dimanche 16 mars 2014

Crimée et Ukraine

Crimée et Ukraine sont deux questions différentes.

La Crimée est une terre russe peuplée essentiellement de Russes. On ne reviendra pas en arrière, en installant à Kiev le groupe extrémiste Svoboda dont le Parlement européen avait pourtant condamné le 13 décembre 2012 les opinions "racistes, antisémites et xénophobes contraires aux valeurs et principes fondamentaux de l'Union Européenne" (invitant alors les partis démocratiques ukrainiens à ne pas s'allier avec lui) celle-ci a poussé la Crimée à reconsidérer ses relations avec le nouveau régime. Et  c'est dans les urnes que la Crimée reconsidère ses relations avec ce régime arrivé par la force. Aucun démocrate ne peut prétendre que le referendum en Crimée est moins légitime que le coup d'Etat en Ukraine. Il n'est pas certain que la Russie accepte d'incorporer la Crimée, elle pourrait se contenter de reconnaître son indépendance mais cela ne résoudrait pas la question. La logique et l'histoire voudraient que la Russie accepte de ré-incorporer la Crimée, ce qui ne manquera pas d'ailleurs d'éveiller des demandes équivalentes en Biélorussie (où le seul obstacle à la réunification est la carrière de Loukachenko), en Ossétie du Sud et peut-être au Kazakhstan. D'ailleurs une incorporation à la Russie est la meilleure garante du respect des minorités, alors qu'un gouvernement nationaliste dans une républiquette indépendante pourrait céder à la tentation teutonne, en refusant la nationalité criméenne aux ukrainophones et aux Tatars (comme dans les pays baltes vis-à-vis de leur population russe) ou en les déportant (comme la Croatie pour ses 10% de population orthodoxe). Certes le nouveau gouvernement criméen s'est engagé à protéger ses minorités, en contraste avec le nouveau régime ukrainien qui avait commencé par supprimer le statut co-officiel du russe et expulser les russophones de la police.
 
Le referendum aura bien lieu en Crimée et la Russie protègera son indépendance ou acceptera son rattachement.
 
L'Ukraine, c'est là que les Etats-Unis peuvent jouer leur jeu préféré, la déstabilisation, en donnant une dimension militaire au conflit politique déclenché par l'Union Européenne. Sur l'ensemble de l'Ukraine, même en retranchant la Crimée devenue indépendante ou redevenue russe, il y a une dizaine de millions de "russophones". On peut d'ailleurs noter que, alors que les Croatiens orthodoxes furent unanimement appelés "Serbes" afin de les faire passer pour des immigrés ou pour une diaspora étrangère ce qui justifiait leur déportation (dont le gouvernement néo-nazi fut récompensé par l'admission de la Croatie au Conseil de l'Europe l'année suivant la réalisation de cette expulsion d'un dixième de sa population), alors que dans le même esprit on appelait Serbes de Bosnie et Croates de Bosnie (ou Bosno-Serbes et Bosno-Croates) les Bosniens qui n'étaient pas des Turcs de Bosnie (qu'on appelait au contraire soigneusement "Bosniaques" plutôt que Bosno-Turcs) avant de soumettre les chrétiens majoritaires à l'islam minoritaire, alors aussi que les non-Baltes de Lituanie, d'Estonie et de Lettonie furent appelés "Russes" avant d'être privés de toute nationalité dans leurs pays de naissance avec la bénédiction de l'Union Européenne, par contre les méchants de tour aujourd'hui sont appelés "russophones", alors qu'ils parlent tous l'ukrainien de même que les prétendus "ukrainophones" parlent tous également le russe, la différence entre les deux communautés, tant qu'on n'entre pas dans le domaine religieux (le silence du Vatican sur l'uniatisme est d'ailleurs surprenant), ne portant que sur la langue maternelle, les deux langues étant enseignées à l'école et maîtrisées par tous les Ukrainiens. Si les méchants ukrainiens ne sont pas appelés Russes c'est parce que vu leur nombre il est en pratique inconcevable de les déporter ou de les exterminer (Hitler et Pol Pot sont morts et Kagamé est occupé ailleurs), et que de plus si on désignait comme Russes dix millions de personnes sur un territoire homogène, et contigu de la Russie, on les encouragerait à faire sécession, c'est-à-dire non pas à partir individuellement mais à emmener avec eux leur territoire. Cependant la vérité c'est que tous les Ukrainiens sont russophones (on estime à 1% le nombre de personnes ne maîtrisant qu'une seule des deux langues), et les dernières élections présidentielles, supervisées par l'OSCE, ont montré que la majorité des Ukrainiens sont russophiles, ou du moins hostiles à l'idéologie ukrainiste, s'il faut forger un mot pour désigner le mouvement de pensée qui cherche à proclamer et définir une nationalité nouvelle et propre à l'Ukraine, pourtant berceau du peuple russe. Non seulement la majorité des Ukrainiens sont russophiles mais ils ont également montré, dans les urnes, leur lassitude de la révolution orange et du chantage "Union Européenne ou Russie" présenté par l'UE.
 
L'Union Européenne a fini par comprendre que si on oblige les Ukrainiens à choisir entre le pays avec lequel l'Ukraine a les plus forts liens économiques et la communauté de pays dont les citoyens ne veulent plus, et où les minorités russophones ont été privées de tout droit civique, les Ukrainiens préfèrent lier leur sort à la Russie qu'à l'Union. Elle a donc fomenté un coup d'Etat, et elle s'attache maintenant à renforcer un sentiment "nationaliste" ukrainiste afin qu'une partie de la population vienne appuyer les putschistes.
 
Les Etats-Unis entrent maintenant en scène afin de radicaliser et de militariser la fracture naissante dans la population du pays. Dans les prochains jours il y aura de plus en plus de heurts meurtriers, qui amèneront les communautés dites ukrainophones de l'ouest et du nord du pays, et les communautés dites russophones de l'est et du sud, à constituer des milices et à s'armer. Déjà, la junte au pouvoir à Kiev a annoncé la semaine dernière la création d'une "garde nationale" composée de militants du mouvement néo-nazi Svoboda et de policiers ukrainophones (les russophones ayant été expulsés de la police) et s'apprête à envoyer cette milice à l'assaut de la partie orientale et méridionale du pays. Très rapidement cette force offensive recevra des soutiens militaires extérieurs, uniopéens ou états-uniens, afin d'inciter la Russie à soutenir pour sa part les milices défensives de la population soudain déclarée paria. Les Etats-Unis et l'Union Européenne ont déjà déclenché les hostilités selon leur programme bien rodé de "sanctions" arbitraires, c'est-à-dire de punitions de personnes physiques (Russes ou Ukrainiens dits pro-Russes) sans jugement et de vols systématiques de biens et de comptes bancaires appartenant à des personnes physiques, des entreprises ou même l'Etat russe. Ils annoncent également leur intention de faire exclure la Russie du G8 (ce qui dissoudrait d'ailleurs le G20) et ont fait suspendre son admission à l'OCDE, semblant oublier qu'après avoir mis leur veto pendant vingt ans à l'admission de la Russie à l'OMC (et avoir imposé l'admission de la Chine qui ne remplissait pas les critères) les Etats-Unis ont été amenés récemment à la supplier d'y entrer. Une fois de plus les Etats-Unis semblent chercher une confrontation militaire.
 
La guerre aura-t-elle lieu ?
 
L'Union Européenne semble espérer que la Russie subira sans réagir, comme d'habitude. Simultanément elle refuse de mettre fin à la crise ukrainienne et d'obliger la junte à revenir à l'accord de sortie de crise signé le 21 février sous le patronage de la France, de l'Allemagne et de la Pologne. Pire, elle a commencé à déclencher envers la Russie des hostilités interdites par le droit international et n'existant qu'en cas de guerre déclarée. Les "sanctions" prises à l'encontre de la Russie ne signifient pas seulement un isolement diplomatique mais également un véritable blocus économique. Si elle n'arrive pas à obtenir leur desserrement par des voies diplomatiques, et pour s'en tenir à des moyens pacifiques, la Russie n'a qu'une réponse forte possible, économique : cesser d'accepter le dollar et l'euro en paiement de ses exportations. Cette décision, qui serait imitée par la Chine, signifierait évidemment la fin du dollar.
 
Si la Russie décide cette riposte, les Etats-Unis déclencheront une offensive militaire.
 
Parenthèse : du point de vue linguistique l'ukrainien n'est qu'un dialecte russe.

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