mardi 16 septembre 2014

avertissements violents du régime kiévien à l'OSCE

Hier dimanche 14 septembre l'armée régulière ex-ukrainienne a plusieurs fois intentionnellement visé au mortier une patrouille de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe.
 
L'armée du régime kiévien, en contact radio permanent avec les deux véhicules de l'OSCE, les a d'abord fait arrêter près d'un poste de contrôle (mais pas trop près) où le pilonnage a commencé par un tir mal réglé. Reprenant alors la route vers le poste de contrôle de la résistance novorusse, les deux véhicules ont été suivis par les tirs de mortiers. Ne pouvant (dans un premier temps) passer ce poste, les deux véhicules durent faire demi-tour et furent encore suivis par les tirs de mortiers, et touchés (dont l'un immobilisé). Revenant alors rapidement vers le poste de contrôle de la résistance, le véhicule rescapé fut de nouveau la cible de tirs de mortier au moment même où il passait finalement ce poste de contrôle. Tous les tirs venaient du nord, c'est-à-dire des positions de l'armée dite gouvernementale ; pour mémoire un mortier de 120 mm a entre 6 et 10 kilomètres de portée. Le dernier tir montre de plus que cette batterie avait la portée nécessaire pour atteindre le poste de contrôle (et donc les lignes) de la résistance, et que ce sont donc bien les inspecteurs de l'OSCE qui étaient visés. Plus tard on apprendra qu'ensuite les forces novorusses ont fait taire les mortiers incriminés par un tir de contre-batterie apparemment efficace.
 
De toute évidence le régime issu du coup d'état du 22 février, qui avait déjà visé plusieurs fois des inspecteurs de l'OSCE (y compris dans des postes-frontières russes) lorsqu'ils tentaient de s'approcher du site de l'épave de l'avion malaisien, ne veut pas non plus qu'ils soient témoins de ce qui se passe sur la ligne de front nord de Novorussie. Les observateurs de l'OSCE rapportent pourtant régulièrement qu'il n'y a pas ou plus de cessez-le-feu, ce qui ne semble pas avoir de conséquence politique pour le régime, mais malgré cela on veut encore les chasser du front, ce qui évidemment ne présage rien de bon.
 
Il faut cependant préciser que samedi 13, après un mois et demi de blocage et sur insistance du président suisse de l'OSCE, Porochenko a finalement autorisé l'OSCE à utiliser ses deux mini-hélicoptères téléguidés ("drones")... sur la frontière russe, comme prévu dans l'accord Kouchma-Zourabov du 5 septembre, parrainé par l'OSCE mais correspondant pour l'essentiel à l'ultimatum Porochenko du 20 juin à la résistance. Bien évidemment si ces appareils sont utilisés sur la frontière entre la Russie et la Novorussie, où l'OSCE sait et répète régulièrement qu'il ne se passe rien, ils ne surveillent pas la ligne de confrontation entre la Novorussie et les positions ex-ukrainiennes, où là il s'en passe toutes les heures ; d'ailleurs la patrouille en question était dans la zone car elle revenait de l'épave de l'avion.
 
Il est intéressant de noter le langage du rapport des inspecteurs de l'OSCE rendant compte qu'ils viennent d'être attaqués avec insistance par le régime kiévien. Ils mettent des guillemets à "République Populaire de Donetsk" et "RPD" et ajoutent "soi-disant" devant le titre de vice-ministre de l'intérieur ainsi que devant le nom du service de sécurité "Berkut", par contre ils n'oublient pas les majuscules à Quartier Général de l'Opération Anti-Terroriste Ukrainien, dont ils ne questionnent pas l'appellation par des guillemets (ils omettent cependant de préciser s'ils ont vu des terroristes). Bref, leur attaque par le régime kiévien et leur sauvetage par la Novorussie n'ont pas altéré leur parti-pris.
 
Au niveau circonstanciel, si l'OSCE est désormais chargée de vérifier le protocole d'accord russo-ukrainien conclu par les représentants de la Russie et de l'Ukraine Zourabov et Kouchma, il est logique que les autres acteurs présents dans la région, et pas nommés dans ce document, ne la concernent pas. Au niveau du fond, si l'Ukraine fait partie de l'OSCE et la Novorussie n'en fait pas partie, il est logique que l'OSCE se croie en Ukraine et considère que son territoire va jusqu'à la frontière avec la Russie, membre de l'OSCE également, et qu'elle ne prenne pas en considération l'existence d'un nouvel Etat entre les deux.
 
Il est primordial que la Novorussie affirme sa souveraineté internationale et demande à adhérer à l'OSCE.
 
Le rapport de l'incident se trouve sur www.osce.org/ukraine-smm/123587.

samedi 13 septembre 2014

frappe stratégique anti-cités CHIMIQUE imminente

L'attaque de l'OTAN contre la Russie se précise.
On a ressuscité les symboles nazis contre lesquels sont morts vingt millions de Russes (mais aussi d'autres Européens). On a multiplié les provocations, sans arriver à faire intervenir l'armée russe en ex-Ukraine. On l'a accusée d'y être déjà et donc de n'avoir rien à perdre, cela ne l'a pas faite venir. On a lancé une campagne d'épuration ethnique contre les Russes d'ex-Ukraine, la Russie est restée passive. On a mis en oeuvre le plus gros siège (en nombre d'assiégés, pas d'assiégeants) depuis Leningrad. On a provoqué le plus exode en Europe depuis la 2° guerre mondiale. L'Union Européenne, l'OTAN et leurs pays membres ont accepté l'utilisation intensive de lance-roquettes multiples ("orgues de Staline") contre les villes de Novorussie. On a passé sous silence l'utilisation d'armes interdites, en particulier de bombes au phosphore blanc. On a toléré l'utilisation, plusieurs fois répétée, de missiles balistiques, et le bombardement à dessein d'usines chimiques. Mais tout ce qu'a fait la Russie c'est envoyer un convoi humanitaire et prêcher un cessez-le-feu.
On va lancer très prochainement une attaque chimique encore jamais vue en Europe.
 
Il ne s'agira pas d'utiliser des gaz de combat comme dans les tranchées de Verdun, mais de frapper directement une ville peuplée de près de deux millions d'habitants (réfugiés compris). Hier l'armée dite ukrainienne a livré à son unité chimique stationnée à Slaviansk, sous haute protection, deux camions (au moins) de trente tonnes de produits chimiques. On ne les a certainement pas déstockés plus au nord pour venir les enterrer là. Pour mémoire, l'armée ex-ukrainienne est un reliquat de l'armée soviétique, dont la doctrine du rouleau compresseur mécanisé précédé du nuage neurotoxique impliquait que pratiquement tous les vecteurs d'artillerie, du mortier au missile balistique en passant par les obusiers automoteurs et les lance-roquettes multiples, puissent tirer des projectiles chimiques, en général des neurotoxiques binaires (issus du mélange, à l'impact, de deux produits précurseurs inertes). Et cette armée du régime issu du coup d'état du 22 février est aussi composée aujourd'hui pour 10% de militaires états-uniens (essentiellement dans des fonctions de conception et conduite des opérations), dont la doctrine consiste à massacrer la population civile de l'ennemi en évitant le combat avec ses forces armées.
 
La préparation de cette frappe chimique de grande ampleur (pas un petit kilo d'ypérite préparée dans un laboratoire clandestin islamiste pour blâmer le gouvernement syrien) est certainement aussi connue des gouvernements ouest-européens que du gouvernement russe. Il n'y a que deux possibilités : on laisse faire ça ou on l'empêche. On interdit au régime nord-ukrainien de procéder à cette monstruosité ou s'en fait complice. S'il ne veut pas croire qu'on a cessé de le soutenir, on lance une opération aéroportée pour prendre ces camions avant que les munitions soient distribuées aux unités d'artillerie ; trois heures d'avion, ce n'est pas l'Afrique.
Et si vraiment on laisse faire, c'est qu'on veut absolument que la Russie intervienne. Sauf que la monstruosité aura certainement déjà été commise.

oubliez l'avion et les enregistrements du contrôle aérien

Il y a déjà plusieurs jours (mais la presse des pays de l'OTAN ne semble pas au courant) que le Bureau Néerlandais de Sécurité a rendu ses premières conclusions sur le naufrage du vol MH17, selon lesquelles le fuselage et le cockpit du Boeing ont été "criblés d'un grand nombre de projectiles qui ont pénétré depuis l'extérieur avec une haute énergie", ce qui semble confirmer les conclusions de l'expert aéronautique allemand Peter Haisenko dix jours après la destruction en vol : canon de 30 mm du Sukhoï 25 ukrainien qui suivait l'avion. La pression des pays de l'OTAN est telle que ce bureau a accepté de ne publier le rapport que dans un an, c'est-à-dire lorsque l'opinion publique aura oublié l'incident initial mais que les conséquences des accusations mensongères auront été poussées jusqu'au bout. En réaction la Malaisie rappelle que les débris de l'épave lui appartiennent, et la Novorussie lui laisse accès au site pour ratisser ce que les inspecteurs de l'OSCE et de l'OACI n'ont pas emporté. Malheureusement il est évident que la Malaisie n'obtiendra pas ce que la Russie mensongèrement accusée réclame, qui est habituellement toujours inspecté dans les cas similaires, et que les Etats-Unis refusent que le régime ex-ukrainien diffuse : les enregistrements des conversations entre le contrôle aérien de Dniepropetrovsk et l'avion.

vendredi 12 septembre 2014

Alba hors d'Albion

On s'interroge sur le futur de la Calédonie. Tout d'abord il n'y a pas urgence, il serait surprenant que les Ecossais votent dans les urnes comme ils le déclarent dans les sondages (se rappeler le deuxième tour de la présidentielle française de 2002). L'Ecosse n'est pas l'Irlande ou la Catalogne, elle est aussi intégrée à la Grande-Bretagne que la Bourgogne à son ancien ennemi pluriséculaire la France, et il serait grave que les questions économiques circonstancielles et éphémères conditionnent et redessinent en permanence les frontières entre peuples et états. Cependant, si le dernier argument de la reine est le chantage à l'exclusion de la livre et à la non-admission dans l'euro, on peut suggérer aux Calédoniens de regarder du côté de l'ex-Yougoslavie. Le Monténégro a certes adopté l'euro en douce et en douceur mais a réussi à signer avec l'Union Européenne un accord de stabilisation et d'association. Le gouvernement d'occupation de Kossovo et Métochie, sous la signature du mandataire de l'ONU Bernard Kouchner, a officiellement adopté l'euro bien avant la proclamation d'indépendance du régime "Kosova" et n'a essuyé aucune remontrance de la part des autorités monétaires de la zone euro, qui ont même accepté d'envoyer des euros (imprimés par les pays membres de l'euro) lorsque ce régime a renvoyé à Francfort ses billets et pièces en marks. Le fait que l'Organisation des Nations Unies reconnaisse toujours à la Serbie la souveraineté sur cette province montre la flexibilité de la technocratie de la zone euro quand il s'agit d'annexer de nouveaux membres : ayant déjà accepté des territoires mafieux et faillis ne remplissant aucun critère de convergence, voire n'ayant pas d'existence officielle en droit international, la zone euro acceptera bien évidemment une Ecosse dont l'économie est équilibrée et florissante. C'est plutôt pour la stabilité de la livre qu'il faudrait craindre le jour où l'Ecosse livrera à la BCE les livres de ses banques et de ses particuliers (pour obtenir des euros à la place), puis le jour où la BCE les mettra sur le marché pour obtenir du franc suisse ou du yuan...
Cependant, en 2014 ce scénario de la sécession d'Alba relève encore de la politique-fiction.

jeudi 11 septembre 2014

leçons de Minsk : souveraineté nationale

Les conséquences du coup de Minsk ont aussi mis en évidence l'utilité, pour la Novorussie, d'identifier sa souveraineté nationale.
 
La question peut sembler plus délicate que celle de la personnalité juridique internationale, mais heureusement elle est moins pressante.
 
En termes de corps constitutifs la Novorussie n'est de toute évidence pas un état unitaire (elle le deviendra peut-être un jour comme la Biélorussie). Elle peut se concevoir comme un système fédéral, avec une autorité centrale qui agglomère diverses entités de statuts équivalents ou divers, comme dans les cas des anciens empires Aztèque, Austro-Hongrois ou de la Fédération de Russie actuelle. Elle peut aussi se concevoir comme un système confédéral, avec des entités souveraines qui mettent en commun des moyens délégués, comme dans le cas des Provinces-Unies du Rio de la Plata (Confédération Argentine) ou des anciens Etats Confédérés d'Amérique. Selon ces deux configurations la souveraineté nationale sera donc centrale ou partagée. Chronologiquement, bien qu'il s'agisse d'une histoire bien courte, les deux républiques se sont déclarées souveraines avant d'envisager de construire une "maison commune" ; mais d'un autre côté la République de Donetsk a été proclamée par le fondateur et gouverneur populaire de la Novorussie. La question n'est pas encore aigüe, mais déjà le Conseil Suprême de la République Populaire de Donetsk a jugé bon de préciser, hier 9 septembre, que désormais toute institution ou personnalité doit baser tout contact avec un pays étranger ou une organisation internationale sur la déclaration de souveraineté de la République Populaire de Donetsk. Il faudra donc préciser sans ambiguïté si la souveraineté est provinciale (Donetsk et Lougansk) ou si elle est nationale (Novorussie).
 
A ce sujet il convient de rappeler que, si la règle en usage dans l'essentiel de l'Europe et de l'Amérique depuis quelques siècles veut que le détenteur de la souveraineté soit le peuple (qui se manifeste généralement en assemblée parlementaire), il y a aussi des pays, notamment en Asie et Afrique, où le détenteur de la souveraineté est le monarque, voire Dieu. Sous un éclairage plus pratique, dans certains pays il est convenu que quel que soit l'engagement pris par le gouvernement auprès d'autres pays, il n'est valable et opposable qu'après avoir été ratifié par le parlement, alors que dans d'autres pays les traités internationaux sont valables et opposables après promulgation par le monarque, dit justement souverain. Enfin on doit admettre que dans des circonstances que le monde dit civilisé veut exceptionnelles (mais qui durent parfois longtemps, comme en Birmanie actuellement) la souveraineté d'un pays est incarnée, légitimement ou pas, par un pouvoir qui n'a d'autre mandat que celui qu'il s'est lui-même donné. Cela n'empêche pas que ces régimes soient reconnus au niveau international comme détenteurs de la souveraineté du pays, et puissent engager celui-ci par des traités internationaux, comme dans le cas des dictatures espagnole et chilienne du XX° siècle par exemple, ou encore du "gouvernement provisoire" français de la fin de la 2° guerre mondiale. La situation est différente de celle où un pays est considéré par tous comme occupé, que ce soit par une puissance étrangère ou par un mouvement interne, et sa souveraineté reconnue alors à un corps (gouvernement ou monarque) en exil.
 
En bref, tous les cas de figure sont possibles. Mais, au-delà du simple accord qu'un chef militaire peut passer sur le terrain avec son vis-à-vis ennemi (retrait simultané ou cessez-le-feu provisoire le temps d'aller chercher les blessés entre les lignes), et en sachant qu'a priori tout représentant envoyé par un pays à une conférence de négociation est supposé investi du mandat pour négocier au nom de son pays, il serait néanmoins judicieux que l'autorité détentrice de la souveraineté en Novorussie explicite, pour ses interlocuteurs internationaux, qui détient la souveraineté et confirme la validité des actes passés en son nom par ses mandataires.
 
Cette question de la face interne de la souveraineté (qui est la Novorussie) est certes subsidiaire à celle de sa face internationale : la Novorussie est indépendante et souveraine.

mercredi 10 septembre 2014

leçons de Minsk : souveraineté internationale

Le coup de Minsk a mis en évidence l'urgence, pour la Novorussie, de définir son statut international.
 
Tous les acteurs de Novorussie sont désormais convenus de ne plus signer le moindre accord dans le cadre juridique et l'ordre constitutionnel (s'il y en a un) ukrainien. Tout nouvel accord sera donc nécessairement international.
 
Le sommet du groupe de contact était d'ailleurs censé être international et le sujet à l'ordre du jour, si c'était le projet annoncé par Poutine deux jours plus tôt, était bien une question internationale, à savoir un cessez-le-feu (terme inapproprié pour les troubles à l'ordre public interne), qui envisageait entre autres un échange global de prisonniers, chose qui n'est également concevable que dans une relation d'égal à égal : statut équivalent des prisonniers de chaque lot et capacité juridique équivalente entre les deux détenteurs et échangeurs de prisonniers. Mais même un simple cessez-le-feu temporaire voire limité dans l'espace (à un seul front du théâtre) est un traité international conclu entre deux acteurs également aptes à signer un accord, comme un armistice qui ne désigne nommément aucun vainqueur. Même une capitulation, où l'un des protagonistes reconnaît sa défaite, ne peut être signée qu'entre autorités existantes et qui se reconnaissent mutuellement : la dernière Yougoslavie (Serbie et Monténégro) a signé un tel acte en 1999, ce qui n'est évidemment pas possible lorsqu'on a détruit toute entité étatique dans le pays vaincu, comme par exemple en Irak en 2003 (pas en 1991) ou en Libye en 2011.
 
Le caractère international du projet Poutine était clair puisqu'il abordait le traitement réservé aux prisonniers (sous-entendu de guerre) et ne mentionnait évidemment pas d'amnistie, cette garantie interne d'impunité concédée par un gouvernement pour encourager le dépôt des armes d'une faction insurgée ou d'un groupe terroriste, comme par exemple en 1999 celle qui a mis fin à la guerre civile algérienne en pardonnant le délit d'insurrection (avoir pris les armes) mais pas les crimes de sang (viols, meurtres et attentats). Car évidemment on amnistie un criminel, pas un combattant ou une unité militaire propre ou ennemie qui n'a fait que son devoir civique (abstraction faite des crimes de guerre) ; le prisonnier de guerre est lui un soldat présumé innocent, d'ailleurs la Convention (internationale) de Genève qui a formalisé sa protection précise les conditions pour bénéficier de cette protection, par exemple uniforme et signe distinctif.
 
Aussi, la question qui doit maintenant être résolue avant la signature de tout nouvel accord est celle de la définition de l'acteur international.
 
Une possibilité est que la République de Donetsk et la République de Lugansk soient toutes les deux sujets de droit international, la Novorussie n'étant alors qu'une organisation internationale de coordination de membres souverains comme la CEI, le Conseil de l'Europe, le Mercosur ou la Francophonie. L'inconvénient est que si demain la Zaporoguie, Kharkov ou une Communauté du Nord-Lougansk Finalement Libéré rejoignent la Novorussie, les discussions entre républiquettes tourneront à la cacophonie et les négociations entre celles-ci et le dernier gros morceau qui restera de l'ex-Ukraine seront inégales. On a déjà vu ça, lorsque Srpska et la Krajina s'imaginaient que les anciennes limites administratives internes de la Yougoslavie les déterminaient à se battre dans des univers de survie distincts et étanches, ou lorsque les gouvernements de Srpska et d'Herceg-Bosna ont raté l'occasion historique de se confédérer en une union des peuples chrétiens majoritaires en ex-Bosnie et Herzégovine (restant divisés ils ont été soumis à la minorité musulmane). Le seul avantage du maintien, après l'émancipation, d'une fragmentation née des limites administratives internes de l'ex-Ukraine (et de l'ex-URSS), serait de mettre encore plus en évidence l'éclatement de l'ex-Ukraine et de faciliter par exemple la sécession prochaine de la Galicie qui n'a évidemment pas vocation à rejoindre la Novorussie. Mais cet éclatement complet ne servirait personne d'autre que l'habituel fauteur nord-américain de chaos, diluerait l'affirmation sécessionniste et fragmenterait son interlocuteur, et rendrait encore plus vraisemblable une intervention directe des pays voisins (Pologne, Hongrie et Roumanie).
 
Une autre possibilité est que la Novorussie soit le sujet de droit international et que ses républiques constitutives n'aient pas cette compétence. Cela n'impose absolument pas la construction institutionnelle d'un état central fort (voir le cas de la Confédération Helvétique), et pourrait même, en attente d'une constitution définitive, faire l'objet d'un accord provisoire pour le temps de la guerre. Il existe des cas de présidence tournante entre les provinces fédérées, d'autres cas où un mandat est donné à la province la plus puissante ou la plus compétente dans un domaine, d'autres cas encore où le ministre au niveau fédéral est choisi parmi ses pairs provinciaux et cumule deux portefeuilles fédéral et provincial dans le même domaine. Le système des Emirats Arabes Unis, par exemple, conjugue l'efficacité du niveau fédéral avec le respect du niveau émirati et des susceptibilités tribales. L'avantage d'un tel système est de parler d'une seule voix, ce qui favorise la lisibilité internationale, cette voix devenant d'autant plus puissante au fur et à mesure que de nouvelles républiques se joindront à la Novorussie.
 
Pour asseoir sa respectabilité, rassurer ses voisins (actuels et futurs) et faciliter sa reconnaissance, ce sujet international doit se garder de toute revendication territoriale extérieure. Tant au niveau de sa communication institutionnelle (cartes officielles et sites internets) qu'informelle (discours de ses dirigeants), la Novorussie doit éviter de proclamer qu'elle a "vocation à" regrouper six, sept ou huit républiques. Elle doit oublier les cartes qui lui rattachent la Crimée, bannir les références au tracé artificiel des anciennes limites d'oblasts ex-soviétiques ou ex-ukrainiens, et cesser d'anticiper sur les intentions des peuples et des gouvernements de Transnistrie, de Zaporoguie ou du Boudjak... et même du nord de Lougansk. Clovis n'aurait pas fait long feu s'il avait annoncé en 486 que la France avait une vocation de Tananarive à Tahiti en passant par Genèvre et la Butte Malheur... Il faut certes que la constitution fédérale ou confédérale (on y reviendra) de la Novorussie permette à de nouveaux membres d'y entrer sans révision des textes, comme on l'a vu en 1990 dans le cas de la République Fédérale d'Allemagne. Aujourd'hui il y a deux entités constitutives, au fur et à mesure de leur auto-libération, car on ne peut demander au régiment fantôme de Lougansk d'aller délivrer Odessa, d'autres villes, régions ou entités se joindront sans forcément que leur souveraineté s'exerce exactement sur le territoire d'un ancien oblast (ce n'est d'ailleurs le cas aujourd'hui ni de Donetsk ni de Lougansk).
 
Peu importe qui représentera à l'extérieur la personne de droit international. Cela peut être un Ministre des Affaires Etrangères de Novorussie, cela peut être le Premier Ministre de la République Populaire de Donetsk ou le Président du Conseil Municipal de Lougansk "faisant fonction" à titre intérimaire. La question de sa désignation est interne à la Novorussie, mais il faut absolument donner à quelqu'un le mandat de la représenter à l'extérieur. Les compétences, tant en conseillers d'origine extérieure qu'en étudiants ou retraités parmi une population de plusieurs millions d'habitants, existent certainement même s'il faut peut-être les identifier à un moment où d'autres sujets paraissent bien plus brûlants. En tout cas des dizaines de pays plus petits que l'agglomération de Donetsk seule sont arrivés à constituer et imposer une diplomatie, comme l'ont montré la Slovénie, la Macédoine ou le Monténégro pour des exemples européens pas trop anciens.
 
Parmi les premières missions de ce ministre ou diplomate figureront bien sûr l'affirmation de la souveraineté du pays, et la présentation de demandes d'admission à certaines organisations internationales, en premier lieu l'OSCE afin de rétablir la parité (l'ex-Ukraine étant membre) au sein de l'instance chargée de surveiller tout futur (vrai) cessez-le-feu ; la Novorussie avait d'ailleurs bien su, tant pour le déploiement d'observateurs sur la frontière Russie-Novorussie que pour l'enquête sur l'épave de l'avion malaisien, manifester que son consentement était nécessaire (elle l'a évidemment donné puisqu'elle a tout intérêt à la présence de témoins étrangers). Une autre mission sera de développer les accords de reconnaissance mutuelle avec d'autres pays. Cette question, contrairement à ce que l'on croit souvent, est distincte de celle des organisations internationales créées par traités multilatéraux. Il suffit pour s'en convaincre de remarquer qu'une centaine de pays membres de l'Organisation des Nations Unies, dont certains membres permanents du Conseil de Sécurité, ont reconnu le régime "Kosova" imposé par la force et l'occupation étrangère dans la province (Kossovo et Métochie) d'un pays (la Serbie) membre de ladite ONU, et alors même qu'une résolution du Conseil de Sécurité de cette dernière a solennellement réaffirmé la souveraineté de ce pays sur cette province. Une vingtaine de pays reconnaissent Formose ou Taïwan, qui n'est pas membre de l'ONU (veto chinois oblige), mais les quatre-cinquièmes des membres de l'ONU ont pourtant admis ce pays à l'OMC ; le Saint-Siège n'est pas membre de l'ONU (ni candidat) mais il est membre de l'OSCE. L'échange d'ambassadeurs avec d'autres pays, et la participation à certaines organisations multilatérales, reste donc à ce stade une question secondaire.
 
Il est urgent que l'on définisse si le sujet de droit international est la Novorussie ou ses républiques constituantes avant toute future négociation, qui ne pourra être qu'internationale.

mea culpa

My provocative title summarizing the Kuchma-Zurabov protocol was not intended to also blame whoever was later called by the OSCE to acknowledge having read it. What was betrayed by the OSCE's demarch is its mandate, and the spirit of a military ceasefire. Divisive polemics are just a second dangerous trap.
 
Mon titre provocateur résumant l'accord Koutchma-Zourabov ne visait pas quiconque a ensuite été appelé par l'OSCE pour prendre acte du procès-verbal. Ce que la démarche de l'OSCE a trahi est son mandat, ainsi que l'esprit d'un cessez-le-feu militaire. Les polémiques de division sont un deuxième piège dangereux.

lundi 8 septembre 2014

Kuchma-Zurabov protocol: concession or treason?

The OSCE published yesterday the text of the protocol of agreement signed on Friday, September 5 in Minsk. One cannot guess what happened but if it is true that Poroshenko promised he would order his troops to cease fire in case Putin's seven-points project was signed, it's easy to understand that he finally abstained from ordering this ceasefire since the signed document doesn't correspond at all to the Putin project (which would never have considered, for example, the creation of a demilitarised zone in Russia).

On the contrary, it is almost word for word the 14-point "peace plan" proclaimed by Poroshenko himself on June 20, delivering to the resistance to the coup d'état a one-week ultimatum to drop its weapons and go into exile, which a lot of analysts interpreted as the announcement of ethnic cleansing. This is actually what the near future could confirm with the destruction of Slaviansk and Kramatorsk, the expulsion of more than a million civilians and the besieging of three million people in two urban areas in which life-sustaining infrastructure (drinking water and electricity) would be systematically destroyed, humanitarian and media access denied, and a massacre undertaken not only by intensive anti-urban strategic bombing (including the use of prohibited weapons) but also by the bombing of chemical plants.

It's difficult to resist the temptation to comment each of these 12 points of an agreement obviously imposed on Novorussia.

1. Ensure the immediate bilateral cessation of the use of weapons.

This point (ceasefire) was not included in Proshenko's initial program nor does it correspond to the first point of Putin's project, which demanded specifically the cessation of offensive operations without mentioning defensive operations. On the very first day the pragmatic question arose of what Novorussia defense should do in the event that the Kiev forces resumed offensive operations. Clearly, Putin's project was realistic (a plan forbidding the answer to an attack is unapplicable in the field) and it also allowed to fingerpoint the violator (the one who would carry out an offensive operation) instead of equally blaming the one who launched an attack and the one who tried to oppose it.

2. Ensure monitoring and verification by the OSCE of the regime of non-use of weapons.

Of course this point was not in Poroshenko's program, since he didn't consider a ceasefire but a surrender-deportation under fire. But it doesn't correspond either to Putin's project third point which was requesting an international monitoring "in the security zone created by the ceasefire", meaning the buffer zone created by the withdrawal of Kiev forces beyond the range of their artillery. By the way, the OSCE published on Friday a vacancy posting for 250 monitors, and Novorussia was planning their deployment in five areas with fixed posts and mobile patrols; after all, it is not defined (i this point) were they are to be deployed.

3. Implement decentralization of power, enacting the Law on temporary local self-government in certain areas of the Donetsk and the Lugansk regions.

This is the eleventh point of Poroshenko's program, but applies to only a part of the two concerned provinces (probably the liberated part) and not to the totality of the provinces or ex-oblasts of Donetsk and Lugansk. It is even less a decentralisation on the whole territory of former Ukraine, as Gubarev was dreaming when imagining that a choice between federalisation and secession would be proposed by referendum to all the provinces of Novorussia, or even of the former Ukraine.


4. Ensure OSCE permanent monitoring of the Ukrainian-Russian border and creation of a security area in the border regions of Ukraine and the Russian Federation.

This is the fourth point of Poroshenko's program, but extended towards and over the territory of Russia since Poroshenko was considering it only on the Ukrainian i.e. Novorussian side of the border. This creation of a demilitarised zone in Russia, true amputation of its sovereignty and its territorial integrity (with no counterpart in Poland from where troops cross into Galicia) is the point that should cause the most protest when the constituent peoples of the Russian Federation learn about it. Poroshenko's program, by the way, was limiting this buffer zone to a 10 km width (and exclusively on the Ukrainian side), while the document published by the OSCE mentions the border regions of Ukraine and Russia without specifying the depth of this security zone. Additionally, the OSCE forgets to demand that the Kiev regime eventually sign the authorisation for using observation drones received by the OSCE more than a month ago that will disprove accusations of a Russian invasion.

5. Immediately release all hostages and unlawfully detained persons.

This is the third point of Poroshenko's program. The fifth point of Putin's project was asking for the reciprocal and unconditional release of all prisoners. Besides the absence of the term "prisoners of war", which would have acknowledged the existence of a war and therefore the applicability of the Geneva conventions, we note the term "unlawfully detained" with no definition of lawfully. Since the whole document fails to grant any legal personality (or recognition) to Novorussian current institutions but does recognise "Ukranian authorities", we can expect that the Kiev regime will consider its arrests and captures as legal, and that the release (already in process) of combatants captured by Novorussia will not be followed by any reciprocity.

6. Enact a law against prosecution and punishment of persons in connection with the events in certain areas of the Donetsk and Lugansk regions of Ukraine.

While commenting on the second point of his June 20th program, Poroshenko announced that the amnesty law was already introduced in the parliament. He can therefore correct his draft, obviously lost by said parliament, which was not limiting the amnesty exclusively to some parts of Donetsk and Lugansk. This point was not in Putin's project, which was perhaps not considering that the jurisdiction of the regime born from the February 22 coup d'état would be extended to Novorussia.

7. Conduct an inclusive national dialogue.

This point was neither in Poroshenko's program, not intended to be in any way interactive, nor in Putin's project. Maybe it's the Swiss OSCE officer who considers ex-Ukraine as a "nation".

8. Adopt measures aimed at improving the humanitarian situation in Donbass.

The ninth point of Poroshenko's program was intending to let the "legal authorities" reestablish the vital infrastructures that their army, in June, was just beginning to destroy. Subsequent events soon showed his conception of the matter, since he first ordered the firing of ballistic missiles SS-21 one month later. The sixth point of Putin's project was more concrete: as a consequence of the bombing of refugee convoys and the withholding of humanitarian help, he was specifically asking for the opening of corridors for refugees and humanitarian help.

9. Holding local elections in accordance with the Law on Special Status.

This is the thirteenth point of Poroshenko's program. Putin's project aimed at putting an end to the armed conflict and did not interfere with the internal politics of either warring party; therefore, it did not contain any political recommendation. The Kuchma-Zurabov agreement reinserts the governing system of Donbass into the ex-Ukraine one, or more exactly it dissolves Novorussia and its two constitutive republics and incorporates the oblasts of Donetsk and Lugansk into the new, post-Maïdan, self-proclaimed "Ukranian" constitution.

10. Remove unlawful military formations, military hardware, militants and mercenaries from the territory of Ukraine.

The fifth point of Poroshenko's program clearly foresaw the opening of a corridor for the departure of "Russian and Ukrainian mercenaries" towards Russia (without mentioning, of course, European mercenaries and United States or Polish regular troops). Orally, it was clarified on several occasions that anybody who had any link to people connected to events would be considered a terrorist. In the light of past speeches of the "authorities" recognised by this agreement, the term "militants" seems to be calling for the departure of the entire Novorussian population.

11. Adopt a program for the recovery and revival of Donbass economic activity.

This is the fourteenth point of Poroshenko's program, which was even a little more precise.

12. Guarantee personal security of the participants to the consultations.

This article, which would seem obvious and not even be mentioned in any other meeting of this type, was the first point of Poroshenko's program, as if he desired to present himself as being more civilised than his acts and decisions, which could have left the potential negotiators in fear.

Omitted from the protocol was the twelfth point of Poroshenko's program of June 20 (reactivated at the end of August) restoring the legality of the use of the Russian language at a regional level, and a few details like the freeing of occupied administrative buildings, lifting of roadblocks, the restoration of Kiev television and radio broadcasting, and decentralisation of the police.

Ignored from Putin's project of September 3 were the most important articles (three out of the seven points):

- withdrawal of Ukrainian armed forces to a distance prohibiting the use of artillery against populated areas,

- monitoring of the ceasefire in the security zone created by it,

- forbidding the use of aircraft against civilians and populated areas.

Some vague recommendations also replaced Putin's specific demands, such as access by reconstruction brigades for rebuilding life-supporting infrastructure before the winter, and the opening of humanitarian corridors.

In conclusion, Putin's project, aiming at ceasing military hostilities, called for the deployment of OSCE monitors in a security zone wider than the range of the Kiev artillery established between this artillery and the cities of Novorussia. The Kuchma-Zurabov agreement, on the other hand, dissolves Novorussia and its confederated republics (none of the three political entities is mentioned in the protocol); creates a buffer zone between Novorussia and Russia, including a demilitarised area in Russia itself; and reinforces the international monitoring of the border between Russia and ex-Ukraine, while neglecting the real line of confrontation. To try to explain why a victorious Novorussia (at least on its own terrain since it didn't counter-attack on Kiev's territory) would have signed an act of capitulation and annexation, one could argue that a good fighter, tactician or even politician is not necessarily a good negotiator, as well. Unless the signatories guessed that the Kiev regime would immediately violate the protocol which, according to international law, would free Novorussia from its own commitments.

Novorussie - le nom

On s'interroge sur la traduction du nom russe Novorossiya (Новоросся en cyrillique). Si les noms russes Rossiya et Byelorossiya sont traduits en français par Russie et Biélorussie, Novorossiya devrait être Novorussie.
 
Certes les Biélorusses demandent régulièrement qu'on appelle leur pays Belarus, son nom historique en français est Russie Blanche (bien que l'étymologie russe renvoie plutôt à Russie Libre), cependant on s'obstine à l'appeler Biélorussie... De son côté l'Ukraine dissoute le 22 février ne correspondait pas exactement aux marches de la Petite Russie historique (Malorossiskaya Ukrania) de l'époque où la Grande Russie commençait à Kiev, et justement la francisation du nom évitait la confusion. Pour sa part le nouvel état fondé récemment dans la partie sud de l'ex-Ukraine ne correspond pas exactement à la Nouvelle Russie historique (et ce qui était "nouveau" au XVIII° siècle ne l'est plus) même s'il écrit son nom, en russe, de la même manière que ladite région historique ; et il importe de ne pas tomber dans la propagande anti-russe que l'on lit dans la grande presse, selon laquelle "Moscou a commencé à appeler Nouvelle-Russie le Donbass après l'annexion de la Crimée", comme s'il s'agissait d'une revendication d'extension territoriale de la Russie et non pas de l'utilisation d'un nom régional vieux de plusieurs siècles que les indigènes ont ressuscité pour se démarquer du raccourci administratif soviétique de DonBass, comme les Provençaux qui se réclament de la Provence plutôt que de la région administrative PACA. Et on laissera aussi le Néo aux habitants de la deuxième Zélande.
 
Afin d'éviter toute ambiguïté, l'état qui s'est constitué dans la région que l'on nommait en français Nouvelle Russie (il y a deux siècles) devrait aujourd'hui être appelé, en français, Novorussie (en espagnol Novorusia comme Rusia et Bielorusia, et en anglais idem avec deux S). Les noms Novorussie et Novorusse viendront alors se ranger naturellement dans le vocabulaire classique évoquant immédiatement (sans qu'on sache toujours les nuances) toutes les Russies, Sainte Russie, Biélorussie, Russes Blancs, Grands-Russes et autres Biélorusses sans sonner comme des néologismes mais en étant au contraire instinctivement reconnus à peine découverts.

accord Koutchma-Zourabov : concession ou forfaiture ?

L'OSCE a publié hier le texte du protocole d'accord signé vendredi 5 septembre à Minsk. On ne saura pas ce qui s'est passé mais s'il est vrai que Porochenko avait assuré qu'il ordonnerait à ses troupes de cesser le feu au cas où le projet en sept points proposé par Poutine serait signé, on comprend qu'il se soit finalement abstenu d'ordonner ce cessez-le-feu puisque le document signé ne correspond absolument pas au projet Poutine (lequel n'aurait jamais envisagé, par exemple, la création d'une zone démilitarisée en Russie).
 
Il s'agit, au contraire et presque littéralement, du "plan de paix" en 14 points proclamé par Porochenko soi-même le 20 juin, lançant à la résistance au coup d'état un ultimatum d'une semaine pour déposer les armes et s'exiler, et qu'un bon nombre de politologues avaient interprété comme l'annonce d'une épuration ethnique. C'est d'ailleurs ce que le futur proche allait effectivement confirmer avec la destruction de Slaviansk et Kramatorsk, l'expulsion de plus d'un million de civils et le siège de trois millions de personnes dans deux agglomérations dont on détruirait systématiquement l'infrastructure vitale (eau potable et électricité), interdirait l'accès humanitaire et médiatique, et tenterait de provoquer une hécatombe non seulement par le bombardement stratégique anti-cités intensif (y compris avec des armes prohibées) mais aussi par le bombardement ciblé des usines chimiques.
 
Il est difficile de résister à la tentation de commenter chacun des 12 points de l'accord apparemment imposé à la Novorussie.
 
1. Les deux parties en conflit doivent immédiatement cesser d'utiliser les armes.
Ce point (cessez-le-feu) ne figurait certes pas dans le programme initial de Porochenko. Mais il ne correspond pas non plus au premier point du projet de Poutine qui exigeait spécifiquement l'arrêt des opérations offensives sans mentionner les opérations défensives, or dès le premier jour s'est posée la question pragmatique de ce que la défense de Novorussie dev
ait faire en cas de reprise d'opérations offensives de la part des forces kiéviennes ; en clair le projet Poutine était réaliste (un plan interdisant de répondre à une attaque est inapplicable sur le terrain) et permettait aussi de désigner l'éventuel infracteur (celui qui mènerait une opération offensive) au lieu de renvoyer dos à dos celui qui aurait lancé une attaque et celui qui aurait tenté de la contenir.
 
2. L'OSCE doit contrôler d'une manière objective l'application du cessez-le-feu.
Ce point ne figurait évidemment pas dans le programme Porochenko, puisque celui-ci n'envisageait pas de cessez-le-feu mais une reddition-déportation sous le feu. Mais il ne correspond pas non plus au troisième point du projet Poutine qui prévoyait une surveillance internationale "dans la zone de sécurité créée par le cessez-le-feu", c'est-à-dire la marge créée par le retrait de l'armée kiévienne au-delà de la portée de son artillerie ; l'OSCE diffusait d'ailleurs vendredi un appel à candidatures pour 250 observateurs et la Novorussie prévoyait leur déploiement sur cinq zones avec des postes fixes et des patrouilles mobiles... en fin de compte il n'est pas précisé (dans ce point) où ils seront déployés.
 
3. L'Ukraine doit décentraliser, en commençant par une loi établissant un régime provisoire d'autogestion dans certains districts des régions de Donetsk et de Lougansk.
Il s'agit du onzième point du programme Porochenko, mais réduit à seulement une partie des deux provinces concernées (vraisemblablement la partie libérée) et pas à la totalité des provinces ou ex-oblasts de Donetsk et Lougansk, et encore moins d'une décentralisation de l'ensemble du territoire de l'ex-Ukraine, comme en rêvait Goubarev en imaginant qu'un choix entre fédéralisation et sécession serait proposé par referendum à toutes les provinces de Novorussie voire d'ex-Ukraine.

4. L'OSCE doit procéder à une surveillance permanente de la frontière russo-ukrainienne où une zone de sécurité sera créée dans les régions frontalières ukrainiennes et russes.
Il s'agit du quatrième point du programme Porochenko, mais étendu sur le territoire de la Russie puisque Porochenko ne l'envisageait que du côté ukrainien (en fait novorusse) de la frontière. Cette création d'une zone démilitarisée en Russie, véritable amputation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale (sans équivalent en Pologne d'où les troupes entrent en Galicie), est le point qui devrait causer le plus de remous lorsqu'il sera connu des peuples qui composent la Fédération de Russie. Le programme Porochenko limitait d'ailleurs cette zone-tampon à une largeur de 10 km (et exclusivement côté ukrainien), alors que le document publié par l'OSCE mentionne les régions frontalières d'Ukraine et de Russie sans préciser la profondeur de ladite zone de sécurité. Accessoirement, l'OSCE oublie d'exiger que le pouvoir kiévien signe enfin l'autorisation d'utiliser les drones d'observation que l'OSCE a reçus il y a plus d'un mois et qui démentiront les accusations d'invasion russe.
 
5. Les parties doivent libérer immédiatement les otages et personnes illégalement arrêtées.
Il s'agit du troisième point du programme Porochenko. Le cinquième point du projet Poutine prévoyait la libération réciproque de tous les prisonniers sans condition préalable. Au-delà de l'absence du terme "prisonniers de guerre", qui aurait reconnu l'existence d'une guerre et donc l'applicabilité des conventions de Genève, on note le terme d'arrestation illégale sans définition de l'illégalité : l'ensemble du document n'accordant aucune personnalité juridique (ou reconnaissance) aux institutions actuelles de Novorussie mais reconnaissant les "autorités ukrainiennes", il faut s'attendre à ce que le pouvoir kiévien considère ses arrestations et captures comme légales, et à ce que la libération (déjà en cours) des combattants capturés par la Novorussie ne soit suivie d'aucune réciprocité.
 
6. L'Ukraine doit adopter une loi amnistiant les personnes ayant participé aux événements dans certaines zones des régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk.
En commentant le deuxième point de son programme du 20 juin, Porochenko avait annoncé que la loi d'amnistie était déjà présentée au parlement. Il peut donc corriger son brouillon apparemment égaré par ledit parlement, qui n'envisageait pas de limiter l'amnistie à seulement certaines parties des régions de Donetsk et Lougansk. Ce point ne figurait pas au projet Poutine, qui n'envisageait peut-être pas que la juridiction du régime né du coup d'état du 22 février serait étendue à la Novorussie.
 
7. Les parties doivent mener un dialogue national universel.
Ce point ne figurait ni dans le programme Porochenko, qui ne se voulait pas particulièrement interactif, ni dans le projet Poutine. C'est peut-être la représentante suisse de l'OSCE qui considère l'ex-Ukraine comme une "nation".
 
8. Adopter des mesures pour améliorer la situation humanitaire dans le Donbass.
Le neuvième point du programme Porochenko prévoyait de laisser les "autorités légales" rétablir les infrastructures vitales (que leur armée, en juin, commençait tout juste à détruire) ; la suite des évènements a montré sa conception de l'affaire, puisqu'il a ordonné le tir des premiers missiles balitisques SS-21 un mois plus tard. Le sixième point du projet Poutine était par contre concret, puisqu'en conséquence des bombardements de convois de réfugiés et de l'interdiction de l'aide humanitaire il prévoyait expressément l'ouverture de couloirs pour les réfugiés et l'aide humanitaire.
 
9. Les autorités ukrainiennes doivent organiser des élections locales anticipées dans les régions de Donetsk et de Lougansk, selon une loi de statut spécial.
C'est le treizième point du programme Porochenko. Le projet Poutine visait à faire cesser le conflit armé et ne s'immisçait pas dans la politique interne de l'un ou l'autre belligérant donc il ne comportait aucune recommandation politique. L'accord Koutchma-Zourabov réintègre le système de gouvernance du Donbass dans celui de l'ex-Ukraine, ou plutôt il dissout la Novorussie et ses deux républiques constituantes et intègre les oblasts de Donetsk et Lougansk à la nouvelle constitution dite ukrainienne, post-Maïdan.
 
10. Les groupes armés illégaux, matériels de guerre, mercenaires et militants doivent quitter le territoire de l'Ukraine.
Le cinquième point du programme Porochenko annonçait carrément l'ouverture d'un corridor pour le retrait des "mercenaires russes et ukrainiens" vers la Russie (sans mentionner évidemment les mercenaires européens et les militaires réguliers états-uniens ou polonais), et oralement il avait a été précisé plusieurs fois que tous ceux qui avaient un lien avec des personnes connectées aux évènements seraient eux-mêmes considérés comme terroristes. A la lumière des discours passés des "autorités" que cet accord reconnaît, le terme de "militants" semble ainsi appeler au départ de toute la population novorusse.
 
11. L'Ukraine doit adopter un programme de redressement économique pour le Donbass.
C'est le quatorzième point du programme Porochenko, qui était d'ailleurs légèrement plus précis.
 
12. Les parties doivent garantir la sécurité personnelle des participants aux consultations.
Cet article, qui semblerait évident et sous-entendu à toute rencontre de ce type, était le premier point du programme Porochenko, qui entendait ainsi se déclarer plus policé que ses actes et décisions n'auraient pu le laisser craindre aux candidats négociateurs.
 
Du programme Porochenko de juin rappelé fin août, on a omis le douzième point qui entendait restaurer la légalité de l'utilisation de la langue russe au niveau régional, et quelques détails comme la libération des préfectures occupées ou routes coupées, la restauration de la diffusion de la télévision et radio kiéviennes, et la décentralisation de la police.
Du projet Poutine du 3 septembre, on a omis les dispositions les plus importantes (trois de ses sept points) :
- retrait des forces armées ukrainiennes à une distance leur interdisant d'utiliser l'artillerie contre les zones peuplées,
- surveillance du cessez-le-feu dans la zone de sécurité créée par celui-ci,
- interdiction de l'utilisation de l'aviation contre les civils et les zones peuplées,
On a aussi remplacé par de vagues recommandations ses exigences précises, comme l'accès de brigades de reconstruction de l'infrastructure vitale avant l'hiver ou l'ouverture de couloirs humanitaires.
 
En conclusion, alors que le projet Poutine, qui ne visait que l'arrêt des hostilités militaires, envisageait le déploiement des observateurs de l'OSCE dans une zone de sécurité plus large que la portée de l'artillerie kiévienne et établie entre celle-ci et les villes de Novorussie, l'accord Koutchma-Zourabov dissout la Novorussie et ses républiques confédérées (aucune des trois entités politiques n'est citée dans l'accord), crée une zone de sécurité entre la Novorussie et la Russie (et une zone démilitarisée en Russie même), renforce la surveillance internationale de la frontière entre l'ex-Ukraine et la Russie, tout en négligeant la véritable ligne de confrontation. S'il fallait expliquer qu'un belligérant victorieux sur le terrain (certes son propre terrain car n'ayant pas contre-attaqué sur celui de l'adversaire) ait signé un accord de capitulation et annexion, on pourrait avancer qu'un bon combattant, tacticien voire politicien n'est pas nécessairement un bon négociateur. A moins que les signataires n'aient deviné que le pouvoir kiévien violerait immédiatement l'accord, ce qui, selon le droit international, délivrerait la Novorussie de ses propres engagements.

dimanche 7 septembre 2014

la trêve refusée par l'OTAN en ex-Ukraine est déjà violée

Le cessez-le-feu en ex-Ukraine n'aura duré que quelques minutes.
 
Avant même l'heure convenue, tandis que le président Porochenko revenait au sommet de l'OTAN à Newport où il avait déclaré quelques heures plus tôt à l'antenne de la BBC qu'il n'était pas question que l'Ukraine retire ses troupes du Donbass (ce qu'il allait pourtant signer à Minsk), son premier ministre Yatseniouk exprimait qu'un cessez-le-feu signé sous le patronage de la Russie ne valait rien. C'est d'ailleurs ce que laissaient entendre les Etats-Unis en refusant de venir parrainer les négociations et la signature à Minsk aux côtés de la Russie et de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, ainsi que l'Union Européenne en annonçant une escalade des sanctions contre la Russie qui avait réussi à faire asseoir, et signer, les parties en conflit. Le message des grandes puissances occidentales au régime installé par le coup d'état du 22 février est clair : il doit continuer l'agression contre le sud, même si son armée a été défaite.
 
Puis, apparemment juste le temps de demander à Kiev la conduite à tenir, de six minutes après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu dans certains cas, à deux heures voire plus dans d'autres cas, partout les bombardements ou les attaques de la part de l'armée kiévienne ont repris (Donesk, Gorlovka, Marioupol, Makeyevka, Yassinovataya...), et avant la fin de la nuit le commandement de Novorussie était assailli de messages urgents selon lesquels "dans ma zone l'ennemi ne respecte pas la trêve, dois-je reculer ?" Aussi, après une journée d'intenses tractations pour savoir si le message du "gouvernement" à ses forces était bien passé, donc après une nuit et une journée de cessez-le-feu unilatéral de la part de la Novorussie dont les deux villes principales n'ont pas cessé d'être bombardées en dépit du prétendu cessez-le-feu, il est décidé d'autoriser la riposte partout où le cessez-le-feu est violé par l'armée dite ukrainienne.
 
A Marioupol, où la résistance a d'abord passivement regardé les troupes d'occupation se redéployer puis ouvrir le feu sur tout le front, la riposte est désormais en cours donc le cessez-le-feu sera imposé par la force, lors de la libération de la ville. En termes tactiques une force de 2000 hommes en position défensive peut résister à une force assaillante de 5 ou 6000, à plus forte raison en zone urbaine (on l'a vu récemment à Donetsk et Lougansk), à plus forte raison quand elle a le temps de préparer sa défense ferme (se retrancher et construire des obstacles), et à plus forte raison encore quand l'attaquant est très prudent pour éviter des pertes civiles dans sa propre ville qu'il vient libérer, donc en termes tactiques les occupants de Marioupol devraient pouvoir tenir plusieurs mois. Mais les bataillons para-militaires des partis néo-nazis (Svoboda et Pravy Sektor), comme le bataillon Azov partiellement recruté par le fier exterminateur de prisonniers Gaston Besson, même s'ils sont mieux équipés et armés que les forces novorusses voire que l'armée régulière ex-ukrainienne, ont démontré avoir peu de savoir-faire tactique, et de plus la population de la ville est en très grande majorité, sinon en totalité (après le départ précipité des autorités kiéviennes le 27 août), favorable à l'armée novorusse qui vient chasser l'occupant kiévien... Sauf intervention extérieure (qui ne pourra pas venir de Kiev) il serait surprenant que ces milices paramilitaires résistent plus d'une semaine avant de se rendre piteusement.
 
De son côté la Novorussie a commencé, comme prévu dans l'accord, à libérer et renvoyer les prisonniers ukrainiens, sans réciproque jusqu'à présent.
 
Evidemment aucun pays occidental ne condamnera la violation de la trêve puisque l'OTAN était contre sa signature.

vendredi 5 septembre 2014

projet de cessez-le-feu en ex-Ukraine

Après sa défaite sur le terrain, la junte kiévienne, qui a cependant violé tous les accords précédents, demande elle-même un cessez-le-feu.
 
Le plan Poutine qui sera présenté pour signature ce 5 septembre à Minsk aux délégués de l'Ukraine et de la Novorussie, et qui se traduirait en cas d'accord par un cessez-le-feu immédiat à 15h00, comprend sept points :
- arrêt de la progression des milices autour de Donesk et Lougansk,
- retrait des forces pro-Kiev à une distance interdisant de pilonner les agglomérations,
- contrôle international du cessez-le-feu,
- interdiction de l'utilisation d'aéronefs contre les civils et les villages,
- échange inconditionnel de tous les prisonniers,
- ouverture de corridors humanitaires pour les mouvements de réfugiés et l'aide humanitaire,
- accès des équipes de reconstruction aux infrastructures détruites.
Un bon plan comporte toujours un nombre de points impairs et sept est un chiffre magique, ce qui explique les répétitions du droit et des conventions internationales, comme l'interdiction de frapper la population civile.
 
La junte kiévienne devrait chercher à faire retirer au moins le deuxième point, qui signifierait un retrait de 120 km (la portée des SS-21 dont elle a encore tiré un exemplaire sur Khartsyzk ce 4 septembre), soit sur la ligne Primorsk-Lozova, à mi-chemin entre la frontière occidentale de la République de Donetsk et le cours du Dniepr. Un contrôle international du cessez-le-feu ne devrait pas la gêner puisqu'elle arrive à refuser depuis plus d'un mois l'autorisation aux observateurs de l'OSCE d'utiliser les drones d'observation qu'ils ont reçus (qui démentiraient encore plus la propagande sur l'invasion russe que les observateurs dément régulièrement) et ne subit pas de sanctions pour pilonner périodiquement les équipes d'observateurs sur la frontière. La signature de ce cessez-le-feu est politiquement risquée et peut amener les mouvements les plus extrémistes des organisations néo-nazies (Pravy Sektor) à commettre un nouveau coup d'état. Mais il n'y a plus d'alternative, la junte ayant refusé d'écouter son état-major qui conseillait mi-juillet d'opérer un repli temporaire pour remise en condition, elle a maintenant perdu l'essentiel de ses forces régulières, paramilitaires et privées, et si elle n'obtient pas un cessez-le-feu tout de suite elle perdra rapidement Dniepropetrovsk (et donc à terme Kherson) ou Kharkov (et donc à terme le pouvoir à Kiev). S'agissant d'un simple cessez-le-feu sur le terrain de la Novorussie, et non pas d'un plan de paix réglant les relations et le statut des belligérants (ex-Ukraine et Novorussie), le pouvoir kiévien n'a rien à perdre et a tout à gagner, avec évidemment l'arrière-pensée d'une part de se réarmer, ce qui impliquera certes de ne pas condamner tous les officiers pour désertion, et d'autre part d'impliquer l'OTAN.
 
De son côté, la Novorussie est victorieuse mais très éprouvée, ses infrastructures ont été complètement détruites, la situation humanitaire est très grave (à Lougansk sans électricité ni eau potable depuis un mois et demi la Croix-Rouge craint des épidémies) et plus d'un million de personnes se sont réfugiées en Russie (plus gros exode en Europe depuis la deuxième guerre mondiale). Les succès militaires de l'armée de Donetsk vers le sud, parfois inespérés et dûs seulement à l'inorganisation adverse, n'ont pas réussi à faire taire totalement le pilonnage d'artillerie continuel sur les villes, de son côté Lougansk n'a pas réussi à créer une véritable armée et donc à libérer son territoire pourtant adossé à la Russie, et au total la Novorussie n'a pas les moyens de continuer à nourrir longtemps les milliers de prisonniers capturés en août ; elle peut espérer obtenir, hormis le retrait de l'artillerie kiévienne anti-cités, d'une part une certaine reconnaissance, et d'autre part un gel temporaire (sans illusion à moyen terme) de sa frontière grâce au déploiement d'observateurs internationaux. D'autre part le temps que durera cette trève permettra certes à Kiev de réarmer, mais aussi au reste de la Nouvelle-Russie historique (de Kharkov à Odessa) de se préparer à rejoindre la Novorussie dès que Kiev mettra fin au cessez-le-feu. Enfin les dirigeants de Novorussie ne cachent pas qu'ils espèrent la chute du pouvoir issu du coup d'état du 22 février en raison du mécontentement croissant à Kiev même (et de la situation économique catastrophique) ; cela ne les amènerait pas à envisager une ré-intégration à une Ukraine qui a attaqué militairement les villes de Novorussie, mais un gouvernement pragmatique à Kiev pourrait renoncer à conquérir la Novorussie et négocier la paix. La Novorussie a donc déclaré être prête à signer le plan Poutine.
 
C'est Porochenko qui apportera à Minsk la décision de signer ou pas le cessez-le-feu : il déclarera alors signer "avec les rebelles" ou refuser de signer "avec autre que la Russie". Mais en réalité c'est au sommet de l'OTAN à Newport que cette décision aura été prise.

jeudi 4 septembre 2014

états d'âme hypocrites de la diplomatie française

La France s'émeut du décès du journaliste russe Andreï Sténine, présente ses condoléances à sa famille et souhaite que lumière soit faite sur les circonstances de son décès (communiqué officiel www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/ukraine/evenements-12944/article/ukraine-deces-d-un-journaliste-115012).
 
Par discrétion pro-ukrainiste la France omet de s'émouvoir du décès, dans les mêmes circonstances (et d'ailleurs dans la même voiture) bien que moins médiatisé, des autres journalistes russes Sergueï Korentchenkov et Andreï Vyatchalo. Elle omet aussi de présenter ses condoléances aux familles des dizaines de réfugiés ukrainiens massacrés le 6 août en même temps que ces trois journalistes, dans ce convoi d'une douzaine de voitures civiles fuyant Snejnoye en direction de Dmitrovka, que l'armée gouvernementale ukrainienne (vraisemblablement la 79° brigade aéromobile) a formellement identifié, attaqué et fixé par le feu d'un BMP2 (canon de 30 mm) et la mitrailleuse d'un char de combat, pilonné au mortier après son immobilisation, achevé voiture par voiture à la Kalachnikov, visité le lendemain 7 août par des officiers supérieurs ukrainiens qui ont pillé tout ce qui restait dans les épaves, puis enterré au lance-roquettes multiples ("orgues de Staline") Grad. Quant à la "lumière sur les circonstances" d'un décès dans ces conditions, on peut se demander quels détails supplémentaires attend la France (qui en sait certainement plus que vous et moi) pour condamner ce crime de guerre (pas sur trois journalistes mais sur des dizaines de civils) et lancer contre le gouvernement ukrainien une riposte humanitaire, sinon similaire à celle lancée contre la Serbie après l'accrochage de Račak (78 jours de bombardements intensifs), du moins suffisante pour renvoyer définitivement l'armée kiévienne à l'ouest du Dniepr.

une différence entre barbarie et civilisation est la conception de la justice

Août 2014. Des bandits (accessoirement armés par les Etats-Unis d'Amérique) assassinent un journaliste états-unien en Irak. Au lieu d'exiger de l'Irak (ou de mener eux-mêmes) une enquête judiciaire pour trouver et juger les coupables de ce crime de droit commun, les Etats-Unis d'Amérique annoncent qu'ils vont attaquer et bombarder l'Irak, ainsi que la Syrie voisine où les bandits peuvent se cacher. Ils demandent même l'aide militaire de leurs alliés, comme en 2001 pour envahir l'Afghanistan qui n'avait pas pu extrader avant la fin d'un court ultimatum un suspect jamais inculpé ni demandé par Interpol (Oussama Ben Laden, ancien agent de la CIA).
 
Août 2014. L'armée régulière ukrainienne (accessoirement équipée par les pays de l'OTAN et financée par les pays de l'UE) assassine un journaliste russe en Ukraine. La Russie, pourtant soumise à un blocus pour sa "position sur la guerre en Ukraine", demande simplement à l'Ukraine d'enquêter sur ce crime de guerre (le massacre délibéré et à vue d'un convoi de réfugiés ukrainiens) et de condamner elle-même les coupables.
 
Delenda Carthago.

le dernier bateau français à l'exportation

En quelques mots, en cassant le contrat signé et payé du Bâtiment de Projection et de Commandement classe Mistral, le président Hollande a envoyé par le fond la troisième industrie d'armement au monde. Evidemment on s'en réjouirait presque, si l'on ne voyait pas que le pays (l'Allemagne) dont un député a réussi en quelques mots à invalider la décision de l'OTAN d'honorer les contrats signés, passera automatiquement de la quatrième à la troisième place. Cependant la fin de l'industrie d'armement française profitera avant tout aux Etats-Unis d'Amérique, qui récupèreront l'essentiel des clients de la France. Concernant des produits qu'on n'achète pas sur étagère et d'un simple claquement de doigts, on ne voit pas quel client commanderait les outils vitaux de sa défense nationale à un fournisseur versatile et non fiable capable de rompre un contrat unilatéralement, quelques semaines avant une livraison définie depuis plusieurs années.
 
Dans certains pays on jugerait le dirigeant pour corruption, quelle que soit la somme qu'il a touchée pour détruire une industrie nationale. Dans d'autres pays on le jugerait pour trahison, voire haute trahison compte tenu de sa position. Mais en démocratie, avant même son procès on devrait immédiatement démettre de toute fonction élective un politicien qui revient sur sa signature et viole ses engagements.
 
Et puisque personne d'autre n'achètera le BPC Vladivostok non livré à son acheteur, on pourrait le rebaptiser François Hollande (on a bien un Charles de Gaulle, l'ancien Richelieu rebaptisé par M. Chirac), du moins temporairement puisque si on l'offre à la Galicie il sera rebaptisé Stepan Bandera.

ces mercenaires français rappelés du Levant

La presse française diffuse depuis quelques semaines une campagne de communication criminelle. La profusion et la simultanéité de la paru...