, d'intimidation et de coercition qu'on leur connaît. Cette population-là entrera en insurrection contre le gouvernement. Les opérations que celui-ci mènera, selon sa détermination et l'évolution de la situation, pourront être qualifiées de rétablissement de l'ordre, voire de contre-guérilla selon le niveau d'organisation et de combativité de l'insurrection. La population insurgée minoritaire s'en prendra bien sûr plus aisément à la population loyaliste majoritaire qu'aux forces gouvernementales, qui de leur côté devront éviter les dommages collatéraux et déployer suffisamment de puissance pour protéger la population loyaliste attaquée et éviter qu'elle riposte par elle-même. Il ne s'agira donc pas dans ce cas d'une guerre civile.
 
Le gouvernement peut refuser de déclarer l'illégalité de l'islam, laissant cet autre système juridique s'installer totalement dans plus d'enclaves qu'il n'en a déjà, et progresser subrepticement, partiellement, au niveau national grâce à des tolérances, transformées en privilèges puis institutionnalisées par la jurisprudence ou l'amendement progressif du corpus juridique. C'est la voie dans laquelle s'est résolument engagé le régime : il se refuse à faire appliquer le droit encore officiellement en vigueur et à protéger la population légaliste, et cette retraite sera de plus en plus perçue comme un encouragement envers la population adepte du droit non français à appliquer ce droit étranger, qui n'est pas seulement distinct mais également inégalitaire en supposant et imposant la subordination de la population de droit français. Dès lors, et au fur et à mesure de l'avancement de l'entreprise de soumission de la population loyaliste, celle-ci sera amenée au minimum à se replier dans des emprises qu'elle devra sécuriser elle-même face aux incursions de l'islam, et au pire à s'insurger contre le régime qui a décidé son assujettissement si celui-ci engage ses moyens de maintien de l'ordre dans les opérations de changement d'ordre, comme en 1961. Dans le cas d'un affrontement direct entre les tenants du droit français et les adeptes du système juridique de l'islam, sans intervention du gouvernement, il s'agira d'une guerre civile, qui plus est interne si l'on ne veut pas considérer qu'en adoptant un droit non français, un parti a fait allégeance à l'étranger. Dans ce cas le refus gouvernemental de constater l'incompatibilité de l'islam avec le droit français aura effectivement provoqué la guerre civile.
 
Le gouvernement peut aussi décider de reconnaître le caractère international de l'agression contre le droit français, non pas en lançant après chaque sacrifice rituel en France des opérations Brochet de représailles gesticulatoires contre les bâtiments occupés (et rapidement évacués sur ordre) par des assassins ou des guérilleros qui ignorent qu'à des milliers de kilomètres de là quelqu'un a revendiqué ses crimes en leur nom, mais en expulsant les prédicateurs tous étrangers de cette idéologie, en coupant ses flux de financement étrangers, en prohibant toute apologie orale ou écrite de l'application d'un droit non français en France, en interdisant l'allégeance des citoyens et résidents français à ce droit étranger... comme on l'a montré dans le Septième Scénario, une telle et soudaine revendication et utilisation du monopole d'emploi de la force par le gouvernement entraînerait rapidement le dévoilement et l'intervention militaire en France d'un pays ou d'une coalition, ce qui avèrerait le caractère international de la guerre.
 
Mais ce conflit, qu'il soit une opération de rétablissement de l'ordre, une guerre civile ou une guerre internationale, n'aura pas de caractère "ethnique", pour reprendre le concept allemand fallacieusement utilisé depuis les années quatre-vingt-dix sur un continent européen qui a dépassé le stade tribal il y a des milliers d'années. Les tenants de l'idéologie révolutionnaire nationaliste qui croient aux nations française, italienne, allemande et espagnole ne peuvent accepter ce qualificatif de guerre ethnique pour un conflit au sein d'un Etat-nation. Les contrerévolutionnaires qui croient aux peuples breton, basque, catalan, provençal et ligure savent qu'on peut être catalan chrétien, juif, athée ou musulman et que c'est ce choix personnel qui dictera la place de chacun de part et d'autre de la ligne de confrontation. Si le conflit entre le droit français et le droit d'islam est porté par les musulmans, quels que soient leur nationalité officielle, leur peuple d'origine ou leur province d'adoption, ce n'est peut-être pas une guerre de religions au pluriel, mais c'est bien une guerre de religion au singulier.
 
Le conflit est inévitable puisqu'il a commencé, la confrontation entre les deux systèmes juridiques faisant régulièrement des morts. Ce que le régime peut encore définir est le type de conflit, en choisissant la répression étatique (le rétablissement de l'ordre), quitte à accepter l'internationalisation, pour éviter la guerre civile. Mais dans tous les cas il n'y a aucune dimension ethnique, ce qui a commencé est une guerre de religion.

lundi 24 octobre 2016

partition ou sécession ?

Quand le président François Hollande parle de tenter d'éviter quelque chose, c'est souvent de mauvais augure.
 
Ainsi, après avoir envoyé l'armée française en Centrafrique à la fois pour sauver le régime islamiste issu du coup d'Etat Séléka venu du Soudan et pour s'interposer entre les 10% de population musulmane au pouvoir et les 90% de population chrétienne dans la rue, il a prétendu le 28 février 2014 que "il faut éviter qu'il y ait la moindre tentation de partition".
 
Puis, après avoir engagé tous les moyens diplomatiques et médiatiques (et quelques moyens militaires et économiques) pour soutenir les islamistes envoyés en Syrie par le Qatar, l'Arabie et la Turquie pour y installer par la force une dictature islamiste, il a assuré le 3 octobre 2015 que "ce qui est important, c'est d'éviter la partition de la Syrie et surtout une lutte religieuse".
 
A ses yeux donc l'imposition du joug mahométan (même par une intervention étrangère) n'autorise pas la sécession des populations qui le refusent.
 
Aussi on ne peut qu'être interpelé par sa formule, appliquée cette fois à la France le 12 (?) octobre 2016, s'interrogeant et constatant "comment peut-on éviter la partition ? Car c'est quand même ça qui est en train de se produire, la partition".
 
Beaucoup de Français ignoraient encore que leur président comparait désormais la situation de la France à celles de la Syrie l'année dernière et de la Centrafrique il y a deux ans. Il évoque d'ailleurs le démembrement, qu'il s'agisse d'un démantèlement imposé ou d'une dislocation spontanée, par un mot étranger, dont le faux-ami français est souvent complété de l'expression "bien réglée". Car partition, dans le sens de morcellement, c'est l'une des deux alternatives couramment considérées et discutées aux Etats-Unis d'Amérique pour décrire les modalités de la destruction de leurs ennemis, puisqu'ils ne visent jamais l'armistice, la capitulation ou le traité de paix mais systématiquement la destruction, et étudient toujours, selon le critère de la valorisation économique possible des ruines, ce qu'ils appellent la "solution parking" appliquée par exemple au Japon en 1945, en Irak en 1991 et en Serbie en 1999 et la "solution partition", appliquée par exemple en Yougoslavie en 1992, en Irak en 2003 et en Libye en 2011. La référence affichée par le président Hollande par le choix du terme est explicite.
 
Le démembrement de fédérations hétérogènes, c'est-à-dire la séparation de peuples distincts attachés à leurs terres respectives, n'est pas incongru en soi après la disparition de leur facteur d'unité et pour éviter, ou terminer, des déchirements violents. L'empire d'Autriche-Hongrie a ainsi été démembré en provinces, pour n'avoir pas appliqué assez rapidement la méthode nationaliste (de la révolution dite française) d'unification par la langue et par la juridiction. Flandres et Wallonie, unies par la religion face aux Pays-Bas lorsque c'était un facteur d'appartenance essentiel, se séparent maintenant que la langue est devenue le critère d'identification, au même moment où les provinces des Slaves du Sud unies par la langue se séparent pour la religion redevenue un discours central, et c'est la cohabitation, voulue par un peuple totalitaire ("un seul pays, un seul peuple et une seule religion" selon l'islamiste Izetbegovic) et forcée par la coercition multinationale, qui introduit la guerre.
 
En ce qui concerne la France, au 14° siècle on ne s'est pas posé la question : tout territoire pris par les autres était considéré occupé, et les nôtres faisaient tout ce qu'il fallait pour le récupérer. Si les nôtres se divisaient aujourd'hui en communautés distinctes on comprendrait qu'ils se regroupent territorialement (ce fut le cas après la réforme protestante), reconstituant peut-être les provinces abolies par la révolution. Mais l'impossibilité de cohabitation à laquelle se réfère le président Hollande ne se situe pas au sein des nôtres, elle est entre les nôtres et les autres, les sujets de la France et ceux qui ont fait une allégeance extérieure. Ces autres n'occupent d'ailleurs pas un territoire spécifique, ils occupent la périphérie des villes sur tout le territoire national. Comme en Bosnie et Herzégovine où les paysans avaient réussi à conserver leur religion et leur identité slave tandis que certains citadins avaient au cours des siècles et à force d'empalements adopté la religion, les us et partiellement la langue de l'occupant turc, il n'y a aucun grand territoire nôtre et grand territoire autre, pour l'instant. Comme en Bosnie et Herzégovine également, le pays profond, plus désuni que divisé, accepterait peut-être de perdre quelques villes si c'était le prix à payer pour garantir la paix dans ses campagnes, mais les autres revendiquent l'application de leur loi sur l'ensemble du territoire national, entendant bien continuer à faire nourrir les villes par les campagnes.
 
Cependant, en France la question a déjà été tranchée au 20° siècle par un officier félon qui, arrivé au pouvoir par son dernier coup d'Etat, a décidé d'abandonner aux autres, qui étaient moins de 20% de la population, une dot d'émancipation correspondant à 80% du territoire métropolitain, en laissant miroiter aux nôtres la paix au prix de la déportation de seulement 2 ou 3% d'entre eux. Le colonel de Gaulle a fondé l'Algérie sur les quatre-cinquièmes de la France métropolitaine. La partition évoquée par François Hollande a donc eu lieu. C'est du passé. C'est consommé. C'est terminé. Les nôtres n'accepteront pas une autre division et une autre aliénation imposée des 20% de territoire qui ont, il y a deux générations à peine, été laissés aux 80% de la population souhaitant rester nôtre. De toute façon les populations nôtres et autres sont comme on l'a dit géographiquement imbriquées, il n'existe pas à l'heure actuelle de ligne de partage géographique permettant de procéder à une ablation.
 
Néanmoins le choix par François Hollande du terme partition, utilisé pour la première fois en France dans ce sens lors de l'émancipation fractionnée des Indes britanniques, révèle bien sûr une vision jacobine selon laquelle le partage est dicté d'en haut. Dans la conception républicaine où le pouvoir central fait et défait arbitrairement les départements, les régions administratives ou les cantons au gré de la vitesse de déplacement des commis de l'Etat ou des nécessités du découpage électoral, les particules élémentaires interchangeables (même plus sexuées) "citoyens" sont regroupées en circonscriptions sans mandat de représentation, et encore moins détentrices d'essence, de souveraineté ou même d'identité juridique, qui ne servent que de pouvoirs d'administration déconcentrée (pas déléguée) de la masse. En république l'Etat croit posséder le pays et pouvoir en disposer comme il l'entend, et le fondateur de la V° a vite renversé dans les faits ce qu'il a inscrit dans la constitution comme "intégrité du territoire", manifestement pas aussi sacré que "l'indisponibilité du domaine" des lois fondamentales.
 
La partition du diviser pour mieux asservir représente aussi un diktat autoritaire dans la philosophie punitive états-unienne, souvent mis en œuvre par le truchement d'un gouvernorat multinational. Et effectivement, comme on l'a montré dans le Septième Scénario, quelques mois suffiraient pour voir le durcissement d'une insurrection locale, la stabilisation de lignes de séparation puis le déploiement sur celles-ci d'un dispositif international d'interposition, c'est-à-dire la matérialisation de frontières et la réalisation d'un morcellement.
 
Mais ce n'est qu'au prix de dures violences au sein même de la population, ou plus exactement entre populations nôtres et autres, qu'on pourrait provoquer, là comme ailleurs et aujourd'hui comme en d'autres temps, la séparation des goutelettes d'eau et d'huile de l'émulsion en deux couches homogènes superposées. Certes l'exécutif dispose peut-être d'éléments lui donnant la certitude que ces violences auront lieu et que la séparation des communautés s'opèrera. Mais il ne saurait préjuger ni de l'issue de ces violences, ni de la solution que choisiront les Français cinq siècles après la fin de la première Guerre de Cent Ans.
 
N'en déplaise aux idéologues républicains de la nation unique, les peuples français sont souverains en France, et souverain chacun sur son territoire. Le régime de service à Paris ne peut leur dicter ni de quitter leur territoire, ni de le céder totalement ou partiellement, ni de le soumettre à un joug inique et inhumain. Heureusement la toute-puissance de l'énarchie ne change rien à la fatalité que les régimes intérimaires n'endurent pas l'adversité. Des vingt-deux régimes qui se sont succédés en un peu plus de 220 ans, un seul (sauf erreur) a survécu à une guerre, et la V° ne survivra pas aux déchirements qu'entrevoit François Hollande. Une fois recouvrée leur souveraineté, certains peuples nôtres choisiront peut-être la xénélasie, d'autres choisiront l'indépendance pour la restauration de leurs frontières et la préservation de leur mode de vie. Et si on a montré, dans le Septième Scénario, que l'Etat actuel n'a pas les moyens militaires de reprendre une ville d'un million d'habitants prise par quelques milliers de combattants amateurs, il est évident qu'après effondrement et violences ce qui restera de pouvoir sera incapable de s'opposer à la sécession d'une province.
 
Il est osé de parler de partition aujourd'hui, il sera illusoire d'interdire la sécession demain.

dimanche 16 octobre 2016

prochain théâtre

Il semblerait que, en dépit de l'opposition des Etats-Unis d'Amérique et de leurs suppôts, une partie des terroristes qui tenaient en otage les 10% de population d'Alep-est (90% sont restés ou passés sous la protection des forces gouvernementales à l'ouest) aient accepté l'offre du gouvernement syrien et de l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura, à savoir se retirer avec armes et bagages bien que sans esclaves.
 
En ce sens l'offre gouvernementale s'inscrit plus dans une optique de maintien de l'ordre, où l'on laisse aux manifestants une voie de retrait et de dispersion, que dans une optique militaire où après avoir fixé l'ennemi on le neutralise, en le détruisant s'il refuse de déposer les armes et de se rendre. C'est aussi une optique injuste puisque les nombreux crimes que ces terroristes ont commis, jusqu'à la dernière minute, sur la population locale qu'ils ont violée, décimée, tenue en otage puis dernièrement utilisée comme bouclier humain, resteront impunis. Et c'est une optique illégale puisqu'aucune amnistie n'a été décidée par le pouvoir législatif, et que le gouvernement facilite donc le retrait en bon ordre de l'équivalent de deux brigades, qui iront reprendre ailleurs leurs activités. Ce n'est pourtant pas dans une optique d'ordre public que le gouvernement syrien a fait cette proposition, puisqu'il sait que la quasi-totalité de ces guérilleros sont étrangers et qu'une bonne partie ne parle même pas l'arabe, raison justement pour laquelle les Etats-Unis ont sérieusement considéré aller les sauver manu militari, et s'opposaient à tout ce qui pouvait donner lieu à une capture, tout en ne les ayant ni équipés d'un uniforme militaire qui les distingue des civils, ni reconnus comme troupe supplétive afin qu'ils puissent bénéficier des avantages réservés aux prisonniers de guerre, dont la convention de Genève. En réalité le gouvernement syrien a, une fois de plus, agi avec discernement, humanité et responsabilité, en choisissant l'option pragmatique la plus à même d'éviter la mise à mort de dizaines de milliers d'otages syriens par ces milliers de terroristes mercenaires. Officiellement on ne négocie pas avec des terroristes, en pratique on n'abandonne pas des otages innocents.
 
La question qu'on pourrait se poser est que vont devenir tous ces barbares, meilleurs au canif à égorger et au viol bismillah qu'à la Kalachnikov. La question revêt une certaine importance si l'on considère qu'il ne s'agit pas des huit ou dix mille moudjahidines qui occupaient Alep-est, pas des quelques milliers acheminés de Libye par voie aérienne au début 2011, pas des vingt ou trente mille combattants dont le renseignement états-unien crédite régulièrement l'Etat Islamique, mais des centaines de milliers introduits en Syrie essentiellement par la frontière turque, plus ceux recrutés parmi les Syriens arabes sunnites et ceux introduits par la Jordanie, moins la centaine de milliers neutralisée par l'armée syrienne et ceux repartis volontairement.
 
On parle là, peu ou prou, de deux cent mille hommes, professionnels du combat de guérilla et de l'exaction sur les populations.
 
Comme ceux que l'on appelait "les Afghans" dans les années quatre-vingts et qu'on a ensuite envoyés en Yougoslavie, ces gens-là ne sont pas les bienvenus dans leurs pays d'origine, du moins ceux, fussent-ils sous gouvernement islamique, qui savent ce qu'est un combattant de l'islam (certes les pays européens accueilleront leurs ressortissants bras et subventions ouverts). De l'Albanie à l'Indonésie en passant par les pays arabes, hindoustans, turcomans et africains, ces trucideurs d'Allah trouveront closes les portes de leurs pays d'origine. Comme pour leurs prédécesseurs des décennies précédentes, leurs recruteurs, financeurs, formateurs et employeurs devront donc leur donner (et ont déjà décidé), faute de reconversion individuelle, une nouvelle affectation collective. Et il ne s'agira pas d'un pays déjà livré à l'islamisme, ni d'un pays dont la population s'en est récemment (plus ou moins complètement) libérée, comme l'Egypte ou la Tunisie.
 
On peut déjà entrevoir trois destinations possibles. En toute logique les trois sont déjà sur la liste des futurs théâtres d'opérations de l'islam, établie à Washington et transmise à Riyad, mais il serait intéressant de savoir quel front sera ouvert en premier.
 
Il y a, de nouveau, la première puissance militaire d'Afrique bien que non interventionniste même dans son environnement immédiat, qui a longtemps constitué un pôle de stabilité en Afrique du Nord, qui a su écraser dans le sang l'islamisme il y a vingt ans mais dont la population se renouvelle et rajeunit si vite qu'elle n'a pas de mémoire, et dont l'entretien volontaire, par le gouvernement, d'une fracture entre générations (même si elle est aujourd'hui plus économique que linguistique), assure comme il y a vingt ans le recrutement facile d'une génération exclue de la société et en quête d'identité. Ce pays, qui doit impérativement exporter pour nourrir une population totalement dépendante de l'aide sociale, vient d'être ruiné par deux ans d'écrasement des prix du pétrole (visant à affaiblir la Russie), et dès le début de la pénurie il sera facile d'y briser la société. Avantage accessoire, une déstabilisation de ce pays par la violence et la famine enverrait une portion non négligeable de sa population à l'assaut de la France. Il s'agit bien sûr de l'Algérie, au régime déjà chancelant et à l'armée puissante, mais dépendante de la solde mensuelle.
 
Une autre destination possible est l'ennemi que se sont choisi les Etats-Unis depuis qu'ils ont fait la paix avec l'Iran en prévision de l'épuisement du pétrole séoudien. La rhétorique est prête, les corridors d'acheminement ont déjà été testés, les vallées où avaient été établis les camps d'entraînement des années quatre-vingt-dix sont toujours là, deux petits pays voisins au sud sont prêts à s'impliquer, et une grande puissance voisine y trouverait son intérêt propre dans son aire culturelle et d'influence, ce qui au passage l'ancrerait plus solidement dans l'OTAN dont on la soupçonne de vouloir s'écarter. Il s'agit bien sûr de la Russie, qui a déjà dans un passé récent été localement déstabilisée dans son Caucase musulman, comme l'URSS elle-même avant son démembrement.
 
Enfin un autre théâtre possible, au sujet duquel on écrivait il y a trois ans la formule "printemps islamiste + révolution de couleur = printemps vert", est celui où les Etats-Unis ont déjà, après les événements suburbains français de 2005, identifié, invité et formé des "espoirs" ou futurs cadres de contact d'émergence spontanée, qui ont aujourd'hui dix ans de plus. Il s'agit bien sûr de l'Europe occidentale. Aux sceptiques on rappellera comment a démarré la déstabilisation de la Syrie, cette révolution des vendredis qui enflammait les rues à l'appel au djihad, le vendredi midi à la sortie des mosquées, et se dispersait à l'appel du sommeil, le vendredi soir ou le samedi au petit matin. On rappellera qu'il y a plus de mahométans en France qu'en Tunisie, plus de centres d'endoctrinement et de recrutement aussi même avant que ce pays ne ferme ses mosquées.
 
Dans les trois cas, il ne s'agit plus cette fois d'un pays de vingt millions d'habitants, mais il y a, bien plus qu'en Syrie, des franges de population susceptibles d'être rapidement enrôlées.
 
Delenda Carthago.

victoire syrienne

Les prochaines semaines vont révéler la défaite des troupes supplétives sunnites de l'OTAN et du Conseil de Coopération du Golfe en Syrie.
 
Il aura certes fallu pour cela que la Russie accepe de fournir à la Syrie un soutien militaire, ouvertement et en vertu d'un accord de défense signé entre deux pays souverains, reconnus et membres de l'ONU. La Russie s'y est résolue après quatre ans et demi d'une agression asymétrique et clandestine contre la Syrie, où l'axe agresseur a envoyé des centaines de milliers de combattants et terroristes mercenaires, leur a servi des salaires mensuels supérieurs au revenu moyen syrien, les a entraînés en Jordanie et en Turquie, les a armés, a assuré leur communication (largement calomnieuse) à travers les trois agences de presse de l'OTAN et leur diplomatie jusqu'au Conseil de Sécurité de l'ONU, leur a livré des armes chimiques interdites dès 2011 et les a lourdement protégés contre les conséquences internationales de l'usage de ces monstruosités (notamment sarin en 2013 et ypérite en 2015), leur a équipé une route logistique transfrontalière afin de leur acheter en Turquie le pétrole volé à la Syrie pour faire baisser les cours et blesser le principal exportateur mondial, et les a affranchis de l'obligation de respecter tant les lois et coutumes de la guerre que le droit conventionnel des conflits.
 
Au niveau opératif, et sauf intervention directe massive de l'OTAN, une ligne de front se figera certainement le long de l'Euphrate, après la libération totale d'Alep. Au niveau stratégique l'initiative reste cependant dans les mains de l'axe agresseur. L'axe tentera encore de convaincre les Kurdes de retourner leurs armes contre l'armée syrienne et de marcher vers le sud, ce qui fournirait aussi une justification à l'extension de l'occupation du nord de la Syrie par l'armée turque de l'OTAN, mais les Kurdes resteront aussi réticents à quitter leur région qu'à combattre l'armée régulière et à contribuer à l'établissement d'une dictature islamique sunnite. L'axe tentera encore de convaincre ses membres européens d'entrer en guerre ouverte contre la Syrie, après une gesticulation unilatérale au Conseil de Sécurité de l'ONU (cet échec à l'ONU devant justifier la "solution" militaire), mais le déploiement du parapluie antiaérien russe dissuadera à l'avance, ou neutralisera sur le terrain, leurs incursions pilotées ou téléguidées. L'axe peut certes choisir de continuer dans la voie dans laquelle il s'est résolument engagé le 17 septembre à Deir ez-Zor et le 25 au Conseil de Sécurité, à savoir l'escalade frontale, Etats-Unis en tête. Mais ceux-ci, bien qu'ils aient tout intérêt à souffler sur les braises pour garder un sujet de conflit, ne veulent pas forcément s'essouffler (au moment où ils entrent activement en guerre contre le Yémen) tant que la situation du dollar n'exige pas l'action extraordinaire qui ne pourra être jouée qu'une fois. Pour sa part la Russie ne fournira pas plus qu'une protection antiaérienne voire une couverture aérienne à l'armée syrienne, et n'a pas l'intention d'aller attaquer les troupes supplétives de l'axe atlantico-arabe là où elles sont appuyées par l'armée de l'air d'autres grandes puissances.
 
Tandis que l'essentiel de la Syrie pourra s'atteler à une normalisation et une reconstruction qui n'auraient pas été nécessaires si la Russie avait aidé dès 2011 à sceller hermétiquement la frontière turque, on peut donc s'attendre au détachement d'un triangle entre l'Euphrate, la frontière turque et la frontière irakienne, qui rejoindra l'état de délabrement et détresse du nord de l'Irak, c'est-à-dire un Etat Islamique fui par les populations violées et décapitées, et peu attractif pour les moudjahidines centre-asiatiques et ouest-européens qui comptent autant sur le butin et la gloire que sur le salaire.