mercredi 16 avril 2014

sécession et entrée en guerre de l'Ukraine occidentale

Ce mardi 15 avril, en lançant une partie de l'armée "régulière" ukrainienne à l'assaut de la partie orientale de l'Ukraine, la junte issue du coup d'état du 22 février à Kiev n'a pas seulement séparé la partie nord-ouest de l'Ukraine du reste du pays, elle a aussi voulu montrer qu'elle considérait la partie orientale comme un pays étranger, et de plus comme un ennemi. Elle annonce fièrement que les blindés utilisés sont ceux rapportés grâcieusement (et peut-être trop rapidement) de Crimée par la Russie, qui n'avait pas exigé pour ce faire la signature d'un traité de paix (alors que l'Ukraine avait déclaré la guerre à la Russie le 18 mars) reconnaissant la nouvelle frontière, et refusait de croire que le nouveau "gouvernement" ukrainien les utiliserait contre son propre peuple. C'est donc en vain que, depuis la proclamation de guerre intérieure par la junte de Kiev, la Russie a alerté depuis dimanche 13 l'OSCE, le Conseil de l'Europe, et surtout le conseil de sécurité de l'ONU (trois fois sauf erreur)... où elle s'est heurtée au refus des Etats-Unis de laisser adopter la moindre résolution ou recommandation à l'encontre des préparatifs guerriers de l'exécutif provisoire ukrainien.
 
Ce soir la junte ukrainienne se vante d'avoir réussi à prendre l'aérodrome de Kramatorsk sans avoir essuyé la moindre perte, tué ou blessé, ce qui confirme qu'elle ne considère pas les dizaines de civils (désarmés) tués aujourd'hui par ses forces armées (renforcées par les "coopérants privés" états-uniens) comme ses citoyens. S'il s'agissait d'un massacre de population civile (même manifestante) par la force militaire du même pays ce serait un crime contre l'humanité, s'il s'agit d'un massacre de population civile ennemie par la force militaire de l'Ukraine occidentale sécessionniste ce n'est qu'un crime de guerre. Mais dans les deux cas les pays qui ont encouragé le coup d'état puis reconnu le nouveau régime doivent condamner ces graves crimes s'ils ne veulent pas d'une part s'en rendre directement complices, et d'autre part encourager leur continuation.
 
En ce qui concerne les criminels en question, à savoir les quelques militaires non déserteurs ukrainiens, les miliciens ukrainiens de Pravy Sektor et les militaires états-uniens de Greystone il conviendra, afin que ces crimes ne soient pas imités et amplifiés, de leur appliquer immédiatement une peine exemplaire et juste. Cependant lorsqu'une puissance voisine lancera une opération humanitaire (qui est maintenant urgente) pour faire cesser les massacres, elle ne pourra évidemment pas livrer ces criminels à leurs gouvernements respectifs pour jugement, puisque ce sont ces gouvernements qui les ont envoyés commettre ces actions : la junte ukrainienne qui a commandé l'assaut blindé contre les manifestants pacifiques, et le gouvernement états-unien qui avait détaché ce bataillon et ne l'a pas rappelé en apprenant le déclenchement de l'opération scélérate. Et qu'on n'objecte pas que Greystone est une entreprise privée immatriculée à la Barbade (îlot qui ne dispose que d'une fausse indépendance de convenance), car non seulement son personnel et ses capitaux sont états-uniens (et ses dirigeants des officiers états-uniens en activité), non seulement aussi elle combat toujours contre les ennemis désignés par les Etats-Unis, mais de toute façon cette distinction interne artificielle entre armée publique et armées privées (comme le discours selon lequel le gouvernement n'imprime pas car c'est la banque nationale qui imprime pour lui prêter) n'est pas opposable en droit international : tout état a le monopole de la force armée, et toute unité états-unienne qui combat à l'étranger avec l'accord de son gouvernement est réputé lui obéir et le représenter (on ne considère pas non plus différemment le soldat ennemi selon qu'il est fonctionnaire de carrière, contractuel, corsaire, conscrit, réserviste, mercenaire soldé ou volontaire étranger bénévole...). Face à un "rogue state" ou état paria qui ne respecte ni les lois et coutumes de la guerre ni les conventions internationales et qui serait évidemment peu susceptible de traduire ses propres servants en justice militaire, la Russie, ou tout autre état civilisé qui interviendrait pour faire cesser le massacre commencé aujourd'hui, devra appliquer sévèrement les peines généralement acceptées, dans les armées disciplinées, en cas d'exactions contre la population civile.
 
Une guerre de conquête de la Transylvanie par la Hongrie ou de la Moldavie par la Roumanie serait une question régionale (pour ne pas dire provinciale) bilatérale et probablement brève. Une guerre de conquête de l'Ukraine orientale et méridionale par l'Ukraine occidentale est une question internationale et européenne, qui ne peut être que longue et cruelle. Il est urgent qu'une puissance responsable intervienne pour l'interdire.
 

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