mardi 8 septembre 2015

ces 4000 moudjahidines infiltrés parmi les "réfugiés"

L'information, parue d'abord dans la presse anglaise ce 7 septembre, selon laquelle un chef de l'Etat Islamique aurait annoncé l'infiltration réussie de 4000 moudjahidines parmi les hordes de "réfugiés" syriens ou reçus comme tels en Europe, vaut d'être étudiée.
 
Premièrement on notera que cela représenterait moins de 1% de l'ensemble des illégaux arrivés dans l'espace Schengen depuis le début de l'année (on ment sur les chiffres, il faudra y revenir). Par rapport à cette masse, ce chiffre est très mineur, surtout quand on voit que, hormis les quelques familles que les journaux européens mettent au premier rang et en première page, l'essentiel de ces illégaux sont de jeunes hommes qu'on pourrait appeler "d'âge militaire". Il y a des arrivages complets constitués uniquement d'hommes, et si une organisation humanitaire belge a pris la peine de demander publiquement qu'on cesse de lui envoyer des vêtements pour enfants voire pour femmes car elle ne voit arriver pratiquement que des hommes adultes, ce panorama est en fait général, il suffit pour en convenir de regarder les images télévisées dans les pays est-européens. D'autre part il apparaît aussi que les victimes de la coalition islamo-occidentale en Syrie sont extraordinairement absentes de ces foules d'illégaux : on n'y voit ni Chrétiens ni Alaouites, et on parierait qu'il y a peu de chiites.
 
Qu'il y ait beaucoup d'islamistes, cela paraît évident au vu des scènes où une foule refuse les rations envoyées par la Croix-Rouge au motif qu'elles ne sont pas hallal, ou encore lorsqu'une autre foule scande "Allah Akbar !" devant la gare de Budapest. Ces hordes sont manifestement constituées de musulmans, et elles doivent comprendre un nombre d'islamistes certainement bien supérieur à un pour cent, auquel cas la déclaration de "4000" se limiterait aux effectifs propres de l'Etat Islamique et ne tiendrait pas compte de ses ressortissants ou sympathisants.
 
En termes d'effectifs, 4000 est du même ordre de volume que l'effectif de Spetsnaz que l'URSS avait affectés au théâtre de guerre ouest, c'est-à-dire aux quatre fronts couvrant en gros l'Europe occidentale, à raison d'une brigade ou 1000 hommes par front. Ces forces spéciales auraient été parachutées ou infiltrées au moment de l'offensive ou guère avant, mais auraient bénéficié de l'aide d'agents dormants pour les guider vers leurs objectifs, à savoir dirigeants politiques ou militaires, infrastructures énergétiques, de communication et de transport, etc. N'ayant pas la possibilité de parachuter ou infiltrer au dernier moment ce type de commandos, l'Etat Islamique pourrait effectivement avoir décidé de les faire entrer à l'avance en profitant de la grande vague de "réfugiés" ; ils auraient alors l'avantage d'être sur place à l'avance, mais auraient toutefois encore le handicap de la langue et devraient donc, comme les Spetsnaz, être guidés par des agents locaux.
 
Cependant, ces 4000 hommes représenteraient tout de même un gros effort de la part de l'Etat Islamique, dont les effectifs actifs sont compris, suivant les estimations et au gré des opérations, entre 40000 et 200000 hommes (en écartant les chiffres fantaisistes de la CIA). Enverrait-il de 2 à 10% de ses effectifs en Europe, à moins bien sûr de planifier une offensive dans peu de temps ? Surtout que, si la mission essentielle était celle-là (destructions et éliminations ciblées), l'Etat Islamique dispose déjà d'un effectif à peu près équivalent d'anciens combattants en Europe occidentale, parfois surveillés dans certains pays, mais intégrés dans (certaines strates de) leurs pays, parlant la langue et connaissant le milieu, et capables d'avoir recruté autour d'eux, donc pouvant agir plus discrètement et probablement plus efficacement que des commandos étrangers infiltrés.
 
Il faut donc considérer que la mission première de ces moudjahidines, s'ils existent, n'est pas l'action dans les pays de destination (ce qui serait peu rentable) mais l'action au cours de la migration, ces semaines de périple à tout partager jour et nuit avec les "migrants" en route vers l'Europe : leur mission pourrait alors être la radicalisation de ces "migrants" et le recrutement de combattants.
 
Au-delà de la plausibilité de cette information, il faut aussi s'interroger sur la crédibilité de la source. La presse anglaise cite Buzzfeed, mais de toute façon un cadre de l'Etat Islamique ne va pas convoquer une conférence de presse et montrer sa carte d'identité et sa carte de membre de l'EI. Et comme pour Al Qaïda hier, aujourd'hui n'importe qui peut enfiler une cagoule noire et se réclamer de l'Etat Islamique parce que ça lui donne une autre envergure que de parler en tant que caïd de la cité des trois blocs, et l'Etat Islamique ne démentira pas son appartenance car ça lui permet de se montrer plus étendu qu'il n'est réellement ; on ignore donc si l'intéressé était ce qu'il disait être. Certains mouvements préfèreraient ne pas annoncer qu'ils ont réussi à infiltrer des agents chez l'ennemi et combien, mais les mouvements islamistes en général, et l'Etat Islamique en particulier, aiment annoncer leurs succès comme communication de recrutement, et n'attachent pas une importance démesurée à la vie de leurs agents éventuellement compromis.
 
En fin de compte cette information n'est pas authentifiée, elle est moyennement crédible, et même si elle est plausible elle n'apporte aucun élément surprenant ou préoccupant par rapport à l'ensemble des éléments déjà connus de la situation actuelle (qui est déjà délicate).

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