vendredi 18 septembre 2015

le mythe Toufik passe à l'histoire

L'intuition intime qui suit n'est étayée par aucun indice spécifique ; elle peut être erronée, mais c'est une ferme conviction.
 
Comme dit la chanson, "on casse pas le moral à Zorro, on dit pas merde à Capone, on tire pas le masque à Fantomas" (surtout). Et on veut faire croire qu'une momie se serait redressée dans son fauteuil roulant pour décocher un coup de pied au fondement du régime, au siège du pays et aux fesses de son dernier rempart contre sa propre chute dans l'escalier ? Bien sûr il y a toujours eu des intrigues de sérail chez les beys d'Alger comme partout (et pas seulement dans les régimes corrompus), là aussi il y a des cadavres dans tous les placards, sauf que l'un d'eux contenait aussi l'inventaire de tous les autres placards et une fiche sur chacun de leurs propriétaires. Certes aussi, le chef du renseignement et l'un des principaux artisans du sauvetage du régime dans les années quatre-vingt-dix s'était opposé l'année dernière à la reconduction de la momie dans le fauteuil roulant présidentiel et s'était alors attiré de sérieuses critiques de la part du prétendu "clan présidentiel", qui n'est en réalité que l'entourage très réduit d'une marionnette qu'on n'a reconduite que pour repousser la réforme constitutionnelle annoncée avant les printemps verts mais qu'il eût été très dangereux de lancer après leur déclenchement. Il n'y avait pas de poulain, pas de successeur, pas de parti au sens partocratique ou de classe politique au sens technocratique, l'islamisme renaissait une génération après son premier déferlement, les pays voisins étaient tour à tour déstabilisés par la coalition atlanto-islamiste, aussi ce n'était vraiment pas le moment de changer de régime mais l'homme fort et éminence grise pensait vraisemblablement séparer les difficultés et gérer la transition en intronisant déjà un nouveau mandataire avant le changement de régime. Il a cependant, selon son habitude, fait allégeance à la décision du géronto-directoire étoilé, ce qui a pu émoustiller certain jeunot presque sexagénaire qui se voyait volontiers en dauphin présidentiel sans comprendre qu'en reconnaissant sa défaite argumentaire le pilier gardien du régime restait à son poste. Et c'est bien pour éviter les disputes fratricides, et épargner le régime, que l'homme pâle sans visage a accepté la reconduction du président honoraire.
 
C'est aussi pour cela qu'il semble incroyable que le président Bouteflika ait pu, comme l'écrit la presse de part et d'autre de la Méditerranée, "limoger" un jeune général dans la force de ses trois-quarts de siècle, au risque de relancer des luttes intestines au moment où le régime est fragilisé par divers facteurs, dont la tension sur toutes les frontières (voire les escarmouches sur la tunisienne), l'infiltration régulière d'agitateurs islamistes par l'OTAN, la radicalisation de la grosse diaspora, et l'abattement des cours du pétrole par l'alliance anti-russe. Surtout que, pour paraphraser une expression algérienne d'il y a vingt ans, le renseignement intérieur et extérieur consolidé ne pouvait être que Mohamed ou Mediène. Le tombeur de Toufik n'est pas encore né.
 
Par contre il n'est pas impossible que le général Mohamed Mediène lui-même ait pu aspirer à une retraite bien méritée après un demi-siècle d'excellents et loyaux services. Ayant préparé son remplacement en douceur par son ancien adjoint, il assure ainsi une continuité au Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) et prend les devants face à toute tentation de rajeunissement ou changement de têtes qui pourrait effleurer le prochain chef d'état ou le prochain régime. Il choisit un mode de retrait, dans un moment pas trop critique pour le pays (mais à la veille de graves difficultés), qui ne peut être assimilé à une défection ou désertion, dans une culture où même ceux qui ne sont pas nommés à vie s'accrochent jusqu'au cercueil, tant pour bénéficier jusqu'au bout des avantages (sonnants et tréduchants) de fonction que par défiance totale envers les jeunes sexagénaires qui étaient en culottes courtes lors de la "guerre d'indépendance". Il applique à sa fonction la recette de transition personnelle et renforcement institutionnel qu'il voulait appliquer à la fonction présidentielle l'année dernière. Enfin et surtout, en se faisant "limoger arbitrairement" par le président il renforce de manière spectaculaire la fonction présidentielle, faisant du fauteuil roulant vacillant le siège d'une volonté capable de s'imposer au service le plus solide et le plus incorruptible du pays.
 
Finalement, l'homme de l'ombre réussit un dernier coup de maître.
 
Cette opinion personnelle sur l'effacement de l'homme le plus puissant d'Afrique ne change absolument rien à la description de l'ennemi fictif "sapin" dans le Septième Scénario, publié par Stratediplo le mois dernier.

mardi 8 septembre 2015

la France en guerre contre la Syrie

Il paraît qu'une grosse énergie est dépensée en ce moment dans certaines sphères gouvernementales parisiennes pour trouver une justification légale ou un cadre juridique à l'agression française contre la Syrie. On ne trouvera pas.
 
Il n'existe aucune justification légale, en droit international actuel (basé sur la sacro-sainte souveraineté des Etats), à l'agression d'un pays tiers. La seule exception pourrait être une autorisation d'usage de la force donnée par le Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies en considération d'une menace imminente à la paix mondiale, c'est-à-dire de l'imminence d'une attaque par le pays considéré. Non seulement la France n'a pas demandé cette autorisation, mais elle aurait de plus du mal à la justifier puisque la Syrie ne menace aucun de ses voisins. Cependant cette agression légalement injustifiable, en elle-même, détermine un cadre juridique spécifique en droit international, qui est l'état de guerre. Le fait générateur de l'état de guerre est soit sa déclaration soit sa concrétisation manifeste. Le terme même de déclaration de guerre recouvre deux concepts, l'un qui est une annonce faite à l'ennemi soit explicitement ("désormais nous sommes en guerre") soit implicitement ("si vous n'obtempérez pas à cet ultimatum d'ici 48 heures nous serons en guerre"), et l'autre qui est une simple constatation, dans ce cas adressée généralement à la population propre plutôt qu'à l'ennemi ("depuis ce matin nous sommes en guerre") : ainsi le 3 septembre 1939 le gouvernement français déclara à la population que la France était en guerre contre l'Allemagne, alors que sa déclaration envers ce pays évitait le mot qui gêne.
 
On avancera l'argument selon lequel il ne s'agit pas d'attaquer la Syrie mais les positions de l'Etat Islamique. L'argument ne tient pas tant qu'on ne reconnaît pas la souveraineté de cet Etat Islamique : ses positions sont soit en Syrie soit en Irak. Ce prétendu état n'est pas un sujet de droit international, le seul sujet de droit international sur le territoire syrien est la Syrie. Attaquer qui que ce soit en Syrie, c'est violer la souveraineté de ce pays (sauf s'il demandait une aide militaire) et attaquer ses ressortissants ou ses biens. Car les membres mêmes du prétendu Etat Islamique peuvent être Syriens, Irakiens, Français ou ce qu'on veut, sur le territoire de la Syrie ils sont des résidents (légaux ou clandestins) du pays, sont censés obéir à ses lois et seul l'Etat syrien a le monopole de l'usage de la force contre toute personne présente sur son territoire. Il est vrai qu'en certaines portions du territoire syrien (et par la faute de la France notamment) l'autorité de l'Etat n'est plus respectée, ses services publics sont absents et un autre droit est, de fait, appliqué, mais c'est aussi le cas en France sans que ces enclaves soient pour autant extraterritorialisées : de même tous les pays du monde (sauf l'occupant) reconnaissent la souveraineté du gouvernement chypriote sur l'ensemble de l'île même si la moitié en échappe à son contrôle depuis une génération et demie.
 
Sauf erreur, si l'URSS ou la Turquie avait envoyé une flottille aérienne attaquer en France les positions de l'Armée Secrète Arménienne de Libération de l'Arménie, la France l'aurait considéré (à juste titre) comme une agression.
 
Il paraît qu'on cherche un argument relevant du droit de poursuite. Or l'Etat Islamique n'a commis aucune agression contre la France, à plusieurs milliers de kilomètres de son emprise, et de toute façon le droit de poursuite n'est opposable qu'en cas d'action immédiate et ininterrompue suite à un flagrant délit ; passé le flagrant délit et interrompue la poursuite, si la France a un grief envers des bandes armées qu'elle soupçonne d'avoir trouvé refuge en Syrie, elle doit en demander le jugement ou l'extradition selon les voies interétatiques prévues à ce effet.
 
Faute d'arguments juridiques, on avancera des prétextes moraux comme la monstruosité des pratiques de l'Etat Islamique, prétendant oublier que la France (certes pas toute seule) a déclenché par une agression militaire, puis facilité par une occupation, exactement ces mêmes crimes, à savoir mutilations et décapitations au canif, viols systématiques, exterminations de villages entiers, extraction et commercialisation d'organes (chez l'Etat Islamique ce n'est que le sang), esclavage et commerce de femmes, destructions des sites archéologiques (inscrits au patrimoine de l'humanité) antérieurs à l'islamisation, bref tous les crimes aujourd'hui imputés à l'Etat Islamique, pratiqués à grande échelle au Kossovo et en Métochie de 1999 à ce jour.
 
Toujours sur le plan moral, on plaidera qu'on ne peut humainement laisser ces populations sous ce joug sans rien faire. Il y a pourtant d'autres possibilités d'action, la première étant de faire pression sur l'allié de la France, les Etats-Unis d'Amérique, pour qu'il retire son intimation faite aux gouvernements grec et bulgare, il y a quelques jours, d'interdire le passage de l'aide humanitaire russe : le premier secours serait justement de laisser arriver cette aide que, comme pour les populations civiles bombardées par l'armée ex-ukrainienne, aucun pays de l'OTAN ne souhaite offrir. Une autre possibilité d'action serait l'interruption immédiate de l'aide militaire (matériel et formation) envers les ennemis de la Syrie. Quatre ans de prétendues erreurs démontrent l'évidence : il n'y a en Syrie que les forces de la Syrie et celles de ses ennemis, dénommer "amis de la Syrie" des factieux extrémistes islamistes armés n'en fait pas des "modérés". Comme prévu, les armes et les guérilleros de l'Armée Syrienne Libre sont passées au front Al Nosra (Al Qaïda) et à l'Etat Islamique, il peut y avoir des escarmouches entre factions ou des changements esthétiques de noms mais on savait d'avance que le groupe le plus puissant absorberait les plus petits jusqu'à être à son tour absorbé par plus puissant. On a formé et armé une guérilla pour conquérir la Syrie, elle le fait. Le seul moyen de l'arrêter si on réprouve aujourd'hui les méthodes qu'elle a pratiquées depuis 2011, c'est d'une part de cesser de l'armer et de la financer, et d'autre part d'armer et d'aider le gouvernement du pays.
 
Au contraire, harceler (ou faire semblant, comme les Etats-Unis) l'Etat Islamique par quelques bombardements aériens sans les faire suivre par l'offensive terrestre seule à même de balayer cette organisation, c'est d'une part renforcer sa popularité et faciliter son recrutement, et d'autre part l'énerver. Certes le gouvernement français peut considérer cela comme un inconvénient mineur si le véritable objectif de son agression contre la Syrie est, comme c'était le cas jusqu'à présent, le renversement du gouvernement syrien et la destruction de la dernière société multiculturelle, multiconfessionnelle et pacifique du Proche-Orient. La modification constitutionnelle de 2008 a donné tout pouvoir au gouvernement français d'agresser un pays tiers sans autorisation parlementaire de déclaration de guerre, le régime a donc mis la France en état de guerre avec la Syrie. Mais en fait d'escalade préméditée, c'est peut-être la Russie (que la presse britannique a accusée mensongèrement la semaine dernière d'intervention militaire en Syrie) dont on espère pouvoir rencontrer les avions en duel aérien...

lundi 7 septembre 2015

ces 4000 moudjahidines infiltrés parmi les "réfugiés"

L'information, parue d'abord dans la presse anglaise ce 7 septembre, selon laquelle un chef de l'Etat Islamique aurait annoncé l'infiltration réussie de 4000 moudjahidines parmi les hordes de "réfugiés" syriens ou reçus comme tels en Europe, vaut d'être étudiée.
 
Premièrement on notera que cela représenterait moins de 1% de l'ensemble des illégaux arrivés dans l'espace Schengen depuis le début de l'année (on ment sur les chiffres, il faudra y revenir). Par rapport à cette masse, ce chiffre est très mineur, surtout quand on voit que, hormis les quelques familles que les journaux européens mettent au premier rang et en première page, l'essentiel de ces illégaux sont de jeunes hommes qu'on pourrait appeler "d'âge militaire". Il y a des arrivages complets constitués uniquement d'hommes, et si une organisation humanitaire belge a pris la peine de demander publiquement qu'on cesse de lui envoyer des vêtements pour enfants voire pour femmes car elle ne voit arriver pratiquement que des hommes adultes, ce panorama est en fait général, il suffit pour en convenir de regarder les images télévisées dans les pays est-européens. D'autre part il apparaît aussi que les victimes de la coalition islamo-occidentale en Syrie sont extraordinairement absentes de ces foules d'illégaux : on n'y voit ni Chrétiens ni Alaouites, et on parierait qu'il y a peu de chiites.
 
Qu'il y ait beaucoup d'islamistes, cela paraît évident au vu des scènes où une foule refuse les rations envoyées par la Croix-Rouge au motif qu'elles ne sont pas hallal, ou encore lorsqu'une autre foule scande "Allah Akbar !" devant la gare de Budapest. Ces hordes sont manifestement constituées de musulmans, et elles doivent comprendre un nombre d'islamistes certainement bien supérieur à un pour cent, auquel cas la déclaration de "4000" se limiterait aux effectifs propres de l'Etat Islamique et ne tiendrait pas compte de ses ressortissants ou sympathisants.
 
En termes d'effectifs, 4000 est du même ordre de volume que l'effectif de Spetsnaz que l'URSS avait affectés au théâtre de guerre ouest, c'est-à-dire aux quatre fronts couvrant en gros l'Europe occidentale, à raison d'une brigade ou 1000 hommes par front. Ces forces spéciales auraient été parachutées ou infiltrées au moment de l'offensive ou guère avant, mais auraient bénéficié de l'aide d'agents dormants pour les guider vers leurs objectifs, à savoir dirigeants politiques ou militaires, infrastructures énergétiques, de communication et de transport, etc. N'ayant pas la possibilité de parachuter ou infiltrer au dernier moment ce type de commandos, l'Etat Islamique pourrait effectivement avoir décidé de les faire entrer à l'avance en profitant de la grande vague de "réfugiés" ; ils auraient alors l'avantage d'être sur place à l'avance, mais auraient toutefois encore le handicap de la langue et devraient donc, comme les Spetsnaz, être guidés par des agents locaux.
 
Cependant, ces 4000 hommes représenteraient tout de même un gros effort de la part de l'Etat Islamique, dont les effectifs actifs sont compris, suivant les estimations et au gré des opérations, entre 40000 et 200000 hommes (en écartant les chiffres fantaisistes de la CIA). Enverrait-il de 2 à 10% de ses effectifs en Europe, à moins bien sûr de planifier une offensive dans peu de temps ? Surtout que, si la mission essentielle était celle-là (destructions et éliminations ciblées), l'Etat Islamique dispose déjà d'un effectif à peu près équivalent d'anciens combattants en Europe occidentale, parfois surveillés dans certains pays, mais intégrés dans (certaines strates de) leurs pays, parlant la langue et connaissant le milieu, et capables d'avoir recruté autour d'eux, donc pouvant agir plus discrètement et probablement plus efficacement que des commandos étrangers infiltrés.
 
Il faut donc considérer que la mission première de ces moudjahidines, s'ils existent, n'est pas l'action dans les pays de destination (ce qui serait peu rentable) mais l'action au cours de la migration, ces semaines de périple à tout partager jour et nuit avec les "migrants" en route vers l'Europe : leur mission pourrait alors être la radicalisation de ces "migrants" et le recrutement de combattants.
 
Au-delà de la plausibilité de cette information, il faut aussi s'interroger sur la crédibilité de la source. La presse anglaise cite Buzzfeed, mais de toute façon un cadre de l'Etat Islamique ne va pas convoquer une conférence de presse et montrer sa carte d'identité et sa carte de membre de l'EI. Et comme pour Al Qaïda hier, aujourd'hui n'importe qui peut enfiler une cagoule noire et se réclamer de l'Etat Islamique parce que ça lui donne une autre envergure que de parler en tant que caïd de la cité des trois blocs, et l'Etat Islamique ne démentira pas son appartenance car ça lui permet de se montrer plus étendu qu'il n'est réellement ; on ignore donc si l'intéressé était ce qu'il disait être. Certains mouvements préfèreraient ne pas annoncer qu'ils ont réussi à infiltrer des agents chez l'ennemi et combien, mais les mouvements islamistes en général, et l'Etat Islamique en particulier, aiment annoncer leurs succès comme communication de recrutement, et n'attachent pas une importance démesurée à la vie de leurs agents éventuellement compromis.
 
En fin de compte cette information n'est pas authentifiée, elle est moyennement crédible, et même si elle est plausible elle n'apporte aucun élément surprenant ou préoccupant par rapport à l'ensemble des éléments déjà connus de la situation actuelle (qui est déjà délicate).

vendredi 4 septembre 2015

noyé sur une plage d'Asie en partant vers l'Amérique

La tragédie du petit Aylan le Kurde, noyé sur une plage d'Asie en partant vers l'Amérique, nous rappelle que les Européens ne sont pas coupables de toute la misère du monde.
 
Au fur et à mesure du déballement des tribulations de cette malheureuse famille, cette tragédie nous rappelle que pour immigrer au Canada, les réfugiés de pays en guerre doivent être invités, parrainés, garantis et financés par au moins cinq Canadiens ou résidents pouvant justifier de revenus suffisants. Elle nous rappelle que la Turquie préfère déporter illégalement les Kurdes vers l'Europe plutôt que de les laisser partir légalement en Amérique. Elle nous rappelle que la Turquie, qui n'a jamais été tendre envers ses propres Kurdes, a lancé il y a un mois et demi (le 23 juillet) une campagne de bombardements aériens contre les Kurdes de Syrie, en particulier à Kobané (la ville d'origine d'Aylan Kurdi), évidemment sans autorisation d'une ONU dont elle viole les résolutions depuis 1974. Elle nous rappelle que le pays qui occupe militairement la moitié d'un pays membre de l'Union Européenne et a déporté sa population est aujourd'hui dirigé par un tyran sanguinaire qui, comble du cynisme et du renversement des rôles, a accusé ce 3 septembre les pays européens d'avoir "transformé la Méditerranée en un cimetière de migrants". Elle nous rappelle que si l'on prétend tarir le flux des déportés volontaires à la source en châtiant les trafiquants ce n'est pas seulement sur les côtes africaines qu'il faudra frapper. Elle nous rappelle qu'un grand pays européen est sous le coup d'injustes "sanctions", en fait d'une véritable guerre économique, politique, médiatique et diplomatique pour bien moins que ça, même au contraire pour avoir protesté contre une campagne de déportation et nettoyage ethnique, lui qui a accueilli depuis l'année dernière un million de véritables réfugiés soumis à un bombardement anti-cités intense.
 
Alors, puisque toute la presse européenne s'émeut de la tragédie de l'enfant (symbole de tout un peuple) kurde syrien mort en Turquie après que son père l'ait extirpé des bombardements de l'armée turque et ait essayé de l'emmener au Canada, quel journal lancera le premier appel aux sanctions internationales contre la Turquie, puis, si nécessaire, à l'intervention militaire pour l'obliger à cesser son bombardement des populations civiles kurdes de Syrie comme de Turquie même ?

jeudi 3 septembre 2015

installation des Etats-Unis en Mer Noire

A l'occasion de l'exercice Sea Breeze le vice-amiral James Foggo, commandant la VI° flotte états-unienne, a déclaré hier 2 septembre que les Etats-Unis tendront à maintenir une présence aussi permanente que possible en Mer Noire, ce que la revue navale états-unienne Navy Times appelle joliment "agiter leur drapeau devant la porte de la Russie".
 
C'est effectivement une provocation.
 
Les Etats-Unis ont certes mené des exercices conjoints annuels avec l'Ukraine depuis des années, sans jusque-là envisager une présence permanente. Ils se sont vus rappeler l'année dernière l'existence de la Convention de Montreux. Et ils ont par ailleurs prix conscience de la vulnérabilité de leur flotte, tant par le Soukhoï 24 russe qui a réellement aveuglé, désarmé et paralysé le Donald Cook en Mer Noire justement (avril 2014), que par le sous-marin d'attaque français Saphir qui a potentiellement détruit (au cours d'un exercice) la moitié du groupe naval du Théodore Roosevelt, y compris ce porte-avions tout juste sorti de modernisation, en Floride (février 2015) ; sans contrainte budgétaire, les Etats-Unis dotent leurs forces armées de leur toute dernière technologie, mais leur technologie n'est pas la plus avancée. Ces deux avertissements auraient donc pu les inciter à plus de retenue sur les mers du globe, mais il semble que la supériorité tactique (la possibilité de vaincre une confrontation) ne les intéresse pas autant que l'affirmation de leur omniprésence, tant en mer que sur terre où, par exemple, ils violent tous les jours les accords de Minsk qui interdisent la présence de troupes étrangères en ex-Ukraine (tant en Malorussie qu'en Novorussie).
 
Il faut donc considérer l'intention d'une présence états-unienne permanente en Mer Noire comme une politique déterminée et nouvelle. Certes les Etats-Unis ne sont pas signataires de la Convention de Montreux, mais ils l'acceptent en traversant les détroits, puisqu'elle a été conçue, de la part des pays riverains, comme la condition à l'ouverture de cette mer aux pays non-riverains qui n'ont rien à y faire puisque c'est une mer fermée et pas un passage comme le détroit de Malacca ou la Manche. En ce sens ils n'ont pas tout à fait raison en prétendant qu'il s'agit d'eaux internationales où la circulation est libre, puisqu'il s'agit d'eaux multinationales ouvertes aux pays non riverains moyennant un certain nombre de conditions. La Mer Noire n'est pas un couloir de navigation, même si la Convention de Montreux fait une faveur aux flottes commerciales ce qui ne fait d'ailleurs que souligner le régime des bâtiments militaires, qui sont justement ceux que les Etats-Unis, peu géographiquement enclins au commerce bulgaro-roumain, entendent déployer en permanence... et si les pays riverains leur accordaient une exception à la Convention, la prochaine étape états-unienne serait à n'en pas douter la Mer d'Azov, "internationale" puisqu'elle est bordée par la Russie et la Malorussie ex-ukrainienne (et maintenant aussi la Novorussie).
 
En fait les Etats-Unis mettent surtout en difficulté leurs alliés, d'une part la Turquie qui est tenue, de par la Convention, de contrôler les détroits (sans cela on ne les lui aurait pas laissés), et d'autre part la France qui est tenue, de par la même Convention, d'avertir les pays riverains au cas où une puissance non-riveraine enfreindrait le texte, c'est-à-dire soit laisserait un bateau de guerre plus de 21 jours, soit introduirait (ce que la Turquie est censée empêcher) un tonnage total supérieur à 30000 tonnes.
 
Puisque les Etats-Unis, qui ont déjà enfreint cette règlementation l'année dernière, annoncent maintenant leur intention d'une installation permanente, alors même qu'ils savent leur flotte vulnérable et qu'ils mettent par cette annonce leurs alliés en position difficile, cela ne peut être qu'une provocation, comme toutes celles qu'on voit depuis un an et demi en Europe, comme par exemple la multiplication des missions aériennes susceptibles d'entraîner des incidents.
 
Si l'ignorance systématique de la Convention de Montreux par les Etats-Unis devait effectivement devenir permanente, et si les partenaires de la Russie refusaient de jouer leur rôle dans l'application de la Convention, il serait difficile de ne pas y voir une franche provocation et, dans l'état actuel de guerre déclarée, une invitation à ce que la Russie adopte la solution Juste Cause appliquée par les Etats-Unis au canal de Panama en 1989.
 
Delenda Carthago.