lundi 30 novembre 2015

l'état d'urgence n'est pas un coup d'état - mais ça viendra

Un blogueur ami s'interroge avec pertinence sur la possibilité que l'état d'urgence puisse conduire à repousser un scrutin majeur comme l'élection présidentielle, ce qui "conduirait de facto à un coup d'état".
 
Au niveau des textes, l'état d'urgence ne donne de pouvoirs spéciaux essentiellement qu'au ministère de l'Intérieur et à ses échelons déconcentrés, dont les décisions ne sauraient s'imposer à des autorités de niveau supérieur au ministre de l'Intérieur ou entraver le fonctionnement d'institutions hiérarchiquement supérieures. Par ailleurs l'état d'urgence entend faciliter par des mesures temporaires les actes de maintien de l'ordre, dans le cadre de la légalité et pour une durée limitée. A un niveau supérieur, celui du président de la République, même les pouvoirs exceptionnels prévus par l'article 16 de la Constitution excluent la dissolution de l'Assemblée nationale ou le dessaisissement de l'Assemblée ou du Sénat, et sont réexaminés par le Conseil constitutionnel, sur demande des parlementaires ou de plein droit après soixante jours. Ces états d'exception (comme l'état de siège prévu par l'article 36 de la Constitution) ne mettent donc pas fin à l'état de droit. Et en ce qui concerne précisément les élections (y compris régionales), seul le Conseil constitutionnel peut en modifier le calendrier. On parle là bien sûr de la V° République, un cadre certes relatif puisque son président vient de confesser qu'il faut modifier la Constitution actuelle, à ses yeux inadaptée au nouveau contexte révélé par une association de huit malfaiteurs.
 
Car au niveau des principes, le seul dogme de base inchangé en France depuis la Révolution, à travers les (sauf erreur) 22 constitutions qu'a connues le pays en 225 ans, c'est que la souveraineté appartient à la Nation ; mais c'est un principe, pas un mode opératoire. La démocratie, mot peu prioritaire au XIX° siècle mais consacré au XX°, est un idéal dont tout essai d'application concrète est par définition imparfait, et n'exclut pas la pratique du coup d'état, la volatilité du bon vouloir de la Nation s'accommodant mal de la rigidité d'une constitution écrite. Par exemple les moralistes attachés aux principes estimeront que le président de la République doit tenir compte du changement d'opinion exprimé par une victoire écrasante du Front National aux élections régionales en nommant un premier ministre de ce parti pour changer de politique, et les constitutionnalistes attachés aux textes estimeront au contraire que le président de la République a été élu en connaissance de cause pour mener pendant tout son mandat une politique socialiste indépendamment des fluctuations de l'opinion exprimées dans des scrutins à finalité distincte. Faute de source d'autorité supérieure à la volonté de la Nation les deux positions sont défendables, celle des idéalistes tenants de la révolution permanente comme celle des pragmatiques tenants de la stabilité par mandats périodiques, celle des sans illusion qui pensent que la Nation est inconséquente et qu'il faut respecter ses moindres sautes d'humeur comme celle des croyants qui pensent que la Nation est responsable et qu'il faut la tenir aux engagements qu'elle prend pour une période déterminée. Invariablement les petits différends de début de période entre moralistes et constitutionnalistes divergent en oppositions irréconciliables avec le temps, dont l'issue est fatalement le coup d'état. Invariablement aussi, après le coup d'état les moralistes du régime précédent se divisent entre ceux qui se satisfont du nouveau texte et ceux qui prônent toujours la révolution permanente, et les constitutionnalistes du régime précédent se divisent entre ceux qui reconnaissent la légitimation du nouveau texte et ceux qui veulent revenir au précédent. Et le fait est que le coup d'état, pratiquement inconnu en France pendant huit siècles, est devenu l'une des modalités courantes de changement de régime depuis deux siècles, généralement suivie d'une légitimation a posteriori sous une forme ou une autre, de valeur évidemment aussi relative que la légitimation du régime précédent, faute de principe de légitimité transcendant supérieur à la volonté du souverain (la Nation). Si l'on inclut dans la définition du coup d'état non seulement la prise de pouvoir (ou son changement autoritaire de forme) mais également l'abus formel de pouvoir, c'est-à-dire la violation de la constitution (comme l'entrée en guerre non autorisée par le Parlement en 1999) et l'abus spirituel de pouvoir, c'est-à-dire la violation de la volonté souveraine de la Nation (comme la ratification reformulée en 2007 d'un traité rejeté par référendum en 2005), ainsi que la modification permanente, en comités censitaires restreints, d'une constitution approuvée par référendum universel direct, le coup d'état permanent en douceur a pris la place du coup d'état brutal classique du type de ceux du colonel de Gaulle, comme son dernier opéré "à l'amiable" en 1958 sous la menace de l'opération Résurrection préparée comme plan B.
 
La faiblesse congénitale de la république au sens français est que sa seule légitimité est la constitution, or par définition tout ce qui est constitué peut être destitué : si on admet que quelques élus ou une masse constituante peuvent écrire un texte suprême, on doit accepter que les mêmes ou leurs successeurs puissent l'amender, le rejeter ou en écrire un autre. Du point de vue des sources du droit et de la solidité conceptuelle de l'Etat, ces textes dictés ou votés ne sauraient être comparés avec des Lois Fondamentales accumulées siècle après siècle par la coutume et qu'aucun Roi, aucune Assemblée et aucun Parlement ne pouvait modifier seul et par écrit (au plus tenter d'interpréter à leur niveau). Après plus de deux siècles on ne peut que constater comme un fait, sans préjudice d'opinion, que l'Ancien Régime certes évolutif est aujourd'hui cité au singulier, alors que peu de politiciens ou juristes sont capables de compter avec assurance combien de nouveaux régimes se sont succédés en deux siècles, généralement au moyen de coups d'état ("révolutions" comprises).
 
Un recensement rapide montrant d'ailleurs que les régimes constitutionnels français ne résistent pas aux guerres et aux crises majeures (l'unique exception ayant été la III° République), l'actuelle V° République, dont huit assassins et cent trente morts semblent imposer au président une révision constitutionnelle, devrait effectivement se terminer, comme les autres, par un coup d'état.

dimanche 29 novembre 2015

victoire turque ou capitulation uniopéenne ?

Ce 29 novembre a été formalisé entre l'Union européenne et la Turquie l'accord que le président de la Commission Jean-Claude Juncker avait promis à la Turquie le 5 octobre, imposé dans les conditions que l'on sait (www.stratediplo.blogspot.com/2015/10/sommet-de-dupes_15.html) au Conseil des chefs d'état de l'Union européenne le 15 octobre, et confirmé par la voix de la chancelière allemande Angela Merkel le 18 au président turc Recep Tayyip Erdoğan.
 
Pour mémoire, lorsque Mme Merkel était allée présenter à Ankara la signature des chefs d'Etat de l'Union, qui avait d'ailleurs coûté au président Juncker l'interruption du sommet européen prévu initialement pour se poursuivre le 16 octobre, le président Erdoğan avait alors relevé ses prétentions puisque le soutien militaire de la Russie à la Syrie venait de priver l'Union européenne de la possibilité d'offrir à la Turquie une bande de territoire syrien. Mme Merkel ne publia aucun compte-rendu de sa mission, mais la presse turque parlait du relèvement du tribut à douze milliards d'euros au lieu du milliard annoncé par M. Juncker au Parlement européen, et des trois milliards proposés en réalité à la Turquie.
 
On a su par la suite que le président Erdoğan avait trouvé une formule conciliatoire, à savoir seulement trois milliards d'euros, mais annuels au lieu d'une fois pour toutes. Par ailleurs le grand public ignore de combien a été relevée la promesse d'installation dans l'Union européenne du demi-million de colons à envoyer par la Turquie.
 
Depuis lors, la Turquie a fait le 24 novembre sa démonstration de force militaire et de détermination politique auprès de la première puissance militaire européenne et deuxième puissance nucléaire mondiale, et a reçu à cette occasion l'expression de la solidarité totale, politique et militaire, des Etats-Unis d'Amérique et de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, qui ont confirmé que la Russie était leur ennemi commun et ont donné raison à la Turquie d'avoir violé l'espace aérien de la Syrie pour y attaquer les forces armées russes qui soutiennent les forces syriennes contre la guérilla armée par la coalition islamo-atlantiste.
 
Si la Turquie semble avoir perdu un point puisque l'espace Schengen ne sera totalement ouvert sans nécessité de visa aux Turcs, ou aux porteurs de simili-passeports turcs, qu'à partir du 1er octobre 2016 au lieu du 1er janvier comme exigé initialement, ce retard n'est vraisemblablement dû qu'à une complication administrative qui aura empêché d'appliquer cet accord dans un mois.
 
On notera d'ailleurs que, bien que le prétexte à cet accord soit la "crise des réfugiés", l'Union européenne ne conditionne pas le versement du tribut à l'application par la Turquie de la Convention internationale de 1951 sur les réfugiés (que la Turquie a signée) : elle ne la mentionne même pas, comme elle ne rappelle pas non plus à la Turquie ses obligations au titre de la Charte européenne des droits de l'homme, tant vis-à-vis des réfugiés immigrés d'aujourd'hui que de la population chypriote déportée par la Turquie en 1974, et toujours dans des camps.
 
L'Union européenne omet comme d'habitude d'enjoindre la Turquie à appliquer le Traité de Garantie de Chypre de 1960, ainsi que les nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU réaffirmées depuis plus de quarante ans, de juillet 1974 (résolution 353) à juillet 2015 (résolution 2234). L'Union reprendra le mois prochain les "négociations" (sur de nouveaux aspects puisque la Turquie n'applique pas ceux déjà expliqués) d'adhésion de la Turquie à la partie de l'Union européenne qu'elle veut bien reconnaître, sans exiger la reconnaissance de tous ses membres actuels ni la fin de l'occupation militaire de l'un de ses membres par ladite Turquie.
 
Quelles que soient les modalités et la périodicité exactes du paiement du fameux tribut uniopéen, cet accord est donc bien une réaffirmation de la soumission inconditionnelle de l'Union européenne à la Turquie.

mardi 24 novembre 2015

pourvu que je me trompe - déjà dix jours

<<Le 14 novembre à l'issue d'un conseil ministériel de crise, le ministre de l'Intérieur déclare que la conjoncture à "Alexandrite" est préoccupante mais que le gouvernement prend les mesures nécessaires pour garder le contrôle de la situation. L'état d'urgence prévu par la loi du 3 avril 1955 est décrété pour douze jours dans le département concerné, afin de permettre l'instauration d'un couvre-feu.>> (le Septième Scénario, août 2015, page 85).
 
Pour la suite, j'attendais qu'on me dise que je me suis trompé. Après les félicitations de quelques officiers généraux, seraient venues des critiques montrant une erreur d'hypothèse, un facteur socio-politique ignoré, un mode d'action révolutionnaire ou une division d'infanterie oubliée, de nature à changer l'issue ou même la vraisemblance de la confrontation (et pas un "y'a qu'à Racca" qui ne trompe personne). Il y a des forums pour la polémique, et j'ai publié mon email.
 
N'étudiant que des scénarios de confrontation armée pour rester dans le domaine de la défense, je n'envisageais pas une prorogation de la crise intérieure majeure de basse intensité, l'éloignement de la flotte et de l'aviation vers un théâtre de diversion, l'accoutumance des populations au pire et, peut-être, un acte gouvernemental terriblement irréfléchi ou machiavélique dans moins d'un mois.

résolution 2249 et guerre contre la Syrie

La résolution 2249 du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies, qui prépare la guerre contre la Syrie, vient d'être publiée. Votée vendredi 20, elle était sous embargo jusqu'à ce lundi 23, à 18h30 heure de New-York, mais s'avère foncièrement identique au projet rédigé et diffusé en anglais par la France.
 
Pour mémoire, sur ce sujet de la lutte contre le terrorisme en général et l'Etat Islamique en Iraq en au Levant en particulier, la Russie avait présenté un projet de résolution le 30 septembre, qui a été bien accepté par la plupart des membres du Conseil mais bloqué par le Royaume-Uni, soutenu par les Etats-Unis d'Amérique et la France, au motif que ce projet prévoyait une coordination des efforts de lutte contre l'Etat Islamique : coordination entre intervenants mais également avec les pays où cette lutte est menée, ce qui ne convenait pas aux pays membres de l'Alliance Atlantique.
 
Le projet de résolution russe, légèrement modifié en des termes tendant à ménager les pays ennemis de la Syrie, a été encore présenté dans le nouveau contexte après les attentats de Paris et du Sinaï, mais c'est alors que la France a présenté son propre projet, et la Russie voulant éviter une compétition des propositions ou une division du Conseil n'a finalement pas re-présenté son projet, et a voté celui de la France. Elle le regrettera, comme elle a regretté d'avoir laissé passer le 17 mars 2011 la résolution 1973 immédiatement brandie et outrepassée par la France et l'alliance islamo-atlantique pour attaquer la Libye.
 
La résolution 2249 ne se réfère certes pas explicitement au chapitre VII de la Charte de l'ONU, ce qui laisse certains commentateurs dire qu'elle n'autorise donc pas l'usage de la force. Elle mentionne cependant une menace mondiale à la paix et à la sécurité internationale, ce qui revient au même puisque c'est le sujet du chapitre VII, et appelle les pays qui en ont les moyens à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour, entre autres, "éradiquer les sanctuaires" que l'EIIL s'est taillés en Iraq et en Syrie, ce qui ne laisse guère de doutes sur le type de moyens à mettre en œuvre. D'ailleurs elle ne condamne ni ne distingue les opérations militaires menées avec les résultats respectifs que l'on connaît de la part d'une soixantaine de pays conduits par les Etats-Unis depuis quinze mois en violation de la souveraineté de la Syrie (donc en violation de la charte de l'ONU), et de la Russie depuis deux mois à la demande de la Syrie (donc en accord avec la charte). Dans sa présentation du projet la France avait insisté pour qualifier les attentats mahométans de Paris d'acte de guerre, ce qui équivalait à une reconnaissance de l'Etat Islamique en Iraq et au Levant comme sujet de droit international. Elle n'a pas totalement obtenu gain de cause puisque cela a été requalifié en menace à la paix et à la sécurité internationale. Les Etats-Unis aussi ont perdu un point puisqu'ils s'étaient opposés récemment à un projet de résolution présenté par la Russie pour, notamment, qualifier le front Al-Nosra d'organisation terroriste, ce que les Etats-Unis refusaient formellement, et qui figure dans la résolution 2249, laquelle cite nommément le front Al-Nosra au même titre que l'EIIL.
 
Mais, surtout, la résolution 2249 suspend la souveraineté de la Syrie et de l'Iraq, puisqu'elle ne mentionne pas leurs gouvernements ni la nécessité de les associer à ce que l'on entreprendra sur leurs territoires nationaux. Les pays qui en ont les moyens sont encouragés à engager des campagnes militaires "dans les zones contrôlées par l'EIIL en Iraq et en Syrie" en ignorant totalement ces deux pays, leurs gouvernements et leurs frontières. Afin que les choses soient bien claires, dans son discours d'explication des raisons pour lesquelles les Etats-Unis votaient en faveur de cette résolution, l'ambassadrice états-unienne Michele Sison mentionne avec insistance l'urgence de procéder à un changement de régime en Syrie.
 
Voilà ce qui se cache réellement derrière la résolution 2249 du Conseil de sécurité de l'ONU : sous le prétexte de quelques attentats terroristes, c'est la reconnaissance de l'Etat Islamique en Iraq et au Levant comme acteur international, l'intensification de la guerre contre la Syrie, l'enregistrement de sa perte de contrôle d'une partie de son territoire, et la suspension de sa souveraineté sur l'ensemble de celui-ci.

mardi 17 novembre 2015

cessons de compter sur l'armée

De tous bords, on entend qu'il faut envoyer l'armée nettoyer les banlieues de France et de Navarre.
 
Faut-il encore une fois rappeler que l'armée française n'est pas une force de police ? L'armée de terre en possédait une, nommée gendarmerie, on l'a érigée en armée distincte plus nombreuse que la marine et l'armée de l'air réunies puis on l'a transférée au ministère de l'Intérieur, et aujourd'hui on se rend compte que les corps expéditionnaires ont besoin de prévôté et que les plantons-cibles de Sentinelle doivent être accompagnés de gendarmes pour éviter qu'on leur emprunte dans les aéroports leur fusil d'assaut décoratif, en ordre de marche et vide. L'armée de terre quant à elle, à laquelle tout le monde pense quand on dit "il faut déployer l'armée" (avant-hier à Marseille, hier à Calais et aujourd'hui à Paris), n'est plus préparée, même si les textes le prévoient encore, à être utilisée comme force de maintien de l'ordre de troisième catégorie en cas de débordement des forces de deuxième catégorie, à savoir gendarmerie mobile et compagnies républicaines de sécurité, d'ailleurs trois fois supérieures en nombre au maximum fixé pour l'armée de terre en métropole en cas de crise majeure, tant par le dernier livre blanc sur la défense que par la loi de programmation militaire, d'ailleurs gagée sur des ressources hypothétiques (seule fonction de l'Etat dans ce cas). L'armée de terre n'est d'ailleurs plus préparée à rien, depuis dix mois que toutes les activités d'instruction et de remise en condition au retour d'opérations extérieures ont été remplacées par la faction Sentinelle devant les synagogues.
 
A moins qu'on ait réellement une portion de territoire de quelques centaines de kilomètres carrés à tenir ou une zone urbaine de la taille de Strasbourg ou Bordeaux à sécuriser, ce qui reste à la taille du reliquat de l'armée de terre, elle n'a rien à faire sur le territoire national, et si on a pu lui demander en 1957 de déployer 16000 hommes pour nettoyer une ville de moins de 600000 habitants, son effectif total était (sauf erreur) de l'ordre du décuple d'aujourd'hui et le reste du pays était sain.
 
Boucler un bloc de trois immeubles, frapper aux portes pour perquisitionner, se faire ouvrir les "boxes" de sous-sols ou le coffre des voitures, et le cas échéant déférer à l'autorité judiciaire les récalcitrants ou les suspects, c'est du travail de police, et même, dans certaines zones, de policiers expérimentés, supervisés par des officiers de police judiciaire. D'ailleurs seuls les centaines de milliers d'effectifs de police urbaine ou rurale, qu'il s'agisse de la police nationale ou de la gendarmerie, permettraient de lancer une opération coordonnée d'envergure nationale (pour éviter que les objets prohibés circulent de cachette en cachette), tous procès-verbaux de stationnement interdit cessant pendant le nombre de semaines nécessaires.
 
Faut-il encore une fois rappeler que la vaillante armée française est épuisée ? Après un taux d'attrition en augmentation constante depuis vingt-cinq ans, ce n'est plus à coups de pourcents qu'on l'ampute à chaque loi de programmation militaire, mais par dizaines de points de pourcentage, au point que c'en sera bientôt terminé. Les textes prévoient certes un déploiement maximum, en cas de crise majeure sur le territoire national, de 10000 hommes, mais c'est sans capacité de relève et cet effectif bruyamment déployé fin janvier a très rapidement dû être réduit à 7000, avec certes la possibilité de revenir rapidement à un dispositif de 10000... comme cela a été décidé dans la nuit de vendredi à samedi, et tenté depuis trois jours. Effectivement on est arrivé à déployer 1000 hommes de plus sur Paris dès samedi, en mobilisant le dispositif Guépard (deux compagnies d'astreinte chaussée 24h/24) prévu en cas d'affaire Kolwezi mettant en péril quelques milliers de Français en quelque point à portée des avions gros porteurs que les alliés voudraient bien prêter, mais aussi en demandant une section par-ci, une section par-là à une vingtaine de régiments, dont des formations d'artillerie, du génie, du train, des transmissions et même de soutien administratif. Pour ce qui est des 2000 à trouver "dès que possible", la marine contribue et on est en train d'étudier individuellement les dossiers de tous les réservistes ayant souscrit la clause de réactivité, et de les contacter pour vérifier leur disponibilité, un par un.
 
Il faut savoir que cette réserve dite "opérationnelle" n'a rien à voir avec l'ancien système des régiments dérivés. Vivier d'intérimaires non géré (plutôt que véritables compléments individuels affectés) en ce qui concerne les cadres, c'est, au niveau de la troupe, des compagnies d'instruction reposant essentiellement sur l'abnégation et le dynamisme des capitaines commandants de compagnie (et encadrement de contact), qui inculquent les rudiments qu'ils peuvent à des jeunes présents deux ou trois semaines par an ; en bref, des stages prémilitaires sans savoir-faire militaire collectif. Devant le congrès réuni à Versailles, le président de la République a annoncé aujourd'hui, comme tous ses prédécesseurs depuis dix-neuf ans, la création d'une sorte de "garde nationale", copiant encore un terme états-unien qui, dans le pays d'origine, relève d'un concept fondamentalement inconcevable en république jacobine, à savoir des forces territoriales, dont le recrutement, l'instruction et l'emploi relèvent de la province. Même les députés et les sénateurs savent d'avance que cette idée grandiloquente rejoindra au musée des promesses ses antécédents militaires et civils, comme par exemple les colonnes de secours toujours aussi nécessaires et inexistantes.
 
Car aujourd'hui que le pays demandait des actes (et notamment des actes de police), il a reçu des promesses. Ainsi le président vient-il d'annoncer qu'on suspend la dissolution des forces armées, et qu'on ne supprimera plus aucun poste supplémentaire dans les quatre ans à venir. Face au rachitisme et à l'épuisement d'une armée (de terre notamment) qu'il sollicite toujours plus, à la montée des périls en France et dans le monde, et en dépit de la croissance de l'économie et de la population, le président a donc décidé de laisser l'armée en l'état que tous les Français ne peuvent que constater.
 
Cela ne l'empêche pas, comme si la question était politique, de trouver que les dispositions de la Constitution en vigueur depuis plus d'un demi-siècle en cas de circonstances exceptionnelles sont inadaptées aux troubles à venir. On peut certes facilement convenir que le transfert de l'autorité civile à l'autorité militaire dans le cadre de l'état de siège n'est plus adapté à un pays qui n'a plus d'armée : dès lors que les forces présentes sur le territoire national permettent à peine de fournir les 10000 hommes requis en cas de crise majeure, donc sont totalement incapables d'assurer un quadrillage de présence du territoire, le remplacement des préfets par des officiers généraux sans troupes serait ridicule... Mais est-ce vraiment le moment de lancer un chantier de révision des fondations, ou plutôt de rappeler aux ministres de la Justice et de l'Intérieur les raisons d'être de leur portefeuille et la finalité sociale de leurs services ?
 
Le déficit d'armée française n'interdit cependant pas au gouvernement de lancer sans honte un appel solennel à la solidarité et à l'aide des pays voisins, auxquels il est prêt à demander une collaboration totale, hormis l'application de l'accord de Dublin (le contrôle des frontières extérieures de l'espace Schengen) dont on sait désormais que c'est sa non-application, intimée publiquement en des termes très peu diplomatiques aux gouvernements grec et hongrois par le gouvernement français (en la personne de son ministre des Affaires étrangères), qui a permis l'infiltration des terroristes de vendredi. D'ailleurs le président n'a pas perdu l'occasion de le rappeler aux élus, il faut continuer d'accueillir des migrants.
 
Faut-il rappeler qu'il est grave et dangereux d'utiliser le reliquat d'armée contre la population, même si cette armée est loin d'avoir la puissance de feu de l'armée ex-ukrainienne envoyée écraser les villes où apparaissait une contestation civile du coup d'état du 22 février 2014 ? Surtout si cette population n'est pas en totalité française, et peut être en partie revendiquée par un pays tiers comme une diaspora expatriée, et que de plus ce pays dispose d'une supériorité conventionnelle sur la France, il serait particulièrement hasardeux d'envoyer contre cette diaspora les jeunes scouts patriotes inexpérimentés (surtout en opérations de police) de la réserve dite opérationnelle, c'est-à-dire de réunir toutes les conditions pour qu'apparaissent des incidents et des bavures.
 
A moins qu'on cherche, vraiment, la radicalisation des positions et l'apparition d'irrédentismes comme prétextes à une union sacrée. Assez d'esbrouffe, Hollande n'est pas le Tigre (encore que...) et surtout la France n'est pas en guerre, elle a simplement subi une attaque terroriste comme aux grandes heures de l'anarchisme ou du séparatisme. On ne tue pas les mouches au lance-flammes, surtout quand il est vide et que ce sont des guêpes. Et on ne menace pas les associations de malfaiteurs du feu nucléaire. Il est temps de redevenir sérieux.
 
La paix est une chose trop précieuse pour être confiée aux publicitaires.
 
C'était un message pour ne rien dire, puisque tout ceci, en plus détaillé quant aux capacités de l'armée et avec les suites prévisibles en termes d'escalade nationale et internationale, est déjà dans mon Septième Scénario.

lundi 16 novembre 2015

opération Brochet 3

Encore une fois il faut soit féliciter le renseignement militaire français d'avoir identifié et localisé un ennemi, en pays étranger et en à peine vingt-quatre heures, soit blâmer le gouvernement d'avoir refusé de frapper un ennemi identifié et localisé avant qu'il n'agisse (si c'est bien là qu'était l'ennemi).
 
On apprend que les attentats islamistes de vendredi ont été commandités par l'organisation Etat Islamique, ce qui n'est pas impossible bien que n'importe qui puisse s'en revendiquer, comme n'importe quel braqueur de banque ou preneur d'otages pouvait se faire de la publicité en se réclamant d'Al Qaeda il y a dix ans ou du Groupe Salafiste de Prédication et de Combat il y a vingt ans. On apprend que tout cela a pu, ou pourrait, être coordonné du quartier général dudit Etat Islamique, dont on sait effectivement qu'il est basé à Raqqa sauf lorsqu'il est visé par l'aviation russe, auquel cas on nous assure que cette ville n'a jamais abrité que des "civils", ce que personne ne nie puisque l'islam ne distingue pas entre civils et militaires et que l'essentiel de la guérilla anti-syrienne est constitué de civils n'appartenant à aucune armée régulière (hormis les coopérants occidentaux et arabes sans uniforme) et ne respectant pas les règles nécessaires pour être considérés comme combattants réguliers au sens des conventions de Genève. On apprend que, même si les armes suicidaires de vendredi ont été fabriquées en Europe et sont inadaptées au terrain et aux modes d'action de la guérilla anti-syrienne, un état-major (turco-qatari, ça on ne le dit pas) en cours de rasage et de débandade sous les bombardements russes a planifié en détail l'infiltration, l'activation et l'exfiltration (ou l'auto-destruction) de plusieurs commandos opérant à découvert dans une capitale européenne, alors qu'on aurait volontiers soupçonné une coordination française ou belge contre laquelle les Rafale et les Mirage sont aussi inadaptés qu'une patrouille de police française le serait dans la campagne syrienne. On apprend que la France a un président capable de donner des ordres guerriers, ce que les Syriens savaient déjà mais que les électeurs n'avaient pas encore vu en video.
 
Ce qu'on ne sait pas, c'est si cette opération Brochet 3 largement médiatisée aura neutralisé le même nombre d'ennemis que l'autre réaction impulsive Brochet, il y a un tiers de siècle. Pour sûr la prochaine fois, coupables ou pas il y aura des morts, puisqu'au rythme de désarmement actuel, pas très ralenti par les vœux peu pieux présidentiels de ce 16 novembre après-midi, il ne restera bientôt plus que le missile air-sol moyenne portée de 300 kilotonnes.

samedi 14 novembre 2015

grandiloquente impuissance gesticulatrice

La France se déclare en crise.
 
Le président de la République annonce avec gravité le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières, qui était déjà prévu de ce 13 novembre jusqu'à la fin de la COP21, et devait mobiliser 30000 policiers puisque la France n'a plus de garde-frontières.
 
Il annonce aussi le "déploiement de l'armée en Île-de-France". Il s'agit d'une armée de 1500 hommes (mille cinq cents). En effet l'autorité budgétaire n'a laissé aux armées françaises que le strict minimum pour honorer le "contrat opérationnel", à savoir, en cas de crise majeure sur le territoire national, un déploiement de 10000 hommes au maximum, effectif déployé en janvier sous le nom d'opération Sentinelle (Vigipirate renforcé) puis vite réduit à 7000 car impossible à tenir sur la durée. Il reste donc une marge de 3000, la moitié sera déployée demain à Paris, ce qui fera un dispositif de plantons-cibles légèrement inférieur à ce qu'il était fin janvier. La formule présidentielle grandiloquente de "déploiement de l'armée" s'applique donc à un régiment et demi, un volume équivalent, sauf erreur, au dispositif policier de fixation (CRS et gendarmerie mobile) de la jungle de Calais. 1500 hommes en configuration militaire (pas en plantons de synagogues), ça peut sécuriser une ville de 75000 habitants, et ajoutés aux 7000 déjà dans les rues ça pourrait sécuriser une ville comme Cannes, comme expliqué dans le Septième Scénario, dont Stratediplo avait arbitrairement situé le déclenchement un 11 novembre.
 
Le gouvernement décrète également l'état d'urgence sur l'ensemble du pays, pour douze jours (prorogeables par le vote d'une loi), selon la loi 55-385. Cette loi ne change en elle-même rien à la vie quotidienne, elle n'est qu'un cadre juridique dans lequel le préfet peut, par exemple, restreindre la liberté de circulation et de séjour en certains lieux, ordonner la fermeture de lieux publics et de réunion, prendre le contrôle de la presse, tandis que le ministre peut, par exemple, prononcer des assignations à résidence ou la confiscation des armes. Ces mesures sont donc facilitées par la proclamation de l'état d'urgence, mais elles ne sont pas automatiques. Toute cette gesticulation de démonstration de crise ne peut que rappeler le printemps 2009, où, au prétexte de la grippe Smithfield, le gouvernement avait proclamé l'un après l'autre tous les stades d'urgence sanitaire jusqu'aux plus extrêmes, sans en appliquer aucun (www.stratediplo.blogspot.com/2009_06_01_archive.html), alors que pourtant certaines des mesures prévues sont, d'après les textes, obligatoires et non pas facultatives, et vont bien plus loin, en matière de restriction des libertés et de contrôle de la population, que ce que permet l'état d'urgence décrété cette nuit.
 
Tout semble pourtant indiquer que l'urgence est derrière nous. Une dizaine d'attaques, impliquant au plus quelques dizaines de personnes, ont été bien coordonnées et synchronisées. Elles n'ont pas été déjouées à l'avance, et si leurs commanditaires avaient voulu les déclencher demain ou lors du sommet COP21 ils l'auraient fait. Il y aura évidemment des suites, quand ils le voudront, mais ça peut être dans trois jours ou dans trois mois, et effectivement les services concernés doivent y travailler, mais ni dans une urgence difficile à maintenir longtemps, ni plantés aux carrefours et peints en vert. Car, encore une fois, c'est une affaire de sécurité intérieure, qui ne relève pas plus du reliquat d'armée que de la pléthorique éducation nationale.
 
Pour les trois criminels de janvier, déjà morts, le gouvernement avait irrationnellement déployé le dispositif militaire visuel maximum prévu par le Livre blanc sur la défense, puis l'avait réduit. Pour la vingtaine de criminels d'hier soir, morts ou évaporés, le gouvernement revient à un dispositif un peu inférieur à celui de fin janvier. Si le mois prochain se produisent trente attentats dans trente villes différentes, distribuera-t-il des treillis camouflés aux instituteurs pour restaurer le sentiment de sécurité aux carrefours, ou passera-t-il directement à l'épilogue de mon Septième Scénario ?

lundi 9 novembre 2015

défaite du droit international à l'UNESCO

Ce 9 novembre pourrait passer à la postérité comme l'une des étapes du démantèlement du système international. En l'espèce, certains membres de l'UNESCO ont causé bien plus de mal au système de l'ONU et de ses agences qu'à la Serbie qu'ils voulaient achever.
 
La moitié des membres du conseil exécutif de l'UNESCO ont réussi à imposer, non seulement à l'autre moitié, mais aussi à l'assemblée générale des Etats membres, l'examen d'une question en violation avec la charte fondatrice (les statuts) de l'UNESCO. Selon cet acte constitutif de l'UNESCO, seuls les Etats reconnus par l'ONU (même non membres de celle-ci) peuvent devenir membres de l'UNESCO, un territoire non reconnu comme Etat par l'ONU ne pouvant devenir que "membre associé", et uniquement sur proposition de l'Etat membre de l'ONU qui exerce la souveraineté sur le territoire candidat. Or dans sa recommandation d'admission du Kosovo, le conseil exécutif de l'UNESCO précisait que cette admission se ferait "dans le cadre de la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies", celle qui a justement confirmé en 1999, après l'agression par l'Alliance Atlantique, l'appartenance du Kosovo à la Serbie. Donc une admission du Kosovo à l'UNESCO, en droit international comme d'après le texte de la résolution 1244, n'aurait pu être qu'une admission comme membre associé, c'est-à-dire territoire non souverain (il y en a une dizaine), et sur proposition de la Serbie. Si l'assemblée générale avait été prête à suivre la recommandation de la moitié du conseil exécutif, elle aurait dû attendre une demande de la Serbie et admettre le Kosovo comme membre associé. Mais la proposition soumise à l'assemblée, par la présidence de séance au nom du conseil exécutif, consistait expressément à admettre le Kosovo comme Etat membre, ce qui aurait été non seulement un précédent unique mais une violation manifeste et expresse des statuts (l'acte constitutif) de l'UNESCO, en plus d'un déni évident de la résolution du Conseil de Sécurité que l'initiative rappelait ironiquement, comme pour défier encore plus l'ONU. Le plus grave c'est, d'une part, que 92 parmi les 142 Etats membres présents aujourd'hui aient été d'accord avec la violation de l'acte constitutif de l'UNESCO, et d'autre part que les 50 autres membres présents n'aient même pas pu s'opposer à l'examen de cette question et à la tenue d'un vote dont la mise en oeuvre même (peu importe son résultat) a représenté une suspension de l'acte constitutif. En droit interne on appelle simplement coup d'Etat la révocation ou la suspension de la constitution, car le pays continue d'exister (on ne le dissout pas d'un coup de baguette dictatrice), et souvent ses institutions étatiques aussi. En droit international, l'annulation du traité fondateur d'une institution par ses membres, ou par certains d'entre eux sans que les autres ou l'institution elle-même ne réagissent, équivaut à une dissolution. Plus précisément c'est une dissolution de jure puisque l'acte fondateur étant aboli les membres ne sont plus liés entre eux (aucun Etat ne se laisserait imposer une cotisation pour des buts contraires à ceux ayant présidé à la création de ladite institution), mais ça peut aussi bien devenir une confiscation de facto si les membres passifs acceptent le changement de direction effectué par les usurpateurs de la personne morale internationale.
 
Là comme ailleurs on assiste à une tentative de détournement du droit international conventionnel (faute de pouvoir manipuler le droit international coutumier), qui débouchera sur la dissolution de facto des institutions internationales.
 
Le droit international s'en remettra ; de toute façon, en la matière comme ailleurs, l'excès de normalisation écrite et de la construction de structures permanentes pour matérialiser ou détailler toujours plus de règlementations circonstancielles est auto-destructeur. A trop vouloir ignorer le droit coutumier pluricentenaire, le droit positif conventionnel perd sa légitimité. Les traités entre deux ou plusieurs Etats ont toujours existé, les conférences multilatérales multipliées à partir du XIX° siècle ont permis de sérieux progrès, mais l'échec hier de la Société des Nations, et maintenant de la galaxie de l'Organisation des Nations Unies, vient directement de leur prétention à l'universalité et l'omnipotence. Comme l'enseigne la sociologie, à la longue toute organisation a tendance à développer des buts autonomes, distincts des intentions qui ont présidé à sa création. Pour ce qui est de l'universalité, alors que l'admission initiale à l'ONU était subordonnée par ses fondateurs à un certain nombre de conditions préliminaires, en acquérant sa propre autonomie l'institution a voulu s'étendre sur tout le globe, en admettant des membres qui n'adhèrent pas à ses principes fondateurs et à sa charte, voire qui proclament, seuls ou en ligue, des principes opposés : on doit bien constater aujourd'hui que les "droits de l'homme" et la souveraineté des Etats ne sont pas des valeurs universellement admises. Pour ce qui est de l'omnipotence, en multipliant ses domaines d'intervention, et en engendrant, au gré des priorités de ses membres les plus influents, des outils institutionnels redondants et défiant sa mission et sa charte, l'ONU ne pouvait éviter de se diluer et surtout de perdre sa légitimité.
 
En tout cas le procédé ressemble à l'usurpation du Conseil de Sécurité par certains de ses membres, il y a quelques années, pour créer en son nom des instruments internationaux non prévus dans ses domaines de compétence. Il rappelle aussi la constitution d'un faux "G7bis" parallèle, et au nom abusé, par les membres dissidents du G8, certes moins grave puisqu'il ne s'agit là que d'une conférence informelle sans statuts écrits.
 
Enfin, ce procédé est exactement celui décrit dans l'un des Scénarios de Stratediplo, comme mesure préparatoire à l'attaque d'une coalition internationale contre un pays membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, et accessoirement aussi membre de la coalition qui va l'attaquer : la France n'est plus à l'abri.

vendredi 6 novembre 2015

crise de sécurité attendue vendredi 13 prochain

En rétablissant le contrôle aux frontières vendredi 13 novembre, le gouvernement français démontre que, comme d'habitude, il contrôle la situation avant même que la crise n'apparaisse. En effet le ministre de l'intérieur lui-même dit craindre la menace terroriste et le risque de trouble à l'ordre public.
 
Ce contrôle sera donc appliqué très strictement envers les ressortissants de l'espace Schengen comme du reste de l'Union européenne. L'heure est grave, on craint que des Européens achètent légalement des billets de train ou d'autobus, accompagnés de réservations nominatives, pour s'infiltrer à l'avance afin de manifester à l'occasion du sommet COP21 sur le climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre.
 
Surtout pas d'amalgame, la menace heureusement traitée n'a rien à voir avec le million de hors-la-loi (dont l'essentiel prie cinq fois par jour pour le châtiment des mécréants) qui a fait illégalement irruption cette année dans l'espace Schengen en enfonçant les frontières européennes par effraction, que le gouvernement français a officiellement encouragés à se refuser à tout contrôle d'identité, et auxquels les contribuables de toute l'Union européenne offrent la gratuité du transport (et du logement) intra-européen de masse, en toute préservation de leur anonymat bien entendu.
 
Le contrôle exceptionnel des Européens entrant en France sera d'ailleurs levé dès la fin du sommet, en accord avec l'accord de Dublin dont la France interdit à la Hongrie (et consoeurs) d'appliquer la contrepartie, à savoir le contrôle aux frontières extérieures.
 
Le ministère ne dit pas ce que devront faire les agents de contrôle au cas où une personne d'apparence européenne répondrait qu'elle appartient à la catégorie dont la clandestinité est garantie. Il est vrai que la question a été discrètement réglée d'avance le 31 décembre 2012, pendant que les Français faisaient leurs emplettes de réveillon.

mercredi 4 novembre 2015

migrants - de quelle guerre l'Allemagne menace-t-elle l'Europe ?

La chancelière allemande Angela Merkel brandit le spectre de la guerre au sujet de l'invasion migratoire.
 
Hier 2 novembre à Darmstadt, durant une réunion du parti CDU, Mme Merkel a expliqué son refus de fermer la frontière avec l'Autriche par sa crainte de déclencher ainsi une guerre. Elle a précisé que ce n'était pas noircir la situation que d'être lucide, que l'Europe n'avait jamais été dans une situation aussi grave, que les guerres que l'on croyait lointaines étaient maintenant à ses portes, et que le rêve de paix que représentait l'Europe était à deux doigts de se terminer. Tout en mentionnant à titre d'exemple une (prétendue) tension suite à la fermeture de la frontière serbo-hongroise, elle a déclaré que si l'Allemagne fermait ses frontières les autres pays le feraient aussi les uns après les autres, que de toute façon cela ne changerait rien parce que les migrants entreraient quand même, mais que cela déclencherait des conflits militaires.
 
Evidemment Mme Merkel s'est présentée devant son parti CDU sur la défensive. Sur le plan partisan elle fait face, d'après certaines sources, à une dislocation de la coalition qui l'a élue (au minimum une séparation du CSU bavarois). Plus grave, le gouvernement allemand est, comme tous les gouvernements européens sur ce sujet, en butte à une société civile qui rejette totalement et inconditionnellement la politique d'imposition des masses de colons que le gouvernement entend imposer sans consultation populaire (et pour cause) en utilisant tous les dictateurs d'opinion disponibles. Enfin, tout en agitant comme un épouvantail à gouvernements (qui attire pourtant de plus en plus de peuples) le malheureusement improbable risque d'un éclatement de l'Union européenne, le pouvoir fédéral allemand est lui-même confronté à une très sérieuse menace d'éclatement interne. La Bavière a été soumise à une pression (immigratoire d'un côté et politique de l'autre) tellement forte, dans la première quinzaine de septembre, que le président Horst Seehofer, après avoir tenté en vain de freiner les ardeurs immigratoires de Berlin ou au moins d'obtenir une aide fédérale pour les services bavarois complètement débordés, qu'il a été amené à menacer le gouvernement fédéral de sécession. La Bavière, dont le gouvernement a évidemment l'entier soutien de la population en la matière, allait rétablir elle-même le contrôle de la frontière avec l'Autriche si la République Fédérale Allemande se refusait à le faire, quitte à pour cela devoir reprendre sa souveraineté. La crise a été étouffée autant que possible, tant en Allemagne qu'en Europe où les gouvernements immigrationnistes ont très largement révolté leurs populations, et où plusieurs provinces envisageaient déjà de reprendre leur souveraineté face à Bruxelles (et pour cela face à leurs gouvernements nationaux). Il n'y avait pourtant pas de véritable mouvement sécessionniste en Bavière au début de cette année, mais ce pays de treize millions d'habitants (plus peuplé que son voisin l'Autriche) a été suffisamment violenté depuis août pour ne plus voir que cette solution définitive. Il y avait (il y a toujours) urgence, ce n'était pas comme la ridicule dispute entre les partis CDU, CSU (majorité) et SPD (opposition) qui peuvent toujours recomposer des alliances avant les prochaines élections, car face à une invasion de 10000 hommes par jour la Bavière menaçait d'agir, et en coordination avec l'Autriche, de manière imminente. Pour la Bavière il ne s'agit pas de revendications floklorico-historiques comme en Ecosse ou linguistico-culturelles comme en Catalogne, il s'agit de son intégrité territoriale (matérialisée par les frontières), de son identité humaine (ou nationale) et de la sécurité de sa population (déjà traumatisée par les viols à grande échelle). Voilà l'unique raison pour laquelle, à la surprise générale, le gouvernement fédéral a annoncé dimanche 13 septembre qu'il suspendait l'accord de Schengen et rétablissait les contrôles aux frontières... décision prise évidemment à contre-coeur et appliquée à contre-sens puisqu'elle a consisté à mettre en place l'enregistrement (pas le refoulement) des arrivants à la frontière (ou de 10% d'entre eux), donc de confirmer leur réception en Allemagne, tout en les laissant à la charge de la Bavière. L'annonce de cette "restauration des contrôles aux frontières" a évité l'imminente déclaration d'indépendance, et permis de relancer un débat à la manière politicienne (réunions, création de commissions, nomination de rapporteurs...) qui ne produira pas de résultats avant l'issue qu'on devine, et qui sera mise en place (sans annonce grandiloquente) pendant que le peuple en congés fera aux marchés de Noël ses emplettes de fêtes.
 
Alors de quels conflits militaires Merkel agite-t-elle la menace, au cas où l'on fermerait les frontières ? Il ne peut pas s'agir de la sécession de la Bavière, d'abord parce qu'elle interviendra plus sûrement si l'Allemagne refuse de fermer ses frontières que si elle les ferme, ensuite parce que la Bavière n'est une menace ni pour l'Allemagne ni pour l'Autriche, avec laquelle elle est en accord total sur la question de l'envahissement, et enfin parce que l'Allemagne elle-même n'a pas la capacité militaire de s'opposer à la sécession de la Bavière si celle-ci a lieu. Il ne peut pas non plus s'agir de conflits entre pays balkaniques, d'abord parce qu'ils sont tous d'accord (hormis évidemment l'Albanie et l'administration d'occupation du Sud de la Serbie) pour interrompre le flux et ne laisseront pas entrer de nouveaux envahisseurs si ceux-ci ne sont plus reçus à l'autre bout, en Allemagne ou en France, et ensuite parce qu'ils n'ont pratiquement plus de forces armées, on en a eu la preuve lorsque la Hongrie n'a pas pu déployer une brigade à sa frontière orientale sans renfort tchèque ; il est aussi militairement impossible à la Serbie ou à la Croatie d'attaquer la Hongrie (ou à la Grèce ou la Bulgarie d'attaquer la Serbie) pour lui imposer l'entrée d'une foule déjà en transit avant la fermeture des frontières, qu'à la Hongrie d'attaquer l'Autriche, ou à l'Autriche d'attaquer l'Allemagne, dans le même but. Il ne peut pas s'agir non plus d'une menace de la part des masses de migrants elles-mêmes, d'une part parce qu'en dépit de leur agressivité elles ne sont pour l'instant pas armées, et d'autre part parce que si elles présentaient un risque de s'armer les Allemands doivent supposer que le gouvernement fédéral déciderait de les refouler ou de les interner avant que ce soit le cas. D'ouest en est, si on ne voit de risque militaire ni en Autriche et Tchéquie, ni en Slovaquie et Hongrie, ni en Slovénie, Croatie et Serbie, ni en Bulgarie et en Grèce, cela semble éliminer toute menace militaire à l'ouest de la Turquie.
 
Evidemment, dans la partie encore libre de Chypre, comme dans les îles grecques pas encore occupées et razziées comme le sont Kos et Lesbos, comme aussi dans la marine grecque plusieurs fois soumise à ultimatums pour laisser entrer dans les eaux territoriales grecques la flotte militaire turque d'escorte des esquifs surchargés d'Asiatiques, l'évidence est sous les yeux tous les jours.
 
Angela Merkel s'est rendue seule, après les offres généreuses de l'Union européenne à la Turquie (www.stratediplo.blogspot.com/2015/10/sommet-de-dupes_15.html), pour proposer encore plus, mais d'une part elle n'a obtenu aucun accord de Recep Tayyip Erdoğan, d'autre part à peine était-elle rentrée que le gouvernement et la presse turcs ont relevé leurs exigences au quadruple du montant du tribut proposé par Merkel (ou au dodécuple du chiffre mensonger annoncé par Juncker aux Européens). L'Allemagne n'a en tout cas pas diffusé de compte-rendu du contenu des entretiens entre Merkel et Erdoğan à Ankara le 18 octobre.
 
Les peuples d'Europe, dont les représentants élus se désintéressent et dont les gouvernements sont occupés à installer d'autres peuples à leurs frais et sur leurs territoires, enverront-ils quelques journalistes demander à Angela Merkel de terminer son propos et de nommer la menace militaire qu'elle a brandi hier, ou se contenteront-ils de faire comme les Autrichiens, qui en quelques mois ont acheté assez d'armes de chasse et de poing pour équiper (illusoirement) une milice six fois plus nombreuse que l'armée autrichienne (augmentant de 10% le nombre d'armes détenues par la population) et quintuplé leur fréquentation des clubs de tir ?

rappel pour la sécurisation des églises

En abrogeant l'urgence plutôt que l'état, le gouvernement a signifié qu'il s'accommodait de la menace (il a d'ailleu...