dimanche 14 juin 2009

On a volontairement laissé entrer la grippe en France

Depuis fin avril, le premier ministre français a systématiquement ignoré toutes les mesures prévues par le Secrétariat Général de la Défense Nationale dans le "plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale" (PG), hormis quelques mesures symboliques comme le transfert du dossier au ministre de l'intérieur, la création d'une Cellule Interministérielle de Crise et la réquisition des stocks de traitements anti-grippaux.

Lundi 27 avril au soir, l'Organisation Mondiale de la Santé passe au niveau 4 d'alerte et incite les pays à faire de même.
Lundi 27 avril, la France passe au niveau 4 d'alerte, qui d'après le plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale (PG) prévoit notamment les mesures suivantes :
- suspension des liaisons aériennes, maritimes et terrestres avec les zones touchées (et mise en quarantaine préventive des voyageurs arrivés entretemps),
- renforcement du contrôle sanitaire aux frontières,
- mise en place d'un dispositif de traçabilité des voyageurs à leur arrivée,
- arrêtés du ministre de la santé concernant les mesures de quarantaine et d'isolement,

puis au niveau d'alerte 4B :
- activation des centres opérationnels départementaux et zonaux,
- mise en place de barrières de contrôle sanitaire et de circulation,
- suspension des liaisons aériennes, maritimes et terrestres à destination de l'étranger et de l'outre-mer,
- fermeture des crèches, établissements d'enseignement et de formation, internats, accueils collectifs de mineurs (le PG souligne "mesure indispensable dont l'efficacité est démontrée..."),
- interruption ou réduction de certains transports collectifs locaux,
- suspension des activités collectives (spectacles, rencontres sportives, foires et salons...),
- contrôle de l'accès dans les établissements hospitaliers, maisons de retraite, centres d'accueil, établissements pénitentiaires, établissements sociaux...,
- restriction des activités professionnelles, sociales, éducatives et associatives non essentielles,
- limitation des déplacements individuels aux seuls nécessaires...

De toutes ces mesures, seule a été appliquée la mise en oeuvre du dispositif de traçabilité des voyageurs à leur arrivée.
Pourtant la première mesure (suspension des liaisons aériennes, maritimes et terrestres), à elle seule, aurait permis de retarder de plusieurs semaines l'arrivée du virus en France, comme l'a d'ailleurs constaté par exemple l'Argentine qui a interrompu toute liaison aérienne avec le Mexique pendant plus d'un mois (jusqu'à ce que le virus arrive par d'autres chemins). Alors même que le 28 avril la profession française du voyage (SNAV + CETO) décidait de suspendre ses vols vers le Mexique, la compagnie d'état Air France n'annula pas le moindre vol, et le ministère de la santé ne diffusait que des recommandations élémentaires aux voyageurs.

Mercredi 29 avril, l'OMS passe au niveau 5 d'alerte et recommande les pays à suivre.
Jeudi 30 avril, la France passe au niveau 5 d'alerte, qui prévoit notamment les mesures supplémentaires suivantes, introduites par la phrase "doit conduire à une mobilisation des autorités pour empêcher l'introduction du virus sur le territoire" :
- suspension de la délivrance des visas vers la France dans les pays touchés,
- extension des mesures de quarantaine aux ressortissants français en provenance des pays voisins de pays touchés,
- mise en place, si possible, d'un contrôle sanitaire au départ des pays voisins des pays touchés,
- suspension du système du "médecin traitant" et mise en oeuvre de mesures administratives facilitant la couverture maladie des malades,
- incitation ou restriction de mouvements de desserrement de la population urbaine ou de mouvements transrégionaux,
- coordination par le préfet de zone, en liaison avec l'officier général de zone de défense, des moyens civils et militaires mis à disposition des préfets de département,
- mise en place de structures intermédiaires d'hébergement pour regrouper les patients qui seraient isolés à domicile et dont l'état clinique ne requiert pas une hospitalisation,
- exploitation de modes alternatifs d'organisation (management de crise),
- développement du travail à distance,
- contrôle de la répartition des ressources en énergie, matières premières, produits industriels et produits nécessaires au ravitaillement,
- mise en place du contrôle des prix,
- réquisition de personnes, de biens et de services,
- rappel des réservistes de la réserve militaire opérationnelle pour assurer, en priorité, le fonctionnement de la chaîne de l'organisation territoriale interarmées de défense,
- arrêtés préfectoraux visant la mise en bière immédiate, la suspension des délais légaux, les dérogations concernant les véhicules funéraires...

Jeudi 11 juin, l'OMS passe au niveau 6 d'alerte.
Vendredi 12 juin, le premier ministre français décide de ne pas passer au niveau 6 d'alerte en France, au motif que "la France n'est pas considérée, à ce jour, comme un territoire où le virus circule activement au sein de la population". En effet l'Institut de Veille Sanitaire, désormais subordonné à la Cellule Interministérielle de Crise, recense, pour la France, 80 cas confirmés, dont 68 importés de pays où la circulation du virus au sein de la population est avérée et 12 cas secondaires n'ayant pas voyagé mais ayant été en contact avec des cas importés (en augmentation de 50% par rapport à jeudi 11 où on ne rapportait que 8 cas secondaires).

Or justement, le plan PG insistait sur la nécessité "d'empêcher l'introduction du virus sur le territoire" et concluait qu'une limitation de 99% des arrivées de tous les vols internationaux de passagers permet de retarder le pic pandémique d'environ trois à quatre semaines, avec une efficacité encore plus importante si la limitation se fait au départ des pays touchés.

Sachant que les cas importés sont venus en totalité d'Amérique du nord (dont pour moitié des Etats-Unis et pour 20% du Mexique), la mise en place le 28 avril de la principale mesure de protection recommandée par le plan PG au niveau 4 (suspension des liaisons avec les zones touchées) et de la deuxième (quarantaine), et le 30 avril de la principale mesure recommandée au niveau 5 (extension envers les pays voisins des pays touchés), aurait en effet retardé l'arrivée du virus en France de plus d'un mois, puisque selon l'Institut de Veille Sanitaire aucun cas français n'est arrivé d'ailleurs que d'Amérique du nord (alors qu'il y a de nombreux cas en Grande-Bretagne et en Espagne)...

A ce jour, les autorités françaises se contentent d'avertir les voyageurs qui partent vers les pays touchés, et d'informer les voyageurs arrivant en France sur la conduite à tenir en cas de maladie après leur arrivée...

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