lundi 29 août 2016

rapprochement n'est ni alliance ni convergence

La synthèse sur le rapprochement turco-russe appelle une clarification.
 
On n'évoquait là qu'un rapprochement stratégique en vue de la guerre qui se prépare, et uniquement dans l'optique où la Turquie anticiperait une victoire de la Russie sur le terrain, sans préjudice des implications en termes d'équilibres mondiaux pour la suite du siècle.
 
Quant au fond, ces deux pays sont mûs, hors contingences martiales étatiques immédiates, par des moteurs multiséculaires d'un poids et donc d'une inertie qui dépasse largement les capacités de manœuvre de leurs gouvernements respectifs. Leurs orientations ne sont pas, comme pour les jeunes (et excentrés) Etats-Unis d'Amérique, dictées par des préoccupations courtement tactiques dans l'abstraction volontaire ou l'ignorance sincère des grands mouvements de l'humanité. Les Etats-Unis, culturellement soumis aux diktats du court terme, commettent régulièrement des fautes géopolitiques et stratégiques dont certaines ont d'aillleurs déjà scellé leur courte histoire, et accessoirement aussi mis en péril la civilisation dont ils sont issus et la planète où ils sont situés.
 
En comparaison, on ne va pas revenir là sur mille ans d'histoire de la Turquie, mais ce qui est indéniable c'est que les peuples qui ont pris Moscou puis Constantinople et ont assiégé Vienne se voient régulièrement rappeler leur vocation à prendre Rome, encore dernièrement par le diplômé en théologie musulmane et président de la république Erdogan. Même certains peuples arabes, qui avaient accueilli avec soulagement la première croisade quelques décennies seulement après la conquête turque et qui ont été libérés du joug empaleur il y a tout juste un siècle, se laissent prendre au discours panislamique de la fin des éternelles querelles tribales bédouines. Au sud donc vers un monde arabe turbulent mais majoritairement musulman, à l'est surtout vers un monde turcophone récemment morcellé (fin de l'URSS) et culturellement acquis, et à l'ouest enfin vers une Europe dont l'Allemagne unifiée lui a réouvert les portes (en 1992) que l'Autriche avait réussi à plus ou moins contrôler pendant plusieurs siècles avant d'être démembrée il y a cent ans, la Turquie se sent le vent en poupe pour reprendre sa marche historique, que le gouvernement actuel vante à haute voix, comme à Strasbourg le 4 octobre 2015. Les descendants arabes du messager d'Allah sont divisés, le rôle du califat reste fidèlement et correctement assumé par l'université Al-Azhar et un simple mais solennel adoubement par celle-ci de la dirigeance turque suffirait à réunifier plus que spirituellement le monde sunnite.
 
De son côté le plus grand pays du monde, tout en se satisfaisant à lui-même et en n'ayant pas besoin des autres, se trouve à une convergence historique où d'une part les peuples ont réalisé la vanité pernicieuse du matérialisme sous toutes ses formes (communiste comme capitaliste) et se sont réapproprié leur héritage culturel et spirituel, et d'autre part le gouvernement s'est rendu compte qu'il reste le dernier bastion de la civilisation chrétienne, pour un temps identifiée à l'Europe. A cet égard il convient de rappeler que la Russie n'est pas seulement dépositaire de l'orthodoxie depuis longtemps minoritaire dans le monde chrétien, mais qu'en reconnaissant (tardivement) le message délivré par la Vierge à Fatima il y a un siècle le premier patriarcat en termes numériques, certes déviant en termes dogmatiques mais représentant cependant un sixième de l'humanité, a investi la Russie de la défense de la Chrétienté. A la veille d'être de nouveau détruite Rome a ainsi reconnu la passation historique du flambeau de Constantinople à Moscou il y a un demi-millénaire, peu après avoir accepté l'annulation des anathèmes réciproques qui ont divisé la Chrétienté pendant neuf siècles. Les populations russes ne sont pas plus conscientes de cette nouvelle investiture de leur pays que les populations anatoliennes le sont de la mission que reprend le leur, de même que les populations autochtones d'Europe occidentale n'ont pas réalisé qu'elles devront bientôt se lancer dans de grandes migrations vers le nord-est imposées par la conjugaison de l'extrémisation climatique et de l'expansion barbare.
 
Il n'y a donc rien de plus artificiel que les fantasmes de convergence philosophique "eurasienne" (ou orthodoxo-musulmane), imaginés par certains cosmogonographes étatsuniens prêchant le choc de "blocs civilisationnels" découpés selon des souhaits arbitraires et contre nature, adoptés par certains idéologues russes déçus de l'hostilité ouest-européenne, et vulgarisés par certains pourfendeurs d'un complot mondial "anglosioniste" et défenseurs d'un prétendu islam assagi imaginé en abstraction et par soustraction du Coran.
 
La Turquie millénaire, soutenue par les Etats-Unis du court terme, a relancé la conquête du monde par l'Islam. La Russie renaissante, et dont les territoires désertiques convoités par la patiente Chine surpeuplée pourraient abriter l'ensemble de la Chrétienté, a été investie de la défense de la civilisation face à la barbarie.
 
Si Constantinople voire Phocée étaient encore grecques, si Sotchi et Sébastopol n'étaient pas russes, si Contanta et Odessa étaient ottomanes, ou si l'hostilité des Etats-Unis envers la Russie ne passait pas par la mer Noire, la question des détroits ne se poserait pas de la même manière, ou pas du tout. Les rapprochements stratégiques dictés par la géographie présente pendant les épisodes martiaux des derniers soubresauts du monde capitaliste ne sont que circonstanciels.

vendredi 26 août 2016

rapprochement turco-russe

On s'interroge sur l'authenticité et la solidité du retournement soudain de la Turquie vers la Russie, à la veille de l'attaque de cette dernière par l'OTAN.
 
Sur le plan commercial, il est certain que la Turquie n'a pas plus d'états d'âme que les Etats-Unis d'Amérique, qui ont été les premiers bénéficiaires du blocus économique qu'ils ont réussi à faire imposer par l'Union Européenne contre la Russie, et qui leur a permis d'accroître considérablement leur commerce bilatéral avec celle-ci en 2015 puis en 2016. De la même manière, après s'être inconsidérément privée des retombées économiques (hypothétiques) du futur gazoduc russe en acceptant la décision uniopéenne de ne pas contourner le goulet d'interception ukrainien, la Turquie s'est inconsidérément privée du tourisme russe en abattant un avion russe en Syrie et en assassinant son pilote. L'effondrement subit du secteur touristique en Turquie cet été n'a pas été totalement compensé par le développement de l'industrie d'acheminement des masses de clandestins vers les îles grecques, secteur d'ailleurs en récession depuis que l'Union Européenne vient directement chercher les colons dans les aéroports turcs, aussi le rétablissement de liens, au moins de façade, avec la Russie, permet d'entrevoir un relèvement du secteur touristique.
 
Sur le plan politique, peu importe que les Etats-Unis aient réellement fomenté la tentative de coup d'Etat ou pas, le fait est qu'ils ont évité de condamner cette tentative avant d'être certains de son échec, contrairement à la Russie fidèle à son principe diplomatique de ne traiter qu'avec des gouvernements établis, fussent-ils ennemis comme le pouvoir issu du coup d'Etat de février 2014 en ex-Ukraine. Le fait est que les Etats-Unis ont refusé la demande du gouvernement turc d'extrader l'opposant Gulen, qui devait permettre au gouvernement d'Erdogan, qu'il soit victime ou coupable de cette tentative de coup d'Etat à l'origine d'une épuration massive, de désigner et juger un responsable.
 
Sur le plan des relations intercontinentales, la Turquie a compris d'une part que ses relations avec l'Union Européenne sont indépendantes de ses relations avec les membres de celle-ci, qu'il s'agisse de questions migratoires, tributaires ou autres, et d'autre part que les membres ne sont même pas d'accord entre eux quant aux mesures d'hostilité à mettre en œuvre fave à la Russie. Son indépendance reste donc entière par rapport aux membres européens de l'OTAN.
 
Sur le plan militaire justement, la Turquie, qui dispose de la deuxième plus grande armée de l'OTAN après celle des Etats-Unis et peut-être de la première en termes de capacités opérationnelles, et dont certains officiers généraux ont commandé les brigades de la guérilla islamiste en Syrie, a réalisé que les forces russes devancent désormais les forces étatsuniennes tant en termes de contrôle du théâtre d'opérations (électronique) qu'en termes purement techniques (supériorité des matériels), sans parler des facteurs humains comme l'acceptation des pertes propres, ou politiques comme la distinction entre les cibles militaires et la population ambiante. Elle a déjà eu plusieurs confrontations aériennes, parfois de simple intimidation réciproque, entre ses avions de fabrication étatsunienne et ceux de l'aviation russe, et elle connaît aussi de près la marine russe. Au fur et à mesure que les intentions étatsuniennes se précisent et se confirment, et que l'on passe des provocations épisodiques à un véritable engagement général, la Turquie aux premières loges peut être réticente à jouer les pions de première ligne d'une puissance lointaine.
 
Certes sur le plan géoculturel la Turquie a ses propres intérêts, qui ne sont pas au sud dans l'espace arabe (Syrie comprise) que l'empire ottoman a perdu il y a un siècle, mais à l'est dans l'espace turcophone désormais ex-soviétique mais toujours ex-turcoman. La Turquie n'avait d'ailleurs pas attendu la dissolution de l'URSS pour soutenir les perpétrateurs musulmans des massacres de chrétiens, comme à Soumgaït et Bakou. Ensuite elle a laissé passer les autres pays de l'OTAN (Etats-Unis en tête) venus entraîner en Géorgie les islamistes opérant en Russie (Tchétchénie, Ingouchie et Daguestan), mais elle s'est réservée le soutien à son protectorat l'Azerbaïdjan et menace régulièrement l'Arménie d'une intervention directe dont elle n'est dissuadée que par le soutien russe aux populations chrétiennes de la région (Arménie et Haut-Karabakh), déjà crédible après la deuxième guerre de Tchétchénie et encore plus depuis la mise en échec de la tentative géorgienne de vider l'Ossétie du Sud de ses habitants, à l'été 2008. C'est cependant dans le Caucase que la Turquie a ses véritables intérêts (énergétiques inclus) et doit concentrer les efforts de son jeu d'échecs permanent avec la Russie, plutôt qu'en Syrie où elle ne fait que représenter les intérêts atlantistes et arabes, au risque d'ailleurs de se fâcher à terme avec Israël si la Turquie devait avoir un jour une frontière (d'Etat ou de dépendances) commune, perspective inéluctable en cas de disparition ou démembrement de la Syrie.
 
La Turquie a besoin d'une entente plus ou moins cordiale, ou du moins d'un ménagement mutuel, avec la Russie car, sur le plan géopolitique, sa survie se trouve sur les détroits. Or la liberté de circulation dans les détroits est essentielle pour la Russie, raison pour laquelle tour à tour l'Angleterre, la France, la Turquie elle-même et aujourd'hui les Etats-Unis tentent de les clore pour interdire à la flotte russe l'accès à la Méditerranée et à l'Océan Indien. La convention de Montreux, plusieurs fois violée par les Etats-Unis ces dernières années, est la sage expression d'un équilibre local nécessaire à tous. Après quelques tâtonnements elle a été la condition sous laquelle les grandes puissances ont "rendu" à la Turquie les rives des détroits, et celle-ci sait qu'elle ne les garderait pas longtemps si elle décidait de les fermer définitivement aux riverains de la Mer Noire. La Turquie ne craint certainement pas que la Grèce puisse rêver de reprendre la Thrace orientale, mais elle ne peut pas ignorer qu'en cas de conflit militaire ou civilisationnel majeur avec la Russie celle-ci pourrait être tentée de libérer Constantinople, ce qui relèguerait la Turquie à l'Asie mineure.
 
C'est là que se trouve le nœud de la relation turco-russe. Le Caucase n'est qu'un théâtre secondaire, car même si la Turquie s'en croit souveraine historique son existence n'y est pas engagée, et ne le serait pas même si la Russie s'y sentait plus qu'un simple devoir de solidarité avec les peuples chrétiens locaux. La Turquie et la Russie pourraient même s'affronter sérieusement dans le Caucase, aucune ne pourrait y saigner fatalement son adversaire. Mais il n'en est pas de même des détroits, qui sont vitaux pour la Russie et existentiels pour la Turquie. Le status quo actuel n'est peut-être pas parfait mais il a survécu à la deuxième guerre mondiale et à la confrontation entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie. Or dans la prochaine et imminente guerre que l'OTAN, dont fait partie la Turquie, prépare contre la Russie, la fermeture des détroits figure certainement parmi les objectifs prioritaires des Etats-Unis. La Turquie aura donc un choix crucial à faire pour éviter de se retrouver, à l'issue, dans le camp des vaincus.
 
Tant que la confrontation majeure n'est pas en cours, la Turquie peut combattre la Russie en Syrie, théâtre qui intéresse surtout l'OTAN, ou dans le Caucase, théâtre qui intéresse autant la Turquie que la Russie. Mais lorsque les armes parleront autour du Bosphore et des Dardanelles, la Turquie n'aura pas d'autre option que de se ranger du côté du futur vainqueur.

offensive terrestre de l'OTAN en Syrie

L'offensive terrestre de l'OTAN en Syrie, passée au stade blindé hier 24 août, ne fut pas une surprise.
 
Déjà le 9 juin le gouvernement français a reconnu avoir introduit des troupes terrestres sur le territoire national de la Syrie, sans dire depuis quand. Au même moment la Syrie protestait aussi contre la présence avérée de forces allemandes, et la BBC préparait un reportage sur les forces britanniques, qui serait diffusé le 9 août. Ces trois armées, comme celle des Etats-Unis d'Amérique, prétendent n'avoir que des forces spéciales à vocation d'instruction. Tout d'abord il faut rappeler qu'aucune organisation internationale légitime n'a donné mandat aux pays de l'OTAN d'instruire la guérilla islamiste en Syrie. Ensuite et pour le profane il faut préciser que ce que l'on appelle pompeusement aujourd'hui forces spéciales sont des troupes régulières, certes spécialisées dans les opérations spéciales c'est-à-dire essentiellement par leur mode d'engagement. Lorsque le gouvernement français prétend "compenser" la dissolution ou la réduction d'une grande unité (parachutiste, héliportée ou amphibie par exemple) par la montée en puissance d'un corps hautement spécial de cent hommes au sein d'un rutilant commandement des opérations spéciales, il ne fait que transférer hors du commandement terrestre une compagnie rescapée d'un régiment de la grande unité dissoute ou réorganisée, mais il s'agit des mêmes hommes dotés des mêmes équipements et entraînés aux même modes d'action : on change le béret mais on réduit cependant le volume de troupes disponibles pour les actions dans la profondeur ou hors front, qui sont les seules que l'on puisse encore mener après la dissolution du corps de manœuvre.
 
En réalité la présence de troupes des pays de l'OTAN sur le théâtre d'opérations (en Syrie) en complément de celles des pays arabes confirme l'échec ou l'insuffisance de l'entraînement de ces dernières par les premières dans les bases arrières de Turquie et de Jordanie, menée par des instructeurs spécialisés : c'est là tout le sens du passage de relai des militaires spécialisés aux forces spéciales. L'instruction au camp est dispensée par des spécialistes, en général sous-officiers, et relevant selon la technique qu'ils enseignent de l'arme des transmissions, de l'artillerie, du génie la coopération militaire française a élevé au niveau de l'excellence l'organisation de la formation militaire et tactique de pays (pas des insurrections comme en formait l'URSS) brutalement confrontés à une menace supérieure à leurs attentes et capacités stratégiques. Les détachements d'assistance technique, pour leur part, constitués conjointement par l'arme d'emploi (infanterie ou cavalerie par exemple) et par le service de maintenance (matériel) voire avec une participation civile industrielle (constructeur), ont pour mission de former les combattants étrangers, autrefois soldats réguliers de pays reconnus, à l'utilisation des matériels vendus ou cédés par la France. Mais on n'envoie pas une unité constituée pour instruire des forces étrangères. Une unité constituée, avec son encadrement organique tactique et avec son tableau d'effectifs au complet, y compris ses soldats qui sont plus fréquemment des exécutants que des pédagogues, n'a pas une vocation d'instruction mais d'action. Au demeurant, quand les reportages montrent des Français le FAMAS à la main ça ne peut pas être pour instruire des combattants armés de M16 comme l'Etat Islamique ou de AK47 comme les factions plus pauvres, de même qu'on n'enseigne pas l'usage tactique du pick-up Toyota sur un véhicule blindé léger fermé. Plus généralement, on n'enseigne rien sur le théâtre même des opérations. Quant au fameux conseiller militaire, celui que la France envoyait auprès d'un état-major étranger ou celui que l'URSS détachait comme commandant adjoint de la moindre unité élémentaire de l'armée assistée, il est officier, il n'est pas forcément armé, et il est véritablement intégré à la structure d'accueil donc il n'est pas envoyé avec son unité organique.
 
Il y a certes le cas des Etats-Uniens, appartenant à une armée régulière ou des unités corsaires privées toutes plus connues pour la lourdeur de l'index (le doigt qui appuie sur la détente) que pour les qualités pédagogiques, et qui sont donc envoyés directement comme servants d'armes modernes récemment livrées que les moudjahidines afghans ou lyonnais n'ont pas étudiées dans leurs champs de pavot ou leurs centres sociaux de banlieue, en particulier les nouveaux missiles antiaériens légers censés priver l'armée régulière syrienne de l'appui aérien russe. Mais pour l'essentiel les forces spéciales des pays européens de l'OTAN sont engagées en unités constituées, du niveau de la section ou de la compagnie, pour éclairer (et parfois tirer vers l'avant) les forces de la guérilla. Celles de la France sont, aux dires (toujours tardifs et rarement exhaustifs) du gouvernement, uniquement affectées aux Forces [modérément] Démocratiques Syriennes, qui combattent modérément par les armes l'armée régulière loyale au gouvernement élu et ne terrorisent que modérément la population du nord-est, où elle décapitent modérément surtout les enfants et ne dispersent des charges chimiques modérées que par mortiers, faisant là le "bon boulot" que leur reconnaissait le ministre français des Affaires Etrangères le 12 décembre 2012.
 
Comme on l'écrivait dès le début de l'agression contre la Syrie, une offensive terrestre majeure et, le cas échéant, une occupation, ne pouvait être exécutée que par la Turquie, plus puissante armée de terre de l'OTAN après celle des Etats-Unis, et de plus voisine contigüe de la Syrie. Coïncidemment, les Etats-Unis d'Amérique ont, ces dernières semaines, retiré leurs avions de la base aérienne d'Incirlik, mais aussi appelé tours leurs ressortissants à éviter la Turquie et plus particulièrement le sud, même en cas d'intérêts commerciaux privés. La semaine dernière ils ont appelé l'aviation russe à éviter le nord-est de la Syrie. L'opération blindée lancée hier par la Turquie exige la maîtrise aérienne de la zone d'opérations, qui, compte tenu de l'indigence antiaérienne organique des grandes unités terrestres de conception OTAN, ne peut être assurée que par une force aérienne. Soit cette opération a stratégiquement planifié le sacrifice d'un groupement blindé, soit plus vraisemblablement elle implique ce que les stratèges de l'OTAN appellent pudiquement l'établissement d'une zone d'interdiction aérienne (à l'ennemi, en l'occurrence l'aviation de la Syrie), c'est-à-dire la confiscation (saisie et occupation) d'une portion de l'espace aérien syrien, si longtemps demandée par la Turquie à ses parrains, ce qui signifie un repli (ou un aquiescement) de l'armée de l'air russe à laquelle la Syrie a confié le contrôle et la gestion de cette partie de son espace aérien. L'armée de l'air turque a d'ailleurs fourni un appui feu direct au raid blindé, par des attaques au sol contre des positions kurdes (de Syrie) près de la ville de Jarablos.
 
Autre provocation manifeste, en expliquant la modération de son incursion terrestre sur le territoire de son voisin, le gouvernement turc a pris soin d'annoncer hier 24 août qu'une seule dizaine de chars de combat était entrée en Syrie, et aujourd'hui 25 qu'une deuxième unité du même volume l'avait rejointe. Le commandement militaire turc ne peut avoir aucune illusion quant à l'effet tactique d'un ou deux escadrons, ce qui signifie évidemment qu'il n'a mentionné que les matériels majeurs (le char de combat impressionne toujours la presse), lesquels sont évidemment accompagnés d'infanterie, d'appuis et de soutiens. Mais en ne parlant que d'unités élémentaires, on affirme que le commandement du régiment est resté en Turquie, soit dans un état-major de campagne soit même à la caserne, et on ne mentionne même pas la grande unité qui conduit nécessairement une opération, même présentée comme mineure, d'intrusion et intervention dans un pays voisin, dont la dimension aéroterrestre, donc interarmées, est pourtant nécessaire. En d'autres termes, on invite l'ennemi, c'est-à-dire autant le pays dont on viole le territoire et la souveraineté que l'allié auquel ce dernier a demandé assistance militaire, à exercer son droit de poursuite ou une frappe de décapitation du commandement sur le territoire même de l'envahisseur, en l'occurrence en Turquie, dans un pays membre de l'OTAN qui ne manquerait pas alors de se déclarer agressé et d'en appeler à l'application de l'article V du traité de Washington, après convocation outrée de la presse pour l'instant bannie de toute la bande frontalière sud de la Turquie.
 
C'est pourtant bien l'OTAN qui a pris l'initiative et agressé la Syrie. Non seulement aucune autorité de l'alliance ou d'un quelconque pays membre n'a condamné l'agression turque, mais l'OTAN n'a pas non plus démenti les déclarations de l'état-major turc, parues dans toute la presse du pays, selon lesquelles il ne s'agit pas d'une opération turque en Syrie mais d'une opération de l'OTAN contre l'Etat Islamique (en Syrie puisque c'est là que les membres de l'OTAN l'ont installé). Parenthèse, bien que tous les pays qui interviennent en Syrie prétendent aujourd'hui lutter contre ledit Etat Islamique créé par les Etats-Unis, il n'y a en réalité en Syrie que deux partis, d'une part le gouvernement légitime, soutenu par la très grande majorité de la population y compris les Kurdes qui ont créé leurs milices défensives dans leurs régions éloignées, et d'autre part la guérilla islamiste, soutenue tant par l'Alliance Atlantique que par les pays arabes, même si ces derniers ont leurs préférences respectives parmi la multitude d'unités qui changent de nom tous les six mois au gré de leurs espérances de recevoir une subvention arabe sous condition d'inclure l'adjectif "mahométan" dans leur intitulé ou un lot d'armement européen sous condition de le remplacer par "démocratique". Le ministre turc de la Défense Fikri Isik a déclaré que la Turquie ne retirerait ses troupes de Syrie qu'après avoir livré le contrôle de cette région à l'Armée Syrienne Libre. Or l'ASL n'existe pas, du moins sur le terrain en Syrie, puisqu'elle n'est plus qu'une vitrine présente en Turquie pour recevoir le jour les fonds, armes, combattants et journalistes envoyés par les pays occidentaux ou arabes, et auprès de laquelle viennent s'approvisionner la nuit les diverses factions islamistes plus ou moins rivales qui combattent le gouvernement légitime syrien et terrorisent la population.
 
De toute évidence, quel que soit l'objectif stratégique de l'OTAN, qu'il soit de défaire définitivement la Syrie ou d'en découdre avec la Russie, l'objectif opératif est bien l'ouverture d'un couloir terrestre de renforcement des forces islamistes d'Alep à partir du nord, afin de leur acheminer de Turquie les renforts matériels et humains qu'elles réclament depuis que l'appui aérien russe a permis à l'armée régulière syrienne de mettre fin au siège du quart ouest de la ville et de secourir les 80% de la population qui s'y sont réfugiés au fur et à mesure de la prise et de la destruction des quartiers est et nord par les terroristes islamistes. Parallèlement une grande campagne médiatique, dont on reparlera, prétend exiger la fin de la contre-offensive de l'armée gouvernementale qui vise à libérer Alep (les parties occupées par les islamistes), et quelques membres bien intentionnés de l'OTAN et du conseil de sécurité de l'ONU préparent certainement une proposition de résolution dans le même sens, qui leur permettra de désigner la Russie comme trouble-guerre s'opposant à l'adoption d'une résolution pacificatrice
 
De son côté et à son habitude, la Russie ne répond pas aux provocations de l'OTAN et semble tacitement accepter l'opération terrestre tant qu'elle reste limitée à la séparation des milices kurdes et ne menace pas directement l'opération syrienne de libération d'Alep.

rappel pour la sécurisation des églises

En abrogeant l'urgence plutôt que l'état, le gouvernement a signifié qu'il s'accommodait de la menace (il a d'ailleu...