samedi 2 août 2014

catastrophe ou génocide ?

"Catastrophe humanitaire", annonce la Croix-Rouge comme s'il s'agissait d'un accident naturel ou industriel et pas d'un massacre de population civile, d'un crime contre l'humanité planifié, annoncé et mené méthodiquement.
 
On a par le passé galvaudé et sur-utilisé le mot de "génocide" pour 800 combattants exécutés après les combats de Srebrenica au moment où se préparait le massacre de six millions de civils au Congo ex-belge, toujours pas rapporté ni labellé comme tel par la presse occidentale, ce mot émotionnellement chargé étant diplomatiquement correct pour les centaines de milliers de Tutsis tués en 1994 et politiquement nié pour les millions de Congolais et Hutus tués par les Tutsis de 1996 à 1998. Génocide, c'est un mot qui évoque l'Allemagne national-socialiste ou le Cambodge communiste.
 
Massacre à grande échelle, c'est aussi ce que Stratediplo pensait impossible quand la junte kiévienne a lancé les restes de l'armée ukrainienne débandée, renforcés des milices néo-nazies de Pravy Sektor et éclairés par les forces spéciales états-uniennes prétendûment privatisées de Greystone, à l'assaut d'une région peuplée de huit millions d'habitants et adossée à la Russie. Même en annonçant le 28 avril que la junte kiévienne avait déployé autour de Slaviansk l'équivalent d'une division soviétique, soit de quoi détruire et raser cette ville de 130000 habitants, Stratediplo n'imaginait pas vraiment que cette ville n'existerait plus deux mois et demi plus tard, qu'il ne resterait dans ses ruines que 7000 résidents au moment de la retraite des derniers défenseurs. Deux mois après avoir brûlé impunément 116 civils dans un immeuble on a rasé une ville mille fois plus peuplée, et maintenant un mois plus tard on entreprend de multiplier par vingt-cinq ce dernier score.
 
En ce début août la première page des journaux français parle de Gaza, d'un glissement de terrain ayant tué quelques dizaines de personnes en Inde, encore de Gaza, d'une explosion de gaz ayant tué quelques dizaines de personnes à Formose, et toujours de Gaza ; et s'il n'y avait pas eu l'intermède israélien à Gaza les journalistes approfondiraient l'épidémie Ebola en Afrique occidentale.
 
Aujourd'hui trois-quarts de million de civils sont assiégés dans Lougansk (700000 habitants avant l'arrivée des déplacés), deux millions de civils sont assiégés dans Donetsk (1850000 habitants avant l'arrivée des déplacés). Il n'y a plus d'eau potable à Lougansk, presque plus de nourriture, plus d'électricité, plus de carburant pour les services d'urgence, et évidemment plus de téléphone ou d'internet pour appeler au secours ou envoyer quelques images aux "opinions publiques" tenues dans l'ignorance par leurs media complices. Il reste un peu d'eau dans le réseau public de Donetsk (plus potabilisée depuis une semaine), et vraisemblablement encore quelques jours de nourriture dans les placards. Et après la destruction systématique des infrastructures (par exemple 156 stations d'électricité rien qu'autour de Donetsk pour éteindre les hôpitaux et la potabilisation de l'eau) par les obus au phosphore blanc, missiles y compris balistiques et toutes les bombes à sous-munitions que peuvent lancer les lance-roquettes multiples Grad type "orgues de Staline", ces deux grandes villes sont soumises à un intense bombardement interdit par nature (armes à sous-munitions et armes incendiaires) en plus de l'être par destination (sur une population civile).
 
Comme toutes les autres promesses de la junte kiévienne depuis le coup d'état du 22 février, celle des corridors humanitaires était un mensonge. Le dernier autobus qui a réussi à sortir a été, comme d'habitude, mitraillé par les forces occidentales, ajoutant encore des victimes innocentes. Comme les voies ferrées, les routes sont coupées même en direction de la frontière russe. Après des semaines de blocus le siège est hermétique, tant à Donetsk qu'à Lougansk.
 
Tous les gouvernements qui ont accepté, tous les journaux qui ont caché le pogrom expérimental d'Odessa il y a exactement trois mois sont complices du passage à l'échelle industrielle selon la même méthode : enfermer, incendier puis achever les survivants. Lougansk est bien plus peuplée que Sarajevo au début du siège (qui n'a jamais été hermétique) et trois fois plus peuplée que Grozny, au cas où les Parisiens du Comité Sarajevo puis du Comité Grozny se poseraient la question lorsqu'ils reviendront de la plage. La seule agglomération de Donetsk est plus peuplée que toute la bande de Gaza, aussi peuplée que la Slovénie ou la Macédoine, plus peuplée que le Kossovo et la Métochie au moment de l'offensive OTANo-albanaise. La Novorussie historique, ou Donbass administratif, même après l'expulsion d'un demi-million de paysans (plus chanceux que les citadins assiégés) vers la Russie, est encore plus peuplée que l'Autriche ou la Suisse. Laissera-t-on vraiment la junte kiévienne appliquer la solution de Bogdan Boutkevitch ?
 
Dans les ex-démocraties occidentales la presse a substitué au devoir d'informer le droit de distraire, autorisée par un lectorat qui continue de payer pour voir les images du dernier bac naufragé au bout du monde et ignorer en toute bonne conscience le plus gros siège en Europe depuis Leningrad. Il ne reste que quelques jours pour qu'une puissance humanitaire, voire simplement humaine, empêche l'hécatombe.
 
Delenda Carthago. Hodie.

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