mercredi 17 octobre 2018

tant qu'à déstabiliser...

Tant qu'à déstabiliser, déstabilisons toujours plus gros, pense-t-on chez la première puissance déstabilisatrice mondiale et chez sa succursale parisienne.
 
La vague du printemps vert de 2011, par laquelle les Frères Musulmans ont pris le contrôle d'abord de l'Egypte, puis de la Tunisie et enfin de la Cyrénaïque après que la France ait détruit puis démembré pour eux l'Etat libyen, s'est arrêtée à la frontière de la première puissance militaire d'Afrique et de Méditerranée. Puis l'acheminement vers le Niger et le Mali des armes larguées par la France sur le Fezzan, dont on annonçait ici la destination finale dès que les largages ont commencé, le désoeuvrement des cinq millions de Subsahariens expulsés de Libye par l'alliance franco-sénoussiste, et la transformation par la propagande française du séparatisme touareg du Mali en djihad sahélien, ont permis d'ouvrir un front sur la frontière méridionale de l'Algérie en plus de celui ouvert initialement sur les frontières orientales.
 
L'action d'éclat censée inaugurer les opérations et lancer le recrutement international de la deuxième guérilla islamique en Algérie était la prise du complexe gazier d'In Amenas, en janvier 2013. Revendiquant un parrainage moral de la figure légendaire Mokhtar Belmokhtar pour prétendre à une origine algérienne, l'attaque, commandée sur le terrain par un Nigérien, a été lancée de Tripolitaine, avec des armes fournies par la France aux islamistes antilibyens.
 
L'armée algérienne a expédié le problème à sa manière, sans s'encombrer de considérations policières telles que l'interrogatoire des terroristes, judiciaires telles que leur condamnation ou démagogiques telles que la survie des otages. Le mandat tactique était aussi clair que le discours politique constant, le gouvernement algérien ne négocie pas avec des preneurs d'otages (contrairement au gouvernement russe au théâtre Doubravka et à l'école de Beslan), et leur élimination définitive passe avant le sauvetage de leurs otages du moment. Les moralisateurs peuvent trouver cela cynique, mais la rive gauche parisienne s'est abstenue de faire critiquer le gouvernement algérien par la presse française. Ceux qui ont côtoyé l'armée algérienne depuis 1992 connaissent sa détermination sans états d'âme. Une génération a certes passé depuis le plus fort de la guerre civile, donc le personnel militaire a été en grande partie renouvelé, mais les principes d'action n'ont pas changé.
 
L'armée algérienne est très sollicitée. Depuis 2011 elle est déployée aux frontières tunisienne et tripolitaine et, même si la presse ne s'en fait pas toujours l'écho, il y a des escarmouches transfrontalières, des réductions de groupes infiltrés, des saisies de caches d'armes tous les mois et peut-être toutes les semaines. L'OTAN pousse ses supplétifs islamistes plus discrètement peut-être qu'ailleurs, car l'Algérie n'est pas un poids-plume en Méditerranée. La frontière malienne est évidemment plus difficile à contrôler que la frontière tunisiennne mais la gendarmerie est active dans les villages et tout est fait pour convaincre les candidats à l'infiltration qu'il vaut mieux être un esclave noir francophone en chemin vers Paris qu'un barbu blanc arabophone (ou amazighophone) en chemin vers Alger. Par ailleurs, avant qu'on n'abatte les prix du pétrole (en achetant en Turquie le pétrole volé en Syrie par l'Etat Islamique) pour affaiblir la Russie, le gouvernement algérien a profité de la manne pétrolière, et de la bonne situation budgétaire de l'Etat, pour moderniser l'équipement de toutes ses forces en multipliant ses dépenses militaires par cinq depuis 2000 et par deux depuis 2010, devenant non seulement le plus gros acheteur d'armement de toute l'Afrique mais aussi un acheteur de poids au niveau mondial. Par exemple la flotte algérienne n'est pas seulement la plus moderne de Méditerranée mais, d'après l'âge moyen de ses unités, elle est vraisemblablement la plus moderne (très loin cependant d'être la plus grosse) au monde. A cet égard les capacités prêtées au pays Sapin dans le Septième Scénario de Stratediplo sont, trois ans plus tard, déjà bien dépassées par l'Algérie.
 
Mais toute cette modernisation concerne des moyens conventionnels de défense nationale et n'a aucune finalité interne, répressive ou oppressive. Car, contrairement à certains pays où les forces armées ont parmi leurs attributions la défense de l'ordre constitutionnel, l'Armée Nationale Populaire algérienne n'a, selon l'article 28 de la constitution, aucune compétence ou fonction politique. A part la défense de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité du pays, elle est certes aussi constitutionnellement chargée d'assurer la défense de son unité, et s'y est activement employée pendant les années quatre-vingt-dix face à un ennemi de recrutement interne mais d'obédience étrangère (l'islam, dont la protection par la constitution devra bien être révoquée un jour ou l'autre). La jeune armée algérienne n'est plus le vieux FLN, un parti d'ailleurs théoriquement "banalisé" par l'introduction du multipartisme justificateur. Contrairement à certains pronostics étrangers, à ce jour le haut commandement algérien n'a aucune intention d'intervenir dans l'élection présidentielle de l'année prochaine, de même qu'elle n'est pas intervenue dans le simulacre de réforme constitutionnelle de 2016, qui ne présentait d'ailleurs aucun risque d'affaiblir immédiatement le régime.
 
Cette révision de la constitution, annoncée depuis une décennie comme un chantier majeur de démocratisation mais difficile à conduire dans un contexte de dictature gérontocratique sans alternative générationnelle, et de plus sous des circonstances de risque imminent de défaillance présidentielle sans succession crédible, ne pouvait être qu'un palliatif. En fait elle ne comporte effectivement qu'une avancée notable, l'érection de l'amazighe au niveau de langue nationale (avec l'arabe –variante judicieusement imprécisée– et à l'exclusion remarquable du français), porteuse à terme d'un réveil des cultures et des peuples indigènes qui, dans la deuxième moitié du siècle, débordera largement les frontières de l'Etat algérien et pourrait repousser la culture arabo-musulmane vers les côtes méditerranéennes. L'apatrie mondialiste s'est, pour sa part, seulement émue de l'interdiction des hautes fonctions politiques aux binationaux, innovation constitutionnelle dictée en réaction à la nomination systématique, depuis une dizaine d'années, de ministres et secrétaires d'Etat de nationalité et d'allégeance marocaines au sein du gouvernement français (qui administre la première communauté algérienne hors d'Algérie), et dont la prochaine élection à la mairie de Barcelone montrera la nécessité face aux ambitions personnelles de politiciens étrangers soutenus par ladite apatrie mondialiste. Le véritable risque pour l'Algérie n'était pas qu'un bon gestionnaire ayant fait fortune en Suisse vienne acheter l'élection présidentielle à Alger, mais qu'un bon prédicateur ayant fait prosterner des foules dans les rues de France (chose strictement interdite en Algérie) vienne soulever les populations désoeuvrées et marginalisées d'Alger.
 
La relève des cours des hydrocarbures a cependant allégé la facture alimentaire (externe) et sociale (interne) du gouvernement algérien, seule garantie de paix civile pour un régime qui a parachevé sa faillite agricole par la faillite éducative, et auquel la corruption généralisée a aliéné l'électorat récemment libéré. On a oublié de compenser la fin du parti unique par le vote obligatoire, aussi la population algérienne a un taux d'abstention supérieur à celui des élections parlementaires uniopéennes (pourtant référence mondiale en matière d'abstention). Or, si la population métropolitaine s'abstient par écoeurement de la corruption et incrédulité face à la politique, la diaspora pourrait voter, et compte tenu d'une part de la radicalisation encouragée en Europe, et d'autre part de l'absence d'une mémoire de la guerre civile des années quatre-vingt-dix (qui était restée confinée à l'Algérie), la diaspora pourrait voter vert. En principe il n'y aura pas de candidat islamiste au scrutin présidentiel, mais il n'est pas impossible que Saïd Bouteflika, assez favorable à l'islam politique et faute d'avoir jamais obtenu (ni brigué sauf erreur) de mandat élu face aux caciques du FLN, joue la carte islamiste et étrangère. Physiquement très présentable et ne faisant pas ses bientôt 61 ans, le traficant d'influence et répartiteur de corruption en chef du régime pourrait fort bien s'appuyer sur une campagne à l'étranger, en évitant cependant son pays de naissance, le Maroc.
 
Le Maroc, justement, bien plus que la Tripolitaine sans véritable capacité militaire, bande les muscles et multiplie depuis quelques mois les provocations politiques et diplomatiques. Il bénéficie du soutien de l'Union Européenne et de l'Alliance Atlantique, et accessoirement de la France et de l'Espagne. Fournissant des troupes à toutes les opérations multinationales en Afrique et parfois ailleurs, le Maroc affiche une politique interventionniste qui tranche avec la posture neutre et non alignée de l'Algérie, laquelle de son côté refuse régulièrement de s'engager au sud en soutien de ses voisins plus petits, et n'a qu'un seul conflit durable, celui justement avec son voisin occidental. Il est vrai que l'Algérie a refusé l'annexion du Sahara espagnol par le Maroc, arme et soutient le Polisario et rêve toujours d'un débouché sur l'Atlantique. Mais elle a aussi de bonnes raisons de s'alarmer de la politique de "deux poids deux mesures" de l'axe atlantico-uniopéen. La presse relai des agences monopolistiques de l'OTAN (AP, AFP et Reuters), c'est-à-dire l'ensemble de la presse dite occidentale, pardonne au Maroc les morts de "migrants" vers l'Espagne mitraillés, ou aux esquifs coulés, par la marine marocaine dans les eaux territoriales ou internationales, au moment même où elle s'émeut du raccompagnement civilisé et ordonné vers la frontière (et le désert certes), en autobus, des clandestins infiltrés sur le territoire algérien.
 
En ce mois d'octobre 2018 on assiste précisément au début d'une campagne de communication anti-algérienne, de la part d'organisations crypto-gouvernementales et très bientôt de gouvernements et d'instances internationales, accusant les autorités algériennes d'inhumanité dans le raccompagnement vers le sud de quelques milliers d'intrus illégaux visant certainement plus d'ailleurs l'embarquement vers l'Europe que le séjour prolongé en Algérie. Cet intérêt soudain peut surprendre de la part d'acteurs qui ont soutenu et caché les pogroms perpétrés en Cyrénaïque (Benghazi...) par leurs protégés sénoussistes début 2011 puis encouragé l'expulsion de cinq millions de travailleurs légalement immigrés en Libye, alors pays au plus haut niveau de vie d'Afrique. La vérité est que la fermeture en cours des ports italiens, si le gouvernement italien tient, tarira à terme l'invasion transméditerranéenne au départ des côtes de Tripolitaine et Cyrénaïque (et ouvrir une base de départ en Tunisie n'y changerait rien), et que le Maroc n'est pas extrêmement favorable à ouvrir ses routes aux caravanes de négriers appelés par l'Union Européenne et financés par la galaxie Soros (revoir à ce sujet la Huitième Plaie de Stratediplo). Il reste l'Algérie.
 
La première puissance d'Afrique et de Méditerranée est fragile. Le régime est une dictature gérontocratique totalement coupée de la société réelle et des générations dites "de l'indépendance". Pauvre, sans emploi et facilement affamée, la population peut vraisemblablement être manipulée, comme l'a été la frange des quinze à trente ans en 1992. Cette population est jeune et une bonne partie de la jeunesse n'a justement pas connu le déchirement qui, il y a une génération, a tué cinq fois plus de civils que l'autre guerre de religion contemporaine, en Bosnie et Herzégovine. Quant à la diaspora, forte d'après son association internationale de sept millions de ressortissants dont cinq millions en France, elle est sûrement encore plus manipulable puisque déjà en grande partie radicalisée. De toute façon les dernières expériences de "révolutions de couleur", comme le coup d'Etat de février 2014 en Ukraine, ont montré qu'une participation réelle de la population n'est pas absolument indispensable. Un prétexte de déclenchement est cependant utile en matière de communciation internationale, et peut être trouvé à l'occasion de l'élection présidentielle d'avril 2019. On connaît le principe, il suffit que des sondages "indépendants" (c'est-à-dire étrangers) d'intentions de vote annoncent un résultat totalement différent du pronostic réaliste, puis que des sondages "à la sortie des urnes" annoncent un vote totalement différent de celui qui ne peut qu'être constaté par la commission électorale, ensuite de quoi il n'y a plus qu'à accuser le gouvernement de tricherie et à lui donner un ultimatum pour la proclamation de résultats conformes à la dictée étrangère (il y a des exemples).
 
En soi le résultat de l'élection présidentielle importe peu. Une véritable alternance politique est relativement inconcevable car bousculer le régime serait détruire l'Etat, comme l'ont compris les initiateurs puis confiscateurs de la fameuse réforme constitutionnelle, et la percée d'un candidat prétendu "de transition" ne faciliterait pas la déstabilisation envisagée par certaines puissances. D'ailleurs parmi ce qui se réclame plus ou moins sincèrement d'opposition, il ne se dégage aucune personnalité ayant la stature de chef d'Etat du régime présidentiel d'un pays important mais fragile et attaqué de tous côtés (sauf du nord, pour l'instant). Si la momie Abdelaziz, qui n'avait manifesté aucune réaction de surprise (ou de conscience, d'ailleurs) en voyant un bulletin portant son nom lorsqu'on l'a faite voter il y a cinq ans, n'est pas encore décomposée, son frère Saïd le ventriloque et marionnettiste de l'ombre pourra la faire reconduire pour un mandat de plus, repoussant l'inévitable question de la succession mais aussi celle de l'assainissement du régime, dans un pays littéralement saigné par la corruption. Le général Mohamed Mediène (Toufik) avait raison de se méfier de Saïd. Sinon il y a l'alternative Ahmed Bouyahia, qui présente l'avantage (comme symbole d'alternance et gage de changement) d'être Kabyle, et en tout cas d'être déjà au pouvoir, expérimenté, antifrançais, et ancien dirigeant d'un parti d'étiquette distincte du FLN. Son élection serait certainement une chance de stabilité pour l'Algérie, mais elle déplairait à l'étranger. En effet l'intéressé s'est particulièrement engagé cette année dans la lutte contre l'immigration illégale, contre laquelle il a mobilisé l'action gouvernementale, civile et militaire, campagne qui a rencontré un écho authentiquement favorable dans la population.
 
Cette année, l'armée algérienne s'est adonnée à plusieurs séries de grandes manoeuvres qui ont montré son professionnalisme et son haut niveau d'efficacité, y compris en combat aéroterrestre classique alors qu'elle a surtout fait du contrôle de frontière ces dernières années, plus quelques opérations antiterroristes rappelant son passé contre-insurrectionnel. Cette année aussi, ce qui reste de la Tripolitaine a lancé des menaces ouvertes et le petit Maroc a réintroduit le service militaire obligatoire. L'armée algérienne a de bonnes raisons objectives de montrer son savoir-faire.
 
Pour l'Union Européenne, l'OTAN et l'Islam, l'Algérie et sa politique représentent un sérieux obstacle à une invasion massive venant d'Afrique. Sa déstabilisation ouvrirait de nouvelles voies, et ajouterait aussi de nouvelles masses aux "migrations de remplacement" appelées par le rapport de l'ONU du 21 mars 2000.
 
L'année 2019 sera cruciale pour l'Algérie, et par conséquent pour la France et l'Europe.

mardi 2 octobre 2018

S-300 pour la Syrie

La livraison du système défensif S-300 à la Syrie par la Russie est une décision politique sans conséquences majeures sur le terrain.
 
Cette décision a été prise suite à la destruction d'un Iliouchine-20 russe par la défense antiaérienne syrienne qui tentait de contrer une attaque israélienne contre la Syrie, en l'occurrence contre Lattaquié. Sur le plan technique la méprise a été possible à cause des capacités limitées du vieux système soviétique S-200 en matière d'identification d'aéronefs dans l'urgence de l'acquisition d'objectifs pour contrer une attaque en cours. Sur le plan tactique cette méprise fut surtout le résultat des habiles manoeuvres effectuées à cet effet par les petits F16 israéliens qui se sont précisément servis du moyen porteur de reconnaissance et ROEM russe comme d'un bouclier, ou d'un masque de leur propre signature radar. Pour mémoire, si la Russie avait décidé en 2013 de suspendre sine die la livraison des systèmes S-300 légalement commandés par la Syrie, c'était à la requête expresse d'Israël qui souhaitait conserver la possibilité de mener illégalement des attaques aériennes contre ce pays. En contrepartie, Israël s'est ensuite engagé à annoncer à l'avance à la Russie toute attaque israélienne contre la Syrie, afin d'éviter les incidents et méprises. Israël a unilatéralement mis fin à cet accord en lançant ce 18 septembre une attaque sans en aviser préalablement la Russie, qui prend donc les mesures nécessaires pour éviter la répétition de la méprise meurtrière.
 
Le gouvernement de la troisième plus grande démocratie universelle directe au monde (après l'Indonésie et le Brésil) était politiquement obligé de réagir à la destruction d'un avion en mission dans le cadre d'un accord de coopération militaire conforme au droit international, et à la mort de quinze militaires causée par une agression étrangère conduite en violation de la charte de l'ONU. La France, par exemple, réagit pour moins que ça, et plus généralement par des opérations de représailles plus ou moins bien ciblées que par la simple mais nécessaire amélioration de la protection passive ou active de ses forces armées.
 
Pour Israël le renforcement de la défense antiaérienne syrienne est stratégiquement insignifiant. Il y eut un temps (même des décennies) de guerre et de parité conventionnelle entre la Syrie et Israël, mais ce temps est fini puisque la Syrie est amoindrie et partiellement occupée par des forces de l'OTAN et du CCG, qu'elle ne cherche même plus à riposter sur le territoire israélien aux attaques israéliennes sur son territoire, et que de plus les intérêts stratégiques des deux pays sont convergents (en dépit de la cécité de certains politiciens israéliens), à savoir autrefois la stabilité du glacis libanais partagé, et depuis 2011 l'extinction de l'incendie sunnite en Syrie. La seule raison d'être des attaques israéliennes en Syrie, qui sauf erreur ne soutenaient pas directement la guérilla islamiste et ne visaient pas directement l'armée régulière, était officiellement de détruire des capacités du Hezbollah venues du Liban ou en cours de livraison par l'Iran, et peut-être officieusement de montrer aux Etats-Unis qu'Israël était du même côté qu'eux dans la guerre régionale sunno-chiite. L'impossibilité de mener désormais ces raids en Syrie ne menacera pas les intérêts stratégiques d'Israël, dont le péril actuel principal n'est certainement pas au nord, et d'ailleurs en perspective historique se situe plutôt dans le monde arabe sunnite que dans le monde persan ou chiite.
 
Pour la guérilla islamiste il n'y aura pas non plus de conséquences tactiques, puisque son appui aérien ne venait pas de l'ouest (Méditerranée) mais de l'est et parfois du nord, essentiellement du triangle à l'est de l'Euphrate occupé par les Etats-Unis. La Russie prend bien soin de ne fournir à la Syrie que le nombre de systèmes S-300 suffisant pour sécuriser l'espace aérien du territoire effectivement contrôlé par le gouvernement, mais insuffisant pour étendre cette couverture vers les zones orientales occupées par les Etats-Unis, et vraisemblablement en limite de portée dans la bande septentrionale occupée par la Turquie et la France.
 
Pour les membres de l'Alliance Atlantique il n'y aura pas non plus de conséquences tactiques, puisque leurs raids de missiles n'ont pas la vocation, et rarement la chance, de provoquer des destructions militairement utiles au front islamo-atlantique. A quelques exceptions près l'appui aérien au sol fourni par les Etats-Unis à la guérilla islamiste est piloté par les quelques pilotes tactiques produits par ce pays plutôt porté sur les bombardements stratégiques (comme à Dresde, Hiroshima et Raqqa), et basé à l'est de l'Euphrate. Les vagues de dizaines de missiles à longue portée médiatique lancés simultanément par plusieurs puissances de la coalition islamiste, comme le 14 avril 2018, visent un objectif médiatique dans les pays agresseurs (voire politique auprès du reste du monde) mais pas des cibles tactiques dans le pays agressé.
 
Faute de pouvoir présenter de résultats tactiques on brandit certes de prétendus résultats stratégiques mensongers et invérifiables ("ce hangar abritait un laboratoire chimique"), qui pourraient aussi bien être préparés en studio de cinéma comme les fausses provocations chimiques qui leur servent de prétexte, sans que les quelques journalistes indépendants capables de se rendre sur place soient ensuite autorisés à exposer leurs observations dans les médias contrôlés par AP, l'AFP et Reuters. On télévise facilement des départs de missiles de différents navires, avant de démentir le pourcentage qui, d'après l'ennemi, a effectivement atteint et détruit une cible. Sur le plan stratégique donc, la fermeture par la Syrie de son espace aérien occidental n'apportera pas de gros changement concret pour la coalition islamo-atlantique.
 
Pour la Russiie non plus cela n'apportera pas grand-chose sur le terrain, hormis effectivement une meilleure capacité de discrimination de la défense antiaérienne syrienne, puisque les emprises militaires russes en Syrie sont déjà protégés par des systèmes S-300 servis par l'armée russe.
 
La marionnette présidentielle étatsunienne s'est comme d'habitude oralement emportée en déclarant qu'en livrant ces systèmes (défensifs) la Russie procédait à une escalade en Syrie. C'est certainement le point de vue de son gouvernement, mais cette déclaration obligerait pratiquement les Etats-Unis à répliquer (par un renforcement des capacités offensives de leurs forces propres ou supplétives) s'ils prêtaient une importance aux vociférations de leur président. C'est ce qui reste à voir.
 
Du côté russe, le mouvement était politiquement nécessaire en interne, et peut de plus renforcer la crédibilité internationale du pays et de sa diplomatie active, mais il est peu susceptible d'avoir la moindre influence sur la rationnalité, les intentions et les actions de la première puissance déstabilisatrice mondiale, les Etats-Unis d'Amérique.

mardi 18 septembre 2018

le douzième travail - un refuge autarcique

Le douzième travail d'Hercule, c'était de dompter la menace et de sortir de l'enfer. Or l'enfer de l'effondrement du mode de vie insoutenable des sociétés de gabegie énergétique, aggravé par l'enfer du déchaînement de tous les conflits aujourd'hui contenus, semble imminent. Certains n'attendent qu'un signal, que le gouvernement français s'apprête à donner au nom de l'UE et de l'OTAN, pour se replier au moins le temps de la déflagration initiale, à l'abri si possible.
 
Pourtant la base autonome durable parfaite n'existe pas, et si elle existait elle serait inaccessible. En vue du grand soir ou du petit matin dont on ignore la date, chacun tente d'adapter son trou individuel ou familial à ses priorités vitales et aux risques les plus menaçants pour ces priorités dans la limite de ses propres moyens, un compromis forcément différent d'un cas à l'autre.
 
Stratediplo présente un refuge autarcique choisi pour son potentiel à moyen et long terme, et aménagé pour des besoins immédiats… dans l'hémisphère épargné. Comme exemple parmi tant d'autres d'une base autonome durable, il expose des idées de réponses aux problématiques qui se présentent à tous, dont la solution ne peut être universelle mais où les illustrations concrètes peuvent inspirer.
 
Car le monde étant le même pour tous et la grande majorité des gens étant à peu près égaux, la différence se situe entre l'inaction et l'action. Pourtant la survie ne saurait être une finalité quand c'est de vivre qu'il s'agit, et au lieu de s'interroger avec inquiétude sur sa survie du jour d'après la rupture, on peut se ménager en toute quiétude une vie sans rupture.
 
Ce Douzième Travail est disponible à prix coûtant sur Lulu… ou envoyé gratuitement (en PDF) sur demande à l'auteur.
 

très mal, et vous ?

Le monde va mal, comme en ont décidé ceux qui le mènent.
 
On ne reviendra pas sur l'assassinat du premier ministre Alexandre Zakhartchenko avec un détonateur jusque-là inconnu des services du régime social-nationaliste, au moment même où on signalait un renforcement des forces étatsuniennes et canadiennes en ex-Ukraine, et quelques mois après que ce régime issu du coup d'Etat du 22 février 2014 ait définitivement dénoncé les accords de Minsk par la loi 7163.
 
On ne reviendra pas non plus sur le soutien maintenant direct apporté par les pays de l'OTAN à la guérilla islamiste en Syrie, et la préparation en ce moment même d'une attaque aérienne massive, sous l'alibi du gazage imminent à Idlib des dizaines d'enfants enlevés il y a dix jours pour cela par les supplétifs de la coalition atlantico-islamiste. Les leçons de la grotesque mise en scène de Douma en avril ont été tirées : cette fois on utilisera de vrais produits chimiques (chlore amateur), il y aura des morts, la population et les hôpitaux verront quelque chose et une éventuelle enquête internationale pourra en trouver des traces, la presse de l'OTAN aura autre chose à montrer que le court-métrage des faux Casques Blancs car elle a déjà envoyé des équipes sur place, on ne permettra la venue d'aucun témoin au siège de l'OIAC, et les actuelles dénonciations russes de toute cette préparation sont à peine audibles de l'ancien monde libre. L'agression déjà annoncée "en réponse" (toujours aussi contraire au droit international et à la charte de l'ONU) sera cette fois suffisamment massive pour saturer la défense antiaérienne, engagera les forces navales de l'OTAN en cours de concentration en Méditerranée orientale, aura statistiquement des chances de voir plus d'un quart des missiles passer et plus d'un dixième exploser, et, d'après la presse étatsunienne, visera la coopération militaire russe.
 
Moins imméiat certes, on ne reviendra pas non plus sur la préparation de l'attaque, l'année prochaine, de la première puissance navale méditerranéenne et première puissance militaire d'Afrique, alors que ce qui reste d'armée en Tripolitaine vient de proférer des menaces directes, et que de l'autre côté le Maroc annonce un rétablissement du service militaire, incluant les jeunes filles ce qui est assez remarquable pour un pays musulman, et qui montre bien qu'on compte affronter un ennemi plus gros que la Mauritanie ou le Polisario. Même la société civile algérienne semble s'inquiéter, et appelle la candidature présidentielle du serviteur de l'Etat le plus capable du pays, le général Mohamed Mediène qu'on avait présenté il y a trois ans à l'occasion du coup de maître de son faux limogeage (http://stratediplo.blogspot.com/2015/09/le-mythe-toufik-passe-lhistoire.html).
 
En France le gros morceau de cette rentrée est le fameux manifeste du gouvernement sur "les manipulations de l'information - un défi pour nos démocraties", véritable déclaration de guerre (une de plus) à la Russie et annonce de l'imminente mise en place de la censure en France, déjà dictée au parlement (et vendue à la presse) par la directive gouvernementale dite "Fake News". Thierry Meyssan a bien mentionné la publication de ce document, mais pour l'instant ni l'opposition ni même la dissidence ne l'a commenté. Issu d'un travail de plusieurs mois mené dans deux cellules ministérielles de réflexion, ce document comporte tellement d'énormités, de calomnies interétatiques et de signatures anglophones par page qu'on doit déplorer qu'aucun organe libre de réflexion et d'information n'ait estimé judicieux de payer un traitant, voire un simple stagiaire, pour s'y atteler pendant un mois afin de le décortiquer, car il y a là une belle concentration de matière explosive dont l'étude dépasse les disponibilités du bénévolat nocturne.
 
Justement dans le Onzième coup de minuit de l'avant-guerre, à paraître en octobre aux éditions du Retour aux Sources, on notait que l'extinction simultanée de TASS, Sputnik (RIA) et RT serait l'indicateur que guettent certains "survivalistes" pour savoir quand quitter discrètement le bureau, extraire les enfants de l'école et fermer les volets de la maison. Or ce manifeste gouvernemental annonce l'interdiction des médias russes en France pour dès que possible. Il est temps de faire ses provisions de caviar et de gaz naturel.
 
La retraversée de la Bérézina est certainement pour bientôt.

mercredi 25 juillet 2018

pas de panique dans les brigades territoriales

Il ne faut pas confondre un grade, qu'il soit universitaire, militaire ou civil, avec un titre de courtoisie ou de complaisance.
 
La nouvelle et microscopique réserve citoyenne, dite de défense voire de sécurité, n'est pas un grand corps constitué de l'Etat. Ce n'est pas le service de défense civile toujours légalement dû par les Français jusqu'à l'âge de cinquante ans et toujours pas constitué par l'Etat quarante ans après son rappel à l'ordre par les députés Raymond Marcellin et Edouard Bonnefous. Ce n'est qu'une visibilité textuelle donnée aux contributions individuelles de collaborateurs bénévoles de l'Etat. Ce fut aussi, à l'origine, une vague promesse de compensation honorifique à la radiation autoritaire massive des cadres militaires (de la vraie réserve) au 1er janvier 2003.
 
Les appellations de courtoisie qui sont temporairement conférées dans ce cadre de la réserve citoyenne n'ont même rien à voir avec les grades militaires honoraires, lesquels sont en quelque sorte une confirmation (non nécessaire) de la possibilité de continuer à jouir, après la radiation des cadres militaires, de l'appellation liée à la détention d'un grade à titre définitif. Ces appellations n'ont rien à voir non plus avec les grades civils du ministère de l'intérieur attribués par analogie avec les grades militaires, comme ceux des pompiers civils à qualifications, responsabilités et prérogatives équivalentes à celles des sapeurs-pompiers militaires portant le même uniforme dans le même corps de sécurité civile, ce qui explique d'ailleurs qu'un lieutenant militaire adressera spontanément un salut règlementaire à un capitaine des pompiers, ce qu'il ne fera pas envers un autre cadre A de la fonction publique civile, comme un inspecteur ou commissaire de police récemment affublé d'un "grade" destiné à éviter la disparition complète des appellations dans une société en voie de démilitarisation totale... à l'exception notable des préfets accoutumés au salut lorsqu'ils sont en uniforme.
 
Ces appellations nouvelles n'ont même pas l'antériorité coutumière ou l'acceptabilité sociale du "maître" sous lequel se présentent, et entendent être appelés, les avocats autrefois juste titulaires d'une licence et aujourd'hui parfois d'un doctorat, la maîtrise elle-même n'étant d'ailleurs plus un grade universitaire (en France) depuis 2002.
 
La réserve citoyenne ayant pour objet officiel de contribuer aux relations entre l'armée et la société civile (et à la diffusion de l'esprit de défense), l'attribution d'appellations de grades à titre temporaire a surtout pour objet d'aider les militaires à situer, par analogie, le niveau général de leurs collaborateurs citoyens, comme c'était autrefois le cas avec l'attribution de vrais grades militaires par assimilation, mais à titre temporaire et sans prérogatives de commandement, à certains spécialistes recrutés directement en milieu civil (sans formation militaire) pour des emplois de réserve ou de complément, par exemple dans le domaine médical ou plus récemment informatique. Il s'agissait alors cependant d'experts et spécialistes appelés à travailler en tenue militaire, et donc sur la poitrine ou l'épaule desquels leurs interlocuteurs cherchaient instinctivement un insigne de niveau... comme pour les aumôniers, assimilés sous-lieutenants ou capitaines selon leur statut.
 
Le réserviste citoyen n'est pas militaire, même lorsqu'il est en "service" bénévole, et ne porte par d'uniforme, sauf dans la marine par une extension d'us issue de l'origine militaire de ses réservistes citoyens. Il n'a bien sûr aucune prérogative de commandement ni même hiérarchique, et ne saurait attendre de salut règlementaire de la part d'un cadre militaire, ce qui ne dispense pas ce dernier le cas échéant des marques de respect dues au niveau social ou professionnel du réserviste, que l'attribution d'un "grade" à titre honorifique était, jusqu'en ce mois de juillet 2018, censée aider à déterminer. Ainsi une appellation de grade de sous-officier pouvait-elle laisser entendre que le réserviste citoyen était d'un niveau conventionnel d'agent de maîtrise ou technicien supérieur, équivalent d'un cadre B de la fonction publique, niveau III de qualification nationale et titulaire d'un diplôme Bac+2 du XX° siècle, ou Bac+3 s'il avait passé le baccalauréat après 2000. Une appellation de grade d'officier subalterne pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre, équivalent d'un cadre A de la fonction publique, niveau II de qualification nationale (expertise scientifique) et titulaire d'un diplôme Bac+4 du XX° siècle, ou Bac+5 s'il était né après 1980. Et une appellation de grade d'officier supérieur pouvait laisser entendre un niveau conventionnel de cadre supérieur confirmé ou dirigeant, fort d'une quinzaine à une vingtaine d'années d'expérience d'encadrement de services, niveau I de qualification nationale (conception et recherche) aujourd'hui nécessairement titulaire de plusieurs diplômes de troisième cycle dont certains de milieu de carrière, et d'un niveau conceptuel comparable à celui des officiers diplômés ou brevetés de l'enseignement militaire supérieur.
 
Sauf erreur, un docteur ne se verrait pas affubler directement de barrettes de complaisance de commandant sans être au moins habilité à diriger des recherches, et n'obtiendrait celles de lieutenant-colonel avant due reconnaissance de services émérites dans le "grade" antérieur. Les plus hautes autorités qui mettent bénévolement leur expertise au service de l'Etat depuis de nombreuses années ne sauraient imaginer quelle qualification pourrait justifier une assimilation au grade de lieutenant-colonel avant même l'âge et l'ancienneté professionnelle auxquels le lieutenant de gendarmerie de recrutement direct le plus brillant puisse statutairement espérer passer capitaine. Dans le service de santé des armées, la troisième barrette de capitaine est conditionnée à l'obtention du doctorat d'exercice (de médecine ou odontologie par exemple). Cependant, en théorie cognitive, de même qu'il n'est pas interdit à certains génies surdoués de passer le baccalauréat à douze ans, rien n'interdit à un gendarme auxiliaire, confirmé soldat de base après cinq ans d'observation et notation dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, d'acquérir en quelque mois, à l'âge de vingt-six ans, une haute expertise conceptuelle totalement absente du vivier des milliers d'officiers supérieurs de réserve ou en retraite de la gendarmerie, comme vient d'ailleurs de l'expliquer le général d'armée directeur général de la gendarmerie nationale.
 
Quoi qu'il en soit et en l'absence de lien du sang ou de sperme, comme vient de l'assurer fort élégamment le titulaire de la magistrature suprême, on ne saurait appeler népotisme la recommandation appuyée d'un exécutant en barbouzerie élémentaire pour l'attribution d'une distinction de doctor honoris causa et guardiæ prætoriæ, pas plus qu'on ne pouvait appeler népotisme la nomination d'un cheval comme sénateur de Rome par un empereur qui ne faisait là que manifester sa vision de la respectabilité des institutions.
 
La gendarmerie française, d'ailleurs, a au moins une option que n'avait pas le sénat sous Caligula, à savoir restaurer la crédibilité et la respectabilité de sa hiérarchie des grades en dégradant immédiatement, avant la rescision unilatérale de contrat, tout collaborateur à une mission de relations publiques et renforcement d'image (raison d'être de la réserve citoyenne) qui aurait non seulement failli volontairement à cette mission, mais aurait de plus par des comportements inappropriés, publics et délictueux nui à la réputation de la gendarmerie nationale, des corps d'officiers, et de l'Etat. De vrais officiers des armes ont été cassés pour bien moins que cela. Evidemment et dans l'esprit de réparation qui préside à toutes les obligations de publication légale jointes aux condamnations pour diffamation, la direction générale de la gendarmerie nationale devra assurer à cette dégradation une publicité au moins équivalente à la mauvaise publicité que lui a occasionnée l'affaire Benalla, et même dans ce cas il n'est pas certain qu'elle puisse restaurer totalement sa crédibilité institutionnelle et la réputation de discernement et sagesse nécessaire à l'accomplissement de ses missions.
 
Pour sa part, à l'âge canonique de soixante ans inégalé par la vingtaine de constitutions qui l'ont précédé en moins de deux siècles, le régime revient au niveau de respectabilité et de légitimité conféré dès sa fondation par les actes séditieux, du 27 au 29 mai 1958, d'un ancien véritable officier usurpateur d'un grade de complaisance auto-attribué.

lundi 16 juillet 2018

la guerre de Corée n'aura pas lieu

La peur des États-Unis a rapproché les deux Corée.
 
Contrairement aux deux Soudan (voire dans une moindre mesure aux deux Yémen) les deux États de Corée relèvent d'un même pays administrativement divisé, comme les deux Allemagne (voire les deux Vietnam). Même la séparation idéologique n'est plus très prégnante puisque la Corée du Nord est tentée par le développement économique qu'affichent les pays frères plus ou moins officiellement sortis du communisme comme la Chine, le Vietnam et le Cambodge. Le président actuel, loin de l'autisme politique de ses prédécesseurs, est ouvert et intelligent, et a vu que la rigidité dogmatique ne paie plus même vis-à-vis de la Chine pragmatiquement capitaliste. Pour sa part la Corée du Sud devinait qu'à terme les nécessités économiques lui ouvriraient l'accès au Nord, de même que tous les pays autrefois communistes, Angola et Cuba compris, ont fini par mettre du vin dans leur eau. Mais elle n'a pas vraiment en ce moment les moyens de moderniser le Nord, et donc aucune des deux moitiés du pays n'était pressée.
 
Mais le 9 mars 2002 la presse étatsunienne a révélé que le gouvernement avait préparé des plans précis (présentés au parlement le 8 janvier) de frappes nucléaires offensives contre plusieurs pays nominativement cités, dont cinq ne disposant pas d'armes nucléaires, parmi lesquels la Corée du Nord. Les deux pays (Arabie Séoudite et Bosnie et Herzégovine) ayant détruit quelques mois plus tôt, prétendument au moyen d'avions dont deux invisibles, les trois tours de New York et la façade du Pentagone pour faciliter la redéfinition stratégique, n'étaient d'ailleurs pas sur la liste, ni bien sûr le Pakistan devenu la première puissance nucléaire islamique grâce à l'aide des États-Unis. Puis la révision de la doctrine stratégique a effectivement confirmé que les États-Unis considéraient de nouveau l'arme nucléaire comme une arme normale susceptible d'être utilisée même contre des pays qui en sont dépourvus, pulvérisant de facto le traité de non-prolifération nucléaire qui l'interdisait. Dès avril des négociations commencèrent pour tenter de sauver le traité de non-prolifération, et après trois ans de discussions infructueuses, devant l'obstination des États-Unis à vouloir utiliser des armes nucléaires contre des pays qui en sont dépourvus, la conférence de révision du traité constata son échec en mai 2005, ce dont l'Assemblée Générale de l'ONU prit acte en septembre.
 
Suite à la révélation en mars 2002 du projet étatsunien d'attaque nucléaire, et aux accusations étatsuniennes en fin d'année d'enrichir clandestinement de l'uranium, la Corée du Nord expulsa les inspecteurs de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique fin 2002 et se retira du traité de non-prolifération en janvier 2003. La Chine invita la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les États-Unis à se joindre à elle pour négocier avec la Corée du Nord un arrêt de son programme militaire, ce qu'elle fut prête à accepter en septembre 2005 contre l'acceptation de son programme énergétique nucléaire civil et la fin des menaces de frappes nucléaires étatsuniennes, deux conditions revenant à lui appliquer le traité de non-prolifération que les États-Unis rejetaient et dont la conférence de révision et l'ONU venaient de constater la caducité. Elle exigeait aussi le retrait des armes nucléaires étatsuniennes de Corée du Sud, ce à quoi les États-Unis répondaient qu'elles avaient été retirées vingt ans plus tôt. Surtout, pour confirmer que le traité n'avait plus de valeur à leurs yeux et que seule comptait désormais la loi du plus fort, les États-Unis prirent unilatéralement des mesures illicites de coercition contre la Corée du Nord, notamment (mais pas exclusivement) économiques, et obtinrent même la saisie (le vol) de fonds nord-coréens dans une banque chinoise.
 
En juillet 2006 la Corée du Nord procéda à plusieurs "essais" (démonstrations parfaitement au point) de missiles balistiques, dont l'un d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres capable d'atteindre toute l'Asie, l'Europe jusqu'aux Alpes et l'Amérique du Nord jusqu'à la frontière canado-étatsunienne. Puis elle procéda à son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006. Compte tenu de sa capacité balistique, récemment démontrée, de toucher le territoire étatsunien, elle fut immédiatement respectée, ce qui confirma la pertinence de ce programme. Un accord fut signé à peine quatre mois plus tard, le 13 février 2007, et le 27 février le renseignement étatsunien avoua au parlement avoir toujours su, en dépit des accusations proférées par son gouvernement, que la Corée du Nord disait la vérité en déclarant n'avoir pas de programme d'enrichissement d'uranium. Comme elle l'avait déclaré ses premières bombes étaient au plutonium, qu'elle n'avait jamais nié extraire de ses réacteurs nucléaires, en conformité avec le traité de non-prolifération. L'accord de février 2007 consistait essentiellement à un retour aux clauses du traité, comme demandé par la Corée du Nord, assorti de fournitures d'énergie (électricité et pétrole). Elle s'engagea aussi à fermer son réacteur nucléaire expérimental, et les États-Unis s'engagèrent à rendre les fonds confisqués, rétablir des relations interétatiques normales et retirer le pays de leur liste d'États "terroristes".
 
Il ne le firent cependant pas, tardèrent à restituer les fonds nord-coréens (ne pouvant toutefois les voler complètement puisqu'ils étaient en Chine), s'abstinrent de rétablir la normalité diplomatique et maintinrent certaines mesures de coercition. Aussi deux ans plus tard la Corée du Nord constata la caducité de l'accord, rouvrit sa centrale nucléaire fermée, annonça qu'elle allait désormais enrichir de l'uranium comme elle avait été si longuement et mensongèrement accusée de le faire, et procéda à un nouvel essai nucléaire le 25 mai 2009. Elle avait certainement déjà plus d'ogives nucléaires que l'Afrique du Sud a jamais possédé. À partir de là la Corée du Nord s'est engagée dans un sérieux programme d'armement nucléaire, et à partir de la fin 2012 dans une surenchère de déclarations réciproques d'intransigeance avec les États-Unis, mais aussi avec la Corée du Sud (révocation de l'armistice de 1953). La tension parut être à son comble en avril 2013, obligeant même la Chine à prendre des mesures contre la Corée du Nord pour retarder l'agression étatsunienne. Tandis que la politique nord-coréenne est restée constante grâce à la continuité dynastique et l'inébranlabilité institutionnelle, la politique étatsunienne est restée constante grâce à la permanence des fonctionnaires "faucons" par-delà l'alternance présidentielle de l'idiot à l'imprévisible en passant par le fourbe. La Corée du Nord a également testé avec succès au moins une bombe thermonucléaire, et les États-Unis ont annoncé en septembre 2016 qu'ils envisageaient de l'attaquer.
 
En septembre 2017 les États-Unis ont annoncé à l'Assemblée Générale de l'ONU (qui avait exclu la Yougoslavie pour bien moins que ça) qu'ils était prêts à détruire totalement la Corée du Nord, puis ils ont commencé à déployer en Corée du Sud leur système antimissiles balistiques capable d'abattre en phase terminale d'approche une riposte de quelques ogives (contre plusieurs dizaines il aurait fallu un système russe), et bien sûr à acheminer d'autres groupes aéronavals porteurs d'armes nucléaires. En fin d'année l'opinion sud-coréenne a subitement réalisé que les États-Unis ne bluffaient pas, qu'ils allaient attaquer la Corée du Nord avec des armes nucléaires comme annoncé depuis quinze ans. Le Japon proche aussi, connaisseur des États-Unis et des effets des bombardements atomiques, commença à s'y préparer. Il y eut alors une grande fébrilité médiatique et diplomatique sur l'ensemble de la péninsule coréenne, à l'initiative de la partie sud-coréenne soudain paniquée. Une ligne téléphonique rouge interprésidentielle fut mise en place entre Séoul et Pyongyang pour désamorcer d'éventuelles méprises militaires. Politiquement séparés, les deux États regroupent une seule nation artificiellement coupée. Fait remarquable, la Corée du Sud a instamment prié les États-Unis de surseoir à l'agression contre la Corée du Nord.
 
Le 28 novembre 2017 la Corée du Nord a testé avec succès un missile balistique de 13000 kilomètres de portée, donc pouvant toucher tout point du territoire étatsunien (en fait du monde entier moins l'Amérique du Sud), puis a déclaré être par conséquent une puissance nucléaire accomplie capable de dissuader ses ennemis. Elle a alors déclaré démanteler son site d'essais nucléaires. Le 1er janvier 2018 la Corée du Nord a annoncé qu'elle participerait aux Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, et effectivement en février les contingents des deux États ont défilé conjointement, sous un drapeau nouveau unique. Le président nord-coréen a souhaité rencontrer rapidement son homologue sud-coréen, et une commission intergouvernementale a préparé leur rencontre. En mars 2018 la Corée du Nord a arrêté le réacteur qui produisait son plutonium. Inquiète de perdre son rôle de médiateur et seul garant possible, la Chine a invité le président nord-coréen pour une première visite officielle de trois jours, fin mars. Finalement le 27 avril les présidents Kim Jong-Un et Moon Jae-In se sont rencontrés à Panmunjom, sur la frontière, ont signé une déclaration commune d'intentions pacifiques, abandonné immédiatement les actions hostiles réciproques, promis aux familles divisées l'ouverture du rideau de fer pour le 15 août, et annoncé un traité définitif de paix cette année pour clore la guerre de 1950-53. Oralement, Kim Jong-Un a même déclaré sa croyance en une réunification future. Une semaine plus tôt la Corée du Nord avait annoncé la fin de ses essais nucléaires, et confirmé sa conformité unilatérale (abandonnant l'exigence de réciproque étatsunienne) à feu le traité de non-prolifération, à savoir n'utiliser ses armes nucléaires qu'en réponse à une attaque nucléaire, et ne pas en communiquer la technologie à des pays tiers.
 
La Corée du Nord a fini par accéder au statut de puissance nucléaire qui devait la protéger des États-Unis, et qui s'avère surtout obliger les pays voisins à choisir leur camp, même le Japon pourtant ennemi immémorial de la Chine. En l'occurrence l'Asie retire son support à la lointaine deuxième puissance économique mondiale en déclin stratégique, et se rallie à à la première puissance économique (et bientôt monétaire) mondiale voisine. Quant aux États-Unis, toujours en besoin (mais jamais en manque) d'ennemi, ils se préparent à asséner leur ultime argument ailleurs.

mardi 3 juillet 2018

discrimination sexuelle institutionnalisée

On apprend que ce sont maintenant des dizaines d'écoles qui, au Royaume-Uni, interdisent aux filles le port de la jupe, au nom de l'idéologie du choix du genre par l'homme (enfin, l'individu humain) et du refus de la détermination du sexe par la nature.
 
Comme d'habitude en démocratie dirigée le discours officiel est celui de l'instauration d'un nouveau droit et de plus d'égalité. Même si c'est concrètement ce qu'on fait, il ne s'agit absolument pas de retirer aux filles le droit de porter le vêtement traditionnellement distinctif de leur sexe, ou de les discriminer par rapport aux garçons qui (pour l'instant) peuvent continuer de porter le leur, il s'agit simplement d'instaurer l'égalité des 0,0001% (maximum) de vrais ou prétendus asexués avec les dizaines de millions de gens normaux. Et encore faut-il s'entendre sur ce dernier terme, car dès lors que le pouvoir social normatif (parlement en théorie et presse en pratique) édictera la nouvelle norme d'asexualité, ce qui est en cours dans un premier temps à titre facultatif, ce sera les êtres sexués donc autrefois considérés comme dans la norme (normaux) qui seront désormais déclarés hors-la-norme (anormaux). Mais en langue et bien-pensance modernes, il ne faut surtout pas interpréter la "discrimination positive" envers certaines catégories comme une discrimination négative envers les autres, ou comme une discrimination tout court.
 
Dans la même ligne idéologique des écoles interdisent aux garçons le port de la culotte courte, mais certaines leur autorisent le port de la jupe qu'elles (ou leurs consœurs) interdisent aux filles. Inévitablement, à terme l'un des nouveaux idéologues normateurs tombera sur une photographie de cour d'école ou de réunion familiale du XIX° siècle et saisira que le pantalon est, en Grande-Bretagne, le vêtement traditionnel du sexe masculin, que très peu de femmes ont porté depuis que les braies se sont généralisées chez les hommes, d'abord sous la robe puis à la place, il y a au moins quinze siècles en Chrétienté.
 
Certes le sociologue moyen se demandera pourquoi on ne considère plus possible de reconnaître voire promouvoir les catégories nouvellement à la mode sans brimer les anciennes, en l'occurrence naturelles, c'est-à-dire de reconnaître les genres institués sans opprimer les sexes naturels, d'ailleurs le lancement d'un concours national pour la conception (le design) d'un nouveau vêtement distinctif des asexués déclarés stimulerait certainement les créativités et fournirait une excellente occasion de promotion des nouvelles normes. Le démographe lui répondra que les idéologues n'ont pas encore identifié assez d'asexués assertifs dans la société pour participer significativement à leur auto-promotion, et que les politiciens ont donc trouvé plus facile d'asexuer visuellement les dizaines de millions de gens du peuple que de convaincre la reine d'Angleterre de s'habiller comme une chancelière prussienne ex-sportive est-allemande.
 
Gageons que les utopistes "transhumanistes" de la transformation de l'humanité en ruches et foumilières d'individus asexués trouveront aussi plus facile d'imposer la gandoura unisexe aux Saxons des Angles que de faire raser leurs barbes et ôter leurs voiles aux Hindoustanis des Angles, qui eux continuent de considérer le sexe comme l'instrument naturel de la reproduction des individus et de la perpétuation de l'espèce.

tant qu'à déstabiliser...

Tant qu'à déstabiliser, déstabilisons toujours plus gros, pense-t-on chez la première puissance déstabilisatrice mondiale et chez sa...