mardi 4 décembre 2018

la fin d'un mythe

Il était une fois dans un pays lointain un roi zélé, qui avait décidé de rattraper le retard pris par son pays par rapport aux recommandations chiffrées du fameux rapport sur les "migrations de remplacement, solution au déclin et au vieillissement des populations". Ses serviteurs maintenaient l'ardeur laborieuse et la discipline civique de ses sujets grâce à un mythe fondateur, appelé la Retraite.
 
En effet, afin de reconstruire le pays dévasté par une guerre mais porté par de fortes perspectives de prospérité, on avait décidé, trois générations plus tôt et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, d'accorder une pension viagère à tous ceux qui quittaient la vie active à partir d'un certain âge, à la fois pour récompenser les services qu'ils avaient rendus au pays, et pour passer leurs postes de travail aux plus jeunes, appelés en contrepartie à apporter des cotisations au système. Cette logique de solidarité intergénérationnelle, dans un pays qui sortait d'une guerre douloureuse et devait produire de l'enthousiasme, était alors acceptée par tous. Ainsi dès la première année, sans qu'il soit nécessaire d'attendre la constitution d'un trésor d'épargne, mais avec certes une aide initiale de l'Etat, le système put servir une pension de retraite aux nouveaux retraités, grâce aux contributions des nouveaux cotisants.
 
Après la forte expansion économique de l'après-guerre et de la conversion du pays au capitalisme, le système fut encore dopé par l'arrivée au travail de la génération née après la guerre dans un contexte d'explosion démographique, se traduisant ainsi par une explosion des cotisations au système. Lorsque l'économie cessa de croître à un rythme supérieur à la croissance de la population on inventa le mythe de la Crise, étymologiquement un état de déséquilibre aigü nécessitant une décision correctrice. On ne reviendra pas sur les circonstances du prétexte qui permit de qualifier la situation économique de critique, mais les serviteurs du roi de ce pays continuent aujourd'hui encore d'entretenir ce mythe depuis quarante-cinq ans. Déjà une génération entière est donc arrivée sur le marché du travail dans un contexte d'économie en crise, et est partie en retraite sans avoir connu d'autre contexte que cette Crise. Et cette génération, censée pourvoir par ses cotisations aux pensions de la grosse génération d'après-guerre, fut de plus affligée d'un fort taux de chômage, appelé d'ailleurs à durer aussi longtemps que la Crise structurelle, c'est-à-dire indéfiniment.
 
Le roi de ce pays lointain limogea un certain nombre de ministres incapables de résoudre la quadrature circulaire de la distribution en temps réel d'un total de pensions supérieur au total des cotisations, ou d'imposer une réduction drastique des pensions. Puis il se fit présenter quelques modèles de systèmes par capitalisation, qui tous avaient alors l'inconvénient de faire payer double à une génération, condamnée à constituer sa retraite par capitalisation et à pourvoir simultanément à la retraite par répartition de la génération antérieure. Un autre inconvénient apparut bien plus tard dans les pays qu'on citait alors en modèles de systèmes de retraite par capitalisation, en l'occurrence la fonte du capital en système capitaliste. Soit les institutions de retraite plaçaient les fonds prévisionnels en produits financiers de bourse, et ils devenaient victimes voire agents de la spéculation effrenée qui ruine régulièrement les économies capitalistes, soit elles gardaient les fonds en liquide ou en obligations étatiques, et ils se dévaluaient aussi lourdement que le fait la monnaie des pays surendettés.
 
Car évidemment ce pays lointain s'endetta, et pas uniquement pour son système de retraite qui n'était que l'un des symptômes de sa propension à la dépense effrenée et au déséquilibre budgétaire. Après quelques années d'inflation (occulte) à deux chiffres, les conseillers du roi eurent l'idée de combiner la monnaie du pays avec celle des pays voisins, pas meilleurs gestionnaires, en une devise composite que la spéculation allait amputer de près d'un tiers de sa valeur (et de son pouvoir d'achat) dans sa première année et demie d'existence, puis serait artificiellement collée à celle d'un pays encore plus lointain qui allait lui-même diviser la valeur arithmétique de sa monnaie par trois en triplant l'agrégat M3 de sa masse monétaire.
 
Pendant de nombreuses années le pays lointain du roi zélé compensait le déficit de son système de retraite par une grosse subvention publique prise sur le budget de l'Etat. Mais de son côté l'Etat lui-même, malgré un accroissement incessant de sa pression fiscale sur une économie en voie d'appauvrissement, s'accordait des budgets systématiquement en déficit qu'il complétait par un recours incontrôlé à l'emprunt, au point d'avoir atteint puis bien dépassé le taux d'endettement que les économistes considèrent comme insolvable.
 
Tout se jouait donc au parlement, qui ne voyait pas d'autre solution que d'approuver le budget gouvernemental prévoyant un renflouement du système de retraite par le budget de l'Etat lui-même en partie financé par l'endettement, du moins tant que le pays arriverait à trouver des prêteurs. De son côté le roi méprisait de plus en plus ouvertement les populations déclarées "en déclin et en vieillissement" par le rapport qui lui servait de livre de chevet, ce qui eut pour effet de leur aliéner le système judiciaire mais aussi une part croissante des députés que les sujets envoyaient au parlement pour les défendre face au gouvernement. Ainsi les intérêts des populations issues des "migrations de remplacement" du fameux rapport, défendus par des députés des populations "en déclin et en vieillissement", furent majoritaires au parlement plus d'une génération avant que les populations bénéficiaires ne fussent majoritaires dans le pays, ou même dans la population active employée.
 
Or, venues d'une autre planète, les populations "de remplacement" n'avaient ni les mêmes valeurs, ni la même histoire sociale ni le même parcours cotisant que les populations "en déclin et en vieillissement". En matière de valeurs elles privilégiaient la solidarité intergénérationnelle familiale, les jeunes actifs, aussi nombreux que possible, subvenant aux besoins des vieux inactifs dans le cercle familial sans passer par un coûteux système institutionnel. En matière d'histoire sociale elles se voyaient prélever dès leur arrivée, ou dès leur obtention d'un emploi déclaré, des cotisations pour servir en temps réel les pensions des retraités indigènes, tout en entretenant leurs propres vieux au pays, et tout en sachant que le système par répartition ne leur constituait pas de retraite différée donc qu'elles devraient se débrouiller hors système. Et en matière de parcours cotisant ces populations d'origine extraterrestre avaient eu du mal à s'insérer dans l'économie déclarée de leur nouveau pays, vivant parfois d'activités non cotisantes ouvrant peu de droits futurs dans le système d'ailleurs manifestement en faillite.
 
Un beau matin d'automne de l'an de grâce N, le parlement acquis aux intérêts du "remplacement" refusa de voter un nouvel accroissement des impôts, ainsi que d'approuver la proposition royale d'une nouvelle subvention gouvernementale au système failli. On recompta les voix, puis les hérauts durent annoncer aux sujets que le parlement venait pour la première fois de refuser de détourner les impôts de leur finalité gouvernementale et de pallier "exceptionnellement" comme d'habitude la faillite du système de retraite. En l'an N+1 on distribuerait ce qui resterait de la collecte des cotisations de l'an N, moins les frais de gestion de l'année et les coûts notamment sociaux de démantèlement définitif du système, exception historique qui avait couvert, avec difficulté, trois générations. L'institution de répartition se mit une dernière fois en grève, comme autrefois quand elle exigeait une augmentation de salaire. Les retirés, et jusque-là pensionnés, des populations "en déclin et en vieillissement" se mirent en grève de la faim et du vote, ce qui ne gêna personne dans les populations issues des "migrations de remplacement", et réjouit les partisans de la solution terminale de chaque hallali, impopularisée par un célèbre gérontophobe français.
 
Le mythe Retraite avait vécu. Sur son îlot tropical défiscalisé le roi zélé finissant n'en entendit même pas parler, quant aux rédacteurs du rapport démographique et anti-économique du 21 mars 2000 ils étaient morts depuis longtemps, et il ne restait plus rien à l'adresse www.un.org/en/development/desa/population/publications/ageing/replacement-migration.shtml.

lundi 26 novembre 2018

détournement de moyens

On s'interroge sur la légitimité, la pertinence et l'efficacité de l'appareil étatique en France.
 
La société est antérieure à l'Etat. Les personnes, les familles, les villages sédentaires ou tribus nomades, et les peuples existent depuis la nuit des temps de la préhistoire. La solidarité et la mise en commun de moyens apportés par chacun se sont imposées spontanément dès que des nécessités collectives ont dépassé la capacité des individus isolés, au niveau d'abord du chauffage et de l'abri, puis de la chasse et enfin de la protection et défense. C'est dans ce dernier domaine que la collectivisation des moyens est le plus cruciale puisque la nécessité y est vitale, s'agissant non pas de confort mais de survie.
 
A l'échelle historique, c'est lorsque l'Etat impérial romain a cessé d'exercer ses fonctions élémentaires de protection que les provinces (après que l'anarchie leur ait coûté la moitié de leur population) se sont, par nécessité, données à de petits chefs locaux capables d'assurer leur défense, même s'il a fallu ensuite plusieurs siècles pour qu'on reconstruise de véritables administrations étatiques, notamment là où la caste militaire ignorait le concept de chose publique et ne connaissait que le droit privé (chez les Francs par exemple). Et dans une Europe à la population réduite par le désordre et regroupée pour la défense il a fallu ensuite sécuriser les communications (grands chemins) entre agglomérations, donc hors des bourgs policés par les sergents de ville, fonction qui ne pouvait être confiée qu'à un acteur supra et intermunicipal, à savoir le domaine, ou encore la seigneurie ou province. Puis face à la multiplicité voire la conflictualité des petits fiefs défensifs on a ressenti le besoin d'une autorité plus centrale pour arbitrer entre eux et corriger leur arbitraire, origine de la fonction royale en France, un pays qui a conservé jusqu'à aujourd'hui le titre de "magistrature suprême", symbolisée par le chêne de Louis IX et la main de justice, et théoriquement inadapté aux régimes modernes qui professent la séparation des pouvoirs définis par Montesquieu, dans la plupart des Etats de droit sauf d'ailleurs la France dont le Conseil Constitutionnel de la V° République a solennellement réaffirmé en janvier 1987 la subordination du judiciaire à l'exécutif.
 
C'est ainsi que sont nées les trois fonctions que la science politique considère traditionnellement régaliennes, en l'occurrence la défense, la police et la justice. Dès lors que s'est affirmée la souveraineté des Etats (autrefois sujets impériaux), c'est-à-dire par les traités de Westphalie de 1648, les relations égalitaires entre eux (la diplomatie) sont naturellement entrées dans le domaine régalien, et sont même considérées depuis la convention de Montevideo de 1933 comme une capacité nécessaire à la caractérisation et la reconnaissance d'un Etat. Plus récemment des théoriciens y ont ajouté la monnaie, alors que pendant des millénaires nulle autorité comptable ou compensatrice n'était nécessaire pour qu'un Armoricain sache la valeur d'une rondelle d'un gramme d'or, qu'elle portât l'effigie officielle d'un souverain persan ou la signature personnelle d'un commerçant mandarin.
 
Ainsi, chronologiquement et conceptuellement, la première fonction régalienne est la défense, expression première et internationale de la diplomatie interétatique. Les Etats ayant grandi, tant en termes territoriaux qu'en termes de population, ils sont beaucoup plus puissants qu'à l'époque où toutes les villes de Provence et de Lorraine étaient indépendantes ou qu'à l'époque où rien que le territoire de l'actuelle République Fédérale Allemande abritait plusieurs centaines d'Etats souverains. Leur responsabilité de défense en est donc d'autant plus vitale face à des voisins eux aussi grands et puissants. Par contre les Etats modernes englobent de nombreuses sociétés distinctes, qu'il s'agisse de provinces ou de grandes villes, qui sont aussi capables d'assurer leur maintien de l'ordre interne, renvoyant les polices nationales aux frontières ou à la coopéération internationale, que de produire un corpus législatif adapté aux réalités et nécessités de la société locale (à travers un parlement propre) et par conséquent de disposer d'une fonction judiciaire compétente en ce droit provincial, le code civil romain (attribué à tort à Bonaparte) restant certes une référence commune à toute la Chrétienté. Comme en France jusqu'à la révolution bleue, de nombreux Etats fédérant divers peuples (en Europe) ou simplement divers territoires (en Amérique) sont aujourd'hui constitués de provinces assurant leurs propres fonctions législatives par un parlement, leurs fonctions judiciaires par une magistrature, leurs fonctions d'ordre public par une police, et même des fonctions non régaliennes (enseignement ou entretien des routes) au moyen d'un gouvernement exécutif, lèvent leurs impôts... et parfois, rarement il est vrai, frappent leur monnaie. La science politique professe que le principe de subsidiarité est le meilleur garant d'une bonne administration des sociétés humaines.
 
Mais de son côté la sociologie enseigne que toute organisation a, avec le temps, tendance à s'affranchir des motifs de sa création (son mandat) et à se créer ses propres objectifs (à commencer par sa perpétuation). En France les régimes totalitaires qui se sont succédés depuis l'abolition des parlements, des codes civils, des magistratures, des polices, des universités, des organisations confessionnelles et même des provinces elles-mêmes, non contents de concentrer tous les pouvoirs en un Etat unique à Paris, ont progressivement mais systématiquement élargi les domaines d'intervention de la puissance publique dans les sphères relevant autrefois des corps intermédiaires, puis même dans la sphère privée, arrivant à une étatisation monstre d'à peu près deux tiers de l'activité économique (la plus facile à mesurer) du pays, et encore plus importante dans d'autres domaines comme la légifération, l'enseignement et la santé par exemple. Plus récemment l'Etat s'est permis, sans consultation des peuples et des citoyens voire en violant leur décision lorsqu'il a commis l'imprudence de les consulter, de transférer à des autorités étrangères certaines fonctions souveraines, la plus connue étant la monnaie mais la législation et la diplomatie étant aussi concernées.
 
Dans la mesure où la monnaie n'est plus frappée par l'administration centrale républicaine, où la justice devrait être indépendante du pouvoir politique, et où la légifération et la police devraient être restituées à l'échelon provincial, l'Etat central n'a plus qu'un seul mandat régalien, celui de la relation avec les autres Etats, c'est-à-dire la diplomatie, et de manière cruciale en cas de conflit, c'est-à-dire la défense.
 
Quel que soit le pourcentage exorbitant que l'Etat prélève sur la société productive française, en ne consacrant qu'un dixième de son budget à la diplomatie et à la défense il détourne les neuf-dixièmes des moyens qui lui sont confiés à des activités sans rapport avec son impérieuse mais unique raison d'être. Au moment où la France commence à prendre conscience de la nécessité de restaurer la souveraineté française et la sécurité des Français sur le territoire national, elle va inévitablement devoir s'interroger sur les moyens qu'il est nécessaire de consacrer à ces enjeux vitaux et sur la pertinence du gavage, ou au contraire de l'ablation, d'une tumeur étatique qui draine toutes les ressources et énergies du pays.

lundi 19 novembre 2018

moyens ou pas

Après sa désertion du ministère de l'intérieur, au lendemain du refus présidentiel de sa démission, Gérard Collomb a laissé publier ses propos sous embargo depuis février selon lesquels il craignait que "demain on ne doive vivre face à face" plutôt que côte à côte avec (les narcotrafiquants et) les islamistes radicaux, et que d'ici à cinq ans la situation pourrait devenir irréversible, c'est-à-dire déboucher sur un conflit ouvert. Quelques jours plus tard, le politicien Philippe de Villiers a déclaré lors d'une émission télévisée le 3 novembre que son frère Pierre, avant d'être limogé, aurait confié au président Emmanuel Macron que "si ça pète dans les banlieues, on n'est pas capable de faire face, on n'a pas les moyens de faire face, on n'a pas les hommes". Depuis lors, diverses interrogations se sont élevées, et un débat a été ouvert, quant à l'existence des moyens nécessaires.
 
En l'occurrence le chef d'état-major des armées avait certainement lu le Septième Scénario (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html), remis à son prédécesseur sur initiative privée puisqu'il était politiquement impossible de commander officiellement à un état-major un rapport sur les tenants et aboutissants de la sécession locale d'une minorité adepte d'une idéologie distincte. Effectivement l'étude conduite en prolongement et selon la méthodologie des Livres Blancs de la défense établit facilement que les forces de maintien de l'ordre de deuxième catégorie (ou anti-émeutes) ne sont pas dimensionnées pour interdire le retranchement de quelques milliers d'activistes ayant choisi la voie violente au sein d'un vivier de quelques centaines de milliers d'habitants (ou de dix viviers de quelques dizaines de milliers), et donc à plus forte raison de contenir une véritable insurrection même non généralisée. Et cette étude (le Septième Scénario) établit aussi, tant par l'application des méthodes de raisonnement tactique que par la présentation de cas français ou étrangers connus, non seulement que les moyens militaires affectés par le gouvernement au déploiement intérieur seraient inadaptés et insuffisants, mais également que l'ensemble des moyens militaires non combattants présents en métropole, voire les corps expéditionnaires s'ils peuvent être rapatriés à temps, seraient incapables de pacifier les zones rebelles.
 
Contrairement à ce qu'a prétendu le publiciste Eric Zemmour avec son "opération Ronces" qu'on a dû démystifier dans trois articles (http://stratediplo.blogspot.com/2016/09/operation-ronces-premiere-et-deuxieme.html et suivants des 7, 8 et 12 septembre 2016) car elle donnait de faux espoirs ou un faux sentiment de gouvernement et de sécurité aux peuples de France, l'Etat ne prépare aucune opération de rétablissement de sa souveraineté dans les cinq mille zones de droit étranger, et n'envisage aucunement de s'en donner les moyens. Car sur cette question des moyens il faut absolument distinguer entre la France et l'Etat. Même si le nouveau régime, au bout d'un peu plus de deux siècles, arrive à avoir à peu près digéré le pays, notamment sur le plan économique où à peine un tiers de l'activité est encore le fait d'entreprise (initiative et prise de risque) privée bien que contrôlée et taxée, la France a certainement encore des ressources gisantes qui pourraient être relevées et engagées après la démission de l'Etat, comme en 1940.
 
Avant de s'interroger sur les moyens il faut cependant déterminer la fin. La question première est celle du pourquoi, ou "pour quoi", c'est-à-dire quel serait l'état final recherché à l'issue de l'opération de changement de l'état actuel des choses. L'existence d'un archipel enclavé de quelques milliers de zones régies par un droit étranger sur l'ensemble du territoire national ne semble pas gêner excessivement les administrations parisiennes, tant que le pays utile et taxable peut compenser l'exemption fiscale de cet archipel et lui servir par transfert une rente de survie et pacification. En ce sens la seule limite à la patience de l'Etat est la disproportion des vases communiquants, puisque lorsque le vase consommateur sera plus grand que le vase producteur, ou aura des besoins supérieurs aux capacités fiscales de l'économie taxable, cette dernière implosera comme les autres régimes collectivistes il y a trente ans, mais il est vraisemblable que lorsque le système ne sera plus viable (la tumeur dépassant la capacité nourritrice du corps hôte) le régime politique actuel n'existera plus et il ne restera rien de l'Etat. De son côté la France a accepté l'émergence et la consolidation sur son territoire de l'archipel de souveraineté étrangère, et les ressortissants de la société française connaissent, au niveau local, les limites territoriales qu'il leur vaut mieux éviter de franchir. Le système fiscal de subvention à l'archipel est pour l'instant opacifié par l'usine à gaz étatique centrale, et la société française pourrait accepter la sécession de bantoustans tant que leur extension ne mettrait pas fin à la continuité du territoire sous souveraineté nationale, si l'Etat en scellait les frontières pour éviter les excursions ou razzias lancées de l'archipel sur les populations des territoires libres. En l'état actuel des choses, l'Etat n'a aucun motif de consacrer des moyens au rétablissement de sa souveraineté dans l'archipel mais la France a de plus en plus besoin de consacrer des moyens à sa contention géographique et à son isolement hermétique.
 
Dès lors que l'on parle de moyens, il faut aussi s'interroger sur le face à quoi, c'est-à-dire sur les moyens existant en face, dans l'archipel. Et de même qu'en ce qui concerne la France souveraine il faut distinguer entre l'Etat et le pays réel, pour l'archipel extra-français il faudrait distinguer entre sa société civile et ses autorités d'administration ou du moins de domination, car même si l'idéologie qui caractérise, définit et délimite ces enclaves ne distingue originellement pas le civil du militaire ou le citoyen du fonctionnaire, une forme de pouvoir s'y exerce de fait par la violence et une autorité proto-étatique pourrait y naître en se légitimant par l'idéologie. Dans le Septième Scénario par exemple on a distingué, dans une illustration concrète du type d'enchaînements pouvant avoir lieu, entre d'une part des moyens (activistes) existant initialement, d'autre part des moyens (unités) susceptibles d'être rassemblés sous la pression des circonstances, et enfin des foules de manoeuvre pouvant être manipulées avec les arguments adéquats.
 
Il en est de même en ce qui concerne la société française. Dans un contexte de paix de basse intensité la France donne mandat et moyens aux services étatiques dont elle se dote pour administrer le quotidien, et dont elle attend aussi étude et préparation du futur. Dans un contexte d'abandon les citoyens seront amenés à réagir individuellement, puis collectivement à un niveau local, la société en venant ensuite à s'auto-organiser indépendamment des institutions faillies, et trouvant en elle-même les moyens qui, en cas d'urgence et de péril, devront nécessairement être bien supérieurs aux moyens planifiés et fiscalisés du temps de paix et de prospérité. Une dimension temps est donc à prendre en considération, les moyens nécessaires aujourd'hui, que les délégués de la France réunis en parlement lèvent en impôts et affectent au gouvernement pour les missions régaliennes, ne sont pas les moyens nécessaires demain, lorsque la France aura constaté l'échec du gouvernement et l'impertinence du parlement. Un premier jet de réponse à la question est donc que non, le gouvernement n'a pas les moyens de rétablir la souveraineté française sur l'archipel d'enclaves, mais que la France, elle, a le potentiel de réunir les moyens nécessaires à sa défense lorsque cela sera devenu inévitable.
 
L'Etat a reçu un mandat du pays mais le gouvernement agit selon sa propre volonté, et le régime s'est peu à peu protégé des influences démocratiques (qu'il appelle maintenant "populistes") en même temps qu'il s'est inféodé à des pouvoirs étrangers, uniopéens et étatsuniens notamment, de nature gouvernementale ou financière. Cette organisation (l'Etat) qui s'est désormais forgé une volonté propre indépendante des buts pour lesquels elle a été créée a pris parti, et ce n'est pas en faveur de la France. Au contraire la France, qui ne détient aucun mandat puisqu'elle est simplement directement concernée, n'a pas de volonté formelle consciente et se voit privée des capacités d'expression permettant l'émergence d'idées (donc la prise de conscience puis le consensus), et même privée des capacités d'information permettant la prise de connaissance de la situation. Pourtant, même si elle n'est pas le siège d'une volonté affirmée comme celle du régime, la France, contrairement à l'appareil d'Etat, est souveraine, détentrice d'une souveraineté qui lui donne la légitimité d'exister et de persister. Mais dans ce contexte le pays aveuglé et bâillonné ne peut que faire confiance au gouvernement pour l'utilisation judicieuse des deniers (ou des milliards) qu'il lui confie pour le défendre, car c'est la seule fonction régalienne de l'exécutif national, qui utilise pourtant 90% de ce budget à autre chose. Donc en termes de ressources l'Etat a largement de quoi remplir sa mission essentielle, et en l'occurrence maintenir ou rétablir la souveraineté française en France, mais en termes de moyens notamment humains (ceux mentionnés par le général Pierre de Villiers) l'Etat ne s'est pas doté des capacités qu'il a été chargé de constituer, et les derniers gouvernements ont même démantelé l'outil constitué il y a deux générations.
 
Dans ce conflit entre la souveraineté du pays et la volonté du régime, la France ne peut que réagir, donc avec retard, tandis que l'Etat peut agir, donc en temps réel ou en avance. Puisque l'Etat a pris parti pour l'archipel d'enclaves étrangères qu'il a semé et qu'il arrose, il n'a aucune raison objective d'entrer en conflit avec lui ou de se préparer à un éventuel conflit. Les moyens de contention et de confrontation dont il dispose sont donc de plus en plus manifestement utilisés, comme en 1962, contre les éléments trouble-bête de la société civile. "Si ça pète dans les banlieues", pour reprendre l'expression prêtée au chef d'état-major par son frère, et il serait plus exact de dire "quand ça pètera dans les enclaves de droit étranger", ça pètera nécessairement en direction du reste de la société, et faute de pouvoir (et vouloir) contenir le pet l'Etat emploiera plutôt ses moyens à empêcher un contre-pet.
 
Dans cette perspective, et plutôt que de se demander si l'Etat a les moyens d'agir contre sa volonté et à l'encontre de son programme, la France devrait plutôt s'interroger pour savoir si elle dispose des moyens pour agir sans voire contre l'Etat, et si elle saura les mettre en oeuvre avant l'inévitable renversement d'équilibre annoncé par Gérard Collomb. L'Etat connaîtra la scission et la France connaîtra la partition. Mais si la société ne force pas son Etat à organiser les moyens qu'elle lui fournit et à se préparer au Septième Scénario, c'est dans le désordre qu'elle devra mobiliser les moyens de faire face à la guerre civile.

lundi 5 novembre 2018

trois brigades hindoustanies à 250 km de Venise

A la frontière entre la Bosnie et Herzégovine et la Croatie, frontière extérieure de l'Union Européenne, la pression s'intensifie.
 
Velika Kladuša est la pointe nord-ouest de la poche de Bihać, comme un doigt enfoncé en Croatie à quarante kilomètres (deux jours de marche) de la frontière slovène. Plus au sud se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (catholiques) de l'ancienne Republika Herceg-Bosna, plus à l'est se trouvent les municipalités et populations chrétiennes (orthodoxes) de la Republika Srpska. Bihać est une région musulmane, qui au début de la guerre avait d'ailleurs avec l'aide des républiques de Krajina, Herceg-Bosna et Srpska voisines résisté un temps aux milices du régime islamiste de Sarajevo, que l'OTAN et la France ont finalement aidé à conquérir et soumettre toute la Bosnie et Herzégovine et ses populations, en majorité chrétiennes. C'est là que les premiers contingents français et canadiens de la Force de Protection de l'ONU avaient essuyé leurs premiers tirs venus des milices islamistes, avant de perdre des dizaines de soldats sous leur feu à Sarajevo. Bihać était stratégiquement importante pendant la guerre pour éviter une jonction entre les républiques serbe et croate de Bosnie et d'Herzégovine, et elle est encore plus stratégiquement importante depuis la guerre car c'est l'extrémité nord-ouest de la fameuse Diagonale Verte (connue aussi comme Transversale Verte), venant de Turquie par les républiques et territoires albanais des Balkans, le Sandžak etc. Et Velika Kladuša est l'extrémité occidentale (et septentrionale) de cette diagonale.
 
Depuis plusieurs mois s'agrège et se concentre une masse de candidats à l'intrusion illégale dans l'Union Européenne. Ces jeunes hommes sont amenés de Sarajevo par autobus et par train puis déversés sur la route d'entrée au village, au nord duquel se trouve le poste frontière de Maljevac, du nom du village de l'autre côté, en Croatie. La police bosnienne musulmane a pour consigne de les canaliser pour éviter leur éparpillement dans les campagnes voisines, et un gros cordon policier a été mis en place pour s'assurer qu'ils n'envahissent pas le centre ville du chef-lieu régional, Bihać. Les correspondants des trois grandes agences de presse monopolistiques photographient surtout les femmes, qui représentent pourtant moins de 5% de l'ensemble, et notamment les femmes arabes au teint clair, car il y a effectivement une petite minorité d'Irakiens et de Syriens (ou d'arabophones prétendant l'être) dans ces foules. Mais, d'après la police et les médias locaux, l'essentiel de ces foules est constitué d'Hindoustanis, à savoir Pakistanais, Bengalis et Afghans.
 
La police locale, qui a dû intervenir dans une rixe il y a deux jours, précise que ces gens n'ont aucun document d'identité, car ils l'ont détruit dès leur arrivée dans le pays. Un rapide coup d'oeil à la carte suggère cependant que, en l'absence de frontière terrestre entre le Pakistan et la Bosnie Herzégovine, ces dizaines de milliers de personnes sont arrivées à Sarajevo par avion, donc avec l'approbation de quelque autorité bosnienne, certainement utile aussi pour traverser ensuite le pays en train ou en autobus sans document d'identité ni connaissance des alphabets européens. Le gros pont aérien en cours est nécessairement financé par un acteur plus puissant que les foules sans ressources qu'il manoeuvre de la sorte, mais la translation terrestre peut très bien n'être que le fait du gouvernement de Bosnie et Herzégovine soucieux de ne pas laisser traîner dans le pays ces foules dont il accepte le débarquement aérien massif.
 
Il paraît que ces candidats à l'intrusion dans l'Union Européenne sont porteurs de cartes bancaires prépayées porteuses du logo de deux agences de l'Organisation des Nations Unies, l'UNHCR chargée des secourir les réfugiés et l'UNICEF chargée de promouvoir l'instruction infantile. Au moment où se tiennent au siège de l'ONU des discussions sur une nouvelle convention devant limiter la souveraineté des Etats pour créer un droit à l'immigration dans tout pays au choix du candidat immigrant, l'engagement de la structure permanente de l'organisation (aux ordres du Secrétaire Général) dans une action d'intrusion massive est à souligner. Il faut ajouter que ces candidats à l'intrusion illégale par la force ne sont pas seulement porteurs de cartes bancaires mais également d'armes blanches. Après qu'un garde-frontière croate ait été récemment poignardé, la police bosnienne qui accompagne et canalise ces foules a déclaré qu'en fait ces gens sont pratiquement tous armés. C'est d'ailleurs officiellement pour cela que la police bosnienne musulmane a été débordée il y a deux semaines, quoi que l'on puisse penser des raisons réelles pour lesquelles elle a été mise en situation de se laisser dépasser.
 
De son côté la Croatie a renforcé sa police garde-frontière en acheminant discrètement des effectifs anti-émeutes, et, dit-on, des forces spéciales. L'Agence Еuropéenne pour la Gestion de la Coopération Opérationnelle aux Frontières Extérieures des Etats Membres de l'Union Européenne, dite Frontex, est évidemment sur place pour contrôler l'action des services publics croates, voire pour s'assurer qu'ils ne reçoivent pas l'ordre de rouvrir Jasenovac (qui sait). Il devrait cependant bientôt y avoir des incidents sérieux, avec mort d'intrus, de manière à relancer la compassion quelque peu émoussée depuis la conclusion à Cologne (et ailleurs) de l'intrusion massive appelée le 24 août 2015. Evidemment, rien de tout cela ne saurait surprendre le lecteur de la Huitième Plaie.
 
Pour l'instant la plupart des mouvements de test ou de répétition en direction de tel ou tel poste frontière sont menés en mode décentralisé, par des bandes de l'ordre de cent à deux cents individus, correspondant donc au volume d'une compagnie. Mais il n'est pas inutile de préciser que l'effectif total en attente de passer la frontière à Velika Kladuša, à cent vingt kilomètres de Ljubljana et deux cent cinquante kilomètres de Venise, est estimé à vingt mille hommes (20000), soit trois brigades.

mercredi 31 octobre 2018

l'aveu du 6 mai 2010

Non, la bourse, temple du capitalisme, n'est pas un lieu de libre établissement des prix à la rencontre de l'offre et de la demande. C'est un lieu de manipulation, de maximisation de la manipulation et de couverture de la manipulation.
 
Dans un fameux article du 22 décembre 2014 (http://stratediplo.blogspot.com/2014/12/les-etats-unis-preparent-la-fin-de-la_22.html), on a expliqué comment les Etats-Unis ont mis fin à la libre cotation des métaux précieux, trois ans après avoir fait fixer (par la manipulation monstre du 6 septembre 2011) un cours plafond historique pour l'or. Et dans un article du 14 février 2016 (http://stratediplo.blogspot.com/2016/02/le-capitalisme-ne-secroulera-pas-un.html) on a expliqué comment ils procèderont à un ultime relèvement artificiel du cours international du dollar avant de mettre fin à la libre cotation des monnaies.
 
Puisqu'on expose dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre (parution imminente aux éditions Retour aux Sources) le concept du Big Reset, ou remise à zéro générale des compteurs, il n'est pas inopportun de rappeler aux crédules de la liberté des marchés l'affaire de la manipulation officielle des bourses étatsuniennes le 6 mai 2010.
 
L'effondrement boursier avait commencé au New York Stock Exchange (Wall Street). Peu importent les enchaînements d'événements ou de communiqués qui l'ont déclenché, comme d'habitude insignifiants par rapport aux conséquences qu'ils allaient entraîner, comme une goutte est insignifiante tant qu'elle ne fait pas déborder le vase dont on sait pourtant qu'il débordera effectivement à cause d'une goutte, ou comme pour les anglophones la paille fatale qui brise le dos du chameau. Concrètement, un courtier a peut-être mis en vente une très grosse quantité d'une valeur boursière, provoquant évidemment une chute brutale de son cours mais aussi une chute de la bourse, par contagion plus psychologique qu'arithmétique dans un marché où de toute façon toutes les valeurs sont irrationnellement hyper-surévaluées. Rétrospectivement toutes les autorités économiques ont avancé des explications, d'apparence logique.
 
On a évidemment interdit de soupçonner la pratique toujours autorisée de la vente à terme et à découvert, à savoir mettre sur le marché des promesses de vente de grosses quantités d'une valeur que l'on n'a pas, afin de faire baisser artificiellement ses cours pour l'acheter à un prix encore inférieur auquel on a promis de la vendre, pratique à la base de la fortune d'un George Soros qui jouit en totale liberté de sa destruction calculée (et sur ordre) de la livre anglaise et du Système Monétaire Européen. On a surtout initialement incriminé l'effet multiplicateur des "échanges à haute fréquence" qu'autorisent les programmes automatisés, sans expliquer pourquoi ce jour-là et pas tous les jours, ni d'ailleurs les interdire (ils ont été techniquement innocentés depuis lors). A l'opposé de l'explication robotique, on a incriminé l'erreur humaine de quelqu'un qui aurait tapé sur son clavier "billion" au lieu de "million", sans expliquer l'absence de sécurités automatisées sur de tels marchés et de tels montants alors que le moindre chèque sans provision ou la moindre tentative de retrait ou de paiement supérieure au plafond quotidien autorisé est systématiquement rejeté. On a désigné à la presse divers produits dérivés financiers ou actions d'entreprises, et divers agents de change ou banques, sans qu'aucune responsabilité ait pu être solidement démontrée. On a envoyé les Grecs se faire voir chez les Turcs (en Grèce occupée). Et, comme d'habitude, on a aussi livré à la presse et à la justice un bouc émissaire, boursicoteur amateur connecté depuis le garage de ses parents sur un autre continent. Bref, peu importe ce qui a déclenché le mouvement, en tout cas on n'a à ce jour trouvé aucune anomalie de fonctionnement du marché.
 
Quoiqu'il en soit, en quatre minutes trente (de 14h41 à 14h45'28") la capitalisation boursière étatsunienne a perdu un dixième de sa valeur, et cela aurait continué sans une grosse manipulation, reconnue et assumée, de la part des autorités boursères. Concrètement, cela signifie qu'en moyenne l'ensemble des entreprises étatsuniennes cotées en bourse ont perdu un dixième de leur valeur, compte tenu des règles comptables étatsuniennes de valorisation ; c'est loin d'être négligeable. C'était peut-être le début de l'inéluctable effondrement du capitalisme étatsunien, en tout cas une chute de 10% de l'indice Dow Jones en dix minutes était un événement sans précédent historique, et il faut préciser qu'il ne s'agissait pas d'échanges marginaux sur un marché endormi à minuit d'une veille de congés, mais de volumes particulièrement importants d'échanges, allant tous dans la même direction (à la baisse). Ce début d'effondrement est passé à l'histoire sous le nom de "flash crash". Toutefois, ce qui est troublant et révélateur n'est pas la fragilité du système, mais sa flexibilité à la manipulation autoritaire. En effet les autorités boursières sont intervenues pour arbitrairement corriger la chute de certaines valeurs, pourtant arithmétiquement établies par la confrontation automatisée de l'offre et de la demande à un instant donné. Elles ont aussi annulé certains mouvements et échanges sur les marchés dont elles étaient chargées d'assurer le libre fonctionnement. Parallèlement au New York Stock Exchange, le NASDAQ a aussi été manipulé sans complexe par ses autorités de régulation. Finalement tout s'est passé comme si on avait décidé, et eu la capacité, d'annuler tout ce qui s'était passé sur ces marchés entre 14h30 et 15h00. Sur cinq minutes on a artificiellement relevé les cours jusqu'à la récupération des mille milliards de dollars perdus dans la demi-heure précédente. Ultérieurement le monde politique économique a largement approuvé ces manipulations, ainsi devenues officielles.
 
Il est depuis lors clair aux yeux du monde économique (le quidam de la rue l'ignore) que la bourse étatsunienne n'est pas un libre marché, et que les autorités boursières y ont la capacité matérielle et l'autorisation politique d'y brider les mouvements, voire carrément d'interrompre la libre cotation des valeurs quand ce n'est pas, comme ce fut fait ce jour-là, de leur fixer arbitrairement des cours artificiel et de les imposer aux logiciels d'échange. Ce qui n'est pas clair est le degré de liberté des autres bourses du monde capitaliste, et l'allégeance de leurs autorités de régulation. On peut deviner que lorsque le cours des obligations étatsuniennes levées en dollar s'effondrera à Shanghaï les autorités boursières locales ne lui fixeront pas arbitrairement un cours artificiel, on peut deviner que si ça se passe à New York il y aura encore une intervention "corrective", mais on ignore ce qu'il en sera si c'est à Francfort, Londres ou Milan que le phénomène débutera.
 
Comme le 15 août 1971 et le 6 septembre 2011, le 6 mai 2010 est une date historique.

mardi 23 octobre 2018

pourquoi dénoncer le traité sur les FNI

Les Etats-Unis d'Amérique, qui depuis quelques années déjà contreviennent à l'esprit du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en installant en Roumanie et en Pologne des rampes de lancement vertical MK-41 conçues pour les missiles de croisière Tomahawk (sous prétexte de les avoir adaptées au missile antimissile Aegis Ashore), ont annoncé ce 20 octobre qu'ils allaient se retirer dudit traité.
 
Après la Russie, seul autre signataire car ayant repris toutes les armes nucléaires de l'URSS, voilà que l'Union Européenne, par la voix de sa porte-parole des affaires étrangères et de sécurité, rappelle l'importance de ce traité et les résultats obtenus grâce à son application, et demande en conséquence aux Etats-Unis de reconsidérer leur intention. Puis tour à tour voilà déjà que la France, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne expriment également leur préoccupation. De la part de la France, qui avait à l'époque particulièrement défendu son indépendance en la matière et n'est justement pas concernée, une prise de position précipitée (et ni sollicitée ni nécessaire) sur cette question ne peut que rappeler le caractère désormais totalement erratique des réactions épidermiques et irréfléchies de ses apprentis ministres intérimaires. De son côté l'Allemagne déclare qu'elle engagera des discussions actives avec les Etats-Unis à ce sujet.
 
Surtout, on peut noter que plusieurs pays annoncent qu'ils soulèveront cette question dans le cadre de l'OTAN. Bien que celle-ci ne soit pas partie au traité, la stratégie de l'Alliance Atlantique ne peut qu'en être effectivement modifiée et le Groupe des Plans Nucléaires, dont la France reste heureusement à l'écart en dépit de son retour dans l'organisation militaire, doit étudier cette initiative étatsunienne de relance de course aux armements nucléaires.
 
Mais il est important de se rappeler que ce traité ne concerne que les forces nucléaires à portée intermédiaire, à savoir entre 500 et 5500 kilomètres de portée, déployées en Europe. En effet les missiles basés en Amérique doivent avoir une portée supérieure à 7000 kilomètres pour toucher une cible en Europe, et relèvent donc d'une catégorie non concernée par ce traité. Compte tenu du fait que les Etats-Unis n'ont pas de territoire en Europe, ils ne pourraient y déployer des missiles à portée intermédiaire que sur le territoire de pays tiers, ce qui constituerait d'ailleurs une violation (supplémentaire) du traité de non-prolifération nucléaire.
 
La cohérence et la logique politique implique que tous les gouvernements qui expriment publiquement leur préoccupation concernant cette décision étatsunienne refuseront d'accueillir sur leur sol ce type d'armes, comme si le traité dont ils demandent le maintien était toujours en vigueur. Si l'Italie, premier hôte d'armes nucléaires étatsuniennes en Europe, et l'Allemagne, maintiennent leur soutien au traité en refusant les "euromissiles" étatsuniens, il est vraisemblable que la Belgique et les Pays-Bas feront de même, respectant ainsi la préoccupation exprimée par l'Union Européenne dont ils font partie. Hors d'Europe et de la politique étrangère et de sécurité uniopéenne, la Turquie pourrait bien accepter, comme d'habitude, l'implantation d'une nouvelle catégorie d'armes nucléaires étatsuniennes.
 
En Europe et dans l'Union, il reste les pays farouchement misorusses, notamment la Pologne et la Roumanie, qui ont déjà accepté l'installation des rampes du prétendu "bouclier antimissiles" conçu lorsque les Etats-Unis prétendaient faire croire à leurs alliés que le gouvernement nord-coréen ferait faire un grand détour à ses missiles au-dessus de l'Europe pour éviter la route directe par l'Alaska. Ces systèmes de lancement MK-41, justement dénoncés par la Russie comme une violation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire puisqu'ils ont été développés pour le missile de croisière à portée intermédiaire et à capacité nucléaire Tomahawk, sont déjà opérationnels et pourront donc recevoir des missiles nucléaires de croisière le lendemain même de la dénonciation officielle du traité par les Etats-Unis. La fourberie de l'installation anticipée, sous un prétexte fallacieux, des rampes de lancement, aura ainsi donné aux Etats-Unis plusieurs années d'avance sur la Russie si celle-ci décide de répondre de la même manière, en déployant des missiles à portée intermédiaire à quelques milliers de kilomètres du territoire étatsunien.
 
Mais les pays européens doivent s'interroger sur les raisons concrètes, et non pas les prétextes politiques, de l'installation de ces missiles en Europe. En effet le discours étatsunien était jusqu'à présent que les prochaines attaques nucléaires conduites par les Etats-Unis le seraient au moyen de bombes B61-11 (déployées en Europe et en Turquie) si elles avaient lieu jusqu'en 2018 incluse, ou de bombes B61-12 si elles avaient lieu à partir de l'année prochaine. Comme on l'expose dans le onzième coup de minuit de l'avant-guerre, à paraître aux éditions Retour aux Sources le mois prochain, la B61-11 a une puissance de 400 kilotonnes tandis que la B61-12 aura une puissance maximale de 50 kilotonnes. Pour sa part la charge nucléaire du missile de croisière polyvalent Tomahawk est, sauf erreur, de 200 kilotonnes.
 
Cette petite différence montre sans le moindre doute possible que les Etats-Unis ne veulent pas se limiter à une capacité de frappes nucléaires tactiques en Europe. Ils veulent conserver une capacité de frappes stratégiques, basée hors de leur territoire national afin de prétendre à une action "graduée" interdisant au pays agressé de riposter sur leur territoire national sous peine de représailles mégatonniques massives. Ayant eu par deux fois, dernièrement, l'occasion de constater l'efficacité d'une défense antiaérienne moderne contre leurs vagues de missiles, ils veulent les baser à terre et au plus près des frontières ennemies (pour diminuer le temps de réaction) plutôt que les tirer d'une flotte en mer. Enfin leur intention est que certains de ces missiles atteignent vraiment leur cible, sans cela ils recourraient à une composante pilotée et larguée (B61), qui porte un plus fort message. Par conséquent ils envisagent une frappe de saturation, c'est-à-dire de déborder les défenses adverses par une vague de plusieurs centaines de missiles identiques tirés simultanément, dont plusieurs dizaines porteront une charge nucléaire, de 200 kilotonnes sauf erreur.
 
Il est temps que les pays européens comprennent ce que prépare leur allié américain.

mercredi 17 octobre 2018

tant qu'à déstabiliser...

Tant qu'à déstabiliser, déstabilisons toujours plus gros, pense-t-on chez la première puissance déstabilisatrice mondiale et chez sa succursale parisienne.
 
La vague du printemps vert de 2011, par laquelle les Frères Musulmans ont pris le contrôle d'abord de l'Egypte, puis de la Tunisie et enfin de la Cyrénaïque après que la France ait détruit puis démembré pour eux l'Etat libyen, s'est arrêtée à la frontière de la première puissance militaire d'Afrique et de Méditerranée. Puis l'acheminement vers le Niger et le Mali des armes larguées par la France sur le Fezzan, dont on annonçait ici la destination finale dès que les largages ont commencé, le désoeuvrement des cinq millions de Subsahariens expulsés de Libye par l'alliance franco-sénoussiste, et la transformation par la propagande française du séparatisme touareg du Mali en djihad sahélien, ont permis d'ouvrir un front sur la frontière méridionale de l'Algérie en plus de celui ouvert initialement sur les frontières orientales.
 
L'action d'éclat censée inaugurer les opérations et lancer le recrutement international de la deuxième guérilla islamique en Algérie était la prise du complexe gazier d'In Amenas, en janvier 2013. Revendiquant un parrainage moral de la figure légendaire Mokhtar Belmokhtar pour prétendre à une origine algérienne, l'attaque, commandée sur le terrain par un Nigérien, a été lancée de Tripolitaine, avec des armes fournies par la France aux islamistes antilibyens.
 
L'armée algérienne a expédié le problème à sa manière, sans s'encombrer de considérations policières telles que l'interrogatoire des terroristes, judiciaires telles que leur condamnation ou démagogiques telles que la survie des otages. Le mandat tactique était aussi clair que le discours politique constant, le gouvernement algérien ne négocie pas avec des preneurs d'otages (contrairement au gouvernement russe au théâtre Doubravka et à l'école de Beslan), et leur élimination définitive passe avant le sauvetage de leurs otages du moment. Les moralisateurs peuvent trouver cela cynique, mais la rive gauche parisienne s'est abstenue de faire critiquer le gouvernement algérien par la presse française. Ceux qui ont côtoyé l'armée algérienne depuis 1992 connaissent sa détermination sans états d'âme. Une génération a certes passé depuis le plus fort de la guerre civile, donc le personnel militaire a été en grande partie renouvelé, mais les principes d'action n'ont pas changé.
 
L'armée algérienne est très sollicitée. Depuis 2011 elle est déployée aux frontières tunisienne et tripolitaine et, même si la presse ne s'en fait pas toujours l'écho, il y a des escarmouches transfrontalières, des réductions de groupes infiltrés, des saisies de caches d'armes tous les mois et peut-être toutes les semaines. L'OTAN pousse ses supplétifs islamistes plus discrètement peut-être qu'ailleurs, car l'Algérie n'est pas un poids-plume en Méditerranée. La frontière malienne est évidemment plus difficile à contrôler que la frontière tunisiennne mais la gendarmerie est active dans les villages et tout est fait pour convaincre les candidats à l'infiltration qu'il vaut mieux être un esclave noir francophone en chemin vers Paris qu'un barbu blanc arabophone (ou amazighophone) en chemin vers Alger. Par ailleurs, avant qu'on n'abatte les prix du pétrole (en achetant en Turquie le pétrole volé en Syrie par l'Etat Islamique) pour affaiblir la Russie, le gouvernement algérien a profité de la manne pétrolière, et de la bonne situation budgétaire de l'Etat, pour moderniser l'équipement de toutes ses forces en multipliant ses dépenses militaires par cinq depuis 2000 et par deux depuis 2010, devenant non seulement le plus gros acheteur d'armement de toute l'Afrique mais aussi un acheteur de poids au niveau mondial. Par exemple la flotte algérienne n'est pas seulement la plus moderne de Méditerranée mais, d'après l'âge moyen de ses unités, elle est vraisemblablement la plus moderne (très loin cependant d'être la plus grosse) au monde. A cet égard les capacités prêtées au pays Sapin dans le Septième Scénario de Stratediplo sont, trois ans plus tard, déjà bien dépassées par l'Algérie.
 
Mais toute cette modernisation concerne des moyens conventionnels de défense nationale et n'a aucune finalité interne, répressive ou oppressive. Car, contrairement à certains pays où les forces armées ont parmi leurs attributions la défense de l'ordre constitutionnel, l'Armée Nationale Populaire algérienne n'a, selon l'article 28 de la constitution, aucune compétence ou fonction politique. A part la défense de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité du pays, elle est certes aussi constitutionnellement chargée d'assurer la défense de son unité, et s'y est activement employée pendant les années quatre-vingt-dix face à un ennemi de recrutement interne mais d'obédience étrangère (l'islam, dont la protection par la constitution devra bien être révoquée un jour ou l'autre). La jeune armée algérienne n'est plus le vieux FLN, un parti d'ailleurs théoriquement "banalisé" par l'introduction du multipartisme justificateur. Contrairement à certains pronostics étrangers, à ce jour le haut commandement algérien n'a aucune intention d'intervenir dans l'élection présidentielle de l'année prochaine, de même qu'elle n'est pas intervenue dans le simulacre de réforme constitutionnelle de 2016, qui ne présentait d'ailleurs aucun risque d'affaiblir immédiatement le régime.
 
Cette révision de la constitution, annoncée depuis une décennie comme un chantier majeur de démocratisation mais difficile à conduire dans un contexte de dictature gérontocratique sans alternative générationnelle, et de plus sous des circonstances de risque imminent de défaillance présidentielle sans succession crédible, ne pouvait être qu'un palliatif. En fait elle ne comporte effectivement qu'une avancée notable, l'érection de l'amazighe au niveau de langue nationale (avec l'arabe –variante judicieusement imprécisée– et à l'exclusion remarquable du français), porteuse à terme d'un réveil des cultures et des peuples indigènes qui, dans la deuxième moitié du siècle, débordera largement les frontières de l'Etat algérien et pourrait repousser la culture arabo-musulmane vers les côtes méditerranéennes. L'apatrie mondialiste s'est, pour sa part, seulement émue de l'interdiction des hautes fonctions politiques aux binationaux, innovation constitutionnelle dictée en réaction à la nomination systématique, depuis une dizaine d'années, de ministres et secrétaires d'Etat de nationalité et d'allégeance marocaines au sein du gouvernement français (qui administre la première communauté algérienne hors d'Algérie), et dont la prochaine élection à la mairie de Barcelone montrera la nécessité face aux ambitions personnelles de politiciens étrangers soutenus par ladite apatrie mondialiste. Le véritable risque pour l'Algérie n'était pas qu'un bon gestionnaire ayant fait fortune en Suisse vienne acheter l'élection présidentielle à Alger, mais qu'un bon prédicateur ayant fait prosterner des foules dans les rues de France (chose strictement interdite en Algérie) vienne soulever les populations désoeuvrées et marginalisées d'Alger.
 
La relève des cours des hydrocarbures a cependant allégé la facture alimentaire (externe) et sociale (interne) du gouvernement algérien, seule garantie de paix civile pour un régime qui a parachevé sa faillite agricole par la faillite éducative, et auquel la corruption généralisée a aliéné l'électorat récemment libéré. On a oublié de compenser la fin du parti unique par le vote obligatoire, aussi la population algérienne a un taux d'abstention supérieur à celui des élections parlementaires uniopéennes (pourtant référence mondiale en matière d'abstention). Or, si la population métropolitaine s'abstient par écoeurement de la corruption et incrédulité face à la politique, la diaspora pourrait voter, et compte tenu d'une part de la radicalisation encouragée en Europe, et d'autre part de l'absence d'une mémoire de la guerre civile des années quatre-vingt-dix (qui était restée confinée à l'Algérie), la diaspora pourrait voter vert. En principe il n'y aura pas de candidat islamiste au scrutin présidentiel, mais il n'est pas impossible que Saïd Bouteflika, assez favorable à l'islam politique et faute d'avoir jamais obtenu (ni brigué sauf erreur) de mandat élu face aux caciques du FLN, joue la carte islamiste et étrangère. Physiquement très présentable et ne faisant pas ses bientôt 61 ans, le traficant d'influence et répartiteur de corruption en chef du régime pourrait fort bien s'appuyer sur une campagne à l'étranger, en évitant cependant son pays de naissance, le Maroc.
 
Le Maroc, justement, bien plus que la Tripolitaine sans véritable capacité militaire, bande les muscles et multiplie depuis quelques mois les provocations politiques et diplomatiques. Il bénéficie du soutien de l'Union Européenne et de l'Alliance Atlantique, et accessoirement de la France et de l'Espagne. Fournissant des troupes à toutes les opérations multinationales en Afrique et parfois ailleurs, le Maroc affiche une politique interventionniste qui tranche avec la posture neutre et non alignée de l'Algérie, laquelle de son côté refuse régulièrement de s'engager au sud en soutien de ses voisins plus petits, et n'a qu'un seul conflit durable, celui justement avec son voisin occidental. Il est vrai que l'Algérie a refusé l'annexion du Sahara espagnol par le Maroc, arme et soutient le Polisario et rêve toujours d'un débouché sur l'Atlantique. Mais elle a aussi de bonnes raisons de s'alarmer de la politique de "deux poids deux mesures" de l'axe atlantico-uniopéen. La presse relai des agences monopolistiques de l'OTAN (AP, AFP et Reuters), c'est-à-dire l'ensemble de la presse dite occidentale, pardonne au Maroc les morts de "migrants" vers l'Espagne mitraillés, ou aux esquifs coulés, par la marine marocaine dans les eaux territoriales ou internationales, au moment même où elle s'émeut du raccompagnement civilisé et ordonné vers la frontière (et le désert certes), en autobus, des clandestins infiltrés sur le territoire algérien.
 
En ce mois d'octobre 2018 on assiste précisément au début d'une campagne de communication anti-algérienne, de la part d'organisations crypto-gouvernementales et très bientôt de gouvernements et d'instances internationales, accusant les autorités algériennes d'inhumanité dans le raccompagnement vers le sud de quelques milliers d'intrus illégaux visant certainement plus d'ailleurs l'embarquement vers l'Europe que le séjour prolongé en Algérie. Cet intérêt soudain peut surprendre de la part d'acteurs qui ont soutenu et caché les pogroms perpétrés en Cyrénaïque (Benghazi...) par leurs protégés sénoussistes début 2011 puis encouragé l'expulsion de cinq millions de travailleurs légalement immigrés en Libye, alors pays au plus haut niveau de vie d'Afrique. La vérité est que la fermeture en cours des ports italiens, si le gouvernement italien tient, tarira à terme l'invasion transméditerranéenne au départ des côtes de Tripolitaine et Cyrénaïque (et ouvrir une base de départ en Tunisie n'y changerait rien), et que le Maroc n'est pas extrêmement favorable à ouvrir ses routes aux caravanes de négriers appelés par l'Union Européenne et financés par la galaxie Soros (revoir à ce sujet la Huitième Plaie de Stratediplo). Il reste l'Algérie.
 
La première puissance d'Afrique et de Méditerranée est fragile. Le régime est une dictature gérontocratique totalement coupée de la société réelle et des générations dites "de l'indépendance". Pauvre, sans emploi et facilement affamée, la population peut vraisemblablement être manipulée, comme l'a été la frange des quinze à trente ans en 1992. Cette population est jeune et une bonne partie de la jeunesse n'a justement pas connu le déchirement qui, il y a une génération, a tué cinq fois plus de civils que l'autre guerre de religion contemporaine, en Bosnie et Herzégovine. Quant à la diaspora, forte d'après son association internationale de sept millions de ressortissants dont cinq millions en France, elle est sûrement encore plus manipulable puisque déjà en grande partie radicalisée. De toute façon les dernières expériences de "révolutions de couleur", comme le coup d'Etat de février 2014 en Ukraine, ont montré qu'une participation réelle de la population n'est pas absolument indispensable. Un prétexte de déclenchement est cependant utile en matière de communciation internationale, et peut être trouvé à l'occasion de l'élection présidentielle d'avril 2019. On connaît le principe, il suffit que des sondages "indépendants" (c'est-à-dire étrangers) d'intentions de vote annoncent un résultat totalement différent du pronostic réaliste, puis que des sondages "à la sortie des urnes" annoncent un vote totalement différent de celui qui ne peut qu'être constaté par la commission électorale, ensuite de quoi il n'y a plus qu'à accuser le gouvernement de tricherie et à lui donner un ultimatum pour la proclamation de résultats conformes à la dictée étrangère (il y a des exemples).
 
En soi le résultat de l'élection présidentielle importe peu. Une véritable alternance politique est relativement inconcevable car bousculer le régime serait détruire l'Etat, comme l'ont compris les initiateurs puis confiscateurs de la fameuse réforme constitutionnelle, et la percée d'un candidat prétendu "de transition" ne faciliterait pas la déstabilisation envisagée par certaines puissances. D'ailleurs parmi ce qui se réclame plus ou moins sincèrement d'opposition, il ne se dégage aucune personnalité ayant la stature de chef d'Etat du régime présidentiel d'un pays important mais fragile et attaqué de tous côtés (sauf du nord, pour l'instant). Si la momie Abdelaziz, qui n'avait manifesté aucune réaction de surprise (ou de conscience, d'ailleurs) en voyant un bulletin portant son nom lorsqu'on l'a faite voter il y a cinq ans, n'est pas encore décomposée, son frère Saïd le ventriloque et marionnettiste de l'ombre pourra la faire reconduire pour un mandat de plus, repoussant l'inévitable question de la succession mais aussi celle de l'assainissement du régime, dans un pays littéralement saigné par la corruption. Le général Mohamed Mediène (Toufik) avait raison de se méfier de Saïd. Sinon il y a l'alternative Ahmed Bouyahia, qui présente l'avantage (comme symbole d'alternance et gage de changement) d'être Kabyle, et en tout cas d'être déjà au pouvoir, expérimenté, antifrançais, et ancien dirigeant d'un parti d'étiquette distincte du FLN. Son élection serait certainement une chance de stabilité pour l'Algérie, mais elle déplairait à l'étranger. En effet l'intéressé s'est particulièrement engagé cette année dans la lutte contre l'immigration illégale, contre laquelle il a mobilisé l'action gouvernementale, civile et militaire, campagne qui a rencontré un écho authentiquement favorable dans la population.
 
Cette année, l'armée algérienne s'est adonnée à plusieurs séries de grandes manoeuvres qui ont montré son professionnalisme et son haut niveau d'efficacité, y compris en combat aéroterrestre classique alors qu'elle a surtout fait du contrôle de frontière ces dernières années, plus quelques opérations antiterroristes rappelant son passé contre-insurrectionnel. Cette année aussi, ce qui reste de la Tripolitaine a lancé des menaces ouvertes et le petit Maroc a réintroduit le service militaire obligatoire. L'armée algérienne a de bonnes raisons objectives de montrer son savoir-faire.
 
Pour l'Union Européenne, l'OTAN et l'Islam, l'Algérie et sa politique représentent un sérieux obstacle à une invasion massive venant d'Afrique. Sa déstabilisation ouvrirait de nouvelles voies, et ajouterait aussi de nouvelles masses aux "migrations de remplacement" appelées par le rapport de l'ONU du 21 mars 2000.
 
L'année 2019 sera cruciale pour l'Algérie, et par conséquent pour la France et l'Europe.

la fin d'un mythe

Il était une fois dans un pays lointain un roi zélé, qui avait décidé de rattraper le retard pris par son pays par rapport aux recomman...