dimanche 14 avril 2019

l'offensive de déstabilisation de l'Algérie semble victorieuse

La déstabilisation de l'Algérie, qu'on annonçait il y a six mois (http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.html) et dont on constatait le lancement le mois dernier (http://stratediplo.blogspot.com/2019/03/destabilisation-de-lalgerie.html), est désormais bien engagée et le processus est maintenant difficilement réversible.
 
Les foules qui ont spontanément et simultanément, dans tout le pays, décidé de manifester dans la rue en sortant des mosquées vendredi 22 février, continuent de le faire tous les vendredis et même depuis peu dans la semaine, en dépit de l'obtention de ce que la presse présentait comme la demande simple, mais non négociable, de ces foules. La rue est échauffée, les foules dites non coordonnées sont emballées et, comme un cheval qui a pris le mors aux dents, elles ne seront pas faciles à arrêter, comme l'expliquerait l'indémodable sociologue Serge Moscovici. D'ailleurs personne n'a cherché à le faire, puisque, compte tenu de la sympathie affichée à l'étranger pour le mouvement, toute la gent politique algérienne s'est sentie obligée de se déclarer immédiatement solidaire dudit mouvement. La classe politique lui a ainsi apporté une caution aveugle puisque le mouvement n'avait alors aucun chef apparent, et aucun programme avoué, donc aucune revendication spécifique ultime dont la satisfaction pourrait garantir la fin des protestations.
 
Il peut être utile ici de revenir sur les enchaînements politiques récents. Le 26 mars le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et vice-ministre de la Défense (le ministre en titre étant le président de la république), a appelé le Conseil Constitutionnel à constater l'incapacité totale du président et à lancer le processus d'empêchement, d'interim et d'organisation d'élection, tout cela en conformité avec la constitution qui prévoit effectivement la continuité des institutions en cas de vacance présidentielle. Faute de réaction du côté du Conseil, le général Gaïd Salah a renouvelé son appel, avec plus d'insistance, quatre jours plus tard.
 
Mais parallèlement, le 30 mars le général (à la retraite) Mohamed Mediène, l'éminence grise du régime dont le dernier coup de maître discret avait permis de renforcer la fonction présidentielle (http://stratediplo.blogspot.com/2015/09/le-mythe-toufik-passe-lhistoire.html), a convoqué le général retiré et ancien président Liamine Zéroual (homme du compromis pendant la guerre civile), dont le nom circulait depuis deux semaines, avec l'accord forcé du général Athmane Tartag (successeur de Mediène à la tête du renseignement et de la sécurité) et de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président. L'ancien président se vit proposer de piloter une instance chargée de "conduire la transition", ce qui correspondait à une relance de la feuille de route annoncée par la présidence le 11 mars, à savoir une conférence nationale constituante, dont la conduite avait alors été officiellement confiée à l'homme de l'ONU Lakhdar Brahimi le même 11 mars, sur lequel des rumeurs de démission ont circulé plus récemment. En fait l'initiative du général Mediène consistait en une investiture dictatoriale (au sens antique), le dictateur recevant les pleins pouvoirs pour un mandat bien déterminé (transition vers une nouvelle constitution) de salut public, de la part de l'ancien pilier du régime (Mediène) qui obtenait pour cela l'allégeance de la nomenklatura (Bouteflika) et des services sécuritaires (Tartag).
 
Ne se sentant vraisemblablement pas à la hauteur de la tâche, et prétextant l'écoute démophile de la rue, Liamine Zéroual a refusé ce mandat. C'est pourtant bien ainsi qu'avait procédé le père de l'indépendance de l'Algérie en mai 1958, brandissant de plus la menace militaire (opération Résurrection), en exigeant du président de la IV° république et du président du conseil les pleins pouvoirs pour fonder un nouveau régime, c'est-à-dire pour renverser la IV° république (française) ; assurant ironiquement ne pas avoir l'intention de "commencer une carrière de dictateur" à 67 ans, il mit effectivement fin à sa dictature quelques mois plus tard en s'investissant président d'un régime présidentiel taillé par ses soins à ses mesures.
 
De son côté le général Gaïd Salah, inflexible constitutionnaliste (et donc évidemment pas associé au projet de Mediène), a immédiatement dénoncé un complot anticonstitutionnaliste de la part de personnes sans mandat ni autorité politique, et insisté sur la solution légale, à savoir le constat de la vacance de la présidence et le déclenchement du processus constitutionnel menant à l'organisation d'une élection présidentielle sous 90 jours, par le président du Conseil de la Nation (sénat) automatiquement chargé de l'interim des fonctions de chef de l'Etat.
 
C'est bien là l'alternative qui incarne la déstabilisation de l'Algérie. Cela fait une bonne décennie que Mediène poussait à traiter séparément dans le temps la question de la réforme constitutionnelle et celle de la succession générationnelle, que la nomenklatura (que l'opinion réduit au ventriloque marionnettiste Saïd Bouteflika qui n'est soi-même qu'une marionnette) a repoussé jusqu'à l'inévitable collision des deux nécessités dans l'urgence dictée, au prétexte circonstanciel de l'élection présidentielle, par les puissances qui ont décidé l'année dernière de faire sauter l'obstacle algérien au déversement de l'Afrique en Europe, et ont peut-être quelque chose à voir avec l'impulsion spontanée télépathique massive du 22 février à manifester par millions en sortant des mosquées. L'alternative est entre un grand chantier de changement de régime et un changement organisé de personnel politique.
 
Un changement organisé de personnel politique suppose l'organisation d'élections d'abord présidentielles puis législatives, sous le pilotage temporaire des autorités intérimaires prévues par la constitution, qui dans un souci de stabilité interdit la démission du gouvernement, la dissolution de l'assemblée, la candidature du chef d'Etat par interim (le président du sénat) à la présidence de la république, ainsi que toute modification constitutionnelle (ou légale majeure) précipitée. Les modifications constitutionnelles par un parlement représentatif des souhaits les plus récents de la population ne peuvent avoir lieu qu'après l'élection d'un nouveau parlement, elle-même consécutive à l'élection présidentielle. C'est l'option démocratique, où le nombre de voix écrites comptées dans les urnes l'emporte sur le volume estimé des vociférations dans la rue. La presse qui se dit à l'écoute du peuple pourrait soutenir cette solution, demandée par le chef de la seule institution en laquelle les Algériens aient infailliblement confiance, à savoir l'armée. Mais au contraire, pour complaire à l'étranger par une interprétation révolutionnaire des mouvements massifs mais pacifiques et sans revendication précise, la presse promeut le lancement désordonné d'un grand chantier de changement de régime, tout en refusant "par principe" qu'il soit conduit selon la proposition gouvernementale du 11 mars d'une conférence nationale constituante sous gouvernement transitoire. Le mot d'ordre non-dit est l'anarchie (commencer par tout détruire), qu'on s'interdit d'appeler chaos au prétexte de la bonne volonté des masses populaires censée n'avoir pas besoin de méthodologie.
 
La solution Mediène est finalement une tentative de compromis, mais de compromis ferme pour mise en oeuvre rapide (prendre de court les déstabilisateurs), à savoir reconnaître le caractère exceptionnel de la crise qui met en danger le pays, entériner le besoin d'un changement de régime en-dehors du cadre fourni par la constitution, et confier arbitrairement à une équipe compétente le lancement d'un chantier refondateur sur la base d'un compromis inclusif avant l'effondrement total de l'Etat. Mais c'est aussi un premier bousculement de la constitution, qui en théorie légitime toute autre dérive ultérieure, selon le paradigme bien connu des théoriciens de la révolution : accepter le principe de la révolution interdit d'en concevoir la fin.
 
Le problème est que l'essentiel de la ressource politique compétente, tant celle susceptible de conduire la transition que celle susceptible d'assurer la relève, a déjà accepté le discours de l'anarchie bienveillante (à l'opposé de l'empirisme organisateur), déclare s'en remettre à la rue et refuse de participer à toute discussion ou réflexion sur le futur ou la méthodogie. Les uns après les autres, les politiciens démissionnent voire même abandonnent leurs fonctions au sein des partis politiques, comme pour se dégager de toute responsabilité quant à l'avenir du pays, ou simplement prétendre se recréer une "virginité" hors gouvernement et hors partis, à la manière Chirac ou Macron. Cette fièvre du lavement de mains a touché jusqu'à Saïd Saadi, autrefois espoir d'une alternance compétente, et contraint les journalistes à questionner les seuls qui osent encore exprimer une opinion, comme la trotskiste Louisa Hanoune... ou les islamistes au début discrets.
 
Dimanche 31 mars la présidence de la république a officiellement nommé les membres du gouvernement Bedoui, le deuxième puisqu'un premier gouvernement Bedoui avait été nommé le 11 mars. Hormis six ministres reconduits (dont le premier ministre, le vice-ministre de la Défense...), ce gouvernement est essentiellement constitué de pointures de seconde catégorie, les vrais politiciens sollicités s'étant certainement faits porter pâles malgré l'interdiction de sortie de territoire imposée par le ministère de la Défense à tous les apparatchiks et suspects de corruption. Le seul aspect notable de la nouvelle équipe gouvernementale en est la disparition des hauts agents de la "communauté internationale", Ramtane Lamamra nommé vingt jours plus tôt ministre des Affaires Etrangères et Lakhdar Brahimi chargé vingt jours plus tôt de conduire la conférence nationale constituante, dont des rumeurs sur leur hésitation à s'engager pour le sauvetage de l'Algérie avaient vite suivi leur nomination... pourtant certainement acceptée avant annonce. Le retrait de Lamamra du ministère des Affaires Etrangères a d'abord été interprété comme l'indice d'une intention de le nommer le 1er avril au sénat, dont il aurait pu être choisi président et donc futur chef de l'Etat par interim, en remplacement du très décrié Abdelkader Bensalah (qui n'aurait eu qu'à démissionner de la présidence du sénat pour laisser la place), mais ce ne fut finalement pas le cas, Lamamra ayant décliné l'offre au dernier moment.
 
Le 2 avril la présidence de la république, qui avait annoncé la veille l'imminence de décisions importantes, a simplement communiqué la démission du président Abdelaziz Bouteflika, et le 3 avril le Conseil Constitutionnel a notifié au parlement la vacance présidentielle, et donc l'accession automatique du président du sénat Abdelkader Bensallah à l'interim des fonctions de chef de l'Etat. Les ragots sur une possibilité de nationalité étrangère (marocaine) de ce dernier sont sans intérêt puisque la constitution n'exige pas dudit intérimaire les mêmes conditions que pour un président de la république. Une élection présidentielle doit avoir lieu pendant le mandat intérimaire de 90 jours, et est déjà annoncée pour le 4 juillet, et le chef d'Etat par interim n'a aucun pouvoir constitutionnel ou même gouvernemental, ne pouvant par exemple même pas accepter la démission d'un ministre, ce qui gèle non seulement la constitution mais également la composition du gouvernement. Dès le début de la semaine tout le monde, y compris la presse gouvernementale, notait déjà l'impopularité et le défaut d'autorité du nouveau gouvernement, les "ministres" stagiaires étant hués voire éjectés à chacune de leurs apparitions publiques, ce qui ne peut que conforter la décision des vrais politiciens de se faire oublier pendant quelque temps et d'éviter le processus de transition.
 
Parenthèse, le 5 avril la communication gouvernementale a annoncé le limogeage du général Athmane Tartag, qui dépendait directement de la présidence de la république, et le rattachement de tous les services de sécurité au ministère de la Défense. Cette restructuration n'a pu légalement intervenir qu'avant le 2 et, affaiblissant le régime politique pour renforcer le pilier militaire, pourrait indiquer un ralliement du général Mediène, sinon à la solution constitutionnelle prônée par le général Gaïd Salah, du moins à la seule institution solide, l'armée.
 
Evidemment le 5, les manifestations du vendredi ont eu lieu pour la septième fois, comme si rien n'avait changé (et encore avant-hier 12 avril). De leur côté les chefs des deux principaux partis islamistes, Abderrazak Mokri et Abdallah Djaballah, sont finalement sortis de la réserve censés les dissocier de ces manifestations spontanées à la sortie des mosquées, pour appeler à une solution "consensuelle" c'est-à-dire non constitutionnelle. Ils exigent la démission du président du Conseil Constitutionnel Belaïz et du Conseil de la Nation (sénat) Bensallah, dont ils ne reconnaissent pas la nomination comme chef d'Etat par interim, ainsi que du premier ministre Bedoui et de tout le gouvernement. Ils estiment que la solution ne peut sortir que d'un préalable "vide institutionnel" (que la science politique nomme anarchie), à savoir la désintégration immédiate de toutes les institutions sauf l'armée, qui pourrait être chargée de conduire un dialogue national devant aboutir à la désignation d'une personnalité et d'une équipe consensuellement acceptées par le mouvement de contestation populaire. Voilà évidemment plus un voeu religieux qu'une méthodologie de changement, et plus l'assurance de conflits que de résultats.
 
A ce jour l'encouragement du maintien de la frustration de la rue, tant par l'étranger que par la presse algérienne complaisante envers la dynamique révolutionnaire et les rares politiciens qui ne veulent pas se faire oublier, semble compromettre tout retour à la normalité. Si l'armée n'obtient pas le rétablissement du respect de la constitution, les agitateurs obtiendront ce qu'ils demandent ouvertement, l'écroulement de tout le système, car comme on l'écrivait le 17 octobre "bousculer le régime serait détruire l'Etat". La suite sera écrite d'une part par des événements anarchiques pouvant mener à la guerre civile, et d'autre part par les (deux) grands commis de l'étranger qui avaient été prépositionnés pour la "transition" puis se sont retirés pour ne pas devoir la conduire dans un cadre organisé. Ceci rappelle le fameux conseil de l'ambassadeur Warren Zimmerman au président Alija Izetbegovic, après la signature de l'accord de Lisbonne du 22 février 1992...
 
La déstabilisation de l'Algérie semble acquise.

mercredi 13 mars 2019

déstabilisation de l'Algérie

La fièvre du vendredi matin, que l'on constatait en Syrie en juin 2011, touche à présent l'Agérie. Elle ne saurait surprendre ceux qui ont vu se multiplier les préparatifs en vue de la déstabilisation qu'on annonçait le 17 octobre 2018 (http://stratediplo.blogspot.com/2018/10/tant-qua-destabiliser.html).
 
A peine un mois après cet article, un groupe de 43 "syriens" infiltrés clandestinement par la frontière malienne a été arrêté près de Tamanrasset. En langage algérien cela signifie, comme dans le cas des dits "afghans" des années quatre-vingt, des mercenaires d'origines diverses ayant servi en Syrie, mais du moins sait-on qu'il s'agissait d'arabophones, pas de Français (plus gros contingent européen détaché en Syrie). Il y avait en tout cas parmi eux de vrais Syriens, anciens officiers déserteurs passés aux forces islamistes. Porteurs de grosses sommes d'argent destinées au recrutement de réseaux en Algérie, ils se sont réclamés de l'Armée Syrienne Libre (faction soutenue notamment par la France), ont en effet bénéficié immédiatement de pressions étrangères en vue de leur libération et surtout de leur éviter un renvoi vers la Syrie, et ont été expulsés début décembre en direction du Soudan prêt à les recevoir, avec un groupe de Yéménites (ou islamistes arabes revenus du Yémen) d'effectif non diffusé. Quelques jours plus tard 53 Palestiniens ont été à leur tour capturés dans la région de Tamanrasset après leur infiltration. Puis le 8 décembre une trentaine de "syriens" a encore été capturée à Tamanrasset, et d'autres encore à Ghardaïa. Quelques individus avaient quitté la Syrie, après la défaite de l'Etat Islamique, par la Jordanie, mais la grande majorité étaient passés par la Turquie d'où ils avaient ensuite été acheminés par avion vers Khartoum, dotés là de faux passeports soudanais, transférés par voie aérienne à Bamako et de là par voie terrestre sous escorte armée.
 
Si des centaines de mercenaires islamistes ont été ainsi interceptés depuis novembre il est difficile d'estimer combien ont été introduits sans être interceptés. Le 2 janvier le ministère de l'Intérieur a révélé que des centaines de "syriens" avaient ainsi été capturés, après leur entrée clandestine par la frontière malienne alors que les Syriens n'ont pas besoin de visa pour se rendre légalement en Algérie, et a annoncé des mesures comme l'interdiction formelle aux Syriens d'entrer par la frontière sud dans un pays qui a accueilli légalement 50000 vrais réfugiés syriens depuis le début de la guerre. Pour sa part le Mali ne cache pas son hostilité (récente) envers l'Algérie, coupable d'avoir décidé en 2017 l'expulsion du cinquième de la centaine de milliers de clandestins dits subsahariens (parmi lesquels on estime 5% d'islamistes), et d'y avoir procédé de manière à dissuader la récidive, en déposant ces clandestins "en plein désert", en l'occurrence sur la route mais à la frontière puisque l'armée algérienne ne saurait faire incursion en territoire malien. Ainsi la police malienne n'a pas empêché l'attaque et le saccage de l'ambassage algérienne à Bamako par des "refoulés" le 12 mars de l'année dernière. Certes le nord du Mali, par où passe l'infiltration des mercenaires islamistes pour entrer en Algérie, est pour sa part pratiquement contrôlé par la France, au nom de l'Union Européenne.
 
Parallèlement aux infiltrations d'islamistes étrangers l'armée algérienne a découvert des centaines de caches le long des frontières orientales et méridionales, avec bien sûr des stocks alimentaires et du carburant mais surtout de l'armement, y compris collectif, antichar (lance-roquettes) et antiaérien sophistiqué (missiles). En matière d'armement individuel la presse algérienne déclare que l'armée a saisi en quelques mois, fin 2018, quarante-huit millions de munitions (il y a peut-être un zéro de trop). Et fin décembre un cargo chargé d'armement, provenant de Turquie, a été appréhendé à son arrivée en Tripolitaine. Il est difficile d'attribuer tout cela à un mouvement spontané, pas plus que les recommandations de gouvernements européens envers leurs ressortissants d'éviter, en cas de tourisme au Maroc, la zone frontalière avec l'Algérie.
 
C'est pourtant très spontanément qu'ont éclaté les manifestations monstres du 22 février, immédiatement qualifiées de protestations à l'annonce de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle du 18 avril, mais dont il n'est pas interdit de se demander si elles n'auraient pas spontanément trouvé un autre motif au cas où celui-là ne se serait pas présenté. En effet si une telle mobilisation avait eu lieu deux mois plus tard, dans les isoloirs habituellement massivement boudés par l'électorat algérien, un candidat honni n'aurait certainement pas pu être élu. Et d'ailleurs peu d'Algériens croient que c'est la momie présidentielle qui gouverne réellement leur pays, entre ses séjours médicaux en France. Sans le moindre préavis sur "réseau social", des centaines de milliers d'Algériens sont sortis dans la rue pour manifester dans quasiment toutes les grandes villes, y compris à Alger où c'est interdit depuis 2001. La presse, prise par surprise, ne l'a ni vu venir ni même rapporté le soir, et a dû s'informer et se concerter dans la nuit pour rendre compte de l'événement le lendemain samedi. Plus de trois semaines plus tard tout le monde assure ignorer qui a appelé à cette marche du vendredi 22 février, qui s'est ensuite reproduite vendredi 1er mars, puis vendredi dernier 8 mars et se reproduira certainement vendredi prochain 15 mars. Dans tout le pays, en fin de matinée et en synchronie surprenante, les gens se sont spontanément mis à manifester en sortant des dizaines de mosquées des grandes villes, comme si une révélation prophétique leur était soudainement apparue sans que personne ne leur donne de consigne.
 
Il y eut certes une exception, à Bougie, la ville dont le régime fondé par le colonel de Gaulle entend faire oublier qu'elle a donné son nom français à la chandelle de cire. Vendredi 22 février, dans son homélie, le moufti de Bougie a appelé ses ouailles au calme et au respect de l'ordre constitutionnel dans la période troublée que traversait le pays. Ignorant ce qui se passait au même moment dans d'autres mosquées, et donc choqués qu'un ministre du culte se mêle soudain de politique, et de plus qu'il appelle la population kabyle à soutenir le régime arabe, de nombreux fidèles sont alors sortis de la mosquée. C'est certainement par une heureuse coïncidence, ou une inspiration divine, que ce moufti a appelé au respect de l'ordre au moment même où dans de nombreuses mosquées du pays des centaines de milliers de personnes acquéraient collectivement l'idée de manifester spontanément en sortant.
 
Le 9 mars un appel à la grève générale de cinq jours a été lancé, paraît-il par un petit syndicat méconnu, très généralement diffusé et relativement bien suivi le 10 mars. A ce sujet il faut savoir que la culture syndicale et gréviste n'est pas la même en Algérie qu'en France. Dans un pays socialiste les employés ne servent pas le grand capitalisme privé mais la population, et dans un pays pauvre ils savent que ce sont leurs compatriotes qui souffriront de toute interruption des services essentiels. Un bel exemple est celui du métropolitain d'Alger, dont la grève consiste à débrancher les distributeurs de tickets et fermer les guichets (plus quelques bouches de métro) afin que les usagers puissent utiliser le transport public gratuitement. Dans certaines villes, une sorte d'incertitude quant à l'ampleur et la suite des événements a fait fermer pratiquement tous les petits commerces, mais en même temps les commerçants discutaient avec leurs clients sur le trottoir des difficultés qu'entraînerait la prolongation de cette grève. Tous les débats publics, oraux ou écrits, montrent que l'opinion est très divisée et n'est certainement pas majoritairement acquise à une véritable grève de cinq jours. Là comme en matière de manifestation, la seule coordination qui soit apparue au grand jour est celle des étudiants, rejointe aujourd'hui par les enseignants. Des étudiants préparent aussi un service d'ordre pour contrer les provocateurs, introduits vendredi dernier en marge des manifestations pacifiques comme à Kiev il y a cinq ans.
 
Rapatrié d'urgence par vol bleu de Genève où il était hospitalisé, l'homme faible du régime a annoncé avant-hier lundi 11 sa mission ultime de fondation d'un nouveau régime, le report de l'élection présidentielle, un remaniement ministériel, le lancement d'une grande "conférence nationale" ou remue-méninges devant préparer pour fin 2019 un projet de constitution pour soumission à referendum, la tenue ensuite d'une élection présidentielle conforme aux prédicats étrangers, la formation d'un gouvernement de transition avant l'élection présidentielle, et le retrait du dictateur (au sens classique de chargé de mission exceptionnelle avec pleins pouvoirs) à l'issue de l'élection présidentielle.
 
En Algérie comme à l'étranger l'annonce présidentielle a été perçue comme un projet de prolongation du mandat et du régime, et donc reçue négativement par les aspirants au changement et positivement par les tenants de la stabilité. En Kabylie la réaction assez générale des journaux et des réseaux sociaux semble être un appel à la sécession.
 
Plus franchement encore que lors de l'interruption du processus électoral parlementaire en décembre 1991, les gouvernements des grandes puissances ont officiellement déclaré approuver le plan gouvernemental, à l'exception notable de l'allié de l'Algérie, la Russie, qui conformément à sa doctrine de non-ingérence et au droit international déclare ne pas se prononcer sur une question interne. Dans les Etats de non-droit comme les Etats-Unis et les pays arabes la presse commente le fond de la décision gouvernementale, en Europe quelques médias comme Le Monde et la BBC soulignent qu'elle viole la constitution algérienne, sans pour autant la qualifier de coup d'Etat comme le fait une partie de la presse algérienne. D'une manière générale l'ensemble de la presse occidentale dépendante des agences monopolistiques des pays de l'OTAN (AFP, Reuters et AP), suivie par la presse des pays arabes, dénonce la manoeuvre gouvernementale et annonce le chaos. L'illustre libérateur de la Cyrénaïque et éminence grise du gouvernement français, connu pour ses appels au bombardement de Belgrade puis de Moscou au siècle dernier et plus récemment sa prose d'appel à la haine contre le président russe, a dès lundi appelé la population algérienne à la révolution.
 
En réalité un certain nombre de puissances et de pouvoirs étrangers attendaient ou préparaient la déstabilisation. Quelques jours après les manifestations surprise du 22 février, Amnesty International et ses soutiens ont fortement appelé les forces de l'ordre algériennes à la retenue en vue des manifestations du vendredi suivant. Cette ingérence est particulièrement notable alors que seuls 41 activistes violents avaient été interpellés (et libérés au bout de quelques heures) sur des centaines de milliers de manifestants, quand en France les manifestations de, paraît-il, quelques dizaines de milliers de personnes le samedi (le néo-poujadisme est constitué de travailleurs) donnent lieu à des milliers d'arrestations et de placements en garde à vue ou défèrements immédiats. Elle surprend aussi dans la mesure où la police a unanimement toléré (et parfois accompagné) les manifestations, y compris à Alger où elles sont prohibées, en singulier contraste avec la France, condamnée en cela par le Parlement Européen, où chaque manifestation donne lieu à des violences gouvernementales inouïes avec tortures et mutilations ciblées.
 
Algérie Patriotique de ce mercredi relaie, avec force détails troublants, des révélations persanes sur les préparatifs organisés de la déstabilisation de l'Algérie (www.algeriepatriotique.com/2019/03/13/un-plan-de-destruction-de-lalgerie-est-entre-en-action-a-partir-du-maroc/). Dans un centre de coordination installé à Rabat, un certain nombre d'agents étatsuniens, marocains et de spécialistes d'Otpor (l'agence initialement serbe financée par Soros pour les "révolutions de couleur") travailleraient depuis déjà un an à la planification, au financement et au ravitaillement de mouvements activistes en Algérie, et des cadres algériens auraient suivi là six mois de formation intensive. Deux douzaines d'officiers étatsuniens, marocains, serbes et français (et quelques Algériens félons), seraient déjà à pied d'oeuvre dans deux états-majors de conduite opérationnelle déployés à Oujda et Errachidia (Maroc), et des dizaines d'autres formeraient déjà un millier de futurs miliciens dans trois camps d'entraînement (dont un en Mauritanie), tandis que deux bases de soutien logistique auraient été installées en Tunisie.
 
Pourtant le gouvernement algérien s'est conformé aux discrètes injonctions uniopéennes et françaises de revirement politique en matière migratoire. Dès le 14 février, donc avant le déclenchement de la crise actuelle, Ramtane Lamamra, ancien ministre des Affaires Etrangères, a été désigné conseiller diplomatique spécial auprès de la présidence, comme pour superviser ou court-circuiter le ministre des Affaires Etrangères. "Kabyle de service" comme disent les Berbères, diplomate de formation et spécialiste de l'Afrique (subsaharienne surtout), Lamamra est un homme de l'Union Africaine et de l'ONU, qui a accompli de multiples missions pour l'une et l'autre, ainsi que pour diverses agences du système onusien. Son aversion pour la politique de contention de l'immigration illégale subsaharienne n'est pas un secret. Estimé par les hauts fonctionnaires internationaux, il est particulièrement apprécié de Federica Mogherini, ministre des Affaires Etrangères de l'Union Européenne. Il est membre du conseil d'administration de la fameuse officine de conception et déclaration de crises déstabilisatrices International Crisis Group.
 
L'hospitalisation d'Abdelaziz Bouteflika à Genève, au surlendemain des premières manifestations spontanées à la sortie des mosquées, était en fait un paravent à des consultations discrètes organisées par son frère Saïd à l'avance, puisque les visites ont débuté le jour même de leur arrivée, dimanche 24 février. Un envoyé spécial de haut rang du président Emmanuel Macron a même été reçu en même temps que Ramtane Lamamra, et dès lundi 25 l'agence Reuters émettait l'hypothèse d'une remise directe du pouvoir présidentiel à Lamamra par Bouteflika. Diverses personnalités et diverses formules de transmission du pouvoir, manifestement préparées ailleurs, ont été présentées ou recommandées au président à l'occasion de plusieurs entrevues de courte durée. Le 2 mars Euronews a annoncé que le président allait annoncer la nomination de Lamamra comme premier ministre.
 
Finalement un remaniement ministériel a eu lieu avant-hier 11 mars. Ramtane Lamamra redevient ministre des Affaires Etrangères, mais aussi vice-premier ministre, poste nouvellement créé pour renforcer sa position alors qu'il eût suffi de le nommer ministre d'Etat, comme lors de son premier mandat de ministre des Affaires Etrangères et à la différence de son successeur d'alors, et prédécesseur d'aujourd'hui, Abdelkader Messahel autodidacte arabe dont les détracteurs algériens fustigent le français grossier et l'arabe primaire. L'étranger, surtout, reprochait à Messahel son soutien dès juillet 2017 à la politique de fermeté face à l'immigration illégale, mise en oeuvre par le premier ministre Ahmed Ouyahia devant l'accroissement subit des flux d'origine subsaharienne, la menace de leur transformation en une route clandestine massive vers la France, et dernièrement l'apparition d'une composante arabe islamiste en marge de ces flux. Accessoirement le Maroc lui reprochait sa dénonciation du premier narco-Etat au monde (en réalité après l'Afghanistan). Le premier ministre kabyle Ahmed Ouyahia a été démissionné, selon le souhait de tous les appareils internationaux, uniopéens et crypto-gouvernementaux qui lui reprochaient depuis sa nomination en 2017 son combat contre l'immigration clandestine, d'ailleurs soutenu par la population algérienne. Il est remplacé par l'Arabe anti-kabyle Noureddine Bedoui, apparatchik issu de l'administration préfectorale et ministre de l'Intérieur du gouvernement Ouyahia, chouchou des chancelleries occidentales et dont le mérite principal est d'avoir régulièrement manifesté son opposition à la politique de lutte contre l'immigration clandestine, et d'avoir lancé un recensement national vraisemblablement destiné à une régularisation massive.
 
Enfin, en marge du gouvernement, le président a aussi nommé, pour piloter la conférence nationale constituante, l'islamiste arabe Lakhdar Brahimi, haut fonctionnaire de l'ONU, ancien secrétaire général adjoint de l'ONU et de la Ligue Arabe, plusieurs fois représentant spécial du Secrétaire Général de l'ONU, membre du comité des Elders (chibanis) pour la Paix de l'ONU, grand pourfendeur de la souveraineté des Etats, et dont la mission impossible et hypocrite en Syrie ne lui a pas permis de faire valoir les talents de conciliation que nécessitent la convocation d'Etats Généraux en Algérie. Sa nomination ressemblerait presque à une mise sous tutelle internationale de l'Algérie en crise provoquée.
 
Lundi 11 mars, le pouvoir politique algérien semble avoir abdiqué sa souveraineté et ses frontières et mis le pays sous contrôle étranger en croyant éviter la déstabilisation qui entre en phase finale. Deux-tiers des Algériens d'aujourd'hui n'ont pas connu la guerre civile islamique des années quatre-vingt-dix et ignorent où va leur pays.
 
La description du pays "sapin" présentée en pages 93 à 100 du Septième Scénario de Stratediplo (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html) peut être utile à la compréhension des forces, faiblesses et capacités actuelles de l'Algérie.

vendredi 1 mars 2019

haro sur le Vénézuéla

On s'interroge sur les tenants et les aboutissants de l'imminente entrée en guerre des Etats-Unis d'Amérique contre le Vénézuéla.
 
Tout d'abord il faut remarquer que l'intention n'est pas nouvelle. On aurait des difficultés à recenser toutes les tentatives de coup d'Etat interne ou par des acteurs formés à l'étranger, de déclenchement de conflit frontalier, de déstabilisation post-électorale ou de provocation de soulèvement populaire, depuis une vingtaine d'années. Envers ce pays les intentions des Etats-Unis sont plus constantes, par exemple, qu'envers l'Iran, l'Irak, la Corée du Nord, la Libye ou d'autres puissances moyennes disposant d'alliés ou de moyens de rétorsion, ce que le Vénézuéla n'a pas. De plus les Etats-Unis peuvent toujours compter sur la rivalité voire l'inimitié traditionnelle du voisin occidental, dont ils continuent de contrôler la politique même si leur soutien militaire au gouvernement légal n'est plus "justifié" par leur soutien secret à la guérilla communiste, soutien qu'avait prouvé notamment le président Alberto Fujimori du Pérou (par lequel transitaient les armes étatsuniennes destinées aux Forces Armées Révolutionnares de Colombie).
 
Comme toujours, la politique des Etats-Unis est dictée par leurs intérêts économiques, à savoir la promotion et le soutien du dollar qui assure leur free lunch. Contrairement aux conclusions superficielles des journalistes, le pétrole n'intéresse pas directement les Etats-Unis, qui ne l'importent pas de ce pays et ne sauraient réalistement l'envisager. Pour mémoire en Irak l'une de leurs premières opérations, après l'abandon de la cotation du prix du pétrole en euro (motif réel de l'agression) et le rétablissement de sa cotation en dollar, fut non pas l'accaparement mais la destruction de la capacité de production pétrolière, pas encore restaurée quinze ans plus tard. Là comme ailleurs ce qui intéresse les Etats-Unis est la déstabilisation des producteurs et donc du marché international du pétrole par l'introduction de facteurs de chaos ou de risques de réduction soudaine de la production mondiale. Pour mémoire, eux-mêmes ne paient pas leur pétrole au tarif Brent du marché international mais à un tarif privilégié (le West Texas Intermediate) négocié auprès du Mexique et du Canada. Avec la hausse des tarifs pétroliers payables évidemment (sous peine d'invasion) en dollars, le monde entier a besoin de toujours plus de dollars et doit donc exporter ses produits vers les Etats-Unis où sont "imprimés" (sous forme électronique et illimitée) lesdits dollars.
 
Il y a certes eu une suspension temporaire de cette politique de déstabilisation des marchés pétroliers, ou du moins de son orientation à la hausse des cours. En effet les Etats-Unis ont (régulièrement) déclaré la guerre à la Russie en mars 2014, en raison de son acceptation de la réunion de la Crimée effrayée du programme de déportation des Criméens annoncé par le régime malorusso-galicien issu du coup d'Etat du 22 février en ex-Ukraine. Dès lors, en complément du blocus économique de la Russie, les Etats-Unis ont sapé les cours du pétrole en achetant (et revendant) par le biais de leurs deux compagnies pétrolières installées en Turquie le pétrole volé à la Syrie par leurs supplétifs islamistes et acheminé en Turquie par la noria de milliers de camions, qu'interrompra finalement l'intervention russe en octobre 2015. Les cours mondiaux du pétrole ont été plus que divisés de moitié, ce dont a évidemment souffert le premier exportateur mondial, la Russie, ainsi mise en difficulté économique.
 
Cependant cette politique de dommages à la Russie au moyen des cours pétroliers a montré ses limites. Tout d'abord la Russie a encore diversifié ses exportations, qui n'étaient d'ailleurs pas aussi monolithiques que les économistes étatsuniens cherchaient à le croire et faire croire, et est redevenue un exportateur majeur, par exemple, de produits agricoles grâce à une politique déterminée d'accroissement de sa production mais aussi de développement rapide d'une industrie de transformation agro-alimentaire. Accessoirement, elle a facilement augmenté ses exportations d'un armement plus moderne que celui de ses rivaux occidentaux, et qui a eu l'occasion de montrer son efficacité. Et justement, le résultat inattendu des préparatifs de guerre contre la Russie a été, après le rétablissement du niveau de vie de sa population meurtrie par le choc économique initial, le développement de nouvelles générations d'armement dans à peu près tous les domaines, assurant au pays une supériorité qualitative durable puisque dans certains domaines l'état actuel de la technologie ne permet pas de concevoir de parade à ses armements (hypersonique par exemple).
 
D'autre part les armements russes modernes sont bien plus compétitifs et meilleur marché que les armements étatsuniens périmés. Bien que le produit intérieur russe par tête soit encore, en termes de parité de pouvoir d'achat, inférieur de moitié à celui des Etats-Unis, et que la pression fiscale soit également inférieure (or les Etats-Unis sont eux-mêmes un paradis fiscal en comparaison avec les autres pays développés notamment européens), l'Etat russe est un bien meilleur gestionnaire de fonds publics que les Etats-Unis où sévissent le gaspillage et la corruption institutionnelle pudiquement appelée "surfacturation" et dont un colossal exemple est le programme failli de l'avion F-35. Les mesures économiques de coercition fallacieusement appelées "sanctions" n'ont rien arrangé, et si en 2013 un dollar permettait d'acheter vingt fois plus d'armement en Russie qu'aux Etats-Unis, en 2019 il permet d'en acheter vingt-cinq fois plus. Il faut ajouter à cela qu'en se concentrant sur les programmes défensifs ou dissuasifs le gouvernement russe disperse moins son budget que les Etats-Unis dont les forces armées servent une stratégie agressive (porte-avions, bases à l'étranger...).
 
En fin de compte les Etats-Unis ont été obligés de constater (discrètement) l'échec et l'inutilité de leur politique d'affaiblissement de la Russie par la réduction forcenée des cours mondiaux du pétrole, et reviennent à leur politique, constante depuis 1971 hormis cette parenthèse 2014-2018, de poussée des cours à la hausse, au moyen de l'instabilité internationale, censée tirer la demande mondiale de dollars.
 
L'autoproclamation présidentielle de l'ex-président de l'assemblée nationale vénézuélienne au lendemain de sa révocation par la cour suprême et constitutionnelle a certainement été dictée par les pays qui n'attendaient que cela pour lui accorder leur reconnaissance officielle, et la retirer simultanément au gouvernement vénézuélien. Mais la planification politico-militaire du conflit est antérieure, puisque certains pays membres de l'Union Européenne et de l'OTAN ont décidé dès l'année dernière d'enjoindre à leurs banques ne plus honorer les opérations interbancaires, par le système SWIFT, originaires ou à destination de toute banque filiale d'une banque vénézuélienne, et de spolier leurs clients. Ainsi, il y a déjà six mois, à l'occasion d'une demande de virement entre deux banques, dont une filiale de banque vénézuélienne, des citoyens de pays membres du Mercosur se sont vus refuser l'acheminement, mais confisquer 23% du montant, par des banques européennes apparues comme "intermédiaires SWIFT" entre deux banques sudaméricaines, juridiquement personnes morales non vénézuéliennes enregistrées dans des pays hors Vénézuéla. La déstabilisation ou l'attaque du pays était donc déjà décidée, et connue de certains pays et de leurs banques, avant le prétexte de l'autoproclamation présidentielle de Juan Guaido.
 
Du côté des Etats-Unis la longue litanie des tentatives de coup d'Etat ou de déstabilisation s'est aussi accompagnée de mesures économiques de coercition s'apparentant à un véritable blocus économique, dont la population vénézuélienne a sévèrement souffert, la destruction de la monnaie locale et l'hyperinflation ayant amené la misère et la famine, avec pour seul avantage de ne laisser aucun doute sur le caractère humanitaire des intentions étatsuniennes. Le droit international n'ayant pas accepté de restreindre la souveraineté des Etats au nom d'un hypothétique "droit d'ingérence humanitaire" que la diplomatie française entendait instaurer dans les années quatre-vingt-dix, et le Vénézuéla ne menaçant aucun pays, la dernière manoeuvre étatsunienne a consisté à tenter d'obtenir un bain de sang sur la frontière colombo-vénézuélienne. C'était le rôle de l'incursion par effraction d'un convoi prétendu humanitaire mais escorté par des militants armés qui n'ont pas hésité à faire le coup de feu et à jeter des coctels Molotov, contre la police des frontières tenue d'arrêter tout véhicule étranger cherchant à entrer clandestinement dans le pays sans visa ni soumission aux contrôles. La violation de la frontière par un tel convoi armé, qui plus est par une sorte de milice civile non identifiée ne portant pas l'uniforme de l'armée colombienne régulière (ce qui n'exonère pas la Colombie de sa responsabilité puisque ledit convoi venait de son territoire), ne pouvait être acceptée par un pays souverain.
 
Néanmoins il fut le prétexte à la saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU, compétent en matière de menace à la paix internationale, par le pays qui venait de menacer le Vénézuéla d'une agression armée, en l'occurrence les Etats-Unis, qui ont préparé un projet de résolution intimant au gouvernement du Vénézuéla de révoquer son président élu et de convoquer des élections extraordinaires. Ce projet de résolution n'a aucune chance d'être accepté par le Conseil de Sécurité mais permettra une fois de plus aux Etats-Unis de dénoncer une "obstruction" russe, et de faire diffuser par les trois agences de presse monopolistiques de l'OTAN l'idée d'une "crise vénézuélienne" à résoudre, alors que c'est d'eux que vient comme d'habitude la menace à la paix internationale.
 
Les Etats-Unis n'obtiendront vraisemblablement pas d'appui militaire de leurs alliés européens dans cette campagne, et donneront un cachet multinational à leur entreprise grâce au moins à la Colombie, qui se prépare à ce conflit depuis des décennies, et à l'approbation diplomatique de quelque îlots caraïbes. Cette guerre présente peu de risques d'extension en Amérique, sauf volonté expresse de l'agresseur, et ne changera pas le monde.

vendredi 11 janvier 2019

bonnes nouvelles de Strasbourg

Le sacrifice rituel célébré à Strasbourg par l'officiant Chérif Chekat a révélé un certain nombre de bonnes nouvelles pour les peuples de France.
 
L'affaire a confirmé que les listes d'officiants potentiels sont pertinentes puisque tous les pratiquants de ces dernières années se trouvaient sur ces listes, comme les services chargés du maintien de la discipline du vivier sacrificiel le vérifient, a posteriori, chaque fois. Les seules exceptions notables sont les nouveaux arrivés, comme l'équipe cérémonielle du 13 novembre 2015 qui venait tout juste de répondre à l'invitation franco-allemande du 24 août.
 
En l'occurrence, le Fichier des Personnes Recherchées, rubrique Sûreté de l'Etat (fameuses "fiches S"), contenait bien tous les mahométans dormants passés à l'action ces dernières années, et contient donc vraisemblablement tous les futurs candidats à l'action. Il serait plus justement nommé Fichier des Personnes Intéressantes mais Non Activement Recherchées, puisque même s'il contient des indications sur la conduite à tenir en cas de rencontre fortuite (mise à jour de la fiche...) il ne sert pas à rechercher en temps normal des personnes sur le territoire national, mais à rechercher des fiches dans le fichier, après événement anormal, pour démontrer à la presse l'efficacité des services étatiques. On pourrait certes arguer que, contrairement aux espions du Pacte de Varsovie à l'origine de la création de la rubrique Sûreté de l'Etat de ce fichier, la mise en pratique des enseignements mahométans, tant qu'elle reste à un niveau inorganisé, ne menace pas vraiment la sûreté de l'Etat autant qu'elle menace ou raccourcit la vie des citoyens. Le Fichier des Personnes (non activement) Recherchées comprend quatre cent mille fiches, mais la rubrique Sûreté de l'Etat  ne compte sauf erreur, après incorporation des Gilets Jaunes les plus en vue, que de l'ordre de trente mille fiches, dont un tiers d'agents mahométans. La bonne nouvelle est donc que ce fichier dormant des agents dormants existe, et semble à jour.
 
Pour sa part le Fichier des Signalements pour la Prévention de la Radicalisation à caractère Terroriste, créé il y a moins de quatre ans, comprend de l'ordre de vingt mille fiches, dont près de la moitié déjà désactivées selon l'hypothèse du caractère éphémère de la radicalisation non suivie du passage rapide à l'acte terroriste. Il semble qu'on n'ait encore trouvé aucun anarchiste à incorporer audit fichier, de ce fait entièrement constitué d'activistes de l'islam même si l'appellation très générique permettrait de l'ouvrir, le cas échéant, à tout "radicalisé" terroriste d'autre obédience. Ce fichier contient notamment les quelques centaines de mercenaires physiquement revenus de leur "participation à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de l'un des crimes définis par les articles 211-1, 212-1 et 212-2", et que le ministère public (l'Etat) a décidé, sans jugement et en contravention aux engagements internationaux de la France pour la lutte contre les crimes contre l'humanité, d'exonérer de l'application des articles 113-6 et 212-3 du code pénal (http://stratediplo.blogspot.com/2017/11/ces-mercenaires-francais-rappeles-du.html). Ce fichier est lui aussi mal nommé puisqu'il ne sert pas à prévenir la radicalisation mais à en prendre note a posteriori, mais il est également assez bien tenu. Et la radicalisation ainsi dûment enregistrée n'interdit pas l'obtention d'une autorisation de détention d'arme à feu, ce qui est le cas d'une centaine de ces "radicalisés" d'après le ministre de l'intérieur Gérard Collomb en juillet 2017. Tous les "radicalisés" n'y figurent pas, et de loin (il y a des millions de "radicalisés" non déclarés), mais les quelques centaines de "radicalisés" qui sont passés à l'action y figuraient. Si l'on ajoute qu'ils figuraient aussi dans la rubrique Sûreté de l'Etat du Fichier des Personnes (non activement) Recherchées, cela signifie qu'un croisement des deux fichiers réduit encore la pépinière. La vingtaine d'agents activés entre Merah et Chekat se trouvaient à l'intersection de ces deux fichiers.
 
Une autre bonne nouvelle est que la justice a encore la possibilité de prononcer des peines de réclusion criminelle fermes, comme l'a fait le tribunal allemand qui avait condamné l'intéressé à deux ans et trois mois de prison en 2016 ou le tribunal français qui l'a condamné à deux ans de prison en 2018.
 
Une autre bonne nouvelle, venue d'Algérie au sujet du cas Chekat, est qu'un pays peut décider la déchéance automatique immédiate de nationalité, sans procès ni formalités, de tout mahométan passant de la croyance à la pratique, à l'instant et du fait de son passage à l'acte. Il n'est besoin d'aucune décision administrative nominative, dès lors que la politique officielle est connue des intéressés potentiels ils abandonnent automatiquement la citoyenneté du pays en passant à l'acte.
 
L'affaire a aussi confirmé ce qu'avaient montré moultes cas antérieurs, à savoir la prévisibilité de la réaction ultime des allahakbaristes sincèrement convaincus. Tant qu'ils baignent dans la sécurité de leur qualité d'agent dormant il est difficile d'anticiper le moment exact de leur inéludable passage à l'acte spontané, mais dès lors qu'ils ont été mis aux abois par, par exemple, une perquisition infructueuse (dans le cas Chekat) ou une fortuite alerte de droit commun (dans d'autres cas comme à Barcelone), ils ressentent le besoin urgent d'assurer, soit juste au cas où, soit en devinant que la fin est proche, leur salut éternel en multipliant autant de fois que possible l'acte dont Mahomet a garanti qu'il acquiert les grâces d'Allah, à savoir le massacre de non-croyants. La confirmation de cette prévisibilité des actes des croyants dits "radicalisés" est une bonne nouvelle.
 
Une nouvelle également positive, émanant des nombreuses réactions de la population strasbourgeoise devant la surprise feinte par son maire au sujet des fouilles sélectives faussement rassurantes et des accès notoirement non contrôlés aux zones prétendument sécurisées, est que (hormis dans les isoloirs) la population française n'est pas idiote.
 
Une autre bonne nouvelle est que le ministère de l'intérieur a un dispositif "alerte attentats" qui pourrait être activé dès qu'un "radicalisé" fiché vient fortuitement d'être mis aux abois et donc poussé à commettre son acte ultime de réconciliation avec Allah, plutôt qu'après que son acte ait confirmé la prévisibilité de ses réactions, et que son élimination physique ait d'elle-même rendu caduque ladite "alerte". Dans le même paquet, une autre bonne nouvelle est que les forces de l'ordre, ou de prétention de tentative de son maintien, sont capables de déployer six cents policiers en quelques dizaines de minutes, et de localiser et neutraliser un "radicalisé" en fuite en quarante-huit heures. Cela signifie qu'il est matériellement possible de déployer cet effectif et engager cette localisation dès qu'un "radicalisé" a été fortuitement mis aux abois plutôt qu'après que son acte ait confirmé la prévisibilité de ses réactions.
 
En extrapolant, cela semble signifier aussi que l'effectif policier et gendarme actuel serait suffisant pour localiser et neutraliser préventivement trois cent trente "radicalisés" toutes les quarante-huit heures, donc pour vider le fichier de la Radicalisation à caractère Terroriste en deux mois, si le dispositif "alerte attentats" était déployé à titre préventif plutôt que constatatoire.
 
En fin de compte, toutes ces bonnes nouvelles révélées par le sacrifice rituel de Strasbourg signifient que l'Etat a parfaitement les moyens de restaurer l'ordre et de protéger les citoyens. C'est donc aux peuples de France d'en tirer les conclusions qui s'imposent, tant qu'ils sont souverains sur l'Etat.

mardi 11 décembre 2018

éphémère jaunisse des cocus

Il n'y aura pas de révolution jaune.
 
Les révolutions de couleurs sont financées par l'extérieur, à commencer par la révolution bleue destinée à punir la France pour sa contribution militaire décisive à l'émancipation des colonies anglaises d'Amérique, dont le financement collectif passait des loges maçonniques londoniennes à leurs salons parisiens où se réunissaient les révolutionnaires français, et dont le financement individuel passait par la Compagnie des Indes (anglaise) qui versait des salaires réguliers auxdits révolutionnaires. Or la jaunisse actuelle ne bénéficie d'aucun soutien ou financement extérieur, ce qui n'empêche pas bien sûr le gouvernement français, pourtant contributeur aux agences uniopéennes de déstabilisation de la Russie comme la East Stratcom Task Force, d'accuser le gouvernement russe et d'ouvrir une pseudo enquête judiciaire pour, sinon discréditer le mouvement des gilets jaunes, du moins tirer profit d'une nouvelle opportunité de harcèlement prémilitaire contre la Russie.
 
Et justement, les révolutions qui réussissent sont celles menées par des révolutionnaires, qu'ils soient des meneurs sincères ou des activistes payés par l'étranger. Or il y a certainement bien peu de révolutionnaires dans les rangs jaunes. Personne n'est là pour casser l'Etat ou renverser le régime, et on a vu plusieurs cas de jaunis venant au secours de Compagnons Républicains de Sécurité, ou de gens d'armes Gardes Républicains, pris à partie par des "casseurs" infiltrés dans les manifestations et des éléments incontrôlés du moins par les manifestants. Aujourd'hui comme hier, les petites gens n'en veulent qu'à Cancras, Carbalas et Urssaf, ces rap-tout d'un Etat-vampire au service des grands soupiers du régime. Leur logique est celle de la glasnost ou transparence de l'appareil, mais aussi d'une meilleure efficacité de l'Etat remis au service de la France. Cette aspiration est plutôt contre-révolutionnaire.
 
Le petit peuple qui arbore   aujourd'hui la couleur des cocus n'a ni chefs ni ambitions politiques, et si quelques-uns de ses militants accédaient au parlement comme en 1956, ils n'arriveraient pas à convaincre leurs électeurs d'un jour que les luxueux avantages de la chambre d'enregistrement des directives uniopéennes ne les ont pas coupés des réalités des petites gens. La grève de l'impôt n'est pas compatible avec le vote du budget, et le poujadisme est mort en s'asseyant sur les bancs où son initiateur n'a jamais brigué l'admission.
 
Pourtant les griefs du peuple n'ont jamais été aussi justifiés. Par exemple, la présomption de culpabilité de fraude fiscale fut à l'origine de l'orgie de contrôles fiscaux destructifs déchaînée en 1952 contre le petit commerce et l'artisanat, pour provoquer les dizaines de milliers de faillites nécessaires ou utiles à l'expansion de la grande distribution capitalisée. En dépit des protestations du pays productif, cette présomption de culpabilité a été officialisée par la loi 59-1472 instituant, avec l'impôt sur le revenu des personnes physiques, l'abattement de 20% pour impossibilité de tricher, privilège réservé aux salariés, impliquant que toute personne dont le revenu n'est pas déclaré par un tiers ment, et incitant de ce fait à la malhonnêteté par la pénalisation de l'indépendant honnête. Cette loi de 1959 poussant les anciens commerçants mis en faillite à s'engager contre salaire dans la grande distribution, et les artisans à se faire embaucher dans l'industrie, mit solennellement le dernier clou dans le cercueil de la révolte contre l'oppression fiscale, et montra s'il en était besoin que le nouveau régime né du coup d'Etat du 13 mai 1958 n'entendait pas être plus protecteur des Français que la république antérieure, dite quatrième.
 
Au demeurant, la rafle, ce samedi 8 décembre 2018, de milliers de conducteurs responsables de respecter l'obligation (instituée en 2008) de détenir un gilet de haute visibilité dans leur voiture, et leur défèrement immédiat en garde à vue pour présomption de sympathie avec les manifestations jaunes, confirme que la présomption de culpabilité du petit peuple est toujours en vigueur. Les intentions de la V° n'ayant pas changé depuis le 26 mars 1962, le gouvernement, par la voix de plusieurs ministres, a menacé de violence et de morts, a essayé de dissuader les gens de descendre dans la rue et encore plus de monter à Paris, et a soigneusement fait choisir des familles communes et des passants quelconques pour les violences dites policières (tir tendu de grenades, passages à tabac, mutilations) et les humiliations judiciaires, afin que chacun puisse s'identifier à ces victimes de la répression et se calfeutre chez soi la prochaine fois. D'ailleurs, quant à l'appartenance authentique des auteurs de ces violences aux services publics dont ils portent le discret brassard de reconnaissance (voire parfois l'uniforme), seul le régime employeur de Benalla serait en mesure de la confirmer ou de l'infirmer, de même que l'appartenance des "casseurs" infiltrés, au profil physique, social et comportemental tellement différent des manifestants qu'ils sont chargés de discréditer.
 
Les revendications matérialistes peuvent rassembler de grandes foules mais elles ne peuvent pas les mobiliser sur la durée, au coût d'inconforts physiques ou de pertes de revenus. Il en serait différent si de grands orateurs ou meneurs de foules les soutenaient, les dotaient d'une grande idéologie ou plus simplement d'un but concret, et les canalisaient vers des actions de changement réel de la conduite politique. A ce jour ce n'est pas le cas, beaucoup se plaignent du prix du carburant à la pompe mais tous sont satisfaits de trouver du carburant à volonté, à la station-service du coin, moyennant quelques billets ou un débit différé. La fronde des samedis se calmera vraisemblablement le 22, début des congés de la Nativité, et sera éteinte le 29, avant-veille du réveillon.
 

Il faudra beaucoup de souffrances et de morts pour que les peuples de France descendent vraiment dans la rue pour autre chose que des selfies, ou autoportraits bras tendus, en cible fluo devant les caméras. Il faudra alors beaucoup de policiers cagoulés et de barbouzes encapuchés ou casqués pour tenter de les retenir. Mais après quelques grosses rues d'Isly, l'action reviendra aux petites gens.

mardi 4 décembre 2018

la fin d'un mythe

Il était une fois dans un pays lointain un roi zélé, qui avait décidé de rattraper le retard pris par son pays par rapport aux recommandations chiffrées du fameux rapport sur les "migrations de remplacement, solution au déclin et au vieillissement des populations". Ses serviteurs maintenaient l'ardeur laborieuse et la discipline civique de ses sujets grâce à un mythe fondateur, appelé la Retraite.
 
En effet, afin de reconstruire le pays dévasté par une guerre mais porté par de fortes perspectives de prospérité, on avait décidé, trois générations plus tôt et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, d'accorder une pension viagère à tous ceux qui quittaient la vie active à partir d'un certain âge, à la fois pour récompenser les services qu'ils avaient rendus au pays, et pour passer leurs postes de travail aux plus jeunes, appelés en contrepartie à apporter des cotisations au système. Cette logique de solidarité intergénérationnelle, dans un pays qui sortait d'une guerre douloureuse et devait produire de l'enthousiasme, était alors acceptée par tous. Ainsi dès la première année, sans qu'il soit nécessaire d'attendre la constitution d'un trésor d'épargne, mais avec certes une aide initiale de l'Etat, le système put servir une pension de retraite aux nouveaux retraités, grâce aux contributions des nouveaux cotisants.
 
Après la forte expansion économique de l'après-guerre et de la conversion du pays au capitalisme, le système fut encore dopé par l'arrivée au travail de la génération née après la guerre dans un contexte d'explosion démographique, se traduisant ainsi par une explosion des cotisations au système. Lorsque l'économie cessa de croître à un rythme supérieur à la croissance de la population on inventa le mythe de la Crise, étymologiquement un état de déséquilibre aigü nécessitant une décision correctrice. On ne reviendra pas sur les circonstances du prétexte qui permit de qualifier la situation économique de critique, mais les serviteurs du roi de ce pays continuent aujourd'hui encore d'entretenir ce mythe depuis quarante-cinq ans. Déjà une génération entière est donc arrivée sur le marché du travail dans un contexte d'économie en crise, et est partie en retraite sans avoir connu d'autre contexte que cette Crise. Et cette génération, censée pourvoir par ses cotisations aux pensions de la grosse génération d'après-guerre, fut de plus affligée d'un fort taux de chômage, appelé d'ailleurs à durer aussi longtemps que la Crise structurelle, c'est-à-dire indéfiniment.
 
Le roi de ce pays lointain limogea un certain nombre de ministres incapables de résoudre la quadrature circulaire de la distribution en temps réel d'un total de pensions supérieur au total des cotisations, ou d'imposer une réduction drastique des pensions. Puis il se fit présenter quelques modèles de systèmes par capitalisation, qui tous avaient alors l'inconvénient de faire payer double à une génération, condamnée à constituer sa retraite par capitalisation et à pourvoir simultanément à la retraite par répartition de la génération antérieure. Un autre inconvénient apparut bien plus tard dans les pays qu'on citait alors en modèles de systèmes de retraite par capitalisation, en l'occurrence la fonte du capital en système capitaliste. Soit les institutions de retraite plaçaient les fonds prévisionnels en produits financiers de bourse, et ils devenaient victimes voire agents de la spéculation effrenée qui ruine régulièrement les économies capitalistes, soit elles gardaient les fonds en liquide ou en obligations étatiques, et ils se dévaluaient aussi lourdement que le fait la monnaie des pays surendettés.
 
Car évidemment ce pays lointain s'endetta, et pas uniquement pour son système de retraite qui n'était que l'un des symptômes de sa propension à la dépense effrenée et au déséquilibre budgétaire. Après quelques années d'inflation (occulte) à deux chiffres, les conseillers du roi eurent l'idée de combiner la monnaie du pays avec celle des pays voisins, pas meilleurs gestionnaires, en une devise composite que la spéculation allait amputer de près d'un tiers de sa valeur (et de son pouvoir d'achat) dans sa première année et demie d'existence, puis serait artificiellement collée à celle d'un pays encore plus lointain qui allait lui-même diviser la valeur arithmétique de sa monnaie par trois en triplant l'agrégat M3 de sa masse monétaire.
 
Pendant de nombreuses années le pays lointain du roi zélé compensait le déficit de son système de retraite par une grosse subvention publique prise sur le budget de l'Etat. Mais de son côté l'Etat lui-même, malgré un accroissement incessant de sa pression fiscale sur une économie en voie d'appauvrissement, s'accordait des budgets systématiquement en déficit qu'il complétait par un recours incontrôlé à l'emprunt, au point d'avoir atteint puis bien dépassé le taux d'endettement que les économistes considèrent comme insolvable.
 
Tout se jouait donc au parlement, qui ne voyait pas d'autre solution que d'approuver le budget gouvernemental prévoyant un renflouement du système de retraite par le budget de l'Etat lui-même en partie financé par l'endettement, du moins tant que le pays arriverait à trouver des prêteurs. De son côté le roi méprisait de plus en plus ouvertement les populations déclarées "en déclin et en vieillissement" par le rapport qui lui servait de livre de chevet, ce qui eut pour effet de leur aliéner le système judiciaire mais aussi une part croissante des députés que les sujets envoyaient au parlement pour les défendre face au gouvernement. Ainsi les intérêts des populations issues des "migrations de remplacement" du fameux rapport, défendus par des députés des populations "en déclin et en vieillissement", furent majoritaires au parlement plus d'une génération avant que les populations bénéficiaires ne fussent majoritaires dans le pays, ou même dans la population active employée.
 
Or, venues d'une autre planète, les populations "de remplacement" n'avaient ni les mêmes valeurs, ni la même histoire sociale ni le même parcours cotisant que les populations "en déclin et en vieillissement". En matière de valeurs elles privilégiaient la solidarité intergénérationnelle familiale, les jeunes actifs, aussi nombreux que possible, subvenant aux besoins des vieux inactifs dans le cercle familial sans passer par un coûteux système institutionnel. En matière d'histoire sociale elles se voyaient prélever dès leur arrivée, ou dès leur obtention d'un emploi déclaré, des cotisations pour servir en temps réel les pensions des retraités indigènes, tout en entretenant leurs propres vieux au pays, et tout en sachant que le système par répartition ne leur constituait pas de retraite différée donc qu'elles devraient se débrouiller hors système. Et en matière de parcours cotisant ces populations d'origine extraterrestre avaient eu du mal à s'insérer dans l'économie déclarée de leur nouveau pays, vivant parfois d'activités non cotisantes ouvrant peu de droits futurs dans le système d'ailleurs manifestement en faillite.
 
Un beau matin d'automne de l'an de grâce N, le parlement acquis aux intérêts du "remplacement" refusa de voter un nouvel accroissement des impôts, ainsi que d'approuver la proposition royale d'une nouvelle subvention gouvernementale au système failli. On recompta les voix, puis les hérauts durent annoncer aux sujets que le parlement venait pour la première fois de refuser de détourner les impôts de leur finalité gouvernementale et de pallier "exceptionnellement" comme d'habitude la faillite du système de retraite. En l'an N+1 on distribuerait ce qui resterait de la collecte des cotisations de l'an N, moins les frais de gestion de l'année et les coûts notamment sociaux de démantèlement définitif du système, exception historique qui avait couvert, avec difficulté, trois générations. L'institution de répartition se mit une dernière fois en grève, comme autrefois quand elle exigeait une augmentation de salaire. Les retirés, et jusque-là pensionnés, des populations "en déclin et en vieillissement" se mirent en grève de la faim et du vote, ce qui ne gêna personne dans les populations issues des "migrations de remplacement", et réjouit les partisans de la solution terminale de chaque hallali, impopularisée par un célèbre gérontophobe français.
 
Le mythe Retraite avait vécu. Sur son îlot tropical défiscalisé le roi zélé finissant n'en entendit même pas parler, quant aux rédacteurs du rapport démographique et anti-économique du 21 mars 2000 ils étaient morts depuis longtemps, et il ne restait plus rien à l'adresse www.un.org/en/development/desa/population/publications/ageing/replacement-migration.shtml.

lundi 26 novembre 2018

détournement de moyens

On s'interroge sur la légitimité, la pertinence et l'efficacité de l'appareil étatique en France.
 
La société est antérieure à l'Etat. Les personnes, les familles, les villages sédentaires ou tribus nomades, et les peuples existent depuis la nuit des temps de la préhistoire. La solidarité et la mise en commun de moyens apportés par chacun se sont imposées spontanément dès que des nécessités collectives ont dépassé la capacité des individus isolés, au niveau d'abord du chauffage et de l'abri, puis de la chasse et enfin de la protection et défense. C'est dans ce dernier domaine que la collectivisation des moyens est le plus cruciale puisque la nécessité y est vitale, s'agissant non pas de confort mais de survie.
 
A l'échelle historique, c'est lorsque l'Etat impérial romain a cessé d'exercer ses fonctions élémentaires de protection que les provinces (après que l'anarchie leur ait coûté la moitié de leur population) se sont, par nécessité, données à de petits chefs locaux capables d'assurer leur défense, même s'il a fallu ensuite plusieurs siècles pour qu'on reconstruise de véritables administrations étatiques, notamment là où la caste militaire ignorait le concept de chose publique et ne connaissait que le droit privé (chez les Francs par exemple). Et dans une Europe à la population réduite par le désordre et regroupée pour la défense il a fallu ensuite sécuriser les communications (grands chemins) entre agglomérations, donc hors des bourgs policés par les sergents de ville, fonction qui ne pouvait être confiée qu'à un acteur supra et intermunicipal, à savoir le domaine, ou encore la seigneurie ou province. Puis face à la multiplicité voire la conflictualité des petits fiefs défensifs on a ressenti le besoin d'une autorité plus centrale pour arbitrer entre eux et corriger leur arbitraire, origine de la fonction royale en France, un pays qui a conservé jusqu'à aujourd'hui le titre de "magistrature suprême", symbolisée par le chêne de Louis IX et la main de justice, et théoriquement inadapté aux régimes modernes qui professent la séparation des pouvoirs définis par Montesquieu, dans la plupart des Etats de droit sauf d'ailleurs la France dont le Conseil Constitutionnel de la V° République a solennellement réaffirmé en janvier 1987 la subordination du judiciaire à l'exécutif.
 
C'est ainsi que sont nées les trois fonctions que la science politique considère traditionnellement régaliennes, en l'occurrence la défense, la police et la justice. Dès lors que s'est affirmée la souveraineté des Etats (autrefois sujets impériaux), c'est-à-dire par les traités de Westphalie de 1648, les relations égalitaires entre eux (la diplomatie) sont naturellement entrées dans le domaine régalien, et sont même considérées depuis la convention de Montevideo de 1933 comme une capacité nécessaire à la caractérisation et la reconnaissance d'un Etat. Plus récemment des théoriciens y ont ajouté la monnaie, alors que pendant des millénaires nulle autorité comptable ou compensatrice n'était nécessaire pour qu'un Armoricain sache la valeur d'une rondelle d'un gramme d'or, qu'elle portât l'effigie officielle d'un souverain persan ou la signature personnelle d'un commerçant mandarin.
 
Ainsi, chronologiquement et conceptuellement, la première fonction régalienne est la défense, expression première et internationale de la diplomatie interétatique. Les Etats ayant grandi, tant en termes territoriaux qu'en termes de population, ils sont beaucoup plus puissants qu'à l'époque où toutes les villes de Provence et de Lorraine étaient indépendantes ou qu'à l'époque où rien que le territoire de l'actuelle République Fédérale Allemande abritait plusieurs centaines d'Etats souverains. Leur responsabilité de défense en est donc d'autant plus vitale face à des voisins eux aussi grands et puissants. Par contre les Etats modernes englobent de nombreuses sociétés distinctes, qu'il s'agisse de provinces ou de grandes villes, qui sont aussi capables d'assurer leur maintien de l'ordre interne, renvoyant les polices nationales aux frontières ou à la coopéération internationale, que de produire un corpus législatif adapté aux réalités et nécessités de la société locale (à travers un parlement propre) et par conséquent de disposer d'une fonction judiciaire compétente en ce droit provincial, le code civil romain (attribué à tort à Bonaparte) restant certes une référence commune à toute la Chrétienté. Comme en France jusqu'à la révolution bleue, de nombreux Etats fédérant divers peuples (en Europe) ou simplement divers territoires (en Amérique) sont aujourd'hui constitués de provinces assurant leurs propres fonctions législatives par un parlement, leurs fonctions judiciaires par une magistrature, leurs fonctions d'ordre public par une police, et même des fonctions non régaliennes (enseignement ou entretien des routes) au moyen d'un gouvernement exécutif, lèvent leurs impôts... et parfois, rarement il est vrai, frappent leur monnaie. La science politique professe que le principe de subsidiarité est le meilleur garant d'une bonne administration des sociétés humaines.
 
Mais de son côté la sociologie enseigne que toute organisation a, avec le temps, tendance à s'affranchir des motifs de sa création (son mandat) et à se créer ses propres objectifs (à commencer par sa perpétuation). En France les régimes totalitaires qui se sont succédés depuis l'abolition des parlements, des codes civils, des magistratures, des polices, des universités, des organisations confessionnelles et même des provinces elles-mêmes, non contents de concentrer tous les pouvoirs en un Etat unique à Paris, ont progressivement mais systématiquement élargi les domaines d'intervention de la puissance publique dans les sphères relevant autrefois des corps intermédiaires, puis même dans la sphère privée, arrivant à une étatisation monstre d'à peu près deux tiers de l'activité économique (la plus facile à mesurer) du pays, et encore plus importante dans d'autres domaines comme la légifération, l'enseignement et la santé par exemple. Plus récemment l'Etat s'est permis, sans consultation des peuples et des citoyens voire en violant leur décision lorsqu'il a commis l'imprudence de les consulter, de transférer à des autorités étrangères certaines fonctions souveraines, la plus connue étant la monnaie mais la législation et la diplomatie étant aussi concernées.
 
Dans la mesure où la monnaie n'est plus frappée par l'administration centrale républicaine, où la justice devrait être indépendante du pouvoir politique, et où la légifération et la police devraient être restituées à l'échelon provincial, l'Etat central n'a plus qu'un seul mandat régalien, celui de la relation avec les autres Etats, c'est-à-dire la diplomatie, et de manière cruciale en cas de conflit, c'est-à-dire la défense.
 
Quel que soit le pourcentage exorbitant que l'Etat prélève sur la société productive française, en ne consacrant qu'un dixième de son budget à la diplomatie et à la défense il détourne les neuf-dixièmes des moyens qui lui sont confiés à des activités sans rapport avec son impérieuse mais unique raison d'être. Au moment où la France commence à prendre conscience de la nécessité de restaurer la souveraineté française et la sécurité des Français sur le territoire national, elle va inévitablement devoir s'interroger sur les moyens qu'il est nécessaire de consacrer à ces enjeux vitaux et sur la pertinence du gavage, ou au contraire de l'ablation, d'une tumeur étatique qui draine toutes les ressources et énergies du pays.

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