dimanche 24 janvier 2016

Calais - quelle issue et quand ?

On demande où va Calais, comme si ce petit épiphénomène importait plus que la chicane d'un PC de compagnie dans les Ifoghas ou la peinture de la grille d'un consulat à Tegucigalpa.
 
Le gouvernement a démontré son désintérêt pour une enclave extraterritorialisée de quelques milliers d'humains de nationalités et allégeances indéterminées, minuscule en comparaison avec les milliers de zones de droit non-français (imposé à des citoyens français) de dizaines ou centaines de milliers d'habitants chacune qui parsèment maintenant le territoire national et ceinturent même certaines métropoles majeures. Il y accepte l'application d'un autre droit, que ce soit en matière de mouvement, propriété et occupation, habitat, normes sanitaires, bromatologie, taxes (personne ne s'imagine que la direction des camps laisse ouvrir des restaurants et commerces sans les taxer), statuts des personnes et relations interpersonnelles, détention d'armes etc. et finalement le principal scandale administratif est qu'il y déverse des milliers d'allocations de présence illégale à des personnes dont il ne cherche pas à connaître l'identité, et qui n'ont aucune vocation à revenir sur le territoire français administré. Il y a immobilisé le dixième des forces de maintien de l'ordre de deuxième catégorie françaises (pour une simple contention à distance sans vélléité de restauration de l'ordre), ce qui n'est évidemment tenable que tant qu'il ne se produit pas le moindre petit événement ailleurs, sacrifice peut-être consenti pour éviter une réaction populaire des Calaisiens, le temps que les quartiers les plus proches du chancre se vident de leurs habitants, dans l'acceptation semble-t-il de l'usurpation et la ré-allocation des maisons abandonnées à la nouvelle population, par des organisations subversives que le préfet du Pas-de-Calais Fabienne Buccio et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ont nommément désignées sans pour autant fermer leurs comptes bancaires d'approvisionnement indéterminé ou inculper leurs dirigeants.
 
On ignore si les coûteuses mesures d'éloignement physique pour moins de cinq jours dénoncées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (Adeline Hazan) et le non gouvernemental Comité inter-mouvements auprès des évacués (CIMADE) visent des agitateurs déterminés ou simplement un pourcentage aléatoire de surnuméraires volontaires pour un tourisme de haut vol de quelques jours dans d'autres régions, puisque ces mesures de rétention administrative sont systématiquement annulées au bout de quelques jours et les procédures de décision d'obligation de quitter le territoire français (obligatoires pour détourner l'usage des Centres de rétention administrative) abandonnées... peut-être justement parce que la préfecture du Pas-de-Calais considère le retour immédiat des intéressés à la Nouvelle Jungle comme une sortie du territoire sous souveraineté française, ou parce qu'elle n'a aucun moyen d'obtenir le nom et la nationalité de personnes pratiquement toutes sans papiers d'identité, bien que récipiendaires des allocations de présence illégale en espèces, en plus de la nourriture en excès qui, elle, est servie en nature.
 
Ce qui est certain, c'est que si le gouvernement envisageait une réduction à terme de la colonie il interdirait l'arrivée de nouveaux colons, ce qui ne doit pas être techniquement insurmontable s'agissant de quelques dizaines d'hectares en une seule emprise facilement isolable par quelque enceinte grillagée, et s'il envisageait une intégration à terme il y réintroduirait les lois françaises, en commençant par arrêter et présenter à la justice, à titre éducatif, d'abord les chefs et membres des commandos effectuant des opérations à l'extérieur de l'enclave (recherche de femmes, pillage de commerces, abordage de camions, intrusion dans les installations binationales et maintenant capture de bateaux), puis les membres du service de sécurité périmétrique de l'enclave, puis les professionnels des métiers illégaux (consultants en clandestinité, entraîneurs paramilitaires, trafiquants d'armes, extorteurs) ou pratiqués illégalement (restauration, commerce), au lieu de se limiter à tenter d'empêcher les seules actions hors enclave qui sont de nature à nuire aux relations avec le Royaume-Uni, objet de plus d'attention que la population du Calaisis.
 
Or l'Etat feint la passivité, en particulier par l'absence de réponse au téléphone (préfecture comme services centraux du ministère de l'Intérieur) chaque fois qu'un commandant d'unité sur le terrain demande des instructions face à une situation qu'on considèrerait ailleurs comme anormale, obligeant les officiers de gendarmerie mobile et cadres de companies républicaines de sécurité à prendre leurs propres décisions, à savoir retraite, défense ferme ou contre-attaque et interpellations, et introduisant ainsi un élément de subjectivité qui, loin d'être un aléa ou une incertitude, permet aux commandants d'unité adverses (qui sont européens voire français, que leurs troupes soient érythréennes ou afghanes) d'établir des profils psychologiques afin de savoir à quelle réaction s'attendre selon quelle CRS ou quel escadron de gendarmerie est de service à telle heure dans telle zone. Mais, simultanément, le gouvernement laisse entreprendre tous les travaux de pérennisation et durcissement des camps, de la viabilisation à l'installation d'administrations non étatiques (ou du moins non françaises) en passant par la construction d'installations sanitaires et de confort en dur, et laisse passer les opérations d'intimidation visant à chasser la population calaisienne afin d'étendre l'enclave vers des quartiers ex-résidentiels en cours d'abandon.
 
Tout cela signifie que le gouvernement n'a l'intention ni de prendre subitement ou résorber progressivement l'enclave, ni de la normaliser pour la réintégrer dans le tissu régional souverainement administré. Il la laisse prospérer, s'endurcir et croître, sachant évidemment que son objectif est de prendre le contrôle, à terme, des terminaux transmanches d'où seule une opération militaire sanglante (évidemment exclue) permettrait ensuite de la repousser. La timide contention semble donc n'avoir pour objet que de retarder (et présenter comme inéluctable) l'issue apparemment déjà acceptée, la chute des installations côtières et l'accès à la mer de la zone d'extraterritorialité qui cessera ainsi d'être une enclave et pourra donc se transformer en une sorte de capitainerie de Bodrum (du nom de la plus célèbre base turque d'assaut vers la Grèce).
 
Si l'issue semble certaine, puisque permise, on peut s'interroger sur sa date. On ne voit qu'une raison pour laquelle le gouvernement français, si impérieux envers d'autres peuples (y compris les siens), veuille ménager ceux de Grande-Bretagne, c'est pour éviter d'influencer négativement le referendum sur le rétablissement de la souveraineté britannique. Si le referendum se tient le 16 juin, les installations portuaires, routières et côtières pourront être abandonnées (ou "tomber" malencontreusement) dès le lendemain.
 
La question de la reconnaissance de la sécession d'une portion de territoire déjà de facto indépendante est traitée dans le Septième Scénario, la question de l'abandon ou de la violation par l'exécutif des textes votés par le législatif est traitée dans la Huitième Plaie. La France va mal parce que son régime fait mal.

samedi 23 janvier 2016

la huitième plaie

Stratediplo était dernièrement occupé à synthétiser et interpréter des données éparses pour élaborer une information intelligible : la Huitième Plaie (sous-titre "migrants 2015, l'avant-garde").
 
Par sa résolution 2240 le conseil de sécurité de l'ONU a reconnu qu'une guerre était menée contre l'Union européenne ("rupture de la paix et acte d'agression"), bien qu'on lui ait fait prendre cette résolution symbolique (pour rassurer les peuples) face aux infiltrations artisanales de diversion du sud alors qu'une opération étatique majeure, dix fois plus importante en volume, est menée à l'est. C'est une agression asymétrique car menée en civil, et désarmante car jouant sur la compassion, une caractéristique essentielle de la civilisation attaquée. Les plus hautes autorités mondiales, de l'ONU au Saint-Siège en passant par le FMI, Goldman Sachs et le Bilderberg, enjoignent aux peuples européens de se laisser envahir par des "migrations de remplacement" (selon le mot de l'ONU en mars 2000) et annoncent des millions d'autres intrus pour cette année puis des dizaines de millions pour l'année prochaine. Les exécutifs ex-nationaux (hormis de rares et petites exceptions), tout en feignant parfois le "je vous ai compris !", font plus ou moins ouvertement le jeu de l'agresseur, ou l'ont même parfois préparé comme en France par la loi 2012-1560 passée en catiminini pour dépénaliser le séjour irrégulier et interdire le contrôle de toute personne d'apparence étrangère. Ces gouvernements ont signé le 29 novembre 2015 des capitulations admettant de facto la Turquie dans l'espace Schengen, lui promettant un lourd tribut annuel, lui demandant de sélectionner des colons, et bien sûr l'autorisant à poursuivre l'occupation militaire de Chypre, tout en l'assurant qu'on n'empêchera pas sa marine de continuer d'acheminer des barges pneumatiques de débarquement vers une Grèce soumise par les sanctions financières. Surtout, ces gouvernements sont sur le point de régulariser illégalement deux millions d'intrus hors-la-loi, ce qui accorderait immédiatement un droit (légal) de regroupement à douze millions d'ayants-droit (pour lesquels on mettra en place un pont aérien gigantesque). Or pour paraphraser l'ancien ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski, deux millions de clandestins c'est l'effectif de deux cents divisions. Afin d'éviter l'irréparable il faut impérativement empêcher cette imminente régularisation massive, tant qu'elle est illégale.
 
Il fallait exposer maintenant les chiffres, les enjeux, les acteurs, les desseins, les feintes et les pièges. Tel est le sens de ces 300 pages, préfacées par une autorité du droit et de la sécurité et publiées le 20 janvier, à temps pour contribuer aux débats du 6 février.
 
4° de couverture : Les membres de l'Union européenne s'apprêtent à régulariser deux millions de hors-la-loi introduits illégalement par voie de fait en 2015, afin d'inviter leurs douze millions d'ayants-droit au regroupement familial, tout en accueillant encore huit millions (certains disent treize) de nouveaux hors-la-loi en 2016 pour ouvrir la porte au regroupement familial de leurs quarante-huit millions d'ayants-droit en 2017. Le gouvernement français, aussi discret sur les chiffres que pendant la canicule de 2003, a déjà réservé 20 % de ces soixante-dix millions d'hères venus d'un autre monde. Dans le monde façonné par les philosophies de la raison depuis trois mille ans et de la compassion depuis deux mille, et aujourd'hui objet d'une agression asymétrique majeure par un ennemi qui affiche ses intentions, le civilisé aimerait accomplir son devoir face à un ennemi mâle, armé, agressif et en uniforme, et redoute de se retrouver face à une fillette nécessiteuse, implorante, désarmée et affamée, pas haïe mais ennemie. C'est à la Cité d'émettre l'ordre conservatoire. La régularisation illégale est inacceptable, il n'y a pas d'alternative heureuse à l'application des textes votés. S'ils veulent survivre, les peuples d'Europe doivent de toute urgence contraindre leurs gouvernements, actuels ou de substitution, à l'obéissance civile.