lundi 16 juillet 2018

la guerre de Corée n'aura pas lieu

La peur des États-Unis a rapproché les deux Corée.
 
Contrairement aux deux Soudan (voire dans une moindre mesure aux deux Yémen) les deux États de Corée relèvent d'un même pays administrativement divisé, comme les deux Allemagne (voire les deux Vietnam). Même la séparation idéologique n'est plus très prégnante puisque la Corée du Nord est tentée par le développement économique qu'affichent les pays frères plus ou moins officiellement sortis du communisme comme la Chine, le Vietnam et le Cambodge. Le président actuel, loin de l'autisme politique de ses prédécesseurs, est ouvert et intelligent, et a vu que la rigidité dogmatique ne paie plus même vis-à-vis de la Chine pragmatiquement capitaliste. Pour sa part la Corée du Sud devinait qu'à terme les nécessités économiques lui ouvriraient l'accès au Nord, de même que tous les pays autrefois communistes, Angola et Cuba compris, ont fini par mettre du vin dans leur eau. Mais elle n'a pas vraiment en ce moment les moyens de moderniser le Nord, et donc aucune des deux moitiés du pays n'était pressée.
 
Mais le 9 mars 2002 la presse étatsunienne a révélé que le gouvernement avait préparé des plans précis (présentés au parlement le 8 janvier) de frappes nucléaires offensives contre plusieurs pays nominativement cités, dont cinq ne disposant pas d'armes nucléaires, parmi lesquels la Corée du Nord. Les deux pays (Arabie Séoudite et Bosnie et Herzégovine) ayant détruit quelques mois plus tôt, prétendument au moyen d'avions dont deux invisibles, les trois tours de New York et la façade du Pentagone pour faciliter la redéfinition stratégique, n'étaient d'ailleurs pas sur la liste, ni bien sûr le Pakistan devenu la première puissance nucléaire islamique grâce à l'aide des États-Unis. Puis la révision de la doctrine stratégique a effectivement confirmé que les États-Unis considéraient de nouveau l'arme nucléaire comme une arme normale susceptible d'être utilisée même contre des pays qui en sont dépourvus, pulvérisant de facto le traité de non-prolifération nucléaire qui l'interdisait. Dès avril des négociations commencèrent pour tenter de sauver le traité de non-prolifération, et après trois ans de discussions infructueuses, devant l'obstination des États-Unis à vouloir utiliser des armes nucléaires contre des pays qui en sont dépourvus, la conférence de révision du traité constata son échec en mai 2005, ce dont l'Assemblée Générale de l'ONU prit acte en septembre.
 
Suite à la révélation en mars 2002 du projet étatsunien d'attaque nucléaire, et aux accusations étatsuniennes en fin d'année d'enrichir clandestinement de l'uranium, la Corée du Nord expulsa les inspecteurs de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique fin 2002 et se retira du traité de non-prolifération en janvier 2003. La Chine invita la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les États-Unis à se joindre à elle pour négocier avec la Corée du Nord un arrêt de son programme militaire, ce qu'elle fut prête à accepter en septembre 2005 contre l'acceptation de son programme énergétique nucléaire civil et la fin des menaces de frappes nucléaires étatsuniennes, deux conditions revenant à lui appliquer le traité de non-prolifération que les États-Unis rejetaient et dont la conférence de révision et l'ONU venaient de constater la caducité. Elle exigeait aussi le retrait des armes nucléaires étatsuniennes de Corée du Sud, ce à quoi les États-Unis répondaient qu'elles avaient été retirées vingt ans plus tôt. Surtout, pour confirmer que le traité n'avait plus de valeur à leurs yeux et que seule comptait désormais la loi du plus fort, les États-Unis prirent unilatéralement des mesures illicites de coercition contre la Corée du Nord, notamment (mais pas exclusivement) économiques, et obtinrent même la saisie (le vol) de fonds nord-coréens dans une banque chinoise.
 
En juillet 2006 la Corée du Nord procéda à plusieurs "essais" (démonstrations parfaitement au point) de missiles balistiques, dont l'un d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres capable d'atteindre toute l'Asie, l'Europe jusqu'aux Alpes et l'Amérique du Nord jusqu'à la frontière canado-étatsunienne. Puis elle procéda à son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006. Compte tenu de sa capacité balistique, récemment démontrée, de toucher le territoire étatsunien, elle fut immédiatement respectée, ce qui confirma la pertinence de ce programme. Un accord fut signé à peine quatre mois plus tard, le 13 février 2007, et le 27 février le renseignement étatsunien avoua au parlement avoir toujours su, en dépit des accusations proférées par son gouvernement, que la Corée du Nord disait la vérité en déclarant n'avoir pas de programme d'enrichissement d'uranium. Comme elle l'avait déclaré ses premières bombes étaient au plutonium, qu'elle n'avait jamais nié extraire de ses réacteurs nucléaires, en conformité avec le traité de non-prolifération. L'accord de février 2007 consistait essentiellement à un retour aux clauses du traité, comme demandé par la Corée du Nord, assorti de fournitures d'énergie (électricité et pétrole). Elle s'engagea aussi à fermer son réacteur nucléaire expérimental, et les États-Unis s'engagèrent à rendre les fonds confisqués, rétablir des relations interétatiques normales et retirer le pays de leur liste d'États "terroristes".
 
Il ne le firent cependant pas, tardèrent à restituer les fonds nord-coréens (ne pouvant toutefois les voler complètement puisqu'ils étaient en Chine), s'abstinrent de rétablir la normalité diplomatique et maintinrent certaines mesures de coercition. Aussi deux ans plus tard la Corée du Nord constata la caducité de l'accord, rouvrit sa centrale nucléaire fermée, annonça qu'elle allait désormais enrichir de l'uranium comme elle avait été si longuement et mensongèrement accusée de le faire, et procéda à un nouvel essai nucléaire le 25 mai 2009. Elle avait certainement déjà plus d'ogives nucléaires que l'Afrique du Sud a jamais possédé. À partir de là la Corée du Nord s'est engagée dans un sérieux programme d'armement nucléaire, et à partir de la fin 2012 dans une surenchère de déclarations réciproques d'intransigeance avec les États-Unis, mais aussi avec la Corée du Sud (révocation de l'armistice de 1953). La tension parut être à son comble en avril 2013, obligeant même la Chine à prendre des mesures contre la Corée du Nord pour retarder l'agression étatsunienne. Tandis que la politique nord-coréenne est restée constante grâce à la continuité dynastique et l'inébranlabilité institutionnelle, la politique étatsunienne est restée constante grâce à la permanence des fonctionnaires "faucons" par-delà l'alternance présidentielle de l'idiot à l'imprévisible en passant par le fourbe. La Corée du Nord a également testé avec succès au moins une bombe thermonucléaire, et les États-Unis ont annoncé en septembre 2016 qu'ils envisageaient de l'attaquer.
 
En septembre 2017 les États-Unis ont annoncé à l'Assemblée Générale de l'ONU (qui avait exclu la Yougoslavie pour bien moins que ça) qu'ils était prêts à détruire totalement la Corée du Nord, puis ils ont commencé à déployer en Corée du Sud leur système antimissiles balistiques capable d'abattre en phase terminale d'approche une riposte de quelques ogives (contre plusieurs dizaines il aurait fallu un système russe), et bien sûr à acheminer d'autres groupes aéronavals porteurs d'armes nucléaires. En fin d'année l'opinion sud-coréenne a subitement réalisé que les États-Unis ne bluffaient pas, qu'ils allaient attaquer la Corée du Nord avec des armes nucléaires comme annoncé depuis quinze ans. Le Japon proche aussi, connaisseur des États-Unis et des effets des bombardements atomiques, commença à s'y préparer. Il y eut alors une grande fébrilité médiatique et diplomatique sur l'ensemble de la péninsule coréenne, à l'initiative de la partie sud-coréenne soudain paniquée. Une ligne téléphonique rouge interprésidentielle fut mise en place entre Séoul et Pyongyang pour désamorcer d'éventuelles méprises militaires. Politiquement séparés, les deux États regroupent une seule nation artificiellement coupée. Fait remarquable, la Corée du Sud a instamment prié les États-Unis de surseoir à l'agression contre la Corée du Nord.
 
Le 28 novembre 2017 la Corée du Nord a testé avec succès un missile balistique de 13000 kilomètres de portée, donc pouvant toucher tout point du territoire étatsunien (en fait du monde entier moins l'Amérique du Sud), puis a déclaré être par conséquent une puissance nucléaire accomplie capable de dissuader ses ennemis. Elle a alors déclaré démanteler son site d'essais nucléaires. Le 1er janvier 2018 la Corée du Nord a annoncé qu'elle participerait aux Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, et effectivement en février les contingents des deux États ont défilé conjointement, sous un drapeau nouveau unique. Le président nord-coréen a souhaité rencontrer rapidement son homologue sud-coréen, et une commission intergouvernementale a préparé leur rencontre. En mars 2018 la Corée du Nord a arrêté le réacteur qui produisait son plutonium. Inquiète de perdre son rôle de médiateur et seul garant possible, la Chine a invité le président nord-coréen pour une première visite officielle de trois jours, fin mars. Finalement le 27 avril les présidents Kim Jong-Un et Moon Jae-In se sont rencontrés à Panmunjom, sur la frontière, ont signé une déclaration commune d'intentions pacifiques, abandonné immédiatement les actions hostiles réciproques, promis aux familles divisées l'ouverture du rideau de fer pour le 15 août, et annoncé un traité définitif de paix cette année pour clore la guerre de 1950-53. Oralement, Kim Jong-Un a même déclaré sa croyance en une réunification future. Une semaine plus tôt la Corée du Nord avait annoncé la fin de ses essais nucléaires, et confirmé sa conformité unilatérale (abandonnant l'exigence de réciproque étatsunienne) à feu le traité de non-prolifération, à savoir n'utiliser ses armes nucléaires qu'en réponse à une attaque nucléaire, et ne pas en communiquer la technologie à des pays tiers.
 
La Corée du Nord a fini par accéder au statut de puissance nucléaire qui devait la protéger des États-Unis, et qui s'avère surtout obliger les pays voisins à choisir leur camp, même le Japon pourtant ennemi immémorial de la Chine. En l'occurrence l'Asie retire son support à la lointaine deuxième puissance économique mondiale en déclin stratégique, et se rallie à à la première puissance économique (et bientôt monétaire) mondiale voisine. Quant aux États-Unis, toujours en besoin (mais jamais en manque) d'ennemi, ils se préparent à asséner leur ultime argument ailleurs.

mardi 3 juillet 2018

discrimination sexuelle institutionnalisée

On apprend que ce sont maintenant des dizaines d'écoles qui, au Royaume-Uni, interdisent aux filles le port de la jupe, au nom de l'idéologie du choix du genre par l'homme (enfin, l'individu humain) et du refus de la détermination du sexe par la nature.
 
Comme d'habitude en démocratie dirigée le discours officiel est celui de l'instauration d'un nouveau droit et de plus d'égalité. Même si c'est concrètement ce qu'on fait, il ne s'agit absolument pas de retirer aux filles le droit de porter le vêtement traditionnellement distinctif de leur sexe, ou de les discriminer par rapport aux garçons qui (pour l'instant) peuvent continuer de porter le leur, il s'agit simplement d'instaurer l'égalité des 0,0001% (maximum) de vrais ou prétendus asexués avec les dizaines de millions de gens normaux. Et encore faut-il s'entendre sur ce dernier terme, car dès lors que le pouvoir social normatif (parlement en théorie et presse en pratique) édictera la nouvelle norme d'asexualité, ce qui est en cours dans un premier temps à titre facultatif, ce sera les êtres sexués donc autrefois considérés comme dans la norme (normaux) qui seront désormais déclarés hors-la-norme (anormaux). Mais en langue et bien-pensance modernes, il ne faut surtout pas interpréter la "discrimination positive" envers certaines catégories comme une discrimination négative envers les autres, ou comme une discrimination tout court.
 
Dans la même ligne idéologique des écoles interdisent aux garçons le port de la culotte courte, mais certaines leur autorisent le port de la jupe qu'elles (ou leurs consœurs) interdisent aux filles. Inévitablement, à terme l'un des nouveaux idéologues normateurs tombera sur une photographie de cour d'école ou de réunion familiale du XIX° siècle et saisira que le pantalon est, en Grande-Bretagne, le vêtement traditionnel du sexe masculin, que très peu de femmes ont porté depuis que les braies se sont généralisées chez les hommes, d'abord sous la robe puis à la place, il y a au moins quinze siècles en Chrétienté.
 
Certes le sociologue moyen se demandera pourquoi on ne considère plus possible de reconnaître voire promouvoir les catégories nouvellement à la mode sans brimer les anciennes, en l'occurrence naturelles, c'est-à-dire de reconnaître les genres institués sans opprimer les sexes naturels, d'ailleurs le lancement d'un concours national pour la conception (le design) d'un nouveau vêtement distinctif des asexués déclarés stimulerait certainement les créativités et fournirait une excellente occasion de promotion des nouvelles normes. Le démographe lui répondra que les idéologues n'ont pas encore identifié assez d'asexués assertifs dans la société pour participer significativement à leur auto-promotion, et que les politiciens ont donc trouvé plus facile d'asexuer visuellement les dizaines de millions de gens du peuple que de convaincre la reine d'Angleterre de s'habiller comme une chancelière prussienne ex-sportive est-allemande.
 
Gageons que les utopistes "transhumanistes" de la transformation de l'humanité en ruches et foumilières d'individus asexués trouveront aussi plus facile d'imposer la gandoura unisexe aux Saxons des Angles que de faire raser leurs barbes et ôter leurs voiles aux Hindoustanis des Angles, qui eux continuent de considérer le sexe comme l'instrument naturel de la reproduction des individus et de la perpétuation de l'espèce.

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n'émanant ni d'un banquier ni d'un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l'Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
 
Tout d'abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d'Europe de banques européennes n'ont pas été affectées. Il ne s'agit cependant pas d'une simple avarie de télécommunications, puisqu'aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet...) n'a été rapportée.
 
D'ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n'ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l'ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d'Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu'un porteur d'une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d'un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l'entreprise Visa. S'il n'y a pas de télécommunications entre l'Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l'instant requis) le client italien porteur d'une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
 
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l'étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n'ont pas noté d'interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l'étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d'un compte bancaire à l'étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d'ailleurs d'une "ouverture" européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
 
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
 
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d'une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d'efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d'impact économique de l'interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d'une interruption des virements interbancaires vers ou de l'étranger, l'entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d'interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l'Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d'obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d'autres invisibles, le chef d'Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l'élection prochaine d'un nouveau chef d'Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d'un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L'annonce publique de la démission du chef d'Etat fut certainement accompagnée d'une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d'une part par Swift pour les virements et d'autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
 
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
 
L'Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l'étranger.
 
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d'autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d'une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d'un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d'une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d'un lecteur Visa par une banque russe... y compris d'ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d'une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d'un client italien et le terminal Visa d'un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l'Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
 
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s'est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l'habitude d'utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d'ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n'étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir... et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d'abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l'étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
 
En ce qui concerne l'inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l'Europe, ce 1er juin, les communiqués de l'entreprise étatsunienne Visa assurent qu'il s'agissait d'une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu'il s'agît en réalité d'un litige sur les commissions dites d'interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d'une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d'une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
 
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l'ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d'intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s'en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
 
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.

lundi 11 juin 2018

déchéance diplomatouite

La France doit urgemment se doter d'un gouvernement sérieux, elle n'est pas les jeunes Etats-Unis d'Amérique et elle a un rang à tenir.
 
Le 6 juin les ministres français de l'économie et des affaires étrangères ont annoncé, en priorité exclusive (diffusée ensuite par la presse) à leurs "suiveurs" touiteurs qu'ils avaient envoyé l'avant-veille une lettre, cosignée par leurs homologues anglais et allemands, à leurs homologues étatsuniens pour leur demander d'exempter les entreprises européennes des sanctions réinstallées par les Etats-Unis envers les entreprises commerçant avec l'Iran. Cette lettre, jointe au touite des ministres, est d'un contenu atterrant, au-delà de la langue unique choisie et d'un ton implorant indigne de ministres de pays souverains. Tout d'abord elle parle de "sanctions" imposées par les Etats-Unis en semblant leur reconnaître une validité, au contraire de l'esprit du droit international depuis plusieurs siècles, et de la charte des Nations Unies qui réserve au Conseil de Sécurité ce type de mesures coercitives envers un Etat membre (articles 2, 33, 37, 41 et 50). Ensuite elle reconnaît des "effets extraterritoriaux" auxdites mesures coercitives étatsuniennes, au contraire du principe juridique élémentaire de la compétence territoriale d'une juridiction, et du principe de la souveraineté des Etats. Elle prend soin de requérir l'absence d'application de ces prétendus effets extraterritoriaux seulement "à l'intérieur du territoire légal de l'UE", semblant accepter par là une juridiction étatsunienne ailleurs, par exemple dans les eaux internationales et sur le territoire iranien. Elle demande aux Etats-Unis "d'accorder une exemption" desdites mesures coercitives aux entreprises européennes, reconnaissant là encore leur validité et présentant l'exemption comme une faveur. Elle demande que les Etats-Unis confirment publiquement que les secteurs de la santé et de la pharmacie sont exempts de mesures coercitives, ce qui leur concède une autorité que même le Conseil de Sécurité n'a pas puisqu'il ne peut frapper ces secteurs. Elle demande aux Etats-Unis d'accorder des exemptions (encore comme une faveur) pour maintenir les flux financiers, ce qui leur concède de nouveau une autorité supra-étatique, et y inclut expressément la messagerie financière SWIFT, leur offrant ainsi une autorité politique sur une entreprise belge. Ensuite cette lettre demande aux Etats-Unis de "réaffirmer l'exemption des comptes bancaires d'ambassades", ce qui les investit de l'autorité de confirmer ou de révoquer le droit international des relations diplomatiques, défini par plusieurs conventions. Enfin cette lettre est contresignée par Federica Mogherini, comme si les trois pays européens signataires de l'accord avec l'Iran (dit JCPoA) avaient perdu leur souveraineté depuis lors. Il est difficile de savoir si ce touite était en réalité destiné aux quelques milliers de "suiveurs" des ministres signataires ou, par l'intermédiaire de la presse, aux entreprises commerçant avec l'Iran, mais le procédé, nouveau en matière diplomatique interétatique, choque.
 
Tous les contacts écrits entre autorités politiques de part et d'autre de l'Atlantique seront-ils désormais étalés de la sorte, l'avenir le dira et dispensera peut-être ces Etats, au protocole autrefois exemplaire, d'échanger des ambassadeurs professionnels.
 
Par ailleurs, on ne commentera pas les pratiques du grossier clown étatsunien en matière de communication interétatique, ses insultes télématiques envers ses pairs chefs d'Etat différant peu de son langage oral. Mais on ne peut que déplorer que l'intérimaire institutionnel qui représente la France dans le monde recourre au même procédé avec toute la spontanéité précipitée de son ignorance, alors qu'à l'oral il lit des discours préparés par des conseillers lettrés. Ainsi, sans plus de manières qu'un premier ministre australien annonçant en 2014 qu'il "plaquerait" le président russe dès son arrivée à Brisbane, le président français a prétendu demander par Twitter, le 7 juin, à cinq autres membres démissionnaires du G8 de mettre à l'écart le sixième, en l'occurrence le président Trump. Quand bien même les cinq chefs de gouvernement en question seraient tous des abonnés aux touites du président Macron, cet appel peu diplomatique lancé à son public électronique aurait dû n'être proféré qu'en personne, en groupe restreint ou en privé à chacun des cinq interlocuteurs de haut rang, de la même manière d'ailleurs que le président Obama avait approché certains de ses homologues dans les couloirs d'un Sommet International sur la Sécurité Nucléaire à La Haye en mars 2014 pour leur enjoindre de ne pas se rendre au G8 des 4 et 5 juin à Sotchi (www.stratediplo.blogspot.com/2015/08/fronde-au-sein-du-g8_28.html). Après deux jours d'enfantillages onéreux pour les peuples des sept pays démissionnaires du G8, le président étatsunien a rendu la monnaie de son jeton au président français en refusant de signer la déclaration commune des six autres, d'ailleurs vide. Il avait aussi auparavant attiré l'attention des journalistes en touitant, en chemin vers La Malbaie, que la Russie devrait être présente à cette réunion, comme si le président russe devait être prêt à sauter dans un avion hypersonique à toute requête, lancée en l'air ou sur les ondes, de venir s'associer aux sept pays qui ne s'étaient pas présentés au dernier sommet du G8, en Russie. Peut-être pour se faire pardonner par son homologue étatsunien, après avoir a d'abord touité que les quatre participants européens à la réunion de La Malbaie étaient unanimement d'accord pour ne pas revenir au G8, le président français a subitement touité que la Russie serait bienvenue (au sein des membres démissionnaires du G8) à condition que "les accords de Minsk sur l'Ukraine soient respectés". Il s'est donné là l'occasion de confirmer son ignorance totale de l'histoire très récente du continent, où d'une part les accords de Minsk de septembre 2014 ont été signés, à l'initiative du président russe, plusieurs mois après l'absence des sept membres antirusses au sommet du G8 de juin 2014 (donc sans rapport avec les futurs accords de Minsk), et où d'autre part c'est le pouvoir issu du coup d'Etat du 22 février 2014 en Ukraine qui violait régulièrement les accords de Minsk (comme le constatait chaque fois l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) avant de s'en retirer totalement et unilatéralement, par sa Loi sur la Réintégration du Donbass du 20 février 2018.
 
Tout cela ne fait pas très sérieux.
 
Pour paraphraser le petit Tweety, "j'ai bien cru voir un Gros Minable - mais oui, j'ai bien vu un Gros Minable".

mardi 29 mai 2018

Jaruzelski sicilien

Le président italien Sergio Mattarella ne voulait pas finir comme son frère Piersanti.
 
Pourtant après la conclusion des longues négociations interpartisanes qui ont suivi les élections législatives du 4 mars il avait décidé de confier la formation d'un gouvernement à Giuseppe Conte, sur lequel avaient fini par s'entendre d'une part la coalition menée par la Ligue et Force Italie qui avait gagné dans le Nord (avec un score national de 37%) et d'autre part le mouvement Cinq Etoiles qui avait gagné dans le Sud (avec un score national de 32%), sans majorité nationale l'un ou l'autre mais défaisant ensemble (lui laissant un score national de 23%) la coalition du gouvernement sorti fin décembre. Le président Mattarella a donc nommé Conte premier ministre le 23 mai.
 
Entre parenthèses, le cataclysme politique révélé par ces élections est la victoire relative du mouvement protestataire populaire Cinq Etoiles qui a obtenu deux fois plus de votes que la Ligue, deux fois plus de votes que Force Italie, plus de votes que les deux ensemble et presqu'autant de votes que la coalition regroupée autour des deux. Avec, aussi, presque deux fois plus d'électeurs que le Parti Démocrate sortant, le mouvement populaire prônant l'auto-gouvernement démocratique sans partidocratie (et exigeant la virginité pénale des politiciens), la décroissance économique durable en douceur et l'interruption de l'invasion mahométane est clairement devenu la première force politique du pays, pas encore majoritaire dans l'absolu (mais déjà à un tiers de l'électorat) mais obligeant les partidocrates à des alliances de circonstance ou au retour à la vie civile.
 
Mais le premier ministre Giuseppe Conte a proposé comme ministre de l'économie le professeur Paolo Savona, connu pour, d'une part, son soutien aux demandes d'écoute et d'explication adressées par les peuples à la Commission Européenne, et d'autre part et surtout son exigence d'une véritable politique de l'euro sur la scène internationale (refusée par l'Allemagne), notamment face au dollar auquel la Banque Centrale Européenne le soumet. L'eurocratie dollarodule a donc immédiatement accusé Savona de vouloir rétablir la souveraineté monétaire de l'Italie en sortant l'Italie de l'euro (ce qu'il n'a jamais préconisé) et a prohibé qu'il soit nommé ministre, aussi Mattarella a refusé sa nomination et Conte, comprenant que le président n'était pas indépendant et que l'Italie n'avait même plus la souveraineté de choisir ses ministres, a démissionné avant-hier 27 mai. Pour l'anecdote, l'économiste Savona se dit maintenant victime de diffamation de la part des politiciens uniopéens qui pour disqualifier Conte attribuent à Savona des sentiments europhobes qu'il n'a jamais professés. On remarquera d'ailleurs que le programme qu'il aurait été chargé d'appliquer prévoyait de doter la BCE d'un statut et de pouvoirs comparables à ceux des principales banques centrales du monde (point 29 alinéa b du contrat de gouvernement).
 
Hier 28 mai, sans longues consultations préalables, le président Mattarella a nommé premier ministre le financier Carlo Cottarelli, ancien de la Banque d'Italie, du Fonds Monétaire International et de l'application interne des programmes budgétaires et économiques décidés pour l'talie, en sachant que celui-ci n'a aucune chance d'obtenir la moindre majorité parlementaire et devra donc gouverner par décrets, à la manière du gouvernement par ordonnances qu'avait annoncé Emmanuel Macron comme tout programme électoral, et quitte à convoquer dans quelques mois de nouvelles élections qui le désavoueront un peu moins ou beaucoup plus. Le président l'a d'ailleurs chargé de former un gouvernement "technique", ce qui signifie bien sûr un gouvernement non politique, et plus précisément un rouage local de la technocratie uniopéenne.
 
En réalité le procès d'intentions économiques n'a été qu'un prétexte pour empêcher la formation d'un gouvernement national italien incarnant les votes du tiers du pays qui, toutes tendances confondues, ne souhaite plus être gouverné par les appareils des partis de droite et de gauche qui ont décidé ou accepté l'invasion par, chaque jour, de nouveaux milliers de membres d'une civilisation hostile. Le président uniopéen Jean-Claude Juncker avait bien annoncé le 23 mai que la Commission Européenne protègerait les droits des Africains en Italie ; il est vrai que le programme commun, nommé Contrat pour le Gouvernement du Changement, prévoyait d'interdire les prêches en langue étrangère, dans les mosquées par exemple, envisageait de renforcer les contrôles contre l'immigration illégale même si le projet de xénélasie d'un bon demi-million de délinquants clandestins avait finalement été abandonné, projetait d'étendre la notion de légitime défense ce qui pouvait être interprété comme une menace pour la criminalité, et prévoyait une véritable politique de soutien à la natalité ce qui pouvait sembler menacer les "migrations de remplacement" appelées par le rapport de l'ONU du 21 mars 2000... Par ailleurs suite au projet, dans ce programme commun, d'interdire aux Francs-Maçons de participer au futur gouvernement, la Grande Loge d'Italie avait demandé le 21 mai l'aide de toutes les loges du monde, fait pression sur le président pour empêcher la constitution de ce gouvernement, et organisé une grande conférence de presse étrangère le 23 mai à Rome sur cette question. Enfin toute la presse allemande a été mobilisée samedi 26 pour dénoncer une prétendue germanophobie du ministre pressenti Savona.
 
Pour le principe et sans illusion politique désormais, le mouvement Cinq Etoiles envisage de demander au parlement la destitution du président pour non respect de la constitution, ce qui nécessiterait de trouver une violation explicite de texte puisqu'une violation de l'esprit de la démocratie ne suffira pas, même si les rares mouvements véritablement démocrates des pays voisins hurlent au coup d'Etat. Pour leur part tous les gouvernants d'Europe félicitent le président de la république italienne pour son "courage" d'avoir osé dévoyer la vague populaire qui croyait qu'une victoire à 70% dans les urnes autoriserait les peuples à reprendre le pouvoir, dans leur pays, à l'eurocratie. Pour l'anecdote le contrat de gouvernement envisageait même de pousser à la démocratisation de l'Union Européenne par le renforcement du rôle et des pouvoirs du parlement européen, ce qui frisait le crime de lèse-commission.
 
La démocratie n'est autorisée que lorsqu'elle donne la victoire aux auto-proclamés démocrates patentés. En décembre 1991, lorsque le premier tour des élections législatives en Algérie a donné au parlement (à prérogatives plus parlementaires que législatives) la majorité au Front Islamique du Salut qui avait déjà emporté l'essentiel des assemblées locales (sans pouvoirs) aux premières élections libres un an et demi plus tôt, toute la technocratie uniopéenne s'est empressée d'encourager discrètement le FLN (qui venait de se découvrir inférieur à un quart de l'électorat) à interrompre le processus électoral. Dix ans plus tôt, l'Allemagne Fédérale avait soutenu l'instauration de l'état de siège par Wojciech Jaruzelski après de grandes manoeuvres soviétiques semblant menacer la Pologne d'invasion au motif de la poussée du syndicat non communiste Solidarité.
 
La technocratie ne s'encombre guère de démocratie.

lundi 21 mai 2018

disposition pénale méconnue et répression de l'intolérance

L'article 132-76 du code pénal français mériterait d'être mieux connu des magistrats. En effet il apporte une réponse différenciée au type de criminalité qui connaît la plus forte croissance en France depuis que les populations "de remplacement", selon l'expression du fameux rapport de l'ONU du 21 mars 2000 toujours disponible à l'adresse internet donnée dans la Huitième Plaie, ont atteint la masse critique leur permettant de passer à l'action d'altération de la société dont le mois présent est une illustration.
 
L'article 132-76 stipule que "lorsqu'un crime ou un délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature qui soit portent atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, soit établissent que les faits ont été commis contre la victime pour l'une de ces raisons, le maximum de la peine privative de liberté encourue est relevé", et indique ensuite le barème spécifiquement applicable.
 
L'application de cet article n'est pas optionnelle mais obligatoire comme tout le code pénal. Ainsi, lorsqu'un tribunal juge une affaire relevant de cet article il ne doit pas considérer l'application des peines relatives aux crimes et délits ne relevant pas de cet article, mais il a obligation de considérer pleinement et uniquement l'application du barème correspondant à cette catégorie de crimes et délits.
 
En clair cela signifie que tuer son voisin pour voler sa voiture ou violer sa voisine parce qu'elle est blonde n'est pas aussi grave que tuer son voisin parce qu'il est israélite ou violer sa voisine parce qu'elle n'est pas mahométane. Cet article s'applique donc chaque fois qu'un crime ou un délit est précédé de la revendication "mon dieu soit loué" ou encore "mon dieu est grand" dans n'importe quelle langue puisque cette proclamation signifie que le perpétrateur, en se référant à un dieu censé ordonner la violence contre les fidèles d'autres croyances, considère que sa victime est justement fidèle d'une autre croyance (athéisme compris) que la sienne.
 
Il est à noter que cet article s'applique, même en l'absence de revendication expresse au moment de l'acte, à tout délit ou crime commis par une personne dont les "propos, écrits, images, objets ou actes" antérieurs dénotent une déconsidération envers un groupe de personnes "à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à [...] une religion déterminée". Parmi les actes incriminés, même en l'absence de propos, il est évident que la fréquentation d'un lieu ou d'un groupe, ou la lecture d'un livre, où il est expressément enseigné la déconsidération (voire la violence) envers les personnes appartenant ou n'appartenant pas à telle religion, suffit à caractériser les circonstances aggravantes visées par l'article 132-76.
 
On remarque qu'il n'est pas nécessaire que ces considérations racistes, ethniques, nationalistes ou religieuses soient le motif établi du crime ou du délit pour que celui-ci relève de l'article 132-76. Il suffit que des propos ou actes antérieurs ou postérieurs portent atteinte à la considération du groupe de personnes auquel la victime appartenait ou n'appartenait pas, vraiment ou supposément, pour que le crime ou le délit relève de l'article 132-76, même si le motif supposé ou établi de l'acte était en l'occurrence différent. Pour revenir aux exemples précédents, cela signifie que tuer son voisin même simplement pour voler sa voiture est plus grave lorsqu'on croit qu'il est israélite et qu'on méprise les Israélites, et que violer sa voisine même simplement parce qu'elle est blonde et vulnérable est plus grave lorsqu'on croit qu'elle n'est pas mahométane et qu'on méprise les non-Mahométans.
 
Si le législateur, à savoir l'assemblée législative des députés élus du peuple souverain, considère qu'à acte égal celui commis par une personne présentant ces dispositions d'esprit est bien plus grave que celui commis par une personne aux dispositions d'esprit égalitaires, c'est certainement parce qu'il estime que ces dispositions d'esprit, qu'elles soient ou pas le mobile de l'acte jugé, sont odieuses et répréhensibles en soi, et peut-être aussi parce qu'il estime qu'elles sont de nature à favoriser la multiplication des crimes et délits. Donc dès lors que certains éléments objectifs montrent que le délinquant ou criminel présente ces dispositions d'esprit, la justice ne peut pas les ignorer même s'il est établi que le mobile du crime ou délit était sans rapport avec ces dispositions d'esprit. L'article 132-76 est clair à cet égard : propos ou actes qui soit portent atteinte à l'honneur ou à la considération à raison de..., soit établissent que les faits ont été commis pour ces raisons.
 
Avec ou sans l'aide du pouvoir exécutif (procureur), le pouvoir judiciaire a l'obligation d'obéir au pouvoir législatif souverain et d'appliquer le code pénal voté et communiqué aux tribunaux par le parlement.

mardi 8 mai 2018

émancipation par le crime

Le changement de civilisation en cours en Europe amènera certainement un changement de paradigme d'organisation sociale, mais pour l'instant la société, pour ne pas dire le mélange en cours de séparation entre la société ancienne et la société nouvelle, est organisée dans le cadre d'un Etat avec des lois écrites, généralement votées par un parlement élu en fonction de concepts généralement acceptés.
 
L'un de ces concepts est celui d'âge légal, à savoir que la loi définit un âge arbitraire et égalitaire d'attribution d'un certain nombre de droits et de devoirs. Cette capacité juridique, ou responsabilité légale au sens de devoir répondre soi-même de ses actes, n'est pas conférée totalement d'un coup, mais par tranches. Par exemple, sans considération de la curiosité et des capacités intellectuelles de chacun il y a un âge légal du début et de la fin de la scolarité obligatoire, l'âge de la fin de cette obligation ayant d'ailleurs été réduit (de seize à quinze ans) sous le président Sarközy de Nagy-Bocsa pour prendre en compte les normes éducatives des populations nouvelles. Il y a l'âge légal auquel tout un chacun peut voter, sans considération de la compréhension des questions politiques, et dans certains pays l'âge auquel tout un chacun doit voter, sans considération de son souhait de le faire. Il y a l'âge légal pour conduire, d'abord un vélomoteur puis une voiture automobile, sans considération du développement des qualités civiques et de la taille physique, à un âge où la croissance et l'éducation ne sont pas toujours terminées quitte à être pratiquement debout sur les pédales ou à ignorer la valeur de la vie humaine indépendamment du sexe et des croyances. Certes pour conduire un moyen de transport collectif les exigences sont plus sérieuses. Il y a l'âge légal minimal pour chasser, certes plus élevé et avec instruction et examen obligatoires car c'est considéré comme un acte plus grave et conséquent que de participer au choix du chef d'Etat d'un pays, fût-il dans les plus influents au monde et doté du feu nucléaire. Il y a aussi l'âge légal minimal pour convoler en noces, sans considération du développement sexuel physique et psychologique. Et il y a l'âge minimal pour répondre légalement de ses fautes, au-dessous duquel on est réputé irresponsable.
 
Ces divers âges légaux obligatoires déterminés arbitrairement et dictés à des pays entiers par les régimes jacobins ne tiennent pas compte des caractéristiques personnelles, selon le concept, jusqu'à encore récemment accepté comme universel, de l'égalité des individus. Entre parenthèses, cette égalité est de plus en plus illusoire dans une société où l'écart entre les niveaux d'éducation se creuse constamment, où la spécialisation est devenue la règle, où la courbe de distribution du patrimoine s'aplatit avec le relèvement des extrémités (plus de pauvres et de riches) et l'affaissement du centre (moins de classe moyenne), où il se constitue des castes endogènes de contribuables à vie et d'allocataires à vie, et où s'affirme de plus en plus la discrimination d'Etat entre les gens selon leurs convictions, voire, pour les membres de la nouvelle société, une inégalité de nature selon le sexe et selon les croyances religieuses. Mais pour l'instant le principe encore en vigueur est l'égalité d'âge d'accès aux différents droits et devoirs.
 
Il n'en a pas toujours été ainsi. Les premières voitures automobiles ne pouvaient intéresser que des adultes sans qu'il soit nécessaire que le parlement l'édictât. Plus loin dans le temps, le baptême n'était pas administré avant que le catéchiste le demande, qu'il ait sept ans ou trente (sept ans étant l'âge canonique de raison). On devait porter les armes dès qu'on pouvait physiquement les porter, donc il valait mieux apprendre tôt à s'en servir. Aujourd'hui encore dans certaines sociétés primitives les jeunes gens sont admis dans la société des adultes, parfois par le biais d'une cérémonie d'initiation, lorsque leur croissance physique semble accomplie, qu'ils aient treize ans (éventuellement encore glabres) ou dix-neuf, et on s'accouple (se met en couple) dès que le développement sexuel, physique et psychologique, le permet. Si la France a été obligée de relever récemment de 15 à 18 ans l'âge minimum du mariage pour les femmes à cause des mariages forcés dans les familles de la nouvelle société, il reste possible à l'homme comme à la femme de se marier plus tôt, moyennant dispense républicaine et autorisation parentale, et le mariage émancipe alors les époux mineurs. Le même principe existe d'ailleurs dans tous les pays où il est possible à un mineur de se marier, soit avec autorisation parentale soit avec dispense gouvernementale : dès qu'un mineur se marie il est proclamé majeur.
 
Avant la révolution dite française, le mariage religieux portait effet civil, or l'âge canonique minimum pour se marier étant de seize ans pour les hommes et quatorze ans pour les femmes (ancien canon 1067 et nouveau canon 1083), le mariage d'une personne mineure emportait son émancipation, de jure dans certains domaines et de facto dans d'autres. La question ne se pose certes plus depuis 1792, car l'Etat ayant nationalisé l'Eglise (dénationalisée sans ses biens en 1905), non content d'ôter tout effet civil au mariage religieux ou de simplement cesser de le reconnaître, il a carrément interdit la célébration d'un mariage religieux non précédé de mariage civil, interdiction qui gagnerait d'ailleurs à être signifiée ou rappelée aux ministres des religions nouvelles en France.
 
Il y a deux générations un courant soixante-huitard clamait qu'on mûrissait plus vite à une époque de communication sans censure et de révolution des moeurs, que les jeunes de dix-huit ans étaient alors aussi adultes que leurs aînés à vingt et un, et on a réduit l'âge minimum pour voter, pour conduire, la majorité légale, puis de nouveau l'âge pour conduire. Et une génération plus tard on a eu l'impression qu'on mûrissait moins vite à une époque d'assistanat total, de rentrée dans le rang du confort post-révolutionnaire, d'absence de service militaire, de report d'âge du premier emploi et de prolongation de la dépendance économique des parents. La vérité est que ni à vingt et un ans en 1970 ni à dix-huit ans en 2010, un homme ou une femme n'est tenu d'être aussi responsable que leurs ancêtres l'étaient par nécessité au Moyen-âge, où l'on était mère, chevalier ou orphelin à quinze ans, chargé de famille ou soutien de domaine.
 
Mais le statut de mineur apporte un certain nombre d'avantages, au-delà de l'obligation alimentaire parentale qui ne s'éteint d'ailleurs pas à la majorité. Les intérêts économiques d'un mineur sont protégés contre sa propre immaturité par un responsable légal, parent ou tuteur, dont les actes sont contrôlés par un juge des tutelles, ses intérêts affectifs et éducatifs le sont également par les services sociaux de l'enfance, également sous contrôle de la justice, et il est même considéré civilement irresponsable puisque, en France du moins, ce sont les parents qui doivent répondre, sur leur responsabilité civile, de tout dégât causé par leur enfant mineur. Mais le plus gros des avantages légaux de la minorité est l'immunité judiciaire.
 
C'est d'ailleurs pour cela que certains délinquants, pour certains par tradition immémoriale et pour d'autres par réflexion récente, font commettre leurs forfaits par des mineurs (consentants ou forcés), du vol de poules à la vente de stupéfiants. Il y a même dans certains pays un trafic de mineurs, intra-familial ou après enlèvement, pour nourrir des filières criminelles, et pas seulement en Egypte comme on le dénonçait dans la Huitième Plaie au sujet des réseaux d'esclavage en Italie, mais également en Europe orientale. Le phénomène de l'utilisation de mineurs pour commettre des délits n'est pas nouveau, mais c'est de crimes qu'il s'agit de plus en plus depuis quelques années.
 
En France même l'immunité judiciaire des mineurs, assortie de la luxueuse prise en charge des mineurs isolés étrangers, a fait exploser depuis quelques années le phénomène de la déclaration mensongère de minorité de la part d'intrus clandestins, au point qu'aujourd'hui seule une petite minorité des immigrés isolés déclarés et reconnus mineurs l'est réellement, la très grande majorité d'entre eux étant constituée d'adultes. Ce sont chaque année des dizaines de milliers d'adultes qui entrent illégalement en France, documents d'identité soigneusement détruits, pour y être abusivement pris en charge comme mineurs. Le phénomène est numériquement si important que le législateur a dû introduire en mars 2016, à l'article 388 du code civil, la possibilité de déterminer l'âge d'un prétendu mineur par examen radiologique, tout en s'empressant certes d'y ajouter la nécessité de l'accord préliminaire de l'intéressé.
 
Or, nonobstant les questions de maturité intellectuelle et affective évoquées ci-dessus, il est indéniable qu'on assiste à une croissance rapide de la commission de violence par des mineurs, et de violence extrême. Il ne s'agit plus seulement de délits mais de crimes, de crimes atroces, et de crimes commis collectivement et en série. On peut y voir des facteurs environnementaux, comme la diffusion à grande échelle de la violence, et de la pornographie violente, sur tous les supports à la portée des jeunes, historiquement la télévision, puis les jeux électroniques et enfin internet. On peut aussi y voir des facteurs socio-éducatifs, comme l'expansion d'une idéologie qui d'une part légitime l'usage de la violence, et d'autre part définit des castes de nature inégale dans la société. Cette idéologie est particulièrement répandue, dès l'enfance, parmi le segment de population qu'elle encourage à user de violence vis-à-vis des autres segments, puisque c'est justement l'adhésion à cette idéologie qui, selon elle, définit les castes et autorise celle qui y adhère à être violente envers celles qui lui sont réfractaires. Mais un autre facteur d'encouragement est certainement l'assurance de l'impunité, alors que les arsenaux pénaux des sociétés civilisées ont précisément pour objet d'être dissuasifs afin de remplacer la punition, qui touche des coupables ayant fait des victimes, par la prévention, qui évite qu'il y ait des victimes et donc des coupables. Mais les quelques propositions d'abaissement de la majorité pénale présentées depuis quelques années s'intéressent plus aux conséquences du délit pour le délinquant qu'aux conséquences du crime pour la victime.
 
Au sujet des conséquences pénales pour le criminel selon les caractères de la victime, un nouveau concept s'affirme et devient l'objet d'un débat coriace en France en ce moment même. Afin de réformer l'ancienne notion de circonstances aggravantes en cas d'atteinte aux plus faibles, et de canaliser l'intime conviction des juges en la matière, le gouvernement veut faire codifier par le législateur l'âge limite de l'indéfense et même de l'inconsentement des victimes. Ce débat est l'occasion d'affirmations fortes de la part de prétendus (ou sincères) défenseurs des victimes, qui en demandant la fixation d'un âge aussi élevé que possible entendent défendre ainsi les victimes mineures, sans se rendre compte qu'elles cautionnent de la sorte l'établissement d'une présomption de consentement, et se retrouvent en réalité dans le même camp que leurs apparents opposants, qui eux souhaitent l'abaissement de l'âge du consentement qu'ils interprètent comme une émancipation plus précoce et donc une progression de la liberté sexuelle. Les tenants de la nouvelle ou future société, eux, se réfèrent à un vieux texte normatif qui mentionne certes des âges, mais aussi définit la puberté par l'apparition des premières règles, et où l'on chercherait en vain la moindre mention d'une notion de consentement féminin. Au final toute définition, dans le code français, d'un âge déterminé au-delà duquel le consentement d'une victime déclarée serait présumé (et opposable à ses déclarations) jusqu'à preuve du contraire, joue en faveur non seulement des négateurs de la nécessité d'un consentement (qui souhaitent la dépénalisation des actes envers autrui à consentement unilatéral), mais également en faveur des crimes commis collectivement plutôt qu'individuellement, donc permettant l'immobilisation d'une victime sans laisser de traces de coups, comme en atteste l'évolution des pratiques sexuelles criminelles en Europe septentrionale. En France même, le refus d'enregistrement policier des plaintes pour viol en l'absence de traces de coups (voire d'incapacité totale de travail supérieure à huit jours) a singulièrement réduit la définition du viol, qui comprenait autrefois l'imposition de relations sexuelles par violence, contrainte, menace ou surprise, c'est-à-dire intimidation, violence psychologique voire abus d'une situation de faiblesse que l'on peut évidemment provoquer par altération de l'état de conscience (drogue ou simple ivresse). La tendance judiciaire, sous impulsion gouvernementale parfois couverte par manipulation législative, est d'une part à la requalification du crime de viol en délit de violence sexuelle, et d'autre part à l'extension des cas d'impunité.
 
Pour mettre fin à l'assurance d'impunité il faut commencer (ce n'est certes pas suffisant) par mettre fin à l'immunité. On peut certainement, le nécessaire débat parlementaire le tranchera, conserver une immunité des mineurs en matière délictuelle, mais il devient impératif de mettre fin à l'immunité criminelle d'ailleurs plus de fait que de droit. Le droit canon, cité plus haut, connaît une notion ignorée du droit civil et du droit pénal, en l'occurrence celle d'âge de raison. Depuis des siècles il fixe invariablement cet âge de raison à sept ans. Il est indubitable qu'à cet âge-là on a compris ce qu'est la mort, et on sait donc ce que signifie tuer, ce qui correspond à la capacité de discernement, que l'article 122-8 du code pénal français considère comme une circonstance particulière pas toujours présente. Or si le mariage, c'est-à-dire la responsabilité de pouvoir donner la vie, émancipe le mineur, il doit pouvoir en être de même de la responsabilité d'avoir ôté ou détruit une vie.
 
Le concept d'irresponsabilité pénale pour minorité est une convention, qui comme toute convention doit pouvoir être révisée lorsque des évolutions de la société deviennent durables. Il faut instituer l'émancipation par le crime. Après l'article 413-1 du code civil sur l'émancipation par le mariage, on pourrait ajouter un article selon lequel "le mineur est émancipé de plein droit par la commission d'un crime".

la guerre de Corée n'aura pas lieu

La peur des États-Unis a rapproché les deux Corée.   Contrairement aux deux Soudan (voire dans une moindre mesure aux deux Yémen) l...