mercredi 24 décembre 2014

deuxième tentative avortée ?

Assez parlé d'avions.
 
Quelques jours avant le sommet du G20 (19 puissances économiques et Union Européenne) à Brisbane les 15 et 16 novembre 2014, une flottille russe s'est présentée au large de Brisbane. Elle était composée du croiseur lance-missiles Varyag (navire amiral de la flotte russe du Pacifique), du destroyer anti-sous-marins Maréchal Chapochnikov (porteur de deux hélicoptères Kamov 27), du remorqueur de haute mer Photius Krylov et du pétrolier-ravitailleur Boris Butoma. L'Australie, dont le premier ministre venait d'annoncer qu'il "plaquerait Poutine au sol" dès son arrivée à Brisbane, envoya à sa rencontre les frégates Parramatta et Stuart. Interrogée, l'ambassade russe à Canberra déclara, comme l'amiral commandant la flottille, que ces navires procédaient à des essais et entraînements en vue de missions en Antarctique, et qu'ils assureraient aussi la protection du président Poutine pendant le sommet du G20.
 
La marine et la presse australienne expliquèrent longuement que l'expédition d'une telle flottille sur de telles distances est une opération majeure préparée des mois à l'avance, donc vraisemblablement depuis le début de l'année, sans aucun rapport avec la dégradation de la situation internationale depuis quelque temps. En vérité la flottille avait quitté le port de Vladivostok le 23 octobre et y était déjà de retour le 15 décembre.
 
Quant à la mission de protection du président russe, on peut s'interroger sur l'utilité d'une flottille ancrée dans les eaux internationales (à 22 km du rivage) en cas d'attentat contre la chambre ou la voiture du président à terre. Pourtant il est certain que celui-ci a été dès son arrivée l'objet de démonstrations d'agressivité extrêmes et peu diplomatiques, allant de l'exigence d'excuses publiques pour la destruction de l'avion malaisien en ex-Ukraine, à l'accusation de menacer et d'attaquer plusieurs pays européens, en passant par le relèguement à une table de repas isolée et les appels à l'union sacrée des 18 autres pays présents contre la Russie.
 
A y regarder de plus près cependant, la constitution de ladite flottille présente un tout autre intérêt en mer. Un chasseur de sous-marins (d'ailleurs celui-ci a aussi une bonne capacité anti-aérienne) est l'outil idéal pour repérer un gros corps métallique submergé. Un remorqueur de haute mer est l'outil idéal pour l'explorer et le repêcher. L'hélicoptère Ka-27 "Helix" existe en deux versions, celle dédiée à la lutte anti-sous-marine et celle dédiée à la recherche et au sauvetage.
 
En parlant de sauvetage, un avion abîmé en mer offre justement plus de chances de survie (s'il est retrouvé rapidement) qu'un avion écrasé au sol. Et étant plus vulnérable depuis la surface au décollage et à l'atterrissage, c'est aux extrémités de son trajet que des secours ont le plus de probabilités de s'avérer nécessaires. Au contraire un missile tiré des eaux internationales, surtout infestées de pirates comme le Pacifique occidental, offre moins de risques d'identification du tireur qu'un missile tiré du territoire d'un état.
 
Le président Poutine est connu pour son calme, apparent ou réel, sa mesure et sa retenue même face à l'adversité directe. On l'imagine mal s'enfuir précipitamment, comme s'il était mal à l'aise ou coupable, d'une conférence internationale aussi inutile fût-elle. D'ailleurs en revenant du sommet du "BRICS" au Brésil son avion avait respecté le programme, ce 17 juillet où un avion malaisien fort ressemblant a été abattu à vue au-dessus de l'ex-Ukraine peu après que leurs routes se soient croisées. Mais le 16 novembre la Russie a fait décoller son avion présidentiel par surprise, plusieurs heures avant le plan de vol annoncé.
 
Il y a exactement vingt ans, le 6 avril 1994, deux chefs d'état en exercice sont morts pour avoir respecté l'horaire et le parcours du plan de vol qu'ils avaient annoncé.

2 commentaires:

Michel Deshusses a dit…

J'aimerais juste rappeler que à Brisbane, Vladimir Poutine n'a pas été isolé à cause "des appels à l'union sacrée des 18 autres pays présents contre la Russie" comme on peut lire dans le texte. Au moins il avait cinq leaders des 10 premières puissances économiques mondiales, en l'occurrance, la Président du Brésil Mme. Dilma Roussef, le Premier Ministre de l'Inde M. Narendra Modi et, bien entendu, le Président de la Chine Xi Jinping qui étaient toujours à ses côtés.

Nos redactions de propagande ont eu le zèle de recadrer chaque photo où Poutine apparaît à côté d'un de ces leaders pour faire paraître qu'il se trouvait toujours seul. Somme toute, la France (au moins celle journalistique) se touve en guerre semi-déclarée au Président russe et,comme chacun le sait, lors d'une guerre la première victime c'est toujours la Vérité. Ou si vous voulez, l'information.

Stratediplo a dit…

Je me suis en effet mal exprimé : je ne voulais pas dire que les 18 appelaient à une union sacrée, mais que certains appelaient à une union sacrée des 18. Je vous remercie donc pour votre correction.

rappel pour la sécurisation des églises

En abrogeant l'urgence plutôt que l'état, le gouvernement a signifié qu'il s'accommodait de la menace (il a d'ailleu...