vendredi 17 mars 2017

destinataire des 10000 fusils d'assaut et sécession imminente

On s'interrogeait il y a deux mois (https://stratediplo.blogspot.com/2017/01/utilite-de-12000-armes-de-guerre.html) sur l'utilité possible des 12000 armes saisies par la police espagnole le 12 janvier.
 
De par l'estimation de leur valeur économique donnée par la presse espagnole, en l'absence de communiqué clair d'une police discrète même après la fuite d'information, on en avait conclu qu'il s'agissait vraisemblablement de fusils d'assaut pour l'essentiel, même s'il était mentionné la présence (aussi) d'armes de poing, et sachant que les armes collectives et antiaériennes n'étaient pas nombreuses. De toute évidence, les deux images de rateliers sorties d'on ne sait où (peut-être d'une armurerie de chasse et de collection) par un journaliste incompétent en armes souhaitant illustrer un article aveugle, et reprises par le peu de presse qui ait mentionné la saisie, étaient sans rapport avec les premières évocations du type d'armes concernées. Prenant pour hypothèse la présence de 10000 fusils d'assaut parmi ces 12000 armes, on avait expliqué que cela permettrait d'équiper l'équivalent de la moitié de l'infanterie française ou de la moitié de l'infanterie espagnole.
 
On ne s'était pas trompé, puisqu'après deux mois d'inventaire la police espagnole et Europol viennent d'annoncer qu'il se trouve dans les lots effectivement 10000 fusils d'assaut. En l'occurrence il y a 1000 fusils d'assaut de trois marques distinctes, et 9000 CETME, dont les photographies, cette fois fournies par la police, montrent une répartition entre l'ancien CETME-C (7,62 mm) et l'actuel CETME-L (5,56 mm), deux armes espagnoles offrant tir par rafale et tir au coup par coup.
 
Le discours officiel est toujours celui d'un trafic visant premièrement le grand banditisme et n'excluant pas le marché terroriste. Or, quand bien même il peut rester à Marseille ou à Palerme quelques émules d'Al Capone capables d'aligner cinquante "gâchettes" pour conquérir le territoire d'une bande rivale, leurs troupes sont déjà équipées et ne sortent pas assez souvent ce type d'arsenal pour qu'il s'use. Le crime organisé travaille sur ordinateur et porte surtout des armes de poing, tant pour la défense personnelle que pour les opérations de coercition. Le menu fretin banlieusard, cause de la véritable insécurité, est lui aussi plus à l'aise avec un pistolet facilement dissimulable qu'avec une arme longue, sauf peut-être une fois par an à la banque. Il n'y a certainement pas là un marché de nature à inciter des professionnels à introduire et préparer 10000 fusils d'assaut et seulement quelques centaines de pistolets et revolvers. Les quelques gros revolvers montrés sont d'ailleurs des pièces pittoresques aux calibres historiques plus propres à jouer l'arme de statut d'un officier, qui compte plutôt sur les fusils d'assaut de ses soldats, que l'arme de défense ou de coercition d'un bandit, qui doit pouvoir compter sur un pistolet moderne, rapidement rechargeable et surtout fiable. Quant aux armes antiaériennes, dont on devine qu'il s'agit de mitrailleuses 12,7 mm, elles sont sans intérêt pour la pègre, ne peuvent pas être servies sans un minimum d'entraînement (en binôme), et sont incapables d'abattre un avion de ligne. La seule chose qui pourrait intéresser un terroriste sont les grenades.
 
La police espagnole manque peut-être d'imagination, et certainement d'arguments convaincants. Pour mémoire, un an plus tôt, elle avait assuré que les 20000 treillis de combat neufs saisis en février 2016 dans les ports de Valence et d'Alicante étaient en partance, et à destination de "l'Etat Islamique" en Syrie. On pouvait se demander si celui-ci n'avait pas un sérieux problème cognitif, quelques mois après le début du soutien aérien russe à l'armée syrienne, pour décider d'habiller de treillis centre-Europe neufs et uniformes les légions islamiques qataries présentées comme des civils syriens insurgés dans des agglomérations plus poussiéreuses que vertes. On pouvait aussi se demander si la coalition islamo-atlantique n'avait pas un sérieux problème logistique, pour faire venir d'Espagne des treillis neufs dans un Proche-Orient regorgeant de milices tribales et d'armées débandées où on compte plus de treillis usagés que d'habitants mâles. On pouvait même se demander si les recruteurs qataris et turcs n'avaient pas un sérieux problème de priorité ergonomique, pour équiper d'habits neufs, au-dessus de la cheville, des troupes embabouchées de chaussures de basket chinoises et d'espadrilles pakistanaises. Mais c'est resté la version officielle, les 20000 treillis neufs saisis allaient quitter l'Espagne. A la lumière de l'explication officielle sur les 10000 fusils d'assaut saisis il y a deux mois, on peut se reposer la question de la véritable destination de ces 20000 treillis.
 
Pour revenir à l'armement saisi il y a deux mois, l'article le plus significatif cependant est l'obus de mortier, sans utilité pour le grand banditisme comme pour le terrorisme. Seule une armée pourrait être intéressée par plusieurs centaines d'obus de mortiers, c'est-à-dire une artillerie facile à cacher avant le début des hostilités, facile à servir après quelques semaines d'instruction menée par un encadrement militaire professionnel, et surtout légère, maniable, déployable jusqu'au front par (voire sur) de simples voitures de gamme civile, et capable d'apporter un appui feu comparable, sur l'objectif, à celui de l'artillerie lourde, la principale différence étant la portée (distance de tir donc retrait par rapport au front), ce qui est plus gênant dans une campagne mobile que pour la défense de lignes déterminées. A condition bien sûr de disposer de mortiers, absents de l'inventaire qui mentionne pourtant plusieurs centaines d'obus.
 
Cela confirme donc ce qu'on avait subodoré, à savoir que ce qui a été saisi par la police espagnole n'est qu'une prise partielle. Un fournisseur aussi bien organisé n'aurait pas acheté, et conditionné pour la livraison, plusieurs centaines d'obus de mortiers, sans avoir prévu également les mortiers correspondants. D'autres livraisons sont donc déjà passées ou en chemin. Un fournisseur aussi bien organisé n'aurait pas non plus avancé de tels fonds sans avoir déjà empoché un marché. Seul un journaliste peut croire, ou espérer faire accroire, que cet arsenal allait être proposé au détail, dans la clandestinité et sur plusieurs années, à des milliers de clients individuels.
 
C'était pour un gros client. Pour avoir commandé 10000 fusils d'assaut (s'il n'y avait qu'une tranche de livraison), il fallait qu'il ait l'assurance de pouvoir lever 10000 fantassins, donc de l'ordre de 13000 hommes en comptant l'encadrement officier et sous-officier. C'est vingt fois le bataillon indépendantiste corse qui, au plus fort de la lutte et à l'apogée de son recrutement, a paradé devant la presse le 11 janvier 1996. On l'a déjà relevé, c'est la moitié de l'infanterie espagnole, pour l'essentiel en garnison en Espagne, ou de l'infanterie française, pour l'essentiel déployée hors de France. Planifier la création puis l'instruction d'une telle force n'est pas une mince affaire. Le maître d'œuvre de ce projet est un acteur politique important, déjà organisé. Une ville ne saurait fournir un tel effort de mobilisation, à moins de paralyser totalement son activité économique. Il s'agit donc d'un pays, au sens de la taille d'une grosse province, et pas d'une île comme la Corse ou l'Irlande car les armes n'auraient pas été débarquées et conditionnées sur le continent, ni d'une région périphérique car les armes seraient entrées par des frontières orientales poreuses ou corruptibles. Cette entité détient une certaine légitimité historique, nationale ou morale, nécessaire pour motiver un ou deux milliers d'officiers déjà formés sous un autre uniforme. Elle dispose d'une capacité décisionnelle et organisationnelle (et budgétaire), donc proto-étatique, soit sous la forme du gouvernement actuel d'une province autonome, soit sous la forme d'une organisation clandestine visant la prise de pouvoir dans une province aujourd'hui administrée par un préfet ou légat détaché localement par un gouvernement central. Cette province appartient à un pays sans forces territoriales de recrutement local, sinon il suffirait de les mobiliser, avec leur armement déjà existant, comme le firent la Slovénie et la Croatie au moment de leur sécession. Pour lever une armée de l'ordre de 10000 à 20000 hommes avant même d'être menacée (il est plus facile de mobiliser sous les bombes comme en Novorussie), cette province est certainement peuplée non pas de quelques centaines de milliers d'habitants mais de plusieurs millions. En effet on ne peut pas justifier, en temps de paix, la mobilisation de 5% d'une population, soit 10% de la population mâle ou 20% de la population active masculine, ce qui serait le moyen le plus sûr d'aliéner à la cause tout soutien populaire. Cette province appartient à un grand pays disposant d'une véritable armée, sinon il suffirait de deux ou trois régiments pour affirmer une souveraineté sans combat. Et s'il ne s'agit pas d'une province territoriale homogène mais d'une communauté minoritaire ou majoritaire susceptible de saisir un territoire déterminé, assez rapidement pour pouvoir y constituer une armée régulière, il faut considérer que le territoire visé par cette communauté de plusieurs millions de personnes est peuplé aujourd'hui d'une dizaine de millions d'habitants voire plus.
 
Ce qui se prépare n'est pas une simple action de communication, c'est une véritable communication d'action. L'image y jouera un rôle, sans cela il reviendrait moins cher d'acheter dix mille Kalachnikov, robustes, très faciles à manipuler après une heure de démonstration, disponibles en état de fonctionnement en Europe centrale, et très bon marché. Préférer la re-militarisation laborieuse d'armes occidentales achetées neutralisées est certainement un choix stratégique visant la construction d'une image expressément distincte de celle d'une milice d'insurgés va-nu-pieds du tiers-monde. Dans le cadre de cette assertion visuelle, effectivement un habillement propre et uniforme est obligatoire. Et évidemment, au-delà des mortiers nécessaires à l'affirmation spectaculaire, sur quelques ponts, cols et carrefours, de la frontière déclarée, il faut aussi les munitions de petit calibre, à savoir au moins une "unité de feu" (une journée de consommation) pour ces 10000 fusils d'assaut, dans deux calibres OTAN... certainement disponibles dans les dépôts de munitions nationaux ou fédéraux que la nouvelle armée provinciale devra saisir sur son territoire, à condition d'en avoir déjà un minimum. Même si peu d'Etats ont les moyens d'affronter une infanterie de 13000 hommes déployée un petit matin dans une région d'Europe occidentale, il faudra des combats d'assertion, comme la prise symbolique des postes frontières yougoslaves par la milice territoriale slovène sur les frontières italienne et autrichienne, hors d'atteinte d'une réaction fédérale mais nécessaires au changement de drapeau et à l'affirmation de souveraineté internationale. Il faudra donc des munitions, mais on peut envisager la constitution d'une armée en deux types d'unités, celles d'élite armées de rutilants CETME-L en plastique vert et dotées à l'avance de munitions de 5,56 relativement faciles à trouver pour un acteur proto-étatique, et les unités de deuxième échelon armées de plus anciens CETME-C à fût et crosse de bois pour lesquelles il faudra saisir de vieux stocks de munitions 7,62. La presse sera convoquée aux opérations initiales des unités du premier type. On peut attendre une opération tactico-visuelle similaire à celle du 6 avril 1992, lorsque plusieurs milliers de djellabahs blanches furent déployées au petit matin, en relativement bon ordre, dans une province qui n'allait pas tarder à redécouvrir les vertus tactiques du camouflage vert ou bariolé dont une communauté avait voulu symboliquement se démarquer. Sauf que là il ne s'agira pas d'un accoutrement exotique mieux assorti avec le sabre à décapiter qu'avec même la Kalachnikov, mais au contraire d'une apparence volontairement moderne, de fusils d'assaut d'aspect occidental et vraisemblablement de tenues impeccables. Il s'agira d'affirmer une souveraineté préparée, et de dissuader un gouvernement national ou fédéral surpris.
 
Quel que soit le futur Etat en question, son projet est déjà fort avancé sinon il ne se lancerait pas dans une telle dépense, et surtout une telle prise de risque, plusieurs années en amont d'une assertion militaire hypothétique. On n'achète pas 12000 armes de guerre, ou 10000 fusils d'assaut, sans avoir évalué le besoin stratégique et sans disposer de la ressource humaine. On n'engage pas une telle dépense sans être sûr d'en avoir besoin, et on ne prend pas le risque physique du stockage, et surtout le risque politique d'une découverte, des années avant l'utilisation. Des objectifs ont été fixés pour une date déterminée. A un tel stade d'avancement du projet politique, l'interception d'une livraison même majeure est un inconvénient, pas un obstacle. Les armes saisies n'étaient qu'un moyen, et elles seront (ou sont déjà) remplacées, par le même fournisseur ou par un autre.
 
Certainement pas encore instruite, cette armée existe donc déjà sur un tableau d'organisation et d'effectifs, nominatif ou numérique. Après mobilisation, et selon le niveau de compétence militaire de l'encadrement qui va l'instruire (et de responsabilité humaine du décideur politique), il ne faudra que quelques semaines pour qu'on puisse la déployer sur le terrain. Cette armée a été pensée pour tenir un territoire déterminé, en Europe occidentale, face à un Etat important. Au stade initial (sans composante aérienne ou renforcements étrangers) elle sera capable, une fois déployée et en mode défensif, de résister à une armée d'un volume de deux à trois fois supérieur, dans le cadre d'un conflit immédiatement interétatique (ce n'est pas le Septième Scénario). On peut tenter de deviner le théâtre concerné, car il reste plusieurs mois avant cette sécession-là.

jeudi 9 mars 2017

sécurisation télématique - troisième stade

On a vu dans les deux notes précédentes pourquoi utiliser un logiciel de messagerie installé sur son ordinateur plutôt que consulter ses messages sur un serveur distant, fût-il sécurisé, puis comment authentifier et surtout chiffrer ses messages sensibles, soit d'un simple clic grâce au protocole S/MIME, soit par copier-coller dans une fenêtre de chiffrement grâce au protocole PGP.
 
Un troisième stade de sécurisation de la télématique consiste à s'affranchir de son propre ordinateur.
 
Il y a trente ans cette idée aurait pu intéresser les étudiants désargentés et faméliques ou les correspondants de guerre volant de cybercafé en cybercafé ou d'hôtel en hôtel. Aujourd'hui elle intéressera beaucoup plus assurément les dissidents et les résistants par l'information. Dans les pays où n'existe plus de liberté d'information et de communication, comme dans ceux où son exercice est contrôlé par une chambre judiciaire dédiée aux délits d'information et d'opinion, on peut être inculpé pour le contenu de son ordinateur, même s'il était à usage personnel sans vocation de diffusion et même s'il ne présentait aucun caractère illicite, puisque l'arbitraire discriminatoire peut, de deux personnes ayant enregistré les mêmes informations, inculper l'une pour ses intentions présumées par un dénonciateur, et laisser l'autre en paix. En France par exemple, joindre des photographies authentifiées, publiques et revendiquées en appui d'une information clairement dénonciatrice sur la violence, peut conduire à être inculpé pour apologie de la violence. Personne n'est plus à l'abri de l'inculpation arbitraire, et en particulier les travailleurs ou les amateurs de l'information. Pour mémoire on peut, sans avoir été régulièrement jugé et condamné à l'issue d'un procès équitable avec défenseur, voir son ordinateur et son téléphone portable confisqués par les forces de l'ordre, hors même la présence d'un juge ou la possibilité d'appeler un avocat. Dans les minutes qui suivent le premier coup porté à la porte de son domicile, et avant d'avoir eu le temps d'enfiler un pantalon, on peut voir son téléphone portable et son ordinateur emmenés pour toujours vers une destination inconnue et en rester encore privé (ainsi que du contenu) six mois ou un an plus tard, sans avoir été judiciairement condamné pour quoi que ce soit de répréhensible. Ceci n'est pas une théorie du complot hypothétique, ce sont des faits qu'un certain nombre de Français ont déjà vécus. Et bien sûr le propos de cette note n'est pas d'inciter qui que ce soit à la commission du moindre acte illicite, mais au contraire de faciliter le respect des droits constitutionnels et de la présomption d'innocence par la force publique.
 
Installer son logiciel de messagerie sur un support externe miniaturisé permet à la fois de ne pas le laisser sur son ordinateur, et de pouvoir l'utiliser indépendamment de celui-ci. Un support de mémoire "flash" peut consister en une simple puce comme celles que l'on insère dans un spyphone (dit smartphone) pour enregistrer des milliers de photographies puis les transférer, grâce à une carte adaptatrice, vers un ordinateur. Ce support peut aussi consister, plus prosaïquement, en une clef USB. Dans tous les cas plusieurs gigaoctets tiennent aujourd'hui dans un volume compris entre un ongle et un doigt. Un logiciel de messagerie nomade, conçu pour fonctionner sans être installé sur un ordinateur ni faire appel à son système d'exploitation, ne pèse que quelques mégaoctets. On peut y configurer les mêmes identités, règles et paramètres de sécurisation que dans un logiciel de messagerie résident sur ordinateur (et donc a fortiori bien plus que sur un serveur de messagerie non propriétaire distant). Le reste de la clef USB (ou de la carte à puce) peut servir à sauvegarder les messages, afin d'alléger la mémoire du logiciel mais aussi de conserver des archives. Il peut aussi contenir d'autres documents, notamment les éléments sensibles qui, chiffrés sous PGP comme vu précédemment ou simplement archivés en clair, n'ont pas vocation à rester sur l'ordinateur confiscable. Sauf erreur, qu'on pardonnera le cas échéant au profane auteur de ces lignes, il est possible d'installer d'une part un mot de passe pour ouvrir la clef USB et d'autre part un code d'accès à l'un (ou chacun) de ses répertoires ou classeurs, de même qu'on peut chiffrer un répertoire. Il ne faut évidemment pas laisser sa clef USB branchée en permanence sur son ordinateur, mais la déposer dans une cachette (pas plus grande qu'une clef USB) à portée de main, vraiment occulte mais vraiment facile d'accès pour qu'on n'abandonne pas cette pratique au bout de trois jours. L'utilisateur prudent fera de temps en temps une sauvegarde de ce support, dont il laissera un double chez un ami. S'il est un dissident détenteur de données sensibles, comme des adresses d'amis pêcheurs à la ligne, il confiera le mot de passe à un autre ami, non connu du premier mais qui aura pour consigne de se mettre en contact avec celui-ci s'il apprend que quelque chose est arrivé au propriétaire de la clef USB : l'un aura la clef sans savoir qui détient le mot de passe, l'autre aura un mot de passe sans savoir à quoi il donne accès.
 
Parmi les logiciels de messagerie fonctionnant sur support externe de mémoire flash on peut citer Thunderbird Portable et Foxmail, mais il en existe d'autres.
 
Le premier stade de sécurisation de la messagerie, à savoir ne pas la laisser sur un serveur distant, concerne tout le monde. Le deuxième stade, à savoir installer le chiffrement avant d'en avoir réellement besoin, concerne toute personne susceptible d'échanger un jour des informations importantes un tant soit peu confidentielles. Le troisième stade, à savoir mettre sa messagerie sur un tout petit support hors ordinateur, concerne surtout les personnes qui craignent la perte ou la saisie de leur ordinateur. Dans les trois cas il s'agit de mesures simples à la portée de tout novice.

mercredi 1 mars 2017

sécurisation télématique - deuxième stade

On a vu précédemment que le premier stade de la sécurisation de la correspondance télématique consiste à utiliser un logiciel de messagerie installé sur son ordinateur plutôt que de consulter et rédiger ses messages sur un serveur distant.
 
Le deuxième stade consiste à chiffrer ("crypter" est un anglicisme) ses communications sensibles.
 
La méthode la plus simple consiste à installer dans son logiciel de messagerie un couple de clefs électroniques. On peut rappeler ici, o tempora o mores, qu'un couple étant constitué de deux éléments dissemblables ayant chacun une fonction spécifique tandis qu'une paire est constituée de deux éléments semblables et interchangeables, un appariement ne peut pas produire les effets d'un accouplement. En l'occurrence ces deux certificats électroniques sont une clef de chiffrement et une clef de déchiffrement. En envoyant ma clef de chiffrement (dite aussi clef publique) à un correspondant je lui permets de chiffrer les messages à mon intention, dont seul mon ordinateur possède la clef de déchiffrement (dite aussi clef privée). Il faut donc d'abord avoir échangé ses clefs de chiffrement avec ses correspondants privilégiés, ce qui se fait sous la forme d'un premier échange de messages simplement certifiés (électroniquement signés). Tout cela est bien sûr simple et automatisé, on clique sur une icône "chiffrer" (ou simplement "signer") avant d'envoyer le message que l'on a préparé, de la même manière qu'on peut cliquer sur une icône "marquer comme important" ou sur une icône "demander accusé de lecture". La plupart des logiciels de messagerie modernes ont ces fonctions incorporées, qu'il s'agisse de Windows Mail (autrefois Outlook Express), Thunderbird, Windows LiveMail... Certains de ces logiciels ont même des fonctions d'aide qui, lorsque l'on tente de signer un message pour la première fois sans avoir de certificat électronique (qui sert donc aussi de clef de chiffrement et déchiffrement), proposent d'en générer et installer un immédiatement, à condition d'être en ligne évidemment. Il existe plusieurs fournisseurs de certificats électroniques, on peut en obtenir gratuitement (mais à renouveler au bout d'un an) sur https://secure.comodo.com/products/frontpage?area=SecureEmailCertificate en saisissant l'email pour lequel on souhaite un certificat, puis en cliquant sur le lien reçu par email... le certificat s'installant alors automatiquement. Les informaticiens appellent ça le protocole S/MIME, identique à celui par lequel sont chiffrées les communications entre l'ordinateur d'un client et celui de sa banque lorsqu'on consulte son compte en mode sécurisé (https, après saisie d'un mot de passe). Un ordinateur interceptant les échanges ne disposerait donc que des clefs de chiffrement des deux correspondants puisque leurs clefs de déchiffrement respectives ne sont jamais envoyées.
 
Une autre méthode, préférée des informaticiens mais un peu moins automatisée, est compatible avec l'utilisation des messageries sur serveur, et permet aussi d'ailleurs de chiffrer n'importe quel type de document, comme par exemple un .txt, un .doc ou un .rtf que l'on souhaite chiffrer avant de l'envoyer attaché à un message lui-même non chiffré, ou que l'on souhaite conserver sous forme chiffrée sur son disque dur ou sur un support de sauvegarde. Il s'agit du protocole PGP, basé lui aussi sur le découplage d'une clef de chiffrement et d'une clef de déchiffrement. On envoie sa clef de chiffrement par email ou on la donne en mains propres sur clef USB après l'avoir soi-même extraite de son logiciel de chiffrement, ce qui nécessite un peu plus d'attention pour ne pas communiquer par erreur sa clef de déchiffrement. La clef elle-même consiste en un bloc (une demi-page) de lettres et de chiffres sans espaces, qui tient donc par exemple sur un .txt mais qu'on pourrait même recopier à la main. Plusieurs logiciels de chiffrement et déchiffrement existent, comme par exemple le très simple GNU Privacy Assistant gratuit que l'on peut trouver en français sur www.gnupg.org. L'utilisation est simple, on colle dans un cadre le texte que l'on souhaite chiffrer, on clique sur une clef de chiffrement (la sienne ou celle d'un tiers), c'est transformé en galimatias, on copie ça et on le colle dans le document que l'on souhaite archiver ou envoyer ; on peut donc même le coller dans le corps d'un message ouvert sur un serveur de messagerie en ligne lui-même non protégé. De la même manière, on colle du galimatias dans un cadre, on sélectionne une clef de déchiffrement (on peut en avoir une pour chaque adresse email) et ça devient un texte intelligible. La gestion des clefs, c'est-à-dire la génération de ses propres clefs, l'importation des clefs de chiffrement des correspondants et l'exportation des clefs de chiffrement que l'on souhaite envoyer à ses correspondants, est certes moins automatisée que la gestion des clefs S/MIME dans les logiciels de messagerie, mais puisque c'est de la micro-informatique c'est conçu pour les profanes. Enfin, il est à noter que le logiciel de messagerie Thunderbird, certainement le meilleur actuellement (il trouve tout seul les coordonnées SMTP, POP et IMAP), offre aussi une option addititionnelle qui ajoute la gestion de ce protocole PGP en parallèle au S/MIME.
 
Il faut installer sur son ordinateur la possibilité de chiffrer ses communications télématiques. Pour mémoire, pendant un certain temps c'était interdit en France, et l'histoire pourrait se répéter. On repousse cela pendant des mois en croyant à tort que c'est compliqué, mais il suffit vraiment de quelques minutes pour mettre son logiciel de messagerie en condition. Ensuite il convient d'inviter ses correspondants importants à s'y mettre, pour ne pas devoir le leur rappeler le jour où l'on devra leur transmettre une information urgente et cruciale qui ne doit pas passer en clair. Enfin il est utile d'échanger de temps en temps des messages chiffrés, pas systématiquement, et en commençant par des sujets anodins. Les employés des noeuds de connexion internet (mon Free, votre SFR mais aussi des intermédiaires) qui appellent leurs collègues devant leur console quand ils voient passer les messages avec vidéo du sénateur-maire à sa maîtresse voient bien que de temps en temps Dugommier envoie des messages chiffrés à ses soeurs, mais les gens qui enverront leur premier message chiffré au matin de la marche sur l'Elysée courront plus de risques d'être déconnectés.
 
Comme seront aussi déconnectés, ou interdits d'accès depuis tel pays aligné, à un moment ou à un autre, tous les serveurs en ligne de messagerie chiffrée, comme Protonmail, Telegram, Tutanota... même s'ils sont hébergés dans des pays neutres comme la Suisse ou la Russie. Les serveurs de messagerie non chiffrée peuvent aussi d'ailleurs devenir un jour inaccessibles par cette congestion du trafic que chacun a expérimentée au moins une fois, qui voit la navigation internet très ralentie, l'identification (visite d'un serveur avec mot de passe) impossible et ne laisse passer que les messages de quelques dizaines de kilos envoyés de SMTP à POP par les ordinateurs qui n'ont besoin que de quelques instants de connexion lente parce que leur messagerie est installée et résidente. Car un message chiffré, en soi, n'est pas plus lourd qu'un message en clair, la minute de chiffrement puis de déchiffrement s'effectuant hors connexion, sur les ordinateurs d'envoi et de réception.
 
Sécuriser sa messagerie impose d'être indépendant des serveurs en ligne, mais aussi d'avoir installé une clef de déchiffrement et diffusé la clef de chiffrement correspondante.

lundi 20 février 2017

crimes contre l'humanité et cri d'inanité

Les définitions qui suivent s'adressent aux simples curieux de récents abus de langage susceptibles de déboucher sur de futurs abus d'autorité. Elles ne s'adressent pas aux journalistes auxquels on peut pardonner les effets de manchette et le choc des mots inappropriés, et elles s'adressent encore moins aux politiciens professionnels auxquels on ne peut pardonner d'associer l'incompétence juridique volontaire à l'agression grave contre leur propre pays, de l'étranger.
 
Certains pays se sont dotés de régimes où un pouvoir arbitraire (au sens propre) est confié pour appliquer des principes moraux très généraux à un chef d'état qui n'a pas nécessairement choisi voire prévu de l'être mais s'y résigne par devoir. La France s'est dotée d'un état de droit où le pouvoir est confié pour appliquer la loi écrite à un chef d'état choisi parmi des candidats volontaires (mais professionnels de la politique) ayant eu tout loisir de mettre leurs compétences en adéquation avec leur ambition.
 
Il est donc crucial, en France, de réserver les opinions morales aux débats philosophiques, et d'obliger le personnel politique à la compétence juridique et à la précision de langage.
 
Car la conscience, dans les civilisations moralement évoluées et philosophiquement avancées, ne date pas d'hier et l'éthique n'a pas attendu les codes écrits pour entrer dans le droit coutumier. Néanmoins, en août 1945 les accords de Londres ont défini dans la charte du Tribunal Militaire International (de Nuremberg) le crime contre l'humanité, distinct du crime de guerre connu depuis au moins Saint Thomas d'Aquin, comme étant "l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux". Le code pénal français a reconnu ce type de crime en 1964, puis l'a défini en 1994. Le texte actuel, modifié en 2004, énumère précisément "la déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d'exécutions sommaires, d'enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d'actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile" (article 212-1 du code pénal).
 
Au niveau du droit international, la définition la plus récente du crime contre l'humanité, et l'une des plus consensuelles, est celle du Statut de Rome de 1998 fondant la Cour Pénale Internationale, qui vise lui aussi des actes commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, en l'occurrence le meurtre, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation ou le transfert forcé, l'emprisonnement en violation du droit international, la torture, le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou autre forme de grave violence sexuelle, la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste, l'apartheid, et les autres actes inhumains.
 
Il faut rappeler que les opinions morales sont légitimement discutées, mais que ce qu'on appelle le droit est l'ensemble des règles qui ont été définies, généralement par un relatif consensus entre les législateurs, et écrites pour clore la discussion, arrêter l'interprétation qui fait foi et fait loi, et servir de référence commune indiscutable.
 
Le crime contre la paix, terme de droit international désignant l'agression, n'est pas un crime contre l'humanité. La conduite de la guerre, la victoire, l'occupation, l'annexion, tous actes admis et codifiés par le droit international pour y éviter la commission de crimes de guerre, ne sont pas des crimes contre l'humanité. La déportation et l'extermination sont des crimes contre l'humanité, mais la colonisation n'est pas un crime contre l'humanité. Encore une fois, on peut émettre l'opinion que c'est moralement inhumain (ou l'opinion contraire), mais les sujets de droit international, à savoir les états souverains plus quelques organisations, qui définissent encore aujourd'hui ce droit international et le codifient par écrit, n'ont jusqu'à présent pas qualifié la colonisation de crime contre l'humanité, ce crime le plus grave qui soit, et d'ailleurs le seul qui, en France, soit imprescriptible compte tenu justement de sa gravité.
 
L'esclavage, la déportation, la torture, le viol, l'esclavage sexuel ont par contre été expressément définis comme crimes contre l'humanité. Toute intervention militaire mandatée par la communauté internationale pour mettre fin à ces crimes est donc légitime par ses fins en regard du droit international, et en particulier en matière de droit à la guerre ou jus ad bellum tel qu'il a été défini par les premiers docteurs. Si les moyens employés sont aussi légitimes que les fins, c'est-à-dire s'ils sont mesurés et aussi propres que possible, l'entrée en guerre pour la réparation d'une injustice ou l'interruption d'un crime, a fortiori de multiples crimes contre l'humanité, entre dans la catégorie de la guerre juste, même dans le cas où elle commence par une agression. On se place là dans le cas où l'intervenant serait un pays tiers, puisque s'il est lui-même le pays agressé, c'est-à-dire si c'est sa propre population qui fait l'objet de mise en esclavage, déportation, viol ou esclavage sexuel, il n'a même pas besoin de mandat international et se trouve en cas de légitime défense, l'une des plus anciennes notions du droit international.
 
On a cité là quelques notions sans alourdir ce petit texte par de redondantes références d'articles, que le lecteur retrouvera facilement en lançant une recherche sur les expressions mentionnées. L'ENA, elle, fournit aux politiciens briguant les plus hautes responsabilités des milliers de pages de cours précis, référencés et commentés, car l'approximation de langage n'a pas sa place dans un état de droit, et de droit écrit.

mercredi 15 février 2017

la disparition médiatique des "officiers français" capturés en Syrie confirme leur inexistence

[Aucun échange n'ayant été proposé et l'affaire étant oubliée, Riposte Laïque publie aujourd'hui, à la suite (en bas) de l'article très remarqué sur les dix-sept "officiers français" capturés à Alep (http://ripostelaique.com/17-officiers-francais-arretes-en-syrie-ils-formaient-les-tueurs-de-lei.html), les commentaires qu'elle avait demandés à Stratediplo fin décembre.]
 
L'affaire des dix-sept officiers français capturés à Alep paraissait suffisamment grave au premier abord pour qu'on retransmette immédiatement l'information, sans la commenter. Dans un deuxième temps cependant, Riposte Laïque a demandé l'opinion de l'expert militaire Stratediplo, révélé en 2015 par son Septième Scénario.
 
Riposte Laïque : La grave information faisant état de la capture à Alep-Est de dix-sept officiers français dans les rangs des terroristes islamistes a crevé les écrans et causé un émoi certain parmi nos lecteurs. Nous n'avons cependant pas souhaité nous étendre immédiatement en commentaires, en raison de quelques doutes.
 
Stratediplo : Vous avez certainement bien fait et raison de douter.
 
RL : A-t-on réellement pu capturer dix-sept officiers français à Alep-Est ?
 
S : J'ai déjà exposé mon opinion sur la raison pour laquelle le dernier carré islamiste à Alep-Est n'a pas voulu se rendre, ou n'a pas été autorisé à le faire. Pourtant l'armée syrienne, supervisée par des conseillers russes pour l'application du plan de l'ONU préparé par l'envoyé spécial Stefan de Mistura, récupérait les armes déposées par les vaincus sans arrêter ceux-ci ni les maltraiter. Et même, l'armée syrienne les acheminait par autobus, en toute sécurité, vers une zone encore tenue par l'islam, en l'occurrence la région d'Idlib (les armées "occidentales" n'ont pas toujours cet égard envers leurs ennemis). Si la coalition islamo-atlantique préférait que quelques centaines d'irréductibles soient tués en refusant de se rendre, plutôt qu'amnistiés et transférés ailleurs, c'est vraisemblablement que ces gens-là ne parlaient pas arabe. Le recrutement via la Turquie sur fonds qataris s'adressait au monde entier, et les trois cent mille moudjahidines venus, en l'espace de cinq ans, de tous les coins du monde, n'avaient pas de langue commune. Certes, un locuteur d'arabe dialectal mauritanien ou éthiopien peut se débrouiller en arabe syro-libanais aussi rapidement qu'un francophone peut comprendre l'italien, mais on se rappelle que les premiers otages occidentaux ont témoigné que les moudjahidines de la prétendue Armée Syrienne Libre, si chérie des journalistes et vendeurs d'armes européens, communiquaient entre eux en anglais. Et la coalition islamo-atlantique n'aurait certainement pas eu beaucoup d'états d'âme pour quelques locuteurs d'ourdou, de turcmène ou de tagalog. Il me paraît donc évident qu'il restait quelques acteurs dont le moindre soldat syrien pouvait deviner l'origine exotique, et dont la remise médiatisée à leurs pays d'origine aurait gêné ces derniers. Donc oui, il restait manifestement des Européens dans le dernier réduit, et on a très bien pu capturer dix-sept Français.
 
RL : Vous confirmez donc que l'armée syrienne a pu capturer dix-sept officiers français ?
 
S : Je confirme qu'on a pu capturer dix-sept français, mais je nie catégoriquement que ça ait pu être des officiers. En français un officier est un cadre militaire, et même cadre supérieur au sens de l'APEC (Association Pour l'Emploi des Cadres). En France un officier est un cadre A de la fonction publique, un diplômé de l'enseignement supérieur ayant des responsabilités de cadre supérieur. Il faut aligner un bataillon pour trouver dix-sept officiers subalternes, et l'état-major d'une brigade pour trouver dix-sept officiers supérieurs. Un seul officier, en première partie de carrière, suffit pour être officier de liaison auprès d'un état-major (ou du commandement d'une milice) ou responsable de programme dans une école ou un camp d'entraînement. Il ne serait pas totalement impossible que la France ait affecté jusqu'à dix-sept officiers, sur le terrain, à la guerre contre la Syrie, mais il est inconcevable qu'ils aient tous été détachés auprès d'une seule structure et aient eu des missions similaires, directement au contact qui plus est.
 
RL : L'armée syrienne aurait-elle menti pour embarrasser la France, ou pour démontrer son implication ?
 
S : Si les Syriens étaient encore, jusqu'en 2011, généralement francophiles (y compris leur président diplômé en Angleterre et sa femme anglaise), ils ne sont plus francophones comme les Libanais. Ils parlent maintenant plus souvent anglais que français. Or en anglais tout fonctionnaire ou agent gouvernemental est dit "officer" (employé d'un office public). D'ailleurs dans les films étatsuniens mal traduits le moindre agent de police est un "police officer", et même dans l'armée on appelle "non-commissioned officers" ou encore "warrant officers" les sous-officiers. L'armée syrienne assure donc avoir capturé dix-sept fonctionnaires ou agents du gouvernement français.
 
RL : Et l'information aurait été donnée en anglais.
 
S : Donc à un anglophone. Par exemple, je suis certain qu'aucun Syrien ne s'adresse en anglais à Thierry Meyssan, qui d'ailleurs et soit dit en passant n'a pas creusé cette affaire, pourtant potentiellement très grave comme vous le mentionniez. Pour revenir au texte que nous commentons aujourd'hui, il fait aussi état de cent-dix "officiers de l'OTAN" au total. Si c'était vrai, combien en resterait-il à Bruxelles et Florence, et quelle intense travail de conception stratégique ou de conduite opérative nécessiterait la présence d'une telle concentration de matière grise kaki ? Sans oublier qu'un organigramme comprenant cent-dix officiers incluerait nécessairement de dix à vingt officiers généraux. Or,si la Syrie avait capturé quelques généraux de l'OTAN, même la Russie aurait eu des difficultés à étouffer l'affaire pour un discret marchandage stratégique. Pour revenir à nos Français, même s'il y avait dix-sept sous-officiers (ou seize sous-officiers et un officier), un tel détachement d'assistance technique représenterait un effort important, comme la mise en place d'une école ou d'un camp de bonne technicité.
 
RL : Ou un détachement d'opérations spéciales (un commando) ?
 
S : Il reste effectivement la possibilité qu'une petite unité de dix-sept personnes (soldats et encadrement de contact) ait été capturée, ce qui pourrait représenter soit plusieurs cellules de renseignement pourtant rarement concentrées en un seul endroit, soit plusieurs équipes de formation mais pour justifier cela il faudrait la livraison, en quantité, d'un matériel français peu connu. Or d'après le discours officiel, la France ne soutient de la sorte que la "modérée" nébuleuse Al Qaeda, en l'occurrence le front al Nosra renommé Fatah al Cham, pas le méchant Etat Islamique, contrairement aux Etats-Unis qui ont reconnu ne pas pouvoir les différencier. C'est à ces braves gens qu'on a commencé par livrer d'abord des armes non-létales, comme par exemple des dispositifs de visée nocturne totalement inoffensifs tant qu'ils ne sont pas montés sur les armes auxquelles ils sont destinés (impossibles à monter sur une matraque), et autre quincaillerie que l'opposition modérée française, si un "ami de la France" lui en livrait, ne saurait manipuler qu'après une sérieuse formation ; ensuite on a livré des articles nettement moins non-létaux, auxquels il a aussi certainement fallu former et entraîner les recrues peu accoutumées de Molembeek et Saint-Denis.
 
RL : Il pourrait donc s'agir de simples instructeurs militaires français ?
 
S : Voire de simples combattants français, et en termes statutaires, plutôt mercenaires que militaires. Car ce que je tiens pour bien plus vraisemblable, c'est qu'on ait capturé à Alep-Est dix-sept combattants français, plus vraisemblablement prénommés Ahmed et Rachid que Christian et Pascal... On sait que la France laisse partir les volontaires (en 1998 la télévision nationale raccolait en montrant les autobus partant par la Suisse pour le Kossovo et la Métochie), qu'arrivés en Turquie ce pays de l'OTAN les prend en charge, qu'avant d'être introduits en Syrie ils perçoivent leur premier salaire mensuel versé par le Qatar au titre de cette légion étrangère islamique, qu'éventuellement ils peuvent même recevoir de l'équipement français ("non-létal" ou pas), et qu'en revenant de quelques mois de combat contre l'armée régulière ou d'exactions sur la population ils ne sont ni jugés pour trahison ou pour mercenariat, ni même pour les crimes qu'ils ont commis (fût-ce à l'étranger) et vantés sur les réseaux sociaux. On sait aussi que la France a refusé la liste de ressortissants (mercenaires) français proposée par le gouvernement syrien.
 
RL : La source savait-elle qu'il ne s'agissait pas de militaires français ?
 
S : Tout officier bien formé doit pouvoir reconnaître un officier français, qu'il ait été capturé en uniforme dans une unité ou en civil lors d'une mission civilo-militaire. C'est peut-être moins vrai pour un soldat, mais un moudjahidine pris dans une ville dévastée, la kalachnikov ou le canif à égorger à la main, a de fortes chances de ne pas être un militaire français (même si, statistiquement, il a maintenant des chances d'en être un ancien). Cependant, si l'engagement de ressortissants français dans les rangs des moudjahidines en Syrie est ainsi toléré par le gouvernement français, il n'en faut pas plus pour qu'un journaliste syrien en tire la conclusion logique selon laquelle ils sont en fait envoyés en mission : ils sont donc des agents français en opération. C'est évidemment une extrapolation caricaturale, mais on comprend que le Syrien qui a vu sa famille violée, émasculée et massacrée par ces Français de la Seine Saint-Denis ait perdu le sens des nuances statutaires.
 
RL : Et le relai de l'information pouvait-il connaître ces nuances ?
 
S : Cette information, qui a dûment fait grand bruit, est arrivée initialement par le biais d'un canal connu pour ses penchants sensationnalistes, qui a lancé le gros pavé dans la mare sans authentifier les sources ("des sites syriens") ou recouper l'information. Or la prise en compte du renseignement impose de le "coter", c'est-à-dire de l'évaluer, avant de le traiter. On attribue pour cela une lettre pour la fiabilité de la source et un chiffre pour la plausibilité de l'information, ce qui interdit de faire la moyenne des deux. En l'occurrence, on l'a vu, l'information en elle-même est hautement improbable. Le canal qui l'a divulguée est généralement assez fiable, mais à défaut de traçabilité puisque ce canal n'a pas indiqué sa source, on dira au mieux que la crédibilité de cette source ne peut pas être appréciée.
 
RL : Quelle est donc votre conclusion ?
 
S : Quant à cette affaire des dix-sept officiers français capturés à Alep, un professionnel du renseignement écartera une donnée ainsi notée F5. Quant à la possibilité que, demain, un consul de France à l'étranger se voie remettre des ressortissants français attrapés en flagrant délit de mercenariat et terrorisme, c'est certainement à prendre en considération avant de postuler comme consul honoraire.

dimanche 12 février 2017

sécurisation télématique - premier stade

Sécuriser sa correspondance télématique, pour et par le profane, est aussi important que cacheter ses enveloppes et fermer ses portes, la porte d'entrée comme la porte des toilettes. Même celui qui n'a aucun secret à cacher n'a aucun intérêt à étaler son intimité.
 
Cette première note s'adresse à ceux qui n'ont pas installé leur messagerie sur leur ordinateur. Une deuxième note s'adressera à ceux qui ont bien leur messagerie sur leur ordinateur mais ne la chiffrent pas, et une troisième note s'adressera à ceux qui chiffrent bien leur messagerie résidente mais craignent le vol de leur ordinateur. Dans tous les cas on s'adresse bien à des profanes comme l'auteur de ces notes, pas à des informaticiens qui disposent d'outils (et de compétences) plus élaborés.
 
Mais tout d'abord voici une petite parabole. Le royaume des signes est comparable à un père qui avait trois fils, entre lesquels il voulut partager sa fortune de son vivant en communiquant à chacun le code d'un coffre contenant un tiers de ses lingots d'or. Le premier fils écrivit à son père de lui envoyer le code sous enveloppe. Une semaine plus tard, quand il passa au bureau de poste le préposé lui dit qu'il venait de déposer, par l'arrière ouvert de son casier de poste restante, une enveloppe bleue envoyée par son père. Le premier fils ouvrit sa boîte postale avec la clef que lui avait fournie l'employé lorsqu'il l'avait louée, il décacheta l'enveloppe, lut le code, remit l'enveloppe dans son casier, se ravisa et la déchira en petits morceaux dans la corbeille devant le distributeur de timbres. Le surlendemain, quand il ouvrit le coffre que lui avait indiqué son père à la banque, celui-ci était vide. Le deuxième fils dit oralement à son père de lui envoyer son code sous enveloppe. Il surveillait sa boîte aux lettres au bas de l'immeuble tous les jours et descendait dès qu'il entendait le facteur redémarrer son vélomoteur. Lorsqu'il trouva une enveloppe bleue, il remonta à son appartement, ferma la porte, ouvrit l'enveloppe, lut le code puis brûla le message et l'enveloppe. Le surlendemain, quand le deuxième fils ouvrit le coffre que lui avait indiqué son père à la banque, celui-ci était vide. Le troisième fils envoya à son père une petite calculatrice de chiffrement, en lui disant que même si elle était interceptée, copiée, volée ou renvoyée par erreur avec le code résultant, ce ne serait pas grave car une fois chiffré le message ne pourrait être déchiffré que par un code de déchiffrement distinct, que le fils avait chez lui mais que le père ne verrait pas ; en effet le père entra ses six chiffres dans la calculatrice qui lui imprima instantanément un ticket de mille lettres, et il se rendit compte que l'opération inverse n'était pas possible. Quand le troisième fils signa l'accusé de réception de l'enveloppe indéchirable, il eut l'impression que celle-ci était chaude comme si on l'avait passée devant une lampe pour lire son contenu par transparence ; une fois dans sa chambre, il mit le ticket de mille lettres sur son scanner, appuya sur un bouton, lut et apprit les six chiffres résultant puis brûla le ticket. Le surlendemain, quand il ouvrit le coffre que lui avait indiqué son père à la banque, il y trouva sa part de lingots d'or.
 
Concrètement, on s'étonnerait facilement du nombre de personnes, dont les premiers pas sur internet furent sur des ordinateurs toujours différents loués à l'heure dans les cybercafés, qui ont laissé leur messagerie à ce stade comme s'ils allaient au bureau de poste lire leur courrier debout puis le remettre dans un casier de poste restante jusqu'à leur prochaine visite, ou comme s'ils allaient dans une cabine publique faute de téléphone personnel à domicile. La vérité est que les fournisseurs de services internet poussent à la délocalisation pour forcer la connexion. On propose de mettre ses photographies dans un album en ligne visible par tous au contraire d'un classeur sur l'ordinateur personnel, on encourage à sauvegarder ses documents importants ou leur copie sur un nébuleux "cloud" lointain, on pousse à constituer son carnet d'adresses (et son agenda) sur un serveur disponible de partout, de la même manière qu'on a supprimé les fonctions de répondeur-enregistreur pour obliger les clients à dépenser des unités en appelant leur enregistreur distant, alors que les téléphones de poche sont pourtant dotés de capacités de mémoire des milliers de fois supérieures à celles des anciennes cassettes de téléphones fixes. Le but évident est d'obliger les clients à être connectés en permanence, afin d'accroître la demande en débit, en bande passante, en capacité de traitement, en puissance et en vitesse... un but plus occulte est peut-être de centraliser pour mieux contrôler, de la même manière qu'on oblige les citoyens à déposer tous leurs fonds en banque et à n'échanger que des instructions électroniques de compensation de compte bancaire à compte bancaire pour marginaliser l'échange réel d'espèces et donc sa détention. A terme, les fabricants d'ordinateurs ne s'en cachent pas, on proposera aux citoyens des terminaux dotés essentiellement d'outils de communication, toutes les données (dont on a fait croître le volume pour justifier leur délocalisation) étant entreposées dans de grosses bases de données distantes avec certes des compartiments privés, et les logiciels de traitement eux-mêmes étant, sous le prétexte de la facilité de mise à jour mais aussi de l'économie par la mutualisation, hébergés sur des serveurs auxquels l'on devra se connecter pour les utiliser, toujours en ligne évidemment.
 
La messagerie en ligne relève de ce principe, et proposera toujours plus de services pour séduire.
 
Il existe cependant de bonnes raisons d'utiliser un logiciel de messagerie installé sur l'ordinateur plutôt qu'un serveur de messagerie sur internet type Gmail, Yahoo... ou maintenant Protonmail. Les messages étant sauvegardés sur l'ordinateur, on n'a pas besoin de se connecter dès qu'on veut relire un message posté ou reçu ce matin ou l'année dernière : on ouvre le logiciel de messagerie, hors ligne, et ils sont là. On peut aussi sauvegarder les plus anciens, pour alléger la mémoire affectée au logiciel, et les archiver à part sur le disque dur, ce qui n'interdit pas de les rouvrir d'un simple clic. On peut, toujours hors connexion, les triturer, imprimer, copier des extraits etc. On prépare ses envois et ses réponses hors ligne, puis on se connecte une minute pour tout envoyer et tout recevoir et on se déconnecte dès que c'est terminé, quitte à se reconnecter vingt minutes plus tard pour envoyer les réponses. Lorsqu'on a plusieurs adresses, personnelle, professionnelle, officielle, sous pseudonyme etc., au lieu de devoir manuellement visiter plusieurs sites comme Gmail, Yahoo, Hotmail et celui de l'entreprise, on clique sur "tout recevoir" et le logiciel se connecte successivement en quelques secondes à chaque compte configuré. On n'a pas besoin de changer d'adresse puisque maintenant même Yahoo, Gmail et autres diffusent leurs coordonnées pour qu'on puisse utiliser leurs adresses dans les logiciels de messagerie. On peut configurer des adresses sous son propre nom de domaine sans en transférer la gestion à un serveur tiers. Au total on passe beaucoup moins de temps en ligne, ce qui est évidemment une sécurité puisque les robots d'asservissement cherchent des ordinateurs connectés plusieurs heures par jour, et ce qui permet aussi avec un portable de recevoir ses messages dès qu'on dispose de deux minutes et d'une connection (quitte à les lire plus tard), que ce soit dans un lieu public ou chez des amis. On devient moins dépendant puisqu'en cas de coupure d'internet pendant plusieurs jours, que ce soit chez soi ou dans le pays d'hébergement physique du serveur (Asie méridionale...), on a toujours ses messages envoyés et reçus antérieurs sur l'ordinateur. La mise en forme des messages est très simple en comparaison avec les messageries en ligne, on reconnaît d'ailleurs tout de suite ceux renvoyés sans modification par des utilisateurs de serveurs en ligne qui ne savent pas mettre en forme, voire parfois joindre ou sauvegarder une annexe. Le carnet d'adresses est sur l'ordinateur, donc plus facile à gérer et disponible pour d'autres applications. Si on ouvre sa messagerie sur plusieurs appareils au cours de la journée (ordinateur de bureau, smartphone, ordinateur à la maison) une "synchronisation" IMAP permet que tous les messages, y compris ceux envoyés d'un appareil, apparaissent sur tous. Enfin les questions de sécurité, à savoir authentification et chiffrement, sont grandement facilitées, avec des fonctions incorporées.
 
Il existe de nombreux logiciels gratuits, dont Thunderbird, Windows Mail, Outlook... Certains permettent même de télécharger progressivement les messages anciens restés sur le serveur. Une personne qui ne veut pas "sauter le pas" pour ne pas perdre ses 20000 messages accumulés chez Hotmail tout en se promettant de les trier un jour pourra, par exemple, ne faire venir sur son ordinateur que les 1000 messages les plus anciens, et prendre une semaine pour effacer tout ce qui est inutile (et enregistrer ce qui est à garder) avant de décharger le paquet suivant. Certains logiciels sont même capables de trouver eux-mêmes les coordonnées SMTP et POP (ou IMAP) des serveurs correspondant aux adresses qu'on leur communique.
 
Passer à la messagerie résidente sur son propre ordinateur n'est pas difficile, et par rapport à la messagerie sur serveur distant c'est un immense progrès en matière d'indépendance comme de sécurité.

mardi 31 janvier 2017

liberté stratégique de l'impotence condamnée

Un éléphant, ça schtroumpfe énormément. Le nouveau président états-unien, que la presse française en espérance d'interruption de processus démocratique a qualifié pendant deux mois de "président élu" pour éviter de le nommer "futur président", peut être appelé à jouer un rôle historique. Comme il l'a dit, cette fois il ne s'agissait pas d'une alternance formelle entre les deux étiquettes de la nomenklatura politico-financière, mais d'une véritable passation de responsabilité au peuple. La nomenklatura a eu le génie de se retirer maintenant, et le peuple a accepté d'assumer la responsabilité de la conduite passée. Les Etats-Unis sont un bolide sans frein ni direction lancé à toute allure vers un mur, et à quelques mètres de ce mur, alors qu'il ne reste que le temps de décider très vite si on va consacrer la dernière seconde et demie à se signer ou à éjecter le bébé par la fenêtre, le gouvernement réel a, préméditamment ou pas, passé le volant. Si le gouvernement fédéral a vraiment un pouvoir, c'est désormais à peine celui du choix des détails ultimes de l'effondrement économique.

On s'interroge néanmoins sur la possibilité d'un retournement de la politique internationale des Etats-Unis face à l'islam, en l'occurrence d'un renversement de la politique de soutien et promotion de l'islam qu'ils ont pratiquée depuis un tiers de siècle en Asie, Europe, Afrique et Océanie. Ce revirement-là n'est pas impossible. En vérité ce choix stratégique de l'islam était arbitraire et n'était déterminé par aucune fatalité ou contingence incontournable. Qu'il s'agisse de soumettre leurs ennemis ou de miner leurs rivaux, les Etats-Unis auraient très bien pu choisir un autre vecteur ou une autre idéologie, voire conclure simplement des alliances de circonstance. De toute évidence lorsque le futur président Donald Trump a commencé à parler de se donner les moyens de gagner les guerres que l'on entreprend, et de résoudre la question syrienne, il n'appartenait pas encore au cénacle et ignorait de quel côté se battent les Etats-Unis en Syrie (et ailleurs) et quelle est la question syrienne, n'en connaissant alors que le discours paravent. Mais il semble maintenant avoir été informé de la véritable stratégie et de l'engagement du pays qu'il dirige, et après avoir rapidement pensé à changer de bord et combattre désormais les milices islamistes supplétives des Etats-Unis, il pense peut-être maintenant à tout simplement retirer les troupes états-uniennes et cesser de soutenir la guérilla, ce qui suffirait à l'asphyxier et permettrait à la Russie d'aider la Syrie à achever le nettoyage et commencer la reconstruction. Ce grand retournement stratégique serait inattendu, mais il n'est pas impossible puisqu'il ne coûterait rien aux Etats-Unis.

De même le nouveau gouvernement peut interrompre les préparatifs de guerre contre la Russie. Il ne pourra pas éviter la guerre, mais il peut en changer la cible, comme le gouvernement précédent l'a fait il y a quelques années en remplaçant l'Iran par la Russie, pour les raisons stratégiques que l'on a déjà évoquées, liées au dollar par deux facteurs. D'une part part ils connaissent l'état des réserves pétrolières de l'Arabie Séoudite et savent à quel moment celle-ci ne jouera plus qu'un rôle mineur (puis nul) dans la détermination du prix du pétrole et de la devise de fixation de ce prix. Pour mémoire, après la défaite des pays arabes face à Israël les Etats-Unis ont conclu des accords militaires avec l'Arabie (et ses dépendances du Golfe) à la condition qu'elle vende son pétrole en dollars et oblige l'OPEP à fixer le prix dans cette devise, puis ils ont mis fin à la convertibilité du dollar en or ce qui a poussé les pays arabes à relever drastiquement leurs prix et a ainsi fait exploser la demande mondiale de dollars (et accessoirement handicapé les économies européennes alors rivales de l'économie états-unienne), donc le besoin du monde d'exporter massivement aux Etats-Unis pour obtenir ces dollars à peine secs de l'imprimante débridée. D'autre part les Etats-Unis se sont mordus les doigts d'avoir inconsidérément interdit à l'Iran de commercer en dollars, ce qui l'a amené à se faire payer en euros, en or et surtout en yuans, propulsant ce dernier au rang de monnaie d'échange internationale dont les détenteurs ont désormais d'autres utilisations que chinoises, et ils ont donc fini par prier l'Iran d'accepter la levée des "sanctions" (contraires au droit international) qu'ils lui avaient imposées, en suppliant même si lourdement que l'Iran a fait monter les enchères et n'a rien eu à abandonner. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis ont soudain changé de camp, soutenant maintenant les Perses contre les Arabes et pouvant même changer d'alliés dans la confrontation chiite-sunnite qu'ils ont envcouragée depuis les années 90. Et c'est pour cela aussi qu'ils se sont trouvés un nouvel ennemi, la Russie, avant même de contribuer au coup d'état uniopéen de février 2014 en Ukraine. Les Etats-Unis, n'étant menacés par personne, ont le privilège de pouvoir choisir les ennemis qu'ils se désignent. On ne dit pas là que si les Etats-Unis déclaraient la paix à la Russie l'Union Européenne et l'OTAN leur emboîteraient le pas, car ces deux agglomérats d'acteurs ont des intérêts et des phobies distincts de ceux des Etats-Unis.

De toute façon la paix n'est pas une option durable à long terme. Lorsque le pouvoir financier états-unien démontrera au président que le seul moyen d'imposer au monde l'effacement total des dettes est la force majeure d'une guerre mondiale, ou lorsqu'il lui expliquera que sans l'assertion suprême d'une nouvelle utilisation des armes nucléaires le monde est prêt à renvoyer le dollar à sa vraie valeur, le président oubliera ses convictions personnelles pour assumer son devoir politique.

Et l'ultima ratio des Etats-Unis, c'est la B62 (version 11 ou 12), quel que soit leur président.

complémentarité de la première puissance et la première impuissance économiques

Un éléphant, ça schtroumpfe énormément. A une trumpophobie hystérique succède une trumpomanie déraisonnée, comme si une alternance politique à la présidence fédérale de la deuxième plus grande démocratie au monde était susceptible de produire un changement tangible, positif ou négatif, dans la politique de ce pays. Pour susciter des sentiments de crainte ou d'espérance on évoque des perspectives fatales.

On spécule, en premier lieu, sur une guerre commerciale que les Etats-Unis d'Amérique déclareraient à la Chine. Toutefois, ce qu'on appelle habituellement une guerre commerciale est une compétition commerciale entre deux pays concurrents, pas une discussion entre un client et son fournisseur ou entre un débiteur et son créancier, schémas dont relèvent les relations entre les Etats-Unis et la Chine. En la matière ces deux pays ne sont pas rivaux, ils sont complémentaires, même si la Chine fait de son mieux pour réduire cette interdépendance. Les Etats-Unis ont besoin de la Chine car ils sont incapables de produire tout ce qu'ils consomment (ils ne sont d'ailleurs capables de payer que 20% de ce qu'ils consomment). Par contre, en dépit de ce que les Etats-Unis veulent faire croire, la Chine n'a pas besoin d'eux. Depuis 2008, année où la Chine a compris que les Etats-Unis n'avaient aucune intention de tenter d'assainir leurs finances, dans tous les domaines l'industrie chinoise produit désormais plus pour le marché intérieur que pour l'exportation. Non seulement en matière de biens d'équipement, pour lesquels la Chine avait un retard à rattraper par rapport aux autres puissances économiques, mais également en matière de biens de consommation, que le gouvernement chinois a finalement accepté de laisser développer pour désamorcer toute vélléité de changement politique, la satisfaction des besoins de la Chine et des aspirations des Chinois est maintenant une priorité nationale. Contrairement à ce que voudraient faire croire certains économistes états-uniens la Chine a depuis longtemps dépassé le stade du pays "émergent" prêt à exporter n'importe quoi à n'importe quelles conditions pour obtenir des devises étrangères. Et, surtout, elle ne veut plus de dollars car elle connaît leur véritable valeur.

Les économistes européens ont admirablement fait le jeu des Etats-Unis en diffusant le mythe de la guerre monétaire, qui consiste en un dogme fallacieux et une assertion inexacte. Le dogme involontairement erroné ou volontairement mensonger est celui selon lequel la dévaluation facilite l'exportation, théorie largement professée dans toutes les facultés de macro-économie et de politique, et gentiment moquée dans les écoles de commerce et de gestion, où l'on enseigne que la compétitivité se construit sur la qualité, la confiance, la régularité et la réputation plutôt que sur un avantage de prix momentanément et involontairement obtenu à l'occasion d'une dévaluation inattendue, ou par une politique de rabais systématique par la sous-évaluation de change, d'ailleurs déloyale et à ce titre prohibée par les accords commerciaux internationaux. L'assertion fausse est celle selon laquelle, en raison de l'avantage structurel que cela procurerait (selon le dogme fallacieux), de nombreux pays sont activement engagés dans la sous-évaluation de leur monnaie. C'est certes vrai pour la zone euro, gouvernée par des intérêts états-uniens plutôt qu'européens, mais ce n'est pas vrai pour les Etats-Unis qui, eux, font tout ce qui est en leur pouvoir pour retarder l'effondrement du dollar à sa véritable valeur économique et arithmétique, ceci étant d'ailleurs la mission essentielle du gouvernement fédéral depuis au moins 1971. On imagine d'ailleurs difficilement un gouvernement tourner le dos à cette politique et laisser s'écrouler irrémédiablement sa monnaie au nom de la transparence ou de l'orthodoxie. En politique la seule morale légitime est la recherche du bien-être ou du salut (selon le niveau de matérialisme ou de transcendance de l'Etat) des peuples confiés, pas la satisfaction de principes étrangers ou inutiles à la cité.

La Chine n'a aucun intérêt à une sous-évaluation du yuan renmimbi, dont seules la stabilité et la juste évaluation permettent d'une part qu'il soit de plus en plus utilisé dans les échanges mondiaux et d'autre part que les pays tiers veuillent en thésauriser, deux facteurs qui contribuent à l'indépendance, la souveraineté et la puissance économiques de la Chine. Elle a intérêt à ce que les produits qu'elle exporte, au lieu de les utiliser en interne, lui soient compensés correctement afin de lui permettre d'importer ce qui fait défaut à sa population (nourriture notamment) ou à son économie (matières premières). Mais elle n'a pas intérêt à ce que le dollar s'effondre trop tôt et trop rapidement, avant que d'une part elle ait réussi à ne plus être payée du tout dans cette monnaie, et que d'autre part elle ait terminé de liquider sa montagne d'avoirs libellés dans cette monnaie, comme les obligations états-uniennes.

De leur côté les Etats-Unis, quoi qu'en dise leur nouveau président, ne peuvent pas se passer d'importations, et notamment, comme le reste du monde, des importations chinoises. Les savoir-faire que les pays avancés ont volontairement partagés par des contrats de transfert de technologie ou involontairement laissés piller par l'espionnage sont désormais maîtrisés par tous les pays industriels. Au jour où des entreprises chinoises délocalisent leur production en Inde pour des raisons de coût de main d'œuvre, il faudrait réduire drastiquement (voire éliminer) les coûts et donc les prestations d'éducation, de couverture sociale et de retraite pour tenter d'aligner le salaire d'un ouvrier ou d'un ingénieur états-unien avec celui de son homologue indien ou indonésien. C'est impossible. Ce qui est certes théoriquement possible, c'est ce que les libre-échangistes appellent protectionnisme, à savoir l'établissement de barrières douanières. Il s'agit d'appliquer aux produits importés une taxe qui, répercutée par l'importateur sur le client final, amène le prix de vente du produit importé au même niveau que le prix de vente du produit local. Contrairement aux dires de certains détracteurs ces taxes ne sont donc pas imposées aux producteurs du pays exportateur, mais aux consommateurs du pays importateur, puisque ce sont bien eux qui, au final, paient le produit taxé et distribué, dont une part du prix de vente rembourse certes le coût de production et de transport et une autre part rembourse les taxes qu'a payées l'importateur. Quant à penser que l'impossibilité d'importer peu cher encourage à produire dans le pays de vente, c'est un raccourci d'économiste ou de politicien plus praticien du débat d'idées que de la construction de lignes de production. D'abord il faut un marché certain et suffisant pour développer une production locale, ensuite il faut un sentiment de stabilité juridique à moyen voire long terme (que l'industriel ne croie pas qu'à la prochaine alternance politique les taxes seront levées), enfin il faut la disponibilité des matières premières, des savoir-faire et le cas échéant d'un réseau de sous-traitance ou de production semi-finie. Certains pays ex-industriels ont perdu durablement la capacité de produire tel ou tel chef d'œuvre de technologie (ordinateur, armement de pointe...) parce qu'en démantelant le dernier fleuron industriel ils ont laissé disparaître tout un secteur de petites entreprises sous-traitantes et toute une filière d'enseignement technologique. La politique argentine des années 2011 à 2015 a fait disparaître des dizaines de milliers de boutiques d'ordinateurs et périphériques (personne n'a produit de souris), et entraîné le retour au gaz et à l'électricité de dizaines de milliers de foyers dont les tubes de chauffe-eau solaire n'ont jamais été produits ailleurs qu'en Chine ; chaque secteur de production a certes intrigué pour tenter d'obtenir l'autorisation d'importer ses composants irremplaçables, puis l'alternance politique a fait perdre tous les investissements en vue d'une production alternative. En ce qui concerne les Etats-Unis, ce pays dont l'impôt est globalement négatif depuis des décennies n'a pas la capacité économique de lever des impôts sur ses citoyens. Les dollars qu'il imprime sans retenue seraient plus utiles si on les distribuait directement aux chômeurs plutôt que de subventionner des emplois non rentables. Dès lors que pour augmenter le Produit Intérieur Brut d'un dollar il faut endetter l'Etat de six dollars, selon l'augmentation proportionnelle du PIB et de la dette depuis vingt ans, l'oisiveté économique même subventionnée est moins dispendieuse que la fausse activité à perte, ou en d'autres temes la construction à crédit de coûteux villages Potemkine. Le seul moyen de ressusciter l'économie (qui est là synonyme de consommation) serait de faire un grand marché totalement ouvert avec le Mexique, où quatre cent millions de consommateurs jouiraient d'un niveau de vie mexicain et d'un niveau d'endettement états-unien.
 
Les Etats-Unis sont insolvables et la Chine le sait. Ils ne peuvent pas rembourser leur dette en autre chose qu'en dollars puisqu'ils produisent moins que ce qu'ils consomment (épargne très négative), n'ont pas de réserves et que même leur masse monétaire nominale n'est rien en regard de leur dette colossale. Les trumpomanes qui s'imaginent que la restauration du sérieux des Etats-Unis passe par le rétablissement de l'étalon-or n'ont pas calculé qu'il faudrait d'abord diviser la valeur faciale du dollar par 55 puisqu'il est passé de 1/35° d'once à 1/1921° (encore très surévalué) entre août 1971 et septembre 2011 (fin de la cotation libre de l'or), puis peut-être encore par 90 puisque depuis lors le dollar est passé de 1/10° de bitcoin à 1/920°. Le seul avoir états-unien qui pourrait intéresser la Chine est, comme en Afrique, en Asie du Nord et en Amérique du Sud, la terre, mais elle ne sera pas aliénée avant l'effondrement institutionnel et militaire total des Etats-Unis.

Les intérêts de la Chine et des Etats-Unis étant donc complémentaires, une hypothétique confrontation économique ne correspond pas à la réalité et une confrontation militaire serait déraisonnée. La Chine ne prendra pas l'initiative, la première puissance économique et premier producteur mondial ne fera rien contre la première impuissance économique et premier débiteur mondial.

jeudi 26 janvier 2017

épuisement du pacifisme

Il est parfois difficile de s'en tenir à la polémologie sans entrer dans la polémique politique intérieure. Mais voilà que la partidocratie énarchique française entend insulter et ridiculiser le comité Nobel de la paix. Car la paix ne fait plus recette, et faute de ressources de promotion interne elle doit recruter hors ses rangs.
 
On va prochainement relancer le mythe du pacifisme du président français Jacques Chirac en 2002-2003. S'il avait été réel, il aurait manifestement échoué puisque la grande crise de l'époque, le sentiment d'insécurité des Etats-Unis d'Amérique à l'annonce de la fin du monopole du dollar pour la cotation internationale du pétrole, s'est terminée par l'agression, l'occupation, la décimation et la mise à sac de l'Iraq. Il est difficile de trouver un échec plus éclatant à un prétendu souhait pacificateur. Il est vrai que le futur prétendant à la couronne d'olivier ou de chêne se trompait de direction en adressant son discours moralisateur au pays qui allait être agressé plutôt qu'à celui qui annonçait clairement ses intentions belliqueuses même s'il en changeait le prétexte tous les deux mois.
 
Cependant la vérité est que Jacques Chirac ne cherchait pas à empêcher les Etats-Unis d'attaquer l'Iraq. Si cela avait été le cas il aurait mis en œuvre les nombreux moyens d'action de la France, à commencer par la saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU sur une menace imminente à la paix internationale, mais aussi la menace de sanctions contre l'agresseur déclaré, la conclusion d'un accord de défense avec le pays menacé etc. Toutefois sa seule ambition était de pouvoir présenter la France (et lui-même) comme l'auteur d'une dernière tentative de compromis vouée à l'échec.
 
Au contraire, on peut le dire sans trahir le moindre secret d'Etat, le président de la République s'était fait présenter les options possibles pour une participation militaire de la France aux côtés des Etats-Unis, avait donné l'ordre aux forces armées françaises de se préparer, et a fait contrôler la montée en puissance et la préparation opérationnelle à l'attaque contre l'Iraq. Sa politique de fonctionnarisation des forces armées, qui matérialisait plus ses convictions antimilitaristes que ses prétentions pacifistes, n'avait pas encore porté tous ses fruits et la France déjà sans défense avait certainement encore la deuxième capacité offensive au monde. La seule raison pour laquelle la France ne s'est finalement pas associée à la conquête de l'Iraq, c'est que deux puissances européennes renaissantes à la diplomatie en cours d'affirmation (bien que tolérantes envers les Etats-Unis), à savoir la Russie et l'Allemagne, ont pris le discours de M. Chirac au mot, ont surenchéri et se sont rangées derrière la bannière de la France, lui interdisant de faire marche arrière sur ce sujet et l'obligeant, au minimum, à la neutralité. Sans le soutien inattendu, sincère et ferme de la Russie et de l'Allemagne à la position prétendue de la France, celle-ci aurait bel et bien attaqué l'Iraq, il n'y a aucun doute là-dessus.
 
Les peuples d'Europe retiendront de Jacques Chirac qu'au moment où les anciens membres du Pacte de Varsovie voulaient se rapprocher de la moitié occidentale du continent il a démantelé l'Union de l'Europe Occidentale, alliance sagement réveillée par son prédécesseur, purement défensive mais réellement contraignante puisque l'article 4 du traité de Bruxelles obligeait chacun de ses membres à engager tous les moyens disponibles, y compris militaires, pour la défense d'un membre attaqué. En échange il a, par le traité constitutionnel de Lisbonne pourtant rejeté par les Français, fait inféoder l'Union Européenne à l'OTAN, alliance dont la seule mise en œuvre avait été offensive (contre la Yougoslavie), et dont les invitations en matière défensive, selon l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, sonnt facultatives donc ni protectrices pour les pays membres ni dissuasives pour leurs ennemis potentiels. Il a aussi préparé le retour de la France dans l'OTAN, même s'il en a laissé la signature à son successeur.
 
Les parlementaires et les constitutionnalistes retiendront du président Jacques Chirac qu'il a préparé la révision constitutionnelle (finalisée certes en 2008) retirant au parlement la prérogative de la déclaration de guerre, et l'assurant en échange que le gouvernement lui demanderait une autorisation de prolongement chaque fois qu'une ingérence militaire dans un pays tiers (une agression) excèderait quatre mois, d'après la nouvelle rédaction de l'article 35.
 
Les peuples de France (et l'unique peuple étranger qui a érigé un monument à son amitié avec la France) et les électeurs de Jacques Chirac n'ont pas le droit d'oublier qu'en 1999 il a entraîné la France, et engagé ses forces armées, dans une guerre d'agression contre un pays souverain, en violant délibérément pour ce faire l'article 35 de la constitution de 1958 qui obligeait le gouvernement à demander préalablement au parlement élu l'autorisation de déclarer la guerre. Soumis au régime du "fire and forget" (vire et oublie), les contribuables français débonnaires continuent de servir des émoluments très confortables à un homme qui a violé son mandat et la constitution, trahi la patrie et vendu la francophonie (certes celle-ci n'était pas sous sa responsabilité formelle), et désarmé la France en même temps qu'il en faisait un pays agresseur. Justiciable de plusieurs délits et crimes caractérisés en France, l'homme est aussi, au regard du droit international, coupable du crime contre la paix.
 
Décerner un prix Nobel de la non-violence à un chef d'Etat ne change certes rien à ses actes passés ou futurs, cependant l'érection de statues a pour objet d'inspirer l'exemple, et donc de façonner l'avenir. L'attribution d'un prix Nobel de la paix à Jacques Chirac serait de très mauvais augure pour la paix dans le monde.

mercredi 25 janvier 2017

falsos cascos blancos – Rusia pide a la ONU

El 17 de enero de 2017, Rusia decidió pedir a la ONU que denuncie los numerosos abusos cometidos por los falsos cascos blancos.
 
Esta oficina de propaganda de la coalición islamo-atlántica contra Siria está financiada en 50% por el gobierno inglés y en 29% por el gobierno estadounidense (según las declaraciones de ambos gobiernos); otro contribuidor es George Soros, cuya organización estadounidense Purpose posee el domini internet whitehelmets.org. Fue promovida a la celebridad por las agencias de prensa de la OTAN (AP, AFP y Reuters) el 30 de septiembre de 2015, cuando estos falsos cascos blancos se apresuraron (un poco demasiado) en publicar testimonios y "pruebas" videográficas del carácter indiscriminante de los bombardeos que la aviación rusa iba a comenzar horas más tarde. Además de su usurpación de la apelación White Helmets, fue también presentada mentirosamente como la defensa civil siria (reconocida por la ONU, la OMS, el CICR y la Organización Internacional de Protección Civil), y luego como una rama "humanitaria" de la milicia pretendida moderada de Al-Qaeda en Siria renombrada Frente Al-Nosra pues Fatah Al-Sham, aunque sus miembros se graben a veces en delito flagrante de falta de humanitarismo, para no decir de terrorismo, en oportunidad de ejecuciones arbitrarias por ejemplo, como los mostraron las encuestas pormenorizadas de la periodista Vanessa Beeley.
 
Recomendada al comité Nobel por la mayoría de los grupos de presión para-gubernamentales de los miembros de la OTAN, objeto de una película estadounidense difundida en el mundo entero por Netflix, autor de una campaña de comunicación lagrimal ("el niño en el asiento naranja") concebida para explotar el  sentimiento de culpabilidad europeo generado por la fotografía del chico kurdo sirio muerto en la costa turca luego de haber sido expulsado de Kobané por los bombardeos turcos, esta oficina de propaganda fue recibida oficialmente por el presidente de la república francesa el 9 de octubre de 2016.
 
El 20 de septiembre de 2016 esta oficina produjo, casi en vivo, imágenes de la caravana humanitaria quemada, como anunciado pocos días antes, por la guerrilla islamista ocupando Alepo-Este, y acusó a la aviación rusa de haberla bombardeada (cuando todo mostraba lo contrario), buscando obviamente a desviar la atención del bombardeo del ejército sirio por la aviación estadounidense el 17 de septiembre.
 
Más recientemente, el 2 de enero de 2017, los falsos cascos blancos reivindicaron (por la "declaración de Wadi Baradá", así como cuatro demás movimientos de la guerrilla islamista, el corte y el envenenamiento, desde el 22 de diciembre de 2016, del agua del río Baradá que abastecía a más de cinco millones de Damascenos, lo que la ONU calificó correctamente como crímen de guerra aunque sin nombrar a los autores.
 
Rusia fue obligada a intervenir sí misma ante la ONU porque Argentina eligió determinadamente no denunciar la usurpación de su bandera, sobre la cual se llamó la atención de dos ministros sucesivos de asuntos exteriores, el 1er de octubre de 2015 y el 23 de agosto de 2016.
 
El 30 de septiembre de 2015, Stéphane Dujarric de la Rivière, portavoz del Secretario General, abusado por las mentiras de los falsos cascos blancos, había acusado a Rusia de homicidio de civiles en Siria, y algunas horas más tarde su asistente Farhan Haq había desmentido la información y explicado que la ONU había sido intoxicada por los White Helmets. Precisamente desde la resolución 49/139 del 20 de diciembre de 1994, las Naciones Unidas llaman así, y exclusivamente, a la comisión Cascos Blancos del gobierno argentino. Entonces al día siguiente 1er de octubre de 2015, ante la falta de reacción oficial argentina, un profesor de política internacional llamó la atención del ministro de Relaciones Exteriores argentino Héctor Timerman, autoridad de tutela de los verdaderos Cascos Blancos. Hay que acordarse que a pesar de un discurso reivindicado como "anti-imperialista" la presidente Cristina Fernández de Kirchner había dictado al gobierno argentino una posición pro-estadounidense y anti-rusa, y que en dos años en el Consejo de Seguridad Argentina votó al menos dos veces resoluciones mayores contra Rusia, en el caso a propósito del referendum en Crimea, y bajo un pretexto falso. A principios de octubre se publicaron artículos denunciando la impostura de los falsos cascos blancos, sin que venga ninguna reacción argentina.
 
No obstante la Asamblea General de la ONU, por su resolución 70/105 del 10 de diciembre de 2015, renovó, como cada año desde veinte años, su reconocimiento y su apoyo a los verdaderos Cascos Blancos argentinos, nombrados White Helmets en las resoluciones en inglés.
 
El 23 de agosto de 2016, a raíz de la inflación de la propaganda atlántica en favor de la atribución del premio Nobel de la paz a los falsos cascos blancos, el mismo perito llamó la atención de la ministra de Relaciones Exteriores argentina Susana Malcorra, acaso menos incompetente que su predecesor (y más al tanto del funcionamiento de la ONU) pero entonces enfocada en su candidatura a la sucesión a Ban Ki-Moon en el puesto de Secretario General. El resultado fue lo mismo, ya que el gobierno argentino de Mauricio Macri había obviamente decidido prestar la credibilidad de los verdaderos Cascos Blancos (no obstante desplegados en aquel momento en el Líbano para aliviar los sufrimientos de los Sirios) a los falsos, contribuyendo así a la propaganda de la coalición islamo-atlántica anti-siria.
 
Es por el encubrimiento argentino de esta impostura de los falsos cascos blancos, y por la gravedad de las calumnias proferadas por éstos (usurpando la credibilidad de los verdaderos) contra el gobierno ruso, que le ministro de Asuntos Exteriores Sergueï Lavrov tuvo que pedir a la ONU que denuncie estas mentiras.