samedi 14 février 2015

le Complexus de Minsk déjà caduc est un succès pour l'OTAN

Le Complexus conclu à Minsk le 12 février 2015 par le groupe de contact tripartite (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, Ukraine et Russie) dans le prolongement du Protocole du 5 septembre et du Memorandum du 19 septembre 2014 était annoncé comme une contribution à une résolution du conflit en ex-Ukraine, mais prépare au contraire son escalade.
 
Le Complexus de Minsk est déjà caduc.
 
Comme le président du régime issu du coup d'état du 22 février 2014, Petro Porochenko, l'avait annoncé le 6 février, avant même les discussions-marathon de Minsk, ces recommandations sont inacceptables pour sa faction.
 
Le Complexus a été rédigé par la représentante de l'OSCE, un ancien président ukrainien et l'ambassadeur russe en Ukraine, puis il a été présenté pour information à deux citoyens influents des républiques de Donetsk et de Lougansk, incidemment chefs de gouvernement élus mais non convoqués, reconnus ou signataires en cette qualité.
 
Dans les heures suivant la publication de ce document, Petro Porochenko créa un "conseil international consultatif de réforme" dont il confia la présidence à l'ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili (déjà son conseiller informel depuis plusieurs mois), accessoirement recherché par la justice de son pays pour abus de fonctions et détournements de fonds publics mais plus connu pour avoir, en 2008, lancé l'agression militaire contre la province autonome alors géorgienne d'Ossétie du Sud, pratiquement détruit sa capitale Tsinkhvali et provoqué l'exode de la moitié de la (petite) population. A peine nommé à ce poste officiel en Ukraine le fugitif Saakachvili annonça, ce 12 février, que sa priorité serait l'obtention massive, à l'étranger, d'armes offensives pour le gouvernement ukrainien.
 
En réponse à l'appel de Saakachvili les Etats-Unis d'Amérique, par la voix de la porte-parole du ministère des affaires étrangères Jennifer Psaki, confirmèrent immédiatement que le gouvernement états-unien envisageait toujours de faire voter par son parlement le financement et la fourniture officiels d'armements offensifs supplémentaires à l'Ukraine (sans considération du Traité sur le Commerce des Armes entré en vigueur le 24 décembre 2014 et interdisant la fourniture d'armes aux pays qui violent les droits de l'homme et commettent des crimes de guerre ou contre l'humanité). Et les Etats-Unis continuent ouvertement les préparatifs du déploiement de leur 173° Brigade Aéroportée en Ukraine, au mépris flagrant de la clause du Complexus relative au retrait des forces étrangères.
 
De son côté, le premier ministre Arseni Iatseniouk déclara, lui aussi quelques heures après sa publication, que le Complexus de Minsk ne serait pas appliqué tant que le gouvernement n'aurait pas repris le contrôle de la frontière russo-ukrainienne (c'est-à-dire expulsé la résistance du sud-est vers la Russie), et ajouta que le président Porochenko partageait cette position.
 
Parallèlement, et toujours le 12 février, le ministre ukrainien des affaires étrangères Pavlo Klimkin annonça que l'amnistie prévue par le Complexus ne s'appliquerait pas aux chefs des milices d'autodéfense du bassin du Don, et cette affirmation fut reprise par plusieurs membres du gouvernement.
 
Le mouvement néo-nazi Pravy Sektor, auquel le gouvernement avait confié dès le 30 avril la création de milices paramilitaires et dont les hordes (Aïdar, Azov, Dnipro...) se sont ensuite illustrées essentiellement dans l'exécution massive de milliers de civils le long de la ligne de front nord (constatée par l'OSCE lors de la trêve de fin septembre), l'exécution de centaines de filles du "camp du viol" de Krasnoarmeïsk (mais également des violées de Nijniaïa Krynka et Marioupol) et plus récemment l'extermination par l'arrière d'un bataillon régulier ukrainien qui cédait du terrain au nord-ouest de Debaltsevo, a quant à lui déclaré qu'il ne respecterait pas le Complexus et ne cesserait pas le feu. Dmitri Iaroch, le chef de Pravy Sektor et donc officiellement des milices paramilitaires gouvernementales, estime que le Complexus de Minsk n'a aucune valeur juridique et a annoncé dès vendredi 12 février que Pravy Sektor n'interromprait pas ses opérations "militaires".
 
En net contraste, les gouvernements des républiques de Donetsk et Lougansk ont immédiatement annoncé, puis répété malgré les provocations du gouvernement ukrainien, qu'ils respecteraient le cessez-le-feu prévu pour minuit dans la nuit du 14 au 15 février.
 
Plus remarquable encore, les parlements élus des deux républiques, qui avaient proclamé en assemblée parlementaire conjointe du 12 décembre 2014 la souveraineté de la Novorussie, viennent d'examiner et ratifier le Complexus, ce que le groupe de contact tripartite ne leur demandait d'ailleurs pas (ni à leurs exécutifs), et de renoncer à l'indépendance (du côté ukrainien le Complexus n'a évidemment pas été soumis au parlement puisqu'il est déjà rejeté par le gouvernement). Samedi 14 février, le représentant mandaté par Donetsk, Denis Pouchiline, a appelé à une nouvelle réunion du groupe de contact afin d'examiner les amendements constitutionnels proposés par les républiques de Donetsk et Lougansk, qu'il a alors présentés, pour une intégration du sud-est à la nouvelle Ukraine avant la fin 2015, selon les lignes générales (autonomie de gouvernement) énoncées dans le Complexus.
 
Cette renonciation volontaire à l'indépendance pourtant provoquée par la déclaration de guerre et justifiée par la campagne génocidaire gouvernementales, au moment où la Novorussie pouvait être en mesure d'imposer par la force le Memorandum de Minsk violé (ou plutôt jamais appliqué) par l'Ukraine en repoussant l'artillerie lourde anti-cités au-delà de sa portée limite, est un acte de bonne volonté particulièrement héroïque et douloureux pour un peuple martyrisé, et dont un quart a déjà été expulsé par le fer et par le feu de ses terres ancestrales.
 
Pourtant tout avait été fait pour que la Novorussie refuse le Complexus.
 
Dans son article sur le cessez-le-feu, le Complexus retire la condamnation particulière des actions offensives établie dans le Memorandum.
 
Plus grave, dans son article sur le retrait des armes lourdes, le Complexus réduit la zone de retrait de l'artillerie (notamment balistique que seule l'Ukraine possède), que le Memorandum entendait retirer au-delà de la portée maximale de chaque système d'arme, et prononce un retrait symbolique quasi-uniforme qui laissera les villes du sud-est à portée des systèmes majeurs anti-cités ukrainiens.
 
Dans son article sur le contrôle par l'OSCE, le Complexus retire la précision du Memorandum installant la mission d'observation dans la zone de séparation entre les factions (le Protocole, lui, dicté par Porochenko, entendait installer l'OSCE sur la frontière russo-ukrainienne où elle était déjà et où il ne se passait rien).
 
Dans son article sur les élections, car le Complexus comporte de nombreuses directives politiques que le Memorandum (accord de cessez-le-feu militaire pragmatique et réalisable) ne comportait pas, il annule les élections exécutives et parlementaires du 2 novembre et prévoit de nouvelles élections selon des critères ukrainiens encore indéfinis.
 
Dans son article sur l'amnistie, le Complexus garantit l'impunité aux perpétrateurs des crimes de guerre commis par les forces régulières ukrainiennes et des plus graves crimes contre l'humanité commis par les hordes paramilitaires sous mandat gouvernemental ukrainien, crimes dont l'ampleur a été révélée, et constatée notamment par l'OSCE (peu suspecte de biais anti-ukrainien puisque l'Ukraine en fait partie mais pas les républiques de Donetsk et Lougansk) lors de la trêve de fin septembre.
 
Dans son article sur la libération des prisonniers, le Complexus reprend l'article du Protocole distinguant entre détention légale et illégale au regard de la "loi" de fait ukrainienne, alors que le Memorandum n'avait pas repris ce critère et utilisait un ton général relevant des conflits inter-étatiques, ce qui sous-entendait la libération de tous les prisonniers, considérés comme prisonniers de guerre, après la cessation des hostilités.
 
Dans son article sur l'aide humanitaire, le Complexus abandonne les injonctions envers l'Ukraine formulées dans le Protocole, ignore l'ouverture de fait de corridors humanitaires par la Russie à travers la frontière russo-novorusse, et semble préparer l'imposition de corridors plus "internationaux", c'est-à-dire (peut-être) de nœuds de contrôle de l'OTAN au cœur de la Novorussie.
 
Dans son article sur les canaux financiers et sociaux, le Complexus se moque ouvertement de la population hermétiquement assiégée, affamée, systématiquement assoiffée, gelée et pilonnée par le gouvernement ukrainien.
 
Dans son article sur la mise de la frontière russe sous contrôle ukrainien, le Complexus annonce à une échéance certes pas immédiate la fermeture de l'unique voie d'échappée et d'approvisionnement, ainsi d'ailleurs que la reprise des bombardements ukrainiens des villages de la région de Rostov.
 
Dans son article sur le retrait des forces et armes étrangères, le Complexus ajoute à cette disposition essentielle mais illusoire du Memorandum (adopté juste après les manœuvres de l'OTAN en Ukraine et jamais appliqué par cette dernière) le désarmement des "groupes illégaux", impliquant que s'appliquera là encore le critère de légalité de la seule autorité mentionnée dans le document (le gouvernement issu du coup d'état du 22 février dernier à Kiev), ce qui signifie le désarmement des forces d'autodéfense du sud-est.
 
Dans son article sur la définition d'une nouvelle constitution ukrainienne, le Complexus ignore la sécession du nord-ouest de l'ex-Ukraine, son expédition d'une armée de type soviétique contre la population alors désarmée des zones réfractaires au coup d'état, son intention maintes fois proclamée de vider ces régions de leurs habitants, et sa conduite d'une guerre totale doublée d'une campagne de crimes génocidaires visant à provoquer l'exode massif, d'ailleurs déjà pour un quart réalisé.
 
En bref, alors que le Memorandum de Minsk préparait un cessez-le-feu entre factions belligérantes, le Complexus propose à la faction désormais victorieuse (chez elle bien qu'elle n'ait pas repoussé chez lui l'agresseur récidiviste pourtant épargné une première fois début septembre) une capitulation totale et inconditionnelle, comme l'avait d'ailleurs déjà intimé le Protocole ensuite corrigé par le Memorandum.
 
Le Complexus de Minsk semble donc avoir été rédigé pour obtenir un refus de la Novorussie, voire de la Russie.
 
Par la capitulation de la Novorussie victorieuse, le Complexus transfère la victoire à l'Ukraine vaincue.
 
Il n'est pas nécessaire de reprendre en détail chaque article (voir www.stratediplo.blogspot.com/2015/02/the-minsk-complex-dismantles-minsk.html) pour comprendre que le Complexus de Minsk offre au gouvernement issu du coup d'état l'impunité totale de ses crimes de guerre et crimes contre l'humanité, le désarmement des forces d'autodéfense qui viennent pourtant d'arrêter sa deuxième offensive générale, la promesse d'une intégration politique et administrative des régions réfractaires selon ses propres termes pas encore définis, le maintien de la capacité stratégique anti-cités (en ordre de marche et à portée pratique), l'assurance d'un réarmement par l'étranger au cas où, et la victoire politique et morale de pouvoir être la faction qui accepte le Complexus tandis que son opposant le refuse (c'est du moins ce qui semblait prévu). Le seul détail qui n'était pas prévu, c'est que les arrogants criminels irresponsables national-socialistes de Kiev ne feraient même pas semblant d'accepter le Complexus, tandis qu'au contraire les sérieux responsables de la population martyrisée de Donetsk et Lougansk l'accepteraient... vraisemblablement d'ailleurs sans illusion quant à sa violation immédiate par le gouvernement ukrainien, qui les délivrerait automatiquement de leurs propres engagements.
 
Le Complexus de Minsk est un grand succès pour l'OTAN.
 
Peu importe au fond que ce soient la France et l'Allemagne qui aient pris l'initiative des réunions-marathon du "groupe de Normandie", ou qu'elles aient saisi une proposition émanant de la Russie.
 
Les deux principales puissances de l'OTAN en Europe ont sauvé ce qui reste des forces régulières et paramilitaires ukrainiennes après l'offensive inconsidérée de janvier.
 
Elles ont interrompu la contre-offensive de Donetsk et Lougansk, qui aurait pu imposer par la force l'application du Memorandum de Minsk, en repoussant l'armée gouvernementale au-delà de la portée maximale de ses armes stratégiques les plus terrifiantes (depuis la neutralisation de son aviation), à savoir les missiles balistiques et les lance-roquettes multiples, et en repoussant certainement au passage le reste, du mortier de 120 mm aux hordes paramilitaires sanglantes, à la même distance de sécurité (seul un bureaucrate international peut croire qu'on peut convaincre une armée en zone d'opérations de retirer certaines armes à 120 km, d'autres à 70 ou 36 km, d'autres enfin à 8 km et de ne laisser aller au contact de l'ennemi que les armes d'infanterie).
 
Elles ont fait oublier qu'elles avaient déjà apporté leur garantie à l'accord de sortie du crise du 21 février 2014 puis l'avaient levé le lendemain en approuvant le coup d'état du 22, qu'elles avaient aussi apporté leur garantie à l'accord de Genève du 17 avril puis l'avaient levé immédiatement en approuvant la poursuite de l'offensive du 14... et autres trahisons de la cause de la paix, y compris au conseil de sécurité de l'ONU dans le cas de la France.
 
Elles ont officiellement internationalisé le conflit, bien au-delà du discret envoi par les pays périphériques de l'OTAN (Etats-Unis, Pologne, Lituanie...) d'unités régulières, d'unités corsaires dites privatisées, d'instructeurs et coopérants individuels, de "volontaires" mercenaires paramilitaires, et bien sûr d'armement détonnant ou simplement sonnant et trébuchant.
 
Elles ont par leur activisme soudain et intense (www.stratediplo.blogspot.com/2015/02/ballet-franco-allemand-au-bolchoi_9.html) créé un sentiment d'urgence et de menace, notamment parmi les populations ouest-européennes pas encore soumises à l'économie de guerre déjà imposée par l'Union Européenne aux populations russes et grecques.
 
Elles ont suscité une grossière, insultante et provocatrice vague de désinformation calomnieuse envers la Russie dans toutes les formes de presse du monde ex-libre.
 
Elles ont désigné la Russie comme partie prenante à la guerre en ex-Ukraine et ont réussi à "démontrer" que la clef de la paix ou de la guerre se trouve bien à Moscou.
 
Elles ont clairement annoncé, et vraisemblablement convaincu, que l'escalade du conflit est imminente et l'embrasement de l'Europe vraisemblable.
 
Elles ont à grands cris proclamé leur tardive volonté d'apaisement, et sont sur le point de reconnaître leur impuissance.
 
Les deux principales puissances de l'OTAN en Europe ont, pour finir, formellement annoncé le prochain stade d'escalade contre la Russie en cas de non-application du Complexus de Minsk (sans distinguer selon qui le violerait ou refuserait de l'appliquer), et concocté un document inapplicable et inacceptable (tout en se trompant sur la faction qui l'accepterait et celle qui le refuserait).
 
L'escalade aura lieu, le Complexus de Minsk est donc un succès pour les pays de l'OTAN qui l'ont dicté.

vendredi 13 février 2015

the Minsk Complex dismantles the Minsk Memorandum

On September 5, 2014, the trilateral contact group on Ukraine (OSCE, Russia and Ukraine) signed a Protocol to "implement president Poroshenko's peace plan and president Putin's initiative"; then on September 19 the same contact group signed a Memorandum, supposedly to precise its practical application, but actually to correct it and make it both viable and useful. After the failure of the general military offensive launched by the Ukranian government in January, president Hollandd, president Putin and chancellor Merkel called the contact group to prepare a new document, the Complex "of measures about the implementation of the Minsk agreements", issued on February 12, 2015. As the two previous ones, this document was then presented to two top leaders of Donetsk and Lugansk de facto republics (in the meanwhile elected chiefs of government), who acknowledged having read it by signing after the trilateral contact group, in their sole personal names since they were not asked to state any public mandate or commit any community.

The 13 clauses of the Complex are commented hereafter.

1. Immediate and comprehensive ceasefire.

This clause just repeats the first clause of the Protocol and the first clause of the Memorandum, and ignores the third clause of the Memorandum, burrying the distinction between offensive fire, especially against civilian population, and defensive counter-battery fire, aimed at putting an end to any shelling of the civilian population. For months the OSCE has been able to identify and report which side was firing at the population (even after the Minsk Protocol and Memorandum) and which side was restraining to defensive counter-battery, but the trilateral contact group doesn't want any more to single out offensive operations and to put a specific blame on the offender, should the same anti-cities pattern occur again.

2. Withdrawal of heavy weapons to create a safety zone.

This is the most important back-pedalling since the September texts, destroying the most important clause of the Memorandum, the only one that could have really improved the situation of the civilian population by complicating the anti-cities governmental strategy. The fourth clause of the Memorandum was detailing nine different distances of removal (pulling out of maximal range), from 8 km (mortars and 100 mm guns) to 120 km (SS-21 and MLR Tornado-S). The Complex calls for the reciprocal withdrawal of heavy weapons to an equal distance "in order to create between them a security zone of a width of", with only three widths of 50, 70 and 140 km. For example, the security zone considered for the Tochka (SS-21 ballistic missile) is 140 km, meaning a reciprocal withdrawal of 70 km from the contact line, therefore the contact line (and the whole million-populated city of Donetsk) will still stay within the 120 km range of this system, as well as within the range of Uragan and Tornado MLRS.

3. Monitoring of the ceasefire and of the withdrawal of weapons by OSCE.

This clause confirms the general intention of the second clause of the Protocol (monitoring by OSCE) but fails to repeat the practical modality of the eighth clause of the Memorandum (monitoring from within the ceasefire area).

4. Immediate dialogue to prepare local elections under Ukrainian law on temporary regional status.

This clause, reminding the ninth clause of the Protocol (not repeated in the Memorandum which didn't contain any political measure), disregards the fact that the law on temporary regional status, introduced but president Proshenko, was quickly dismissed and revoked by the Ukranian parliament.

5. Law of amnesty of persons related to the events in certain areas of Donetsk and Lugansk.

This sixth clause of the Protocol, taken from the Poroshenko's ultimatum of June 20, could then be seen as a guarantee for the south-eastern resistance. But after the massive commission of war crimes and even crimes against humanity by governmental forces and especially governmental paramilitary militias, recorded by the OSCE after the September 20 truce, this clause looks like a guarantee of impunity. Nowadays, not only does the international community insist on punishing war criminals as a first step towards reconciliation, but it even created a permanent international tribunal to be competent and step in when a government refuses to judge its criminals.

6. Release of hostages and illegally withheld persons on the basis of the principle "all for all".

This is the fifth clause of the Protocol, also taken from Poroshenko's June ultimatum, and still ignoring Putin's September proposal for a prisoners exchange, more in line with the existence of an armed conflict. Seen from Kiev, anybody captured by the so-called "terrorists" is a hostage, and anybody captured by the government is legally withheld. Seen from Donetsk and Lugansk, as well as from international conventions (Geneva notably), anybody captured while fighting in uniform with distinctive signs of a constituted army is a war prisoner and has to be protected during the war and released after it, and anybody captured while looting, raping or killing in unidentifiable clothing is a criminal that can be sentenced in a court, or through the adhoc expeditive process reserved for armed crimes in a combat operation zone. In any case, this clause fails to condemn the governmental practice of torturing and killing war prisoners, and then capturing innocent civilians to exchange against captured governmental soldiers.

7. International mechanism to guarantee access, delivery, storage and distribution of humanitarian aid.

This clause is the only one that marks a progress since the Protocol, where the humanitarian relief was simply entrusted in the government that had provoked the humanitarian disaster to force the displacement of the population... one quarter of which already left.

8. Preparation of the reestablishment of financial links especially for social payments.

This clause if a simple declaration of intention, obviously dictated by western political leaders pretending that some administrative or technical difficulties could have caused more damage than the systematic destruction of vital infrastructure or the massive use of prohibited weapons.

9. Reestablishment of Ukranian government control over the international frontier, after the elections.

This clause if just a concession to the Ukranian government, which dismisses OSCE border-control reports and pretends that Russia invades Ukraine over the frontier.

10. Withdrawal of foreign units, fighters and weapons and disarmament of illegal groups.

The withdrawal of foreign units, fighters and weapons was mentionned in the eight clause of the Memorandum, but the critera of illegal groups was taken from the tenth clause of the Protocol, probably inferring that any non-governmental group is illegal.

11. New decentralized Ukrainian constitution and definitive law on regional status by end of 2015.

This clause aims at reducing the genocide and deportation campaign to a political dispute.

12. Joint preparation of local elections to be supervised by OSCE.

This clause dismisses the presidential and parliamentary elections held in Donetsk and Lugansk on November 2, that the OSCE and its member states had been invited to monitor.

13. Intensify and demultiply the activity of the trilateral contact group.

No comment.

Incidentally, the Complex doesn't recall the sixth clause of the Memorandum prohibiting land mines, which is striking after the destruction of an autobus, on January 13 close to Volnovakha, by a directed-effect antipersonnel mine MOH laid by the government troops. The document doesn't even condemn or mention the use of forbidden weapons such as white phosphorus, fragmentation and submunitions shells, multiple launch-rocket systems...

As already shown (www.stratediplo.blogspot.com/2014/12/the-minsk-memorandum-is-back-it.html), the Minsk Protocol was essentially Poroshenko's plan of June 20, an ultimatum for the resistance to surrender, just improved with some political considerations affirming the insertion of the south-eastern regions into the Ukrainian institutional framework post-February 22, 2014.

The Memorandum corrected the inapplicable Protocol, and replaced it with a pragmatic ceasefire agreement recognising the real frontline which, if implemented by the Ukranian government, could have brought a lasting truce. The Memorandum was a serious ceasefire agreement prepared after military study, the Complex is a show-off political dictate disregarding tactical and technical facts. The Complex dismantles the Memorandum, incorporates Donetsk and Lugansk into future Ukrainian institutions (therefore considering a total capitulation of the de facto republics), and cancels the most important clause of the Memorandum by reducing the heavy weapons withdrawal to a move that would keep the main cities within their range.

The Ukrainian government already announced that it would not respect this document, but it seems to have been written in such a way to make it unacceptable by Novorussia's population.

lundi 9 février 2015

ballet franco-allemand au Bolchoï

Le 5 février 2015, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont annoncé qu'ils bouleversaient leurs agendas respectifs pour aller l'après-midi même à Kiev rencontrer le président ukrainien Petro Porochenko puis le lendemain à Moscou parler avec le président Vladimir Poutine. Dès cette annonce-surprise, François Hollande a qualifié cette démarche d'ultime tentative diplomatique pour éviter la guerre, en précisant "si nous réussissons nous aurons évité les escalades ; si nous échouons, que dira-t-on, que la France et l'Allemagne ont fait tout ce qu'elles pouvaient faire".
 
Le contenu du discours qu'ils comptaient tenir, ou des propositions qu'ils comptaient faire, n'a pas été diffusé à l'avance, mais dès leur départ de Kiev Petro Porochenko a publiquement annoncé ce qui serait inacceptable pour lui, puis avant même leur arrivée à Moscou les services diplomatiques français et allemands ont laissé filtrer qu'il s'agissait de propositions sur la base des accords de Minsk.
 
Rappels
 
Entre parenthèses il convient de rappeler que les deux "accords de Minsk" ne sont pas un tout homogène. Le Protocole de Minsk, signé le 5 septembre 2014, répète l'ultimatum de Petro Porochenko du 20 juin en exigeant la capitulation immédiate de la résistance au coup d'état, l'exode des opposants et le renforcement du contrôle international de la frontière russo-ukrainienne. Le Memorandum de Minsk, signé le 19 septembre, établit un cessez-le-feu entre les factions ukrainiennes en prévoyant le retrait des armes lourdes au-delà de leur portée limite et la mise en place d'un contrôle international sur une bande de séparation entre les deux factions, ainsi que le retrait de tous les combattants et armements étrangers (www.stratediplo.blogspot.com/2014/12/the-minsk-memorandum-is-back-it.html).

Il n'est pas inutile de rappeler aussi que l'OTAN, l'Union Européenne et leurs membres se sont opposés aux négociations de Minsk, conduites à l'initiative de la Biélorussie et avec l'assistance de la Russie sans aucune participation occidentale. Les pays de l'Alliance Atlantique ont particulièrement manifesté leur opposition en invitant le président ukrainien Petro Porochenko au sommet de l'OTAN à Newport (et en promettant de financer encore plus sa campagne militaire contre la population du sud-est) au moment même où se tenaient ces discussions inter-ukrainiennes, puis en publiant un nouveau train de sanctions contre la Russie (facilitatrice des discussions sous l'égide de l'OSCE) ce même 5 septembre dès qu'ils ont appris qu'un document commun avait été signé à Minsk.

Il convient de ne pas perdre de vue non plus que c'est le gouvernement ukrainien qui a systématiquement violé ces accords, moins de deux heures après le début de la courte trêve le 20 septembre, en intensifiant le bombardement des zones résidentielles du sud-est (aux missiles balistiques SS-21, aux bombes au phosphore blanc, aux obus à fragmentation et aux missiles à sous-munitions), en refusant de retirer ses armes lourdes, en déployant des mines antipersonnel (comme la mine antipersonnel à effet dirigé MOH qui a détruit l'autobus à Volnovakha le 13 janvier), en envoyant les hordes de Pravy Sektor pratiquer le viol des jeunes femmes de la zone de démarcation, l'enlèvement de paysans à la veille de chaque date d'échange de prisonniers, et surtout le massacre de milliers de civils innocents dont l'OSCE explore encore les fosses communes dans les zones péniblement libérées par la résistance. Si Petro Porochenko a prétendu le 7 février n'avoir perdu que 1200 militaires et tué que 5400 civils, d'après Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung du 8 février le renseignement militaire allemand estime les pertes totales à déjà 50000 (soit la moitié de la guerre de Bosnie ou de la guerre civile algérienne). Et d'après le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, ce début de génocide a déjà provoqué l'exode (son but annoncé) de 1,6 millions de personnes, soit un quart de la population des régions "anti-terrorisées" par le gouvernement ukrainien.

Enfin, le ballet franco-allemand aurait pu ne pas aller plus loin que l'Ukraine puisque dès qu'Angela Merkel et François Hollande ont quitté Kiev, Petro Porochenko s'est empressé de déclarer que certaines des propositions franco-allemandes étaient inadmissibles pour l'Ukraine. On laisse entendre que c'est comme d'habitude Vladimir Poutine qui aurait lancé l'idée de ces consultations, mais cela n'explique pas pourquoi le couple franco-allemand a accepté cette fois.
 
Questions
 
La première question qui vient à l'esprit est celle du choix du moment. François Hollande et Angela Merkel ne se sont pas déplacés (n'ont même pas réagi d'ailleurs) lors du coup d'état le lendemain même de la signature de l'accord de sortie de crise du 21 février 2014 (parrainé par la France, l'Allemagne et la Pologne), ni lors de l'envoi d'une armée de type soviétique contre une population désarmée le 14 avril, ni lors de la violation de l'accord de Genève du 17 avril (parrainé par l'Union Européenne, la Russie et les Etats-Unis), ni lors du pogrom d'Odessa le 2 mai, ni lors de la destruction de Slaviansk début juin, ni lors du début des bombardements massifs avec toutes les armes prohibées (sauf chimiques pour l'instant) disponibles en Ukraine, ni lors du siège et de l'affamement de deux millions de personnes dans les villes (avec destruction systématique des infrastructures vitales), ni lors de la dénonciation par les agences internationales du plus gros déplacement forcé de populations en Europe depuis la deuxième guerre mondiale, ni lors de la découverte des charniers dans les zones où avaient séjourné les hordes paramilitaires multinationales, ni lors du déclenchement de la deuxième grande offensive par l'armée et les milices gouvernementales fin janvier. Ce n'est qu'après l'échec de cette deuxième offensive, et la réussite de la contre-attaque locale limitée (sans intention de marcher sur Kiev) de la résistance terminant enfin le nettoyage des ruines de l'aéroport de Donetsk (et la découverte de quantité d'équipement et d'armement états-unien) d'où la ville était bombardée toutes les nuits depuis six mois, et entreprenant la fermeture en nasse de la poche de Debaltsevo où l'armée ukrainienne venait d'introduire de gros renforcements pour séparer les territoires de Donetsk et Lougansk, que François Hollande et Angela Merkel ont décidé de prétendre qu'il fallait arrêter ça : le génocide et la déportation des Russes d'Ukraine pendant neuf mois semblaient moins les gêner que l'émergence inespérée d'une résistance capable d'y mettre un terme.
 
La deuxième question concerne l'absence d'invitation ou de visite des républiques de Donetsk et Lougansk. S'il s'agit de tenter de mettre un terme à l'opération ukrainienne elles sont concernées, s'il s'agit d'obtenir un accord politique entre elles et l'Ukraine elles sont partie prenante, et s'il s'agit de ressusciter les accords de Minsk elles en sont signataires. Si, de plus, la rhétorique occidentale entend continuer de prétendre que ce sont les "russophiles" du sud-est qui agressent le sud-est de l'Ukraine, Donetsk et Lougansk devraient être, non pas associées, mais directement visées par toute initiative de rétablissement de la paix. Enfin, s'il s'agit d'imposer par la force, puisque l'Ukraine s'y refuse et que l'OSCE n'en a pas les moyens, l'application du Memorandum de Minsk, c'est-à-dire de repousser l'artillerie ukrainienne au-delà de sa portée maximale (120 km dans le cas des missiles balistiques SS-21), seules les forces d'auto-défense de Donetsk et Lougansk peuvent en avoir la capacité, hors cas d'intervention étrangère évidemment.
 
Une autre question est celle de l'absence d'invitation ou de visite des Etats-Unis d'Amérique. S'il s'agissait, comme le dit une partie de la presse européenne, d'empêcher ou de retarder le passage au stade parlementairement budgété des livraisons d'armes états-uniennes déjà constatées sur le terrain, c'est vers Washington qu'il aurait fallu se tourner. Ce sont les Etats-Unis dont le millier de "coopérants militaires" officiellement reconnu en milieu d'année dernière représentait, sans compter leurs unités corsaires dites privées, 10% des forces opérationnelles ukrainiennes. Ce sont les Etats-Unis qui ont perdu plusieurs dizaines de combattants (noirs) début septembre près de Lougansk, et plusieurs officiers à Ilovaïsk dont le général de division aérienne Randy Allen Kee le 5 août et le capitaine Mark Gregory Paslawsky le 19, et dont un ressortissant a été filmé, en uniforme ukrainien, à Marioupol le 24 janvier. Ce sont leurs armes états-uniennes qui interdisaient aux artilleurs en treillis étrangers retranchés dans les ruines de l'aéroport de Donetsk de se rendre, fin janvier. Ce sont les Etats-Unis qui, après avoir reconnu un investissement de cinq milliards de dollars pour la préparation du coup d'état, ont renchéri l'année dernière par centaines de millions de dollars chaque fois que l'Union Européenne envoyait à l'armée ukrainienne quelques dizaines de millions d'euros pris sur les fonds destinés aux catastrophes naturelles. Ce sont les Etats-Unis dont le commandant terre en Europe, le général de corps d'armée Ben Hodges, a annoncé le 21 janvier le déploiement prochain de troupes ("instructeurs") à Lviv, confirmé ensuite par la porte-parole du Pentagone le lieutenant-colonel Vanessa Hillman, avant que la presse italienne ne signale que c'est la 173° Brigade Aéroportée états-unienne, stationnée à Vicenza et ayant participé aux manœuvres provocatrices de l'OTAN en Ukraine en septembre ("Rapid Trident"), qui se prépare actuellement à être projetée en Ukraine. Quant aux troupes et aux armements polonais, ils ne sont pas en Ukraine à l'insu de l'OTAN à laquelle la Pologne appartient. La clef de la guerre en Ukraine se trouve évidemment plus à Washington qu'à Moscou. Certes, à Kiev François Hollande et Angela Merkel ont aussi rencontré John Kerry, ministre des affaires étrangères états-unien.
 
Si François Hollande et Angela Merkel ignorent les principaux belligérants hormis le principal (le gouvernement ukrainien), on peut se demander pourquoi ils s'adressent, en revanche, à la Russie qui jusqu'à présent a été le principal modérateur, reconnaissant (à tort) le pouvoir issu du coup d'état du 22 février, puis les élections dictées aux Ukrainiens le 25 mai et de manière encore plus musclée le 26 octobre, refusant de reconnaître les referenda de souveraineté des régions attaquées puis l'élection de leurs gouvernements respectifs, faisant pression sur elles pour les empêcher de faire complètement sécession, évitant de répondre aux provocations militaires ukrainiennes (dont les multiples bombardements de la région de Rostov), essayant d'amadouer le pouvoir ukrainien par la livraison de gaz dont on sait qu'il ne sera jamais payé et qui serait plus utile aux populations sans électricité du sud-est qu'aux usines d'armement de Kiev, et enfin suggérant ou soutenant toutes les initiatives diplomatiques de résolution du conflit. François Hollande et Angela Merkel n'annoncent pas aller chercher le soutien de Vladimir Poutine à leur initiative entre les deux factions ukrainiennes, mais vouloir négocier directement avec lui.
 
Toutes les premières pages de la presse française (il faudrait voir ce qu'il en est de la presse allemande) annonçant la "surprise" de l'initiative de François Hollande et Angela Merkel l'entourent d'articles de propagande anti-russe. Les uns parlent de "vols de provocation" de l'armée de l'air russe frisant les incidents sans mentionner que l'OTAN reconnaît avoir plus que quadruplé ses vols d'observation tactique le long des frontières russes, les autres dénoncent des "manœuvres terrestres provocatrices" à Krasnodar sans mentionner que c'est à plusieurs centaines de kilomètres de l'Ukraine par-delà la mer d'Azov (et que des manœuvres de l'OTAN ont eu lieu en septembre en Ukraine même), d'autres encore considèrent comme casus belli l'attaque contre l'autobus à Volnovakha sans mentionner qu'il a été détruit par une mine antipersonnel posée par l'armée ukrainienne (en violation des accords de Minsk mais aussi de la convention d'Ottawa) et que les rapports de l'OSCE ont établi que c'est l'artillerie ukrainienne qui bombardait à ce moment-là le point de contrôle ukrainien... et tous publient de gros titres accusant la Russie d'avoir attaqué l'Ukraine. Le quotidien Le Monde, voix du gouvernement français, titre par exemple "Poutine doit choisir : guerre ou paix", puis ajoute que "l'histoire balance entre un conflit encore localisé [...] et un affrontement plus large [...] l'affaire ukrainienne peut [...] conduit à un affrontement plus large, une guerre au cœur du continent, entre la Russie et l'Ouest", et termine en assurant que "tout ne dépend que d'un homme : Vladimir Poutine".
 
On peut s'interroger sur le caractère fortuit de la coïncidence de fortes attaques verbales contre la Russie. Le 6 février Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l'OTAN, déclare qu'il y a de "fortes probabilités" que la Russie attaque prochainement un pays balte. Le 7 février Federica Mogherini, diplomate en chef de l'Union Européenne, dit que Vladimir a tous les éléments en main pour mettre fin à la guerre, et le même jour Angela Merkel et le vice-pésident états-unien Joe Biden s'associent à Petro Porochenko pour "appeler à un cessez-le-feu", comme si ce dernier n'était pas celui qui avait déclenché le feu en avril puis l'avait relancé en janvier, mais que les trois s'adressaient ensemble à un tiers responsable. Ce même 7 février, depuis la Conférence de Munich sur la Sécurité (qui est l'occasion de nombreux discours martiaux), le commandant suprême de l'OTAN en Europe, le général d'armée aérienne états-unien Philip Breelove, déclare que l'OTAN n'exclut pas une "option militaire" mais qu'il n'y a aucune discussion en cours sur l'envoi de troupes au sol. Venant d'un militaire, cette déclaration signifie que l'OTAN étudie une "option militaire" et que l'échelon politique a demandé à l'échelon militaire de préparer des plans d'action à dominante aérienne.
 
Mais la question principale que suscite tout ce ballet est de savoir de quoi l'on parle. Si Petro Porochenko a déjà annoncé que le plan proposé n'était pas acceptable pour l'Ukraine, la question ukrainienne s'arrête là. Lorsque François Hollande parle de tout tenter pour "préserver la paix" il devient évident qu'il ne fait pas allusion à l'Ukraine, où le gouvernement de Kiev est en guerre contre la population du sud-est depuis bientôt dix mois ; il reconnaît d'ailleurs que "en Ukraine, c'est la guerre, des armes lourdes sont utilisées, des civils tous les jours sont tués". Dès sa conférence de presse du 5 février il parle d'éviter les escalades, puis il déclare vouloir "prévenir les Russes que le temps est désormais compté" et que "l'option de la diplomatie ne peut être prolongée indéfiniment". Lorsqu'il parle de "l'option de la diplomatie", alors qu'aucun pays de l'OTAN ou de l'Union Européenne n'a demandé au gouvernement ukrainien d'arrêter le génocide et d'exercer une répression policée, il devient évident qu'il ne fait pas allusion à des efforts diplomatiques envers l'Ukraine, mais plutôt envers la Russie, qui fait l'objet de pressions économiques, monétaires, politiques et militaires (pas seulement diplomatiques) renforcées mois après mois. Certains journaux étrangers n'hésitent d'ailleurs pas à titrer "Hollande menace Poutine".
 
Enfin on peut se demander pourquoi tant de précipitation soudaine. Jeudi 5 février François Hollande et Angela Merkel annoncent leur départ précipité pour Kiev quelques heures plus tard. Le lendemain vendredi 6 février ils s'envolent de Kiev à Moscou. Leur entretien avec Vladimir Poutine reste quasiment secret sans conseillers, aucun communiqué n'est diffusé sinon qu'il y aura un communiqué commun le surlendemain. Dimanche 8 une téléconférence a lieu entre les présidents français, russe et ukrainien et la chancelière allemande, mais encore aucun communiqué final n'est donné à la presse, sinon que les quatre parties se réuniront personnellement à Minsk mercredi 11. Au niveau chefs d'état (ou de gouvernement dans le cas de l'Allemagne), et hors sommet international qui d'ailleurs dure rarement plus de deux jours, il s'agit là d'une activité particulièrement intense.
 
Déductions
 
La première question comporte en elle-même sa réponse, c'est manifestement parce que le sud-est a résisté à la dernière offensive gouvernementale que le couple franco-allemand s'est activé.
 
La réponse à la deuxième question s'impose seule, c'est que le couple franco-allemand se soucie peu des populations du sud-est ukrainien et que ce n'est pas pour elles qu'il s'active.
 
Une réponse à la troisième question pourrait être que le couple franco-allemand pense illusoire et donc inutile de tenter de convaincre les Etats-Unis d'un cessez-le-feu, ce qui signifierait qu'ils prétendent discuter avec d'autres interlocuteurs en sachant d'avance qu'il n'y aura aucun accord ; une autre réponse pourrait être que ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui sont à l'origine de la démarche franco-allemande.
 
La quatrième question amène la conclusion la plus préoccupante : ce ballet a pour objet de désigner publiquement la Russie comme une partie prenante, une partie belligérante, et même le décideur final. Et cette désignation s'adresse au grand public européen, pas aux diplomates, politiciens et journalistes qui savent très bien qui massacre les civils russes d'Ukraine.
 
Le regain subit de campagne anti-russe dans les médias des pays de l'OTAN n'est donc pas une coïncidence.
 
Les violentes diatribes anti-russes du personnel politique de l'OTAN, de l'UE et de leurs membres ne peuvent pas non plus être une coïncidence et dénotent donc un plan coordonné dans un but précis.
 
De toute évidence lorsqu'Angela Merkel dit que la paix n'est pas garantie, lorsque François Hollande déclare que ces pourparlers sont une des dernières chances d'éviter une escalade dans le conflit et d'éviter la guerre, et lorsqu'il précise qu'en cas d'échec le scénario a un nom, la guerre, il ne parle pas du conflit inter-ukrainien mais d'une guerre plus générale en Europe. Il évoque la guerre de l'OTAN contre la Russie. Il est peut-être allé avertir la Russie que la "diplomatie" arrive à son terme, mais il a surtout voulu avertir la France que la guerre contre la Russie est imminente.
 
Même si le ministre allemand des affaires étrangères annonce qu'il ne reste que deux ou trois jours, ce n'est pas encore un ultimatum, bien que la poursuite de la tournée d'avertissement en dépit de l'opposition de Petro Porochenko ne soit pas sans rappeler la conclusion des sommations de Rambouillet destinées à justifier l'attaque contre la Yougoslavie, début 1999 : "si le gouvernement refuse de signer on bombarde la population serbe, et si la guérilla islamiste refuse de signer on bombarde la population serbe".
 
Conclusion
 
Le contenu du plan proposé, vraisemblablement la capitulation de la résistance du sud-est, enrobée dans une promesse d'autonomie déjà trahie après les accords de Minsk et enjolivée par une zone démilitarisée que l'Ukraine ne respectera jamais et où les Etats-Unis s'opposeront au déploiement de tout dispositif d'interposition, n'est pas en soi important puisqu'il est voué au rejet.
 
Finalement la conclusion du ballet franco-allemand était répétée plusieurs fois par François Hollande dès le départ : "la France et l'Allemagne auront fait ce qu'elles pouvaient faire". Comme en 1999 pour la Yougoslavie, comme en 2003 pour l'Irak, comme en 2013 pour la Syrie, la France veut se présenter comme un pays pacifiste qui aura été le dernier à tenter encore la diplomatie et le dernier à se résoudre à la guerre.
 
En résumé ce ballet franco-allemand semble ne viser qu'à désigner la Russie pour cible, annoncer l'escalade militaire par l'OTAN, et prétendre que la France et l'Allemagne ont tout essayé pour l'empêcher.

mardi 3 février 2015

la nature a horreur du vide

Tandis que l'armée luxembourgeoise restaure l'ordre en Allemagne, l'état islamiste de Marseille-14° s'inquiète d'une possible intervention monégasque.
 
Plus sérieusement, ce 3 février l'armée tchadienne a enfin pénétré, après quelques jours de préparation d'artillerie, au Nigéria (via le Cameroun) pour restaurer l'ordre dans le nord saccagé par la secte islamiste Boko Haram.
 
Comme Stratediplo l'entrevoyait le 18 août dernier face aux résultats de l'opération Esbrouffe de décrédibilisation française, c'est le Tchad qui a repris le flambeau de la pacification en Afrique abandonné par la France : Mali, Centrafrique, Niger, Cameroun, et maintenant Nigéria... à condition de ménager l'Algérie, et en capitalisant sur les traditions guerrières des tribus semi-nomades modernisées en cavalerie légère à vocation expéditionnaire, ce petit pays a trouvé une ressource qui sera de plus en plus appréciée et appelée par les pays voisins abandonnés par la France ; car on ne le répètera jamais assez, la principale plaie de l'Afrique, après le SIDA, c'est l'insécurité. Les pays anglophones essaieront toujours de mettre en oeuvre une force panafricaine sous l'égide de l'Union Africaine, mais les roues-canons, les transports de troupes sur roues, les piqueupes et les méharistes relevant d'un seul ministre seront toujours sur zone de déploiement avant que cinq ambassadeurs aient pu signer une déclaration commune d'intention.
 
Vous parlez français, vous voulez voir du pays, vous aimez l'odeur du sable chaud et de la latérite mouillée, engagez-vous ! On peut parier que l'armée tchadienne créera bientôt autant de postes que l'armée française en supprime chaque année.
 
C'est le Sénégal qui promeut la francophonie, le Tchad qui répond par la fraternité d'armes aux déstabilisations, et bientôt l'Algérie qui enseignera le français aux Chinois avides d'Afrique.
 
On croirait presque que l'ambition de la France s'est rabaissée à une note d'agence de spéculation...