mercredi 26 mars 2014

provocations ukrainiennes à l'ouest cette fois

Evidemment, si le nouveau régime ukrainien impose un blocus aux casques bleus russes en Transnistrie, leur interdisant soudain l'accès convenu par le territoire ukrainien et interceptant désormais le ravitaillement qui leur est envoyé par rail, si de plus ce nouveau régime ukrainien viole l'espace aérien transnistrien (voire moldave) en y envoyant des drones espions, cela change tout.

mardi 25 mars 2014

civilisation

Il y a onze ans les téléspectateurs du monde entier pouvaient admirer la première armée américaine et du monde entrer victorieuse dans Bagdad. La soldatesque professionnelle états-unienne débraillée jetait à bas les statues et monuments publics et faisait des barbecues avec les antilopes dans les zoos, le train logistique amenait des convois de camions devant les musées pour piller les trésors d'Assyrie et de Babylone répertoriés et commandés à l'avance par les grandes salles d'enchères de New-York, les soudards s'arrachaient les micros que leur tendaient des journalistes en l'absence de tout officier ou tout signe de présence d'un quelconque état-major à la tête de cette horde de centaines de milliers d'incontrôlés dont le pays était fier et dont la presse commentait patriotiquement en première page les orgies victorieuses et l'humiliation (puis bientôt la torture) des vaincus, dont la population civile était massacrée à grande échelle même après la reddition de son armée.
 
Aujourd'hui les téléspectateurs du monde entier admirent la première armée européenne et deuxième du monde entrer victorieuse dans Simféropol et Théodosie. Les militaires du rang russes appelés sont aussi corrects, nets et droits que les sous-officiers et officiers qui les dirigent avec assurance. L'armée victorieuse propose d'accueillir en son sein les militaires de l'armée vaincue, qui acceptent en masse. Les garnisons qui entendaient résister sont prises patiemment et calmement, sans autre coup de feu que de semonce lorsque nécessaire, et il n'y a aucun mort de part ou d'autre, et évidemment aucune victime collatérale civile.
 
La guerre n'a jamais été la plus belle activité humaine, mais cette campagne-ci a prouvé que ses lois et coutumes peuvent encore être respectées.

lundi 24 mars 2014

pour quelques roubles de plus

1/03/2014 : le premier ministre de Crimée Sergueï Aksenov déclare prendre le commandement de toutes les unités militaires présentes sur la péninsule.
2/03/2014 : la presse criméenne rapporte que de nombreux militaires désertent les unités ukrainiennes déployées en Crimée.
17/03/2014 : la Crimée fait sécession de la nouvelle Ukraine.
18/03/2014 : la Crimée redevient une province de la Russie.
18/03/2014 : le gouvernement ukrainien déclare la guerre à la Russie et autorise toutes les unités et tous les soldats ukrainiens présents en Crimée à utiliser leurs armes.
18/03/2014 : le président de la Russie félicite les troupes ukrainiennes présentes en Crimée d'avoir réagi calmement sans déclencher les hostilités.
19/03/2014 : le premier ministre de Crimée appelle les militaires ukrainiens à prêter serment à la Crimée ou à partir.
21/03/2014 : le ministre russe de la défense Sergueï Choïgou offre aux militaires ukrainiens le choix entre rentrer en Ukraine, quitter l'armée ukrainienne pour rester en Crimée comme civils, et être intégrés à l'armée russe.
21/03/2014 : seuls 2000 soldats ukrainiens sur les 18000 présents en Crimée déclarent vouloir rentrer en Ukraine.
22/03/2014 : le drapeau russe a été hissé dans 189 unités et institutions militaires ex-ukrainiennes en Crimée.
23/03/2014 : des rumeurs en Ukraine assurent que le gouvernement provisoire du nouveau régime issu du coup d'état du 22 février en Ukraine a l'intention de considérer comme déserteurs tous les militaires ukrainiens qui quitteraient leur affectation en Crimée.
23/03/2014 : le ministre de la défense par interim ukrainien Igor Tenioukh annonce que le gouvernement ukrainien prendra prochainement une décision concernant le retrait de Crimée de certaines unités de l'armée ukrainienne.
24/03/2014 : le ministre de la défense ukrainien ordonne aux militaires ukrainiens présents en Crimée de quitter leurs emprises militaires ; l'ordre exécutable immédiatement ne précise ni où les militaires ukrainiens doivent aller, ni ce qu'ils doivent faire de l'armement collectif et individuel et des véhicules de dotation, ni s'ils doivent rejoindre l'Ukraine continentale et par quel moyen.
24/03/2014 : le général Alexandre Rozmaznine, de l'état-major des armées ukrainien, déclare que le retrait des forces ukrainiennes de Crimée a été politiquement décidé mais pas encore juridiquement déclaré et que diverses options pratiques sont à l'étude.
24/03/2014 : le vice-premier ministre de Crimée Roustam Temirgaliev affirme qu'il n'y a plus de troupes ukrainiennes fidèles au nouveau gouvernement de Kiev dans la péninsule criméenne.
24/03/2014 :  la presse ukrainienne assure que le président par intérim Alexandre Tourtchinov a signé un décret autorisant le rapatriement en Ukraine continentale des troupes ukrainiennes de Crimée mais ne prévoyant aucune modalité pratique.
24/03/2014 : l'Ukraine rappelle 10000 réservistes de l'armée de terre.
25/03/2014 : un militaire ukrainien venant de Crimée se présente en tenue à la nouvelle frontière avec l'Ukraine et demande une affectation dans une unité continentale ; le chef du nouveau poste garde-frontière ukrainien lui demande de s'asseoir à l'ombre du côté criméen et lui assure qu'il le laissera entrer dès qu'il aura des consignes.
25/03/2014 : le ministre de la défense russe déclare que tous les militaires ukrainiens ont demandé leur incorporation dans l'armée russe hormis 12 officiers généraux, 25 conscrits originaires des régions agricoles centrales de Crimée, et un caporal originaire de Kiev ayant décidé de rester dans l'armée ukrainienne et de retourner sur le continent.
26/03/2014 : 1000 soldats ukrainiens n'apparaissant pas sur les tableaux d'effectifs de l'ex-état-major ukrainien en Crimée demandent leur incorporation dans l'armée russe.
27/03/2014 : 3000 soldats ukrainiens prétendant s'être cachés dans la montagne demandent leur incorporation dans l'armée russe en Crimée.
28/03/2014 : le chef de gare d'Armiansk rapporte que les 10000 réservistes rappelés par l'armée ukrainienne n'ont pas perçu leurs armes mais à peine habillés ont pris le train pour Armiansk puis ont quitté la gare à pied vers le sud.
29/03/2014 : la police côtière criméenne arraisonne un bateau transportant 738 jeunes hommes en uniforme ukrainien neuf, qui assurent que le passeur tatar leur avait demandé 1000 euros par personne en leur assurant que la solde militaire russe était le double du salaire moyen ukrainien.
29/03/2014 : on annonce des désertions massives dans l'armée ukrainienne, dont selon certaines sources l'effectif sur les rangs serait tombé à 50000 militaires.
30/03/2014 : le commandement russe en Crimée déclare que l'armée russe ayant absorbé 25% de plus que l'effectif ukrainien officiellement présent en Crimée il n'y aurait pas d'incorporation supplémentaire.
31/03/2014 : des dizaines d'unités militaires ukrainennes, à l'est d'une ligne Frunzivka-Sumy, hissent le drapeau russe.
1/04/2014 : le ministre de la défense russe déclare que les forces armées russes n'ont pas vocation à absorber toute l'armée ukrainienne.

samedi 22 mars 2014

Transnistrie et autres peuples russes séparés de la Russie

On m'interoge sur la Transnistrie, qui a demandé mardi 18 mars son rattachement à la Russie. Au-delà d'une facile propagande anti-russe, sa situation s'éclaire plus facilement par comparaison avec celle d'autres peuples russes séparés de la Russie depuis la dissolution de l'URSS. On peut imaginer une grille en trois dimensions, le poids des populations qui demandent leur réunion, l'intérêt de leurs territoires pour la Russie, et les facteurs externes de complication.
 
On passera sur la question de la Crimée, définitivement résolue.
 
La Biélorussie ou Russie Blanche est, avec près de dix millions d'habitants, la plus grande communauté russe (et homogène) hors de la Russie actuelle. En termes historiques sa réunification avec la Grande Russie est assurée (et est en cours avec l'union douanière et économique), cependant le peuple n'est pas pressé puisqu'il n'est pas opprimé chez lui, et que l'indépendance formelle de son gouvernement lui permet de rêver d'Union Européenne et d'euro (tant que ceux-ci existent) ; par ailleurs l'obstacle principal à la réunification, à savoir la présidence de Loukachenko, est peut-être aussi le principal rempart face à un nouvel essai de déstabilisation par révolution de couleur. Donc la réunification peut être menée lentement.
 
L'artificielle Ukraine, après la sécession de la Crimée, compte encore six à sept millions de Russes, essentiellement groupés dans la moitié est et sud. Aux maladroites et provocatrices brimades décrétées par les mouvements extrémistes auxquels l'Union Européenne a confié le récent coup d'état à Kiev, va succéder une véritable offensive paramilitaire contre la population russe. Tous les scénarios sont encore possibles, d'un retour à la légalité constitutionnelle à Kiev assorti d'une fédéralisation du pays, à une longue guerre civile (pire scénario), en passant par une intervention militaire de la Russie pour protéger la population russe, qui conduirait à une partition du pays et à la naissance d'une Ukraine orientale et méridionale russe autonome, indépendante ou à terme réintégrée à la Russie contingüe.
 
Le Kazakhstan compte de l'ordre de quatre millions de Russes, soit seulement un quart de la population mais la langue russe est le principal facteur d'unité d'un pays géographiquement immense et ethniquement morcellé. Il s'est lancé vers la réunification par le même processus que la Biélorussie, mais celui-ci ne pourra aboutir car d'une part des puissances occidentales ou régionales viendront fomenter la déstabilisation et la division dès qu'on pressentira la possibilité du dernier pas formel, d'autre part et surtout la Chine l'interdira. Elle tolère l'indépendance formelle d'un semi-désert où elle a déjà acheté des millions d'hectares (comme elle tolère l'indépendance d'une Mongolie que personne ne lui dispute), elle accepterait peut-être un partage, mais elle n'acceptera pas un retour en totalité à la Russie.
 
La Transnistrie est peuplée d'un demi-million de Russes (population homogène). C'est jusqu'à présent le peuple russe (et l'un des peuples européens) qui a le plus souffert, et il souffre encore, des indépendances arbitraires et des "intégrités territoriales" péremptoires des années quatre-vingt-dix. La présence de l'ex-XIV° armée russe (aujourd'hui une brigade de fusiliers motorisés renforcée) lui a permis de prendre son indépendance d'une Moldavie roumanophone oppressive, elle-même destinée à redevenir roumaine. Le referendum pour le rattachement à la Russie, en 2006, avait obtenu 97% de votes positifs. Aussi, encouragée par l'exemple criméen la Transnistrie vient donc de demander sa réunion à la Russie. La première différence est que la Russie avait reconnu l'indépendance de la Crimée la semaine dernière, alors qu'elle n'a jamais reconnu l'indépendance de la Transnistrie ni au début des années 90 après sa séparation de la Moldavie, ni à la fin des années 2000 lors de la reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud après que cette dernière ait été attaquée par la Géorgie. La deuxième différence est que la Transnistrie ne représente aucun enjeu stratégique pour la Russie, au contraire son acceptation présenterait l'inconvénient de conforter l'image de puissance impéraliste que diffuse la propagande "occidentale". Enfin, sur le plan géostratégique non seulement il n'y a pour l'instant pas de continuité territoriale entre la Transnistrie et la grande Russie (le cas de Kaliningrad est particulier), mais de plus l'avenir du sud de l'Ukraine actuelle est incertain. La Russie attendra donc que la question du sud de l'Ukraine soit réglée, demain ou dans vingt ans, avant de s'intéresser au sort de la Transnistrie.
 
L'Ossétie du sud est deux fois plus peuplée que Monaco, et les sud-Ossétiens qui sont restés, après l'intervention russe consécutive au début d'invasion et de nettoyage ethnique opéré par la Géorgie en 2008, se considèrent tous russes et ont probablement tous obtenu la nationalité russe. Leur destin est donc désormais aussi assuré que celui des Biélorusses, la Russie a reconnu l'indépendance de l'Ossétie du sud après l'agression géorgienne (ce qu'elle n'avait pas fait auparavant) et la frontière avec l'Ossétie du nord doit être relativement invisible sur le terrain. L'Ossétie du sud devrait donc demander elle aussi son rattachement à la Russie et ne pas l'obtenir pour l'instant ; elle a du moins l'assurance, déjà honorée, de la protection militaire de la Russie.
 
L'Abkhazie, trois fois plus peuplée qu'Andorre, ne peut pas être considérée comme un territoire russe, seulement 10% de ses habitants étant Russes, le reste étant simplement Abkhazes, Géorgiens ou Arméniens. La Russie a certes reconnu son indépendance en même temps que celle de l'Ossétie du sud, après l'agression géorgienne contre cette dernière, et la protège. Mais dans la liste des nombreux territoires conquis par la Russie il y a deux siècles, perdus à la dissolution de l'URSS, et où la langue russe est encore l'élément fédérateur, bien d'autres passeraient devant l'Abkhazie, soit parce qu'ils sont plus importants pour la Russie, soit parce qu'un rattachement à la Russie serait plus important pour leur population (Arménie et Géorgie incluses). Mais le Caucase est un terrain compliqué où la Russie (qui a déjà ses propres problèmes avec l'islamisme fomenté par les Etats-Unis) n'est pas près de jouer plus qu'un rôle d'interposition ou de protection.
 
Pour revenir au sujet du jour, les clefs du destin de la Transnistrie se trouvent donc à Bruxelles (ou plutôt Paris et Berlin). Si l'Union Européenne encourage les factieux de Kiev à attaquer les populations russes d'Ukraine orientale et méridionale (voire si les Etats-Unis leur apportent une aide militaire), la Russie interviendra, l'Ukraine russe fera sécession et la Transnistrie pourra s'y rattacher (Tiraspol est à cent kilomètres d'Odessa). Mais si l'Union Européenne calme ou démet le régime néo-nazi en cours d'installation et accepte une fédéralisation de l'Ukraine, ses frontières seront confirmées et les Russes de Transnistrie devront attendre encore... probablement jusqu'à l'annexion de la Moldavie par la Roumanie.

jeudi 20 mars 2014

G6 de Londres - ordre du jour

Après l'expulsion de la Russie et de la France, on peut suggérer à ce qui restera de l'ex-G8 de travailler chronologiquement, en se penchant d'abord sur la "légitimité" de l'annexion de Mayotte par la France le 31 mars 2011 suite au referendum mahorais de 2009.

dimanche 16 mars 2014

querelle fratricide vue de Chine

Ce 15 mars les Etats-Unis d'Amérique ont présenté au Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies un projet de résolution entendant nier tout effet et toute légitimité au referendum d'autodétermination en Crimée. D'après ses concepteurs ce projet, dont ils savaient qu'il ne serait pas adopté, avait pour but essentiel de démontrer l'isolement de la Russie par une abstention chinoise.
 
Or en réalité la position de la Chine est cohérente avec sa ligne habituelle de conduite lorsqu'un membre du Conseil le saisit d'une question qui n'est pas de sa compétence, sa vocation étant de prévenir les menaces à la paix et à la sécurité internationale. Quant au vote contre les peuples de Crimée et en faveur de la politique de l'Union Européenne et des Etats-Unis, il n'est pas surprenant de la part de pays comme l'Argentine, l'Australie, le Chili, la France, la Jordanie, la Lithuanie, le Luxembourg, le Nigéria, la Corée du sud, le Royaume-Uni, le Rwanda et le Tchad, c'est-à-dire soit directement ennemis de la Russie, soit membres de l'Union Européenne ou de l'OTAN, soit enfin dépendants de ceux-ci.
 
Ce qui est plus important est la signification de l'abstention de la Chine. Si elle y avait vu la menace d'un précédent envers une autodétermination des Ouïgours, elle aurait voté contre, et si elle avait été opposée au déclenchement d'une guerre contre la Russie, que la quasi-unanimité inespérée de ce vote facilite (il y a suffisamment de précédents), elle aurait opposé son veto. La position de la Chine est de se considérer non concernée par les querelles entre pays occidentaux. Qu'une guerre éclate en Europe, que plusieurs pays européens (ou assimilés) en attaquent un autre, cela ne l'intéresse pas. La Chine n'a plus besoin d'amis ou d'alliés, elle n'a pas besoin de "choisir son camp" au Conseil de Sécurité d'une ONU qui ne la gêne pas. Elle voit même peut-être d'un bon oeil les anciennes puissances mondiales, toutes occidentales, se déchirer entre elles. Le pays le plus peuplé au monde, première puissance commerciale et bientôt première puissance économique et financière, aura dans quelques années la maîtrise (militaire) absolue des mers, mais sa première grande offensive sera la conquête de la Sibérie, avant la grande migration des peuples européens chassés par les changements climatiques.
 
Il serait peut-être temps que le monde occidental se rende compte des véritables enjeux, cesse de se chamailler et se prépare.

Crimée et Ukraine

Crimée et Ukraine sont deux questions différentes.

La Crimée est une terre russe peuplée essentiellement de Russes. On ne reviendra pas en arrière, en installant à Kiev le groupe extrémiste Svoboda dont le Parlement européen avait pourtant condamné le 13 décembre 2012 les opinions "racistes, antisémites et xénophobes contraires aux valeurs et principes fondamentaux de l'Union Européenne" (invitant alors les partis démocratiques ukrainiens à ne pas s'allier avec lui) celle-ci a poussé la Crimée à reconsidérer ses relations avec le nouveau régime. Et  c'est dans les urnes que la Crimée reconsidère ses relations avec ce régime arrivé par la force. Aucun démocrate ne peut prétendre que le referendum en Crimée est moins légitime que le coup d'Etat en Ukraine. Il n'est pas certain que la Russie accepte d'incorporer la Crimée, elle pourrait se contenter de reconnaître son indépendance mais cela ne résoudrait pas la question. La logique et l'histoire voudraient que la Russie accepte de ré-incorporer la Crimée, ce qui ne manquera pas d'ailleurs d'éveiller des demandes équivalentes en Biélorussie (où le seul obstacle à la réunification est la carrière de Loukachenko), en Ossétie du Sud et peut-être au Kazakhstan. D'ailleurs une incorporation à la Russie est la meilleure garante du respect des minorités, alors qu'un gouvernement nationaliste dans une républiquette indépendante pourrait céder à la tentation teutonne, en refusant la nationalité criméenne aux ukrainophones et aux Tatars (comme dans les pays baltes vis-à-vis de leur population russe) ou en les déportant (comme la Croatie pour ses 10% de population orthodoxe). Certes le nouveau gouvernement criméen s'est engagé à protéger ses minorités, en contraste avec le nouveau régime ukrainien qui avait commencé par supprimer le statut co-officiel du russe et expulser les russophones de la police.
 
Le referendum aura bien lieu en Crimée et la Russie protègera son indépendance ou acceptera son rattachement.
 
L'Ukraine, c'est là que les Etats-Unis peuvent jouer leur jeu préféré, la déstabilisation, en donnant une dimension militaire au conflit politique déclenché par l'Union Européenne. Sur l'ensemble de l'Ukraine, même en retranchant la Crimée devenue indépendante ou redevenue russe, il y a une dizaine de millions de "russophones". On peut d'ailleurs noter que, alors que les Croatiens orthodoxes furent unanimement appelés "Serbes" afin de les faire passer pour des immigrés ou pour une diaspora étrangère ce qui justifiait leur déportation (dont le gouvernement néo-nazi fut récompensé par l'admission de la Croatie au Conseil de l'Europe l'année suivant la réalisation de cette expulsion d'un dixième de sa population), alors que dans le même esprit on appelait Serbes de Bosnie et Croates de Bosnie (ou Bosno-Serbes et Bosno-Croates) les Bosniens qui n'étaient pas des Turcs de Bosnie (qu'on appelait au contraire soigneusement "Bosniaques" plutôt que Bosno-Turcs) avant de soumettre les chrétiens majoritaires à l'islam minoritaire, alors aussi que les non-Baltes de Lituanie, d'Estonie et de Lettonie furent appelés "Russes" avant d'être privés de toute nationalité dans leurs pays de naissance avec la bénédiction de l'Union Européenne, par contre les méchants de tour aujourd'hui sont appelés "russophones", alors qu'ils parlent tous l'ukrainien de même que les prétendus "ukrainophones" parlent tous également le russe, la différence entre les deux communautés, tant qu'on n'entre pas dans le domaine religieux (le silence du Vatican sur l'uniatisme est d'ailleurs surprenant), ne portant que sur la langue maternelle, les deux langues étant enseignées à l'école et maîtrisées par tous les Ukrainiens. Si les méchants ukrainiens ne sont pas appelés Russes c'est parce que vu leur nombre il est en pratique inconcevable de les déporter ou de les exterminer (Hitler et Pol Pot sont morts et Kagamé est occupé ailleurs), et que de plus si on désignait comme Russes dix millions de personnes sur un territoire homogène, et contigu de la Russie, on les encouragerait à faire sécession, c'est-à-dire non pas à partir individuellement mais à emmener avec eux leur territoire. Cependant la vérité c'est que tous les Ukrainiens sont russophones (on estime à 1% le nombre de personnes ne maîtrisant qu'une seule des deux langues), et les dernières élections présidentielles, supervisées par l'OSCE, ont montré que la majorité des Ukrainiens sont russophiles, ou du moins hostiles à l'idéologie ukrainiste, s'il faut forger un mot pour désigner le mouvement de pensée qui cherche à proclamer et définir une nationalité nouvelle et propre à l'Ukraine, pourtant berceau du peuple russe. Non seulement la majorité des Ukrainiens sont russophiles mais ils ont également montré, dans les urnes, leur lassitude de la révolution orange et du chantage "Union Européenne ou Russie" présenté par l'UE.
 
L'Union Européenne a fini par comprendre que si on oblige les Ukrainiens à choisir entre le pays avec lequel l'Ukraine a les plus forts liens économiques et la communauté de pays dont les citoyens ne veulent plus, et où les minorités russophones ont été privées de tout droit civique, les Ukrainiens préfèrent lier leur sort à la Russie qu'à l'Union. Elle a donc fomenté un coup d'Etat, et elle s'attache maintenant à renforcer un sentiment "nationaliste" ukrainiste afin qu'une partie de la population vienne appuyer les putschistes.
 
Les Etats-Unis entrent maintenant en scène afin de radicaliser et de militariser la fracture naissante dans la population du pays. Dans les prochains jours il y aura de plus en plus de heurts meurtriers, qui amèneront les communautés dites ukrainophones de l'ouest et du nord du pays, et les communautés dites russophones de l'est et du sud, à constituer des milices et à s'armer. Déjà, la junte au pouvoir à Kiev a annoncé la semaine dernière la création d'une "garde nationale" composée de militants du mouvement néo-nazi Svoboda et de policiers ukrainophones (les russophones ayant été expulsés de la police) et s'apprête à envoyer cette milice à l'assaut de la partie orientale et méridionale du pays. Très rapidement cette force offensive recevra des soutiens militaires extérieurs, uniopéens ou états-uniens, afin d'inciter la Russie à soutenir pour sa part les milices défensives de la population soudain déclarée paria. Les Etats-Unis et l'Union Européenne ont déjà déclenché les hostilités selon leur programme bien rodé de "sanctions" arbitraires, c'est-à-dire de punitions de personnes physiques (Russes ou Ukrainiens dits pro-Russes) sans jugement et de vols systématiques de biens et de comptes bancaires appartenant à des personnes physiques, des entreprises ou même l'Etat russe. Ils annoncent également leur intention de faire exclure la Russie du G8 (ce qui dissoudrait d'ailleurs le G20) et ont fait suspendre son admission à l'OCDE, semblant oublier qu'après avoir mis leur veto pendant vingt ans à l'admission de la Russie à l'OMC (et avoir imposé l'admission de la Chine qui ne remplissait pas les critères) les Etats-Unis ont été amenés récemment à la supplier d'y entrer. Une fois de plus les Etats-Unis semblent chercher une confrontation militaire.
 
La guerre aura-t-elle lieu ?
 
L'Union Européenne semble espérer que la Russie subira sans réagir, comme d'habitude. Simultanément elle refuse de mettre fin à la crise ukrainienne et d'obliger la junte à revenir à l'accord de sortie de crise signé le 21 février sous le patronage de la France, de l'Allemagne et de la Pologne. Pire, elle a commencé à déclencher envers la Russie des hostilités interdites par le droit international et n'existant qu'en cas de guerre déclarée. Les "sanctions" prises à l'encontre de la Russie ne signifient pas seulement un isolement diplomatique mais également un véritable blocus économique. Si elle n'arrive pas à obtenir leur desserrement par des voies diplomatiques, et pour s'en tenir à des moyens pacifiques, la Russie n'a qu'une réponse forte possible, économique : cesser d'accepter le dollar et l'euro en paiement de ses exportations. Cette décision, qui serait imitée par la Chine, signifierait évidemment la fin du dollar.
 
Si la Russie décide cette riposte, les Etats-Unis déclencheront une offensive militaire.
 
Parenthèse : du point de vue linguistique l'ukrainien n'est qu'un dialecte russe.

question à cent roubles

Si la Californie organisait un referendum demandant aux Californiens s'ils souhaitent que la Californie reste états-unienne, redevienne mexicaine ou devienne indépendante, donnerait-on à l'Inde le droit de décider de la "légitimité" de ce referendum ou à la Chine le pouvoir de dicter au monde entier des "sanctions", contraires au droit international, envers le Mexique ou les Etats-Unis ?

vendredi 7 mars 2014

vive la Navarre française !

Janvier 2015 : à l'occasion de la dislocation de l'Union Européenne et de la constitution de la VI° République, les Pyrénées-Atlantiques se séparent de la France et proclament la République de Navarre.
 
Septembre 2034 : les élections libres en Navarre donnent mandat au nouveau gouvernement de ralentir le rapprochement avec l'Ibérie.
Octobre 2034 : l'Ibérie invite des opposants navarrais à des stages de subversion au Pays-Basque et en Catalogne, puis les renvoie occuper les rues et prendre d'assaut la mairie et le parlement de St-Jean Pied de Port. Afin de provoquer l'irréparable on fournit des fusils à lunette à des terroristes à gages pour assassiner simultanément des manifestants et des policiers.
Janvier 2035 : les grandes puissances européennes (France, Allemagne...) parrainent et garantissent un accord de sortie de crise prévoyant notamment la constitution d'un gouvernement d'unité nationale navarraise jusqu'à la tenue d'une élection présidentielle anticipée.
Le lendemain même de sa signature, un groupe néo-nazi connu pour ses attaques antisémites s'impose à la tête du parlement assiégé et viole l'accord de sortie de crise en nommant un "président de la république par intérim" et de nouveaux ministres. Ce coup d'Etat est immédiatement accepté par les grandes puissances européennes, Ibérie en tête, mais dénoncé par la France.
Février 2035 : le gouvernement de fait au pouvoir à St-Jean révoque le statut du français comme langue co-officielle, expulse les francophones de la police, et envoie une mission d'étude à Vilnius, Tallin et Riga. [Pour mémoire, au début des années 90 les trois pays baltes avaient retiré tous les droits civiques à la fraction de leur population née de parents non-baltes, faisant des millions d'apatrides mais réussissant cependant à les faire prendre en compte par l'Union Européenne au nombre de leur population afin d'obtenir plus de parlementaires à Strasbourg... le système des députés élus par les citoyens de première catégorie pour représenter la population "sans statut" convenant parfaitement aux autorités éthiques de l'Union Européenne.]
La population francophone de Navarre s'inquiète.
Mars 2035 : sur la moitié du territoire de la Navarre, des conseils municipaux demandent le rattachement à la France et des mairies hissent le drapeau français. Certains Navarrais ressortent les vieux treillis de leur service militaire dans l'armée française, et le Bataillon Parachutiste d'Infanterie de Marine (BPIMa) navarrais annonce ne plus obéir à la junte pro-ibérique de St-Jean Pied de Port mais au conseil municipal pro-français de Bayonne, qui vient d'annoncer la tenue d'un referendum d'autodétermination.
Menacé de sanctions internationales d'ordre diplomatique, économique et militaire, le gouvernement français hésite à intervenir pour protéger ses ressortissants, tandis que la population française se sent solidaire de la population francophone et ex-française de Navarre et s'insurge des prétentions ibériques.
 
Le vieux Diplostratus, après avoir rappellé que le Labourd n'avait jamais été navarrais avant son inclusion dans les Basses-Pyrénées par la Constituante française, s'écrie "rappellez-vous l'Ukraine en 2014 !"
 
L'analogie ne commence pas en 2014. Plusieurs siècles avant qu'Henri III de Navarre ne devînt Henri IV de France, les Princes de Kiev étaient devenus Grands-Ducs de Moscou, puis Tsars de toutes les Russies.

samedi 1 mars 2014

première défaite militaire française depuis soixante ans

Mardi 25 février le parlement français a autorisé la prolongation de l'opération Esbrouffe (officiellement Sangaris), seule prérogative martiale qui lui reste depuis que celle d'autoriser (ou non) l'entrée en guerre lui a été retirée par la réforme constitutionnelle belliqueuse de juillet 2008 préalable au retour de la France dans l'OTAN en mars 2009.
 
Cette prolongation ne suffira pas à cacher la première défaite militaire (sauf erreur) depuis soixante ans, offerte volontairement à l'armée française par un gouvernement qui a refusé de désigner (et donc combattre) l'ennemi et choisi de désarmer les victimes, sans même s'en donner les moyens. Car la France est bien intervenue sous le prétexte d'éviter de possibles futures représailles contre la minorité musulmane dans Bangui, par une population chrétienne qui commençait à s'organiser après presque un an de massacres et viols généralisés perpétrés par les milices islamistes Séléka venues du Soudan pour razzier la Centrafrique chrétienne après l'indépendance du réservoir d'esclaves nègres chrétiens du Sud-Soudan.
 
Alors qu'il aurait été dans les moyens d'une troupe française aguerrie de défaire rapidement le Séléka, on a laissé celui-ci se retirer de Bangui avec armes, bagages et esclaves, et on le laisse continuer impunément ses massacres et viols sur l'ensemble de la Centrafrique, employant l'armée française à confisquer les coupe-coupe des groupes d'auto-défense chrétiens (pompeusement appelés "milices" anti-balaka) dans la capitale. Cependant comme il est impossible de pacifier et sécuriser (en un mot d'occuper) une ville d'un million d'habitants avec 1600 ou 2000 uniformés, qu'ils soient militaires ou policiers, l'objectif humanitaire annoncé (ramener la paix), même s'il est discrètement réduit à la capitale au lieu de l'ensemble du pays, ne pourra pas être atteint. On prétendra alors sauver la face en ne se retirant qu'après avoir organisé des élections "démocratiques", c'est-à-dire internationalement supervisées dans la capitale et islamiquement dictées dans le reste du pays, qui ne changeront ni la composition de la population (chrétienne à 90%) ni le comportement des milices (islamistes) légitimées par la France.
 
L'opération Esbrouffe n'a rien à voir avec la reconquête de l'Azaouad pour le Mali, elle est la continuation de la soumission de la Côte d'Ivoire à l'islamisme par la France. La France aura encore perdu une occasion de ne pas intervenir, mais aussi une occasion d'intervenir pour secourir un peuple africain appelant à l'aide.
 
Pour plus de détails sur la manière choisie pour obtenir une défaite militaire à l'occasion du soixantième anniversaire de Dien-Bien-Phu (et des huit siècles de la victoire de Bouvines), voici deux excellentes analyses :

rappel pour la sécurisation des églises

En abrogeant l'urgence plutôt que l'état, le gouvernement a signifié qu'il s'accommodait de la menace (il a d'ailleu...